"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\italiano.gif 10.632 - Apparizione a varie persone in luoghi diverse.

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\English.gif 5.628 - Jesus Appears to Various People in Different Places.

 7.632 - Apariciones a varias personas en distintos lugares.

 12.694 - Jesus bestätigt den Gläubigen an verschie denen Orten seine Auferstehung.

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\CarrePP.jpg Évangile :
- Jean 20,30


Mardi 16 avril 30
(27 Nissan 3790)
Divers endroits de la Palestine.


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 Transfiguration de Jésus : de pèlerin en Ressuscité.

 Celui qui suit l'enseignement de Jésus, l'a en lui.


 Le chemin de la douleur est le chemin du Ciel.

 Jésus ressuscite un mari.


   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Resume.gif

I - À Jérusalem c'est à Élise, mère d'Annalia.

- Élise en pleurs et une grande clarté ............................. 125

- Elle ne reconnaît pas Jésus ........................................ 125

- Qui se fait connaître 126

II - À Kériot c'est à Marie, Anne et Ananias.

- Anne ne peut consoler la mère de Judas ...................... 126

- Jésus rassure cette dernière ........................................ 128

- La baise sur le front . 129

- Comment elle a appris la mort de son fils .................... 130

- Ananias est chargé de deux missions ....................... 131

III - À Jutta c'est aux enfants de Sara.

- Jésaï et Marie accueillent simplement Jésus ...... 132

- Sara arrive pour le voir disparaître .................... 133

- Les enfants racontent tout à leur mère ..................... 133

IV - À Pella c'est au jeune Jaïa.

- Jésus persuade Jaïa de sa résurrection ................. 133

- Le jeune homme en persuade sa maîtresse ................ 134

V - À Nobé chez le vieux Jean.

- L'agneau reçu l'a éclairé 134

- Vivre pour témoigner de la résurrection ................. 135

VI - À Jabès de Galaad chez Mathias.

- Il travaille, déçu, dans son jardin ............................. 135

- Jésus lui demande l'hospitalité ........................................ 136

- Il prend le repas avec son hôte ........................................ 136

- Vois-moi dans tout homme qui a besoin ....................... 137

VII - À Engaddi chez Abraham, le chef de synagogue.

- Un voyageur inconnu parle du crucifié .......................... 137

- Abraham meurt dans les bras de Jésus ....................... 138

- Qui prend soin de la dépouille ........................................ 139

- Et disparaît à la vue de ceux qui accourent .............. 139

VIII - Sur le mont Carit à l'essénien Élie.

- Rejoindre les apôtres sur le Thabor .......................... 139

IX - À Césarée de Philippe chez Dorca.

- Elle voit Jésus prendre son enfant sur son cœur ... 140

- Une pomme mûre témoigne de l'apparition ............. 140

- L'intendant ira rencontrer les disciples....................... 141

X - Dans la synagogue de Cédès à Matthias et aux autres.

- Jésus a donné le signe de Jonas ............................ 141

XI - À Giscala c'est à des rabbis venimeux.

- Le regard foudroyant de Jésus les met en fuite ........... 142

XII - À Bozra chez Joachin et Marie.

- Le Ressuscité appelle le couple à témoigner .... 142

XIII - À Éphraïm chez Marie de Jacob.

- À son tour elle est appelée à témoigner .................... 143

XIV - À Antioche chez Sintica.

- Reste où tu es ........... 143

XV - À Jérusalem (?) chez le lévite Zacharie.

- Jésus lui enlève ses doutes  ........................................ 144

- Zacharie témoigne et part pour la Galilée...................... 145

XVI- Dans la plaine de Saron à une femme.

- La femme parle à un voyageur ........................................ 145

- Elle pense qu'il est un prophète, un apôtre ... 146

- Jésus, reconnu, lui dit que son fils est guéri ................. 147

XVII - Sur le grand Hermon à des bergers.

- Ils ne pensent plus rencontrer Jésus ............................ 147

XVIII - À Sidon c'est à l'enfant né aveugle.

- Un message pour le père ........................................ 149

XIX - En Galilée chez les paysans de Giocana.

- Ils sont réveillés un à un 149

- Et se dirigent vers la pommeraie .................. 150

- Discours (Je vous enverrai mes disciples) ............. 150

- Réflexions des paysans 151

XX - À Béteron (?) sur les terres de Daniel, parent d'Elchias.

- Elchias décide du sort du synhédriste Simon ..... 152

- Daniel refuse d'être complice ........................................ 152

- Jésus apparaît à Daniel et à Simon ........................... 153

- Daniel quitte Elchias 153

- Un ami d'Elchias se bat la poitrine ......................... 154

- Simon crie comme un damné ........................................ 154

XXI - En Galilée à Rachel, épouse de Marc.

- De nuit un inconnu s'offre à l'accompagner ............ 154

- Elle lui raconte son malheur ........................................ 155

- Se méfie des disciples de Jésus ............................ 156

- Ton mari est vivant .. 157

- Elle retourne chez elle en clamant le miracle ..... 158

- Apprend la résurrection de son mari ............................... 159

- Le mari renvoie la foule en partie incrédule ........... 159

- La famille va proclamer le miracle à Nazareth .... 160

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 10


Tome 10, chapitre 18

632.
Jésus confirme, dans sa Résurrection, ceux qui croient en Lui, dans divers endroits.


Vision du mercredi 16 et jeudi 17 avril 1947

I. La mère d'Annalia - II. À Marie de Simon à Kériot - 2III. À Jutta  - 6IV. Au jeune Jaia à Pella -   7V. Chez Jean de Nobé - 7VI. Chez Matthias, le solitaire de Jabès Galaad  - 8VII. Chez Abraham d’Engaddi -   9VIII. Élie, l’essénien du Carit - 10IX. À Césarée de Philippe  - 11X. À Cédès  - 12XI. À Giscala  - 12XII. Chez Joachim et Marie à Bozra  - 12XIII. À Ephraïm chez Marie de Jacob  - 13XIV. Chez Sintica à Antioche  - 13XV. Chez le Lévite Zacharie  - 14XVI. À une femme de la plaine de Saron  - 14XVII. À des bergers sur le grand Hermon  - 16XVIII. À Sidon, dans la maison de l’enfant né aveugle - 17XIX. Chez les paysans de Giocana  - 17XX. Sur les terres de Daniel parent d’Elchias. À Béteron - 18XXI. À une femme de Galilée  .20

I. La mère d'Annalia            
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125> Élise, la mère d'Annalia, pleure désespérément dans sa maison, enfermée dans une chambrette où se trouve un petit lit sans couverture, peut-être celui d'Annalia. Elle a la tête abandonnée sur ses bras, qui s'abandonnent à leur tour, en se tendant sur le petit lit comme pour l'embrasser tout entier. Son corps repose sur ses genoux en une attitude de langueur. De vigoureux, il n'y a que ses pleurs.         

Il entre un peu de lumière par la fenêtre ouverte. Le jour revient depuis peu. Mais il se produit une vive lumière quand entre Jésus. Je dis : entre, pour dire qu'il est dans la pièce où avant il n'était pas. Et je dirai toujours ainsi pour faire connaître son apparition dans un endroit fermé, sans répéter comment il se découvre de derrière une grande clarté qui rappelle celle de la Transfiguration, de derrière un feu blanc, si on me permet la comparaison, qui semble liquéfier les murs et les portes pour permettre à Jésus d'entrer avec son Corps véritable, respirant, solide, glorifié, un feu, une clarté qui se referme sur Lui et le cache quand il s'en va. Cependant, ensuite, il prend l’aspect très beau du Ressuscité, mais Homme, vraiment Homme, d'une beauté qui est le centuple de celle qu'il avait déjà avant la Passion. C'est Lui, mais c'est Lui glorieux, Roi.        

"Pourquoi pleures-tu, Élise ?"           

Je ne sais pas comment la femme ne reconnaît pas la Voix qu'on ne peut confondre. Peut-être la douleur l'étourdit. Elle répond comme si elle parlait à un parent qui peut-être l'a rejointe après la mort d'Annalia.        

"Tu as entendu hier soir ces hommes  ? Lui n'était rien. Un pouvoir magique mais pas divin. Et moi qui me résignais à la mort de ma fille en pensant qu'elle était aimée de Dieu, en paix... Il me l'avait dit !..." les pleurs redoublent.       

"Mais beaucoup l'ont vu ressuscité. Dieu seul peut se ressusciter par Lui-même."     

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126> "Je l'ai dit moi aussi à ceux d'hier. Tu l'as entendu. J'ai combattu leurs paroles, parce que leurs paroles étaient la mort de mon espérance, de ma paix. Mais eux - tu as entendu ? - eux ont dit : "Tout cela c’est de la comédie de ses partisans pour ne pas reconnaître qu’ils sont fous. Il est mort et bien mort, et corrompu, ils l’ont enlevé et détruit, en disant qu’il est ressuscité". Ils ont parlé ainsi... Et que c’est pour cela que le Très-Haut a envoyé le second tremblement de terre, pour leur faire sentir sa colère de leur mensonge sacrilège. Oh ! je n’ai plus de réconfort !"  

"Mais si tu voyais le Seigneur ressuscité, de tes yeux, et si tu le touchais de tes mains, croirais-tu ?..."          

"Je n’en suis pas digne... Mais certainement je croirais ! Il me suffirait de le voir. Je n’oserais pas toucher ses Chairs, car s’il en était ainsi, ce serait des chairs divines, et une femme ne peut s’approcher du Saint des Saints."     

"Lève la tête, Elise, et regarde qui est devant toi !"    

La femme lève sa tête chenue, son visage défiguré par les pleurs, et elle voit... Elle tombe encore plus bas sur ses talons, se frotte les yeux, ouvre la bouche sur un cri qui veut monter mais que la stupeur étrangle dans la gorge.   

"C’est Moi, le Seigneur. Touche ma main, baise-la. Tu m’as sacrifié ta fille, tu le mérites. Et retrouve, sur cette main, le baiser spirituel de ton enfant. Elle est au Ciel, et elle est bienheureuse. Tu parleras de cela aux disciples, et de ce jour.”         

La femme est tellement fascinée qu’elle n’ose pas faire le geste, et c’est Jésus Lui-même qui presse sur ses lèvres la pointe de ses doigts.     

"Oh ! tu es vraiment ressuscité !!! Je suis heureuse ! Heureuse ! Bénis sois-tu de m’avoir consolée !"   

Elle se penche pour Lui baiser les pieds. Elle le fait et reste ainsi. La lumière surnaturelle enveloppe le Christ dans sa splendeur et la pièce est vide de Lui. Mais la mère a le cœur plein d’une certitude inébranlable.

II. À Marie de Simon à Kériot.         
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La maison d'Anne, mère de Joanne. La maison de campagne où Jésus, accompagné de la mère de Judas, opéra la guérison miraculeuse d’Anne. Ici encore une pièce, et une femme étendue sur un lit. Une femme qui est méconnaissable tant elle est défigurée par une angoisse mortelle. Le visage est consumé. La fièvre le dévore en empourprant les pommettes qui sont tellement saillantes que les joues en sont creusées. Les yeux, dans un cercle noir, rougis par la fièvre et les pleurs, sont à moitié clos sous les paupières enflées. Là où il n’y a pas une rougeur de fièvre le teint est d’un jaune intense, verdâtre comme si la bile était répandue dans le sang. Les bras décharnés, les mains effilées, sont abandonnés sur les couvertures que l’essoufflement soulève.      

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127> Près de la malade, qui n’est autre que la mère de Judas, se trouve Anne, la mère de Joanne. Elle essuie les larmes et la sueur, agite un éventail de palmier, change les linges trempés dans du vinaigre aromatisé mis sur le front et la gorge de la malade, caresse ses mains, caresse ses cheveux en désordre, devenus en peu de temps plus blancs que noirs, épars sur l’oreiller et collés par la sueur sur les oreilles devenues transparentes. Et Anne pleure aussi en disant des paroles de réconfort : "Pas ainsi, Marie ! Pas ainsi ! Assez ! C’est lui... lui qui a péché. Mais toi, toi tu sais comme le Seigneur Jésus..."  

"Tais-toi ! Ce Nom… quand on me le dit.. on le profane... Je suis la mère... du Caïn... de Dieu ! Ah !" Les pleurs tranquilles se changent en un sanglot prolongé, déchirant. Elle a l’impression de se noyer, s'attache au cou de son amie qui la secourt pendant qu’elle vomit de la bile.     

"Paix ! Paix, Marie ! Pas ainsi ! Oh ! que te dire pour te persuader que Lui, le Seigneur, t’aime ? Je te le répète ! Je te le jure sur ce qui est le plus saint pour moi : mon Sauveur et mon enfant. Lui, me l’a dit quand tu me l’as amené. Il a eu pour toi des paroles et des prévoyances d’un amour infini. Tu es innocente. Lui t’aime. Je suis certaine, je suis certaine qu’il se donnerait Lui-même une autre fois pour te donner la paix, pauvre mère martyre."

"Mère du Caïn de Dieu ! Tu entends ? Ce vent, là, dehors... Il le dit... Elle va à travers le monde, la voix… la voix du vent, et elle dit : "Marie de Simon, mère de Judas, celui qui a trahi le Maître et l’a livré à ceux qui l’ont crucifié". Tu entends ? Tout le dit... Le ruisseau, là dehors... Les tourterelles.., les brebis... Toute la Terre crie que je suis... Non, je ne veux pas guérir. Je veux mourir !... Dieu est juste et ne me frappera pas dans l’autre vie. Mais ici, non. Le monde ne pardonne pas... ne distingue pas... Je deviens folle car le monde crie... : “Tu es la mère de Judas !" Elle retombe épuisée sur ses oreillers. Anne la redresse et sort pour porter dehors les linges tachés…          

Marie, les yeux clos, exsangue après l’effort qu’elle a fait, gémit : "la mère de Judas ! de Judas ! de Judas !" Elle halète, puis reprend : “Mais qu’est-ce que Judas ? Qu’ai-je enfanté ? Qu’est-ce que Judas ? Qu’ai-je..."  

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128> Jésus est dans la pièce qu’éclaire une lumière tremblante car trop faible est encore la lumière du jour pour éclairer la vaste pièce dans laquelle le lit est au fond, très loin de l’unique fenêtre. Il appelle doucement : “Marie ! Marie de Simon !"     

La femme délire presque et ne remarque pas la voix. Elle est absente, prise dans les tourbillons de sa douleur, et répète les idées qui obsèdent son cerveau, d’une manière monotone, comme le tic-tac d’une pendule : "La mère de Judas ! Qu’ai-je enfanté ? Le monde crie : “La mère de Judas…”   

Jésus a deux larmes dans le coin de ses yeux très doux. Elles m’étonnent beaucoup. Je ne pensais pas que Jésus puisse pleurer encore après qu’il est ressuscité... Il se penche. Le lit est tellement bas pour Lui qui est si grand ! Il met la main sur le front enfiévré, en repoussant les linges trempés dans le vinaigre, et il dit : "Un malheureux. Ceci, pas autre chose. Si le monde crie, Dieu couvre le cri du monde en te disant : “Aie la paix parce que Moi je t’aime”. Regarde-moi, pauvre mère ! Ramène ton esprit égaré et mets-le dans mes mains. Je suis Jésus !..."      

Marie de Simon ouvre les yeux comme si elle sortait d’un cauchemar et elle voit le Seigneur, sent sa main sur son front, porte ses mains tremblantes à son visage et elle gémit : "Ne me maudis pas ! Si j’avais su ce que j’engendrais je me serais arrachées les entrailles pour qu’il ne naisse pas."   

"Et tu aurais péché. Marie ! oh ! Marie ! Ne sors pas de ta justice à cause de la faute d’un autre. Les mères qui ont fait leur devoir ne doivent pas se considérer comme responsables des péchés de leurs fils. Tu l’as fait, ton devoir, Marie. Donne-moi tes pauvres mains. Sois tranquille, pauvre mère."       

"Je suis la mère de Judas. Je suis immonde comme tout ce que ce démon a touché. Mère d’un démon ! Ne me touche pas." Elle se débat pour échapper aux mains divines qui veulent la tenir. Les deux larmes de Jésus lui tombent sur le visage empourpré par un accès de fièvre.     

"Je t’ai purifiée, Marie. Mes larmes de pitié sont sur toi. Je n’ai pleuré sur personne depuis que j’ai consumé ma douleur. Mais je pleure sur toi avec toute mon affectueuse pitié." Il a réussi à lui prendre les mains et il s’assoit, oui, il s’assoit vraiment sur le bord du lit, en tenant ces mains tremblantes dans les siennes.        

La pitié affectueuse de ses yeux étincelants caresse, enveloppe, soigne la malheureuse qui se calme en pleurant silencieusement et en murmurant : "N’as-tu pas de rancœur contre moi ?"     

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129> "J’ai de l’amour. C’est pour cela que je suis venu. Aie la paix."  

"Toi, tu pardonnes ! Mais le monde ! Ta Mère ! Elle me haïra."           

"Elle pense à toi comme à une sœur. Le monde est cruel. C’est vrai. Ma Mère est la Mère de l’Amour, et elle est bonne. Tu ne peux aller par le monde, mais elle viendra à toi quand tout sera en paix. Le temps pacifie..."           

"Fais-moi mourir, si tu m’aimes..."     

"Encore un peu de temps. Ton fils n’a su rien me donner. Toi, donne-moi un temps de ta souffrance. Il sera court."     

"Mon fils t’a trop donné... C’est l’horreur infinie qu’il t’a donnée."       

"Et toi la douleur infinie. L’horreur est passée, elle ne sert plus. Ta douleur sert. Elle s’unit à mes plaies, et tes larmes et mon Sang lavent le monde. Toute la douleur s’unit pour laver le monde. Tes larmes sont parmi mon Sang et les pleurs de ma Mère et autour c’est toute la douleur des saints qui souffriront pour le Christ et pour les hommes, pour mon amour et celui des hommes. Pauvre Marie !" Il la couche doucement, lui croise les mains, la regarde se calmer...  

Anne rentre et elle reste stupéfaite sur le seuil.          

Jésus, qui s’est relevé, la regarde en disant : "Tu as obéi à mon désir. Pour les obéissants, il y a la paix. Ton âme m’a compris. Vis dans ma paix."        

Il abaisse de nouveau les yeux sur Marie de Simon qui le regarde en versant des larmes plus calmes et il lui sourit encore. Il lui dit encore : "Mets toutes tes espérances dans le Seigneur. Lui te donnera toutes ses consolations." Il la bénit et va s’en aller.

Marie de Simon pousse un cri passionné : "On dit que mon fils t’a trahi par un baiser ! Est-ce vrai, Seigneur ? Si oui, laisse-moi le laver en te baisant les mains. Je ne puis faire autre chose ! Je ne puis faire autre chose pour effacer… pour effacer..." La douleur la reprend plus fort.      

Jésus, oh ! Jésus ne lui donne pas ses mains à baiser, ces mains sur lesquelles la large manche de son vêtement blanc retombe jusqu’au milieu du métacarpe en cachant les blessures, mais il lui prend la tête dans ses mains et se penche pour effleurer de ses lèvres divines le front brûlant de la plus malheureuse des femmes, et il lui dit en se redressant : "Mes larmes et mon baiser ! Personne n’a eu tant de moi. Reste donc dans la paix puisque entre toi et Moi il n’y a que de l’amour." Il la bénit et, après avoir traversé rapidement la pièce, il sort derrière Anne qui n’a pas osé s’avancer, ni parler, mais qui pleure d’émotion.

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130> Pourtant quand ils sont dans le corridor qui mène à la porte de la maison, Anne ose parler, poser la question qui lui tient tant à cœur : "Ma Joanne ?"      

"Depuis quinze jours, elle jouit dans le Ciel. Je n’en ai pas parlé parce qu’il y a trop de contraste entre ta fille et son fils."     

"C’est vrai ! Grand déchirement ! Je crois qu’elle en meurt."   

"Non. Pas tout de suite."      

"Maintenant elle aura plus de paix. Tu l’as consolée. Toi ! Toi qui plus que tous..."    

"Moi qui la plains plus que tous. Je suis la divine Compassion. Je suis l’Amour. Je te le dis, femme : si seulement Judas m’avait jeté un regard de repentir, je lui aurais obtenu le pardon de Dieu..."    

Quelle tristesse sur le visage de Jésus ! La femme en est frappée. Paroles et silences combattent sur ses lèvres, mais elle est femme, et la curiosité l’emporte. Elle demande : "Mais est-ce que cela a été une… un... Oui, je veux dire : ce malheureux a-t-il péché soudainement ou bien..."      

"Depuis des mois il péchait et de ma part aucune parole, aucune action, n’a pu l’arrêter tant était forte sa volonté de pécher. Mais n’en parle pas à elle..."           

"Je n’en parlerai pas !... Seigneur ! Quand Ananias, qui s’était enfui de Jérusalem sans même terminer la Pâque, la nuit même de la Parascève, est entré ici en criant : “Ton fils a trahi le Maître et l’a livré à ses ennemis ! Il l’a trahi par un baiser et j’ai vu le Maître frappé et couvert de crachats, flagellé, couronné d’épines, chargé de la croix, crucifié et mort par l’entremise de ton fils. Et notre nom, les ennemis du Maître le crient en triomphant insolemment et on raconte les actions de ton fils qui, pour moins que le prix que coûte un agneau, a vendu le Messie et en le trahissant par un baiser il l’a indiqué aux gardes” ! Marie est tombée par terre, devenue noire sur le coup, et le médecin dit que son fiel s’est répandu et que son foie a éclaté et que tout le sang en est corrompu. Et... le monde est mauvais. Elle a raison... J’ai dû la transporter ici, car ils venaient crier près de sa maison de Kériot : “Ton fils est déicide et s’est suicidé ! Il s’est pendu ! Et Belzébuth a pris son âme et même Satan est venu prendre son corps”. Est-ce vrai ce prodige horrible ?"           

"Non, femme. On l’a trouvé mort pendu à un olivier..."          

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131> "Ah ! Et ils criaient : “Christ est ressuscité et il est Dieu. Ton fils a trahi Dieu. Tu es la mère de celui qui a trahi Dieu. Tu es la mère de Judas”. Pendant la nuit, avec Ananias et un serviteur fidèle, le seul qui m’est resté car personne ne voulait rester près d’elle...je l’ai portée ici. Mais ces cris Marie les entend dans le vent, dans les bruits de la terre, en tout."

"Pauvre mère ! C’est horrible, oui."    

"Mais ce démon n’a pas pensé à cela, Seigneur ?"    

"C’était une des raisons dont je me servais pour le retenir. Mais cela n’a servi à rien. Judas en arriva à haïr Dieu, n’ayant jamais aimé d’un amour véritable son père et sa mère, ni aucun autre qui fût son prochain."   

"C’est vrai !"

"Adieu, femme. Que ma bénédiction te donne la force de supporter les mépris du monde pour ta pitié envers Marie. Baise ma main. A toi, je puis la montrer. A elle cela lui aurait fait trop de mal de voir cela." Il rejette sa manche en arrière pour découvrir le poignet transpercé.   

Anne exhale un gémissement en effleurant à peine de ses lèvres le bout des doigts.

Le bruit d’une porte qui s’ouvre et un cri étouffé : "Le Seigneur !" Un homme âgé se prosterne et reste ainsi.        

"Ananias, le Seigneur est bon. Il est venu pour réconforter ta parente, pour nous réconforter nous aussi" dit Anne pour réconforter le petit vieux trop ému.           

Mais l’homme n’ose pas faire un mouvement. Il dit en pleurant : "Nous sommes d’un sang honni. Je ne puis regarder le Seigneur."        

Jésus va vers lui. Il touche sa tête en lui disant les mêmes paroles déjà dites à Marie de Simon : "Les parents qui ont fait leur devoir ne doivent pas se considérer responsables du péché de leur parent. Prends courage, homme ! Dieu est juste. Paix à toi et à cette maison. Je suis venu et tu iras où je t’envoie. Pour la Pâque supplémentaire les disciples seront à Béthanie. Tu iras vers eux et tu leur diras que le douzième jour après sa mort tu as vu le Seigneur à Kériot, vivant et véritable dans sa Chair et son Ame et sa Divinité. Ils te croiront car j’ai été déjà beaucoup avec eux. Mais cela les confirmera dans leur foi en ma Nature Divine de me savoir en tout lieu le même jour. Et avant cela encore, tu iras aujourd’hui même à Kériot pour demander au chef de la synagogue de rassembler le peuple, et tu diras en présence de tout le monde que je suis venu ici, et qu’ils se rappellent mes paroles d’adieu. Ils te diront certainement : “Pourquoi n’est-il pas venu vers nous ?” Tu répondras ainsi : “Le Seigneur m’a dit de vous dire que si vous aviez fait ce qu’il vous avait dit de faire envers la mère qui n’était pas coupable, il se serait montré. Vous avez manqué à l’amour et c’est pour cela que le Seigneur ne s’est pas montré". Le feras-tu ?"   

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132> "C’est difficile cela, Seigneur ! C’est difficile à faire ! Ils nous considèrent tous pour des cœurs lépreux... Le chef de la synagogue ne m’écoutera pas. Le peuple ne me laissera pas parler. Peut-être il me frappera... Je le ferai pourtant puisque tu le veux." Le petit vieux ne lève pas la tête. Il parle courbé dans un profond prosternement.   

"Regarde-moi, Ananias !"      

L’homme lève un visage que la vénération rend tout tremblant.          

Jésus est resplendissant et beau comme sur le Thabor... La lumière le couvre, en cachant son aspect et son sourire... Et le couloir reste sans Lui, sans qu’aucune porte n'ait bougé pour Lui livrer passage.        

Les deux adorent, adorent encore, devenus toute adoration par la manifestation divine.

III. À Jutta.   
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Le verger de la maison de Sara. Les enfants qui jouent sous les arbres feuillus. Le plus petit se roule dans l’herbe près d’une rangée serrée de pampres, les autres plus grands qui se poursuivent avec des cris d’hirondelles joyeuses, jouant à cache-cache derrière les haies et les vignes.           

Voilà que Jésus apparaît près du petit auquel il a donné son nom. Oh ! sainte simplicité des innocents ! Jésaï ne s’étonne pas de le voir là à l’improviste, mais il Lui tend ses petits bras pour que Jésus le prenne dans les siens, et Jésus le prend : cela se passe avec le plus grand naturel. Les autres surviennent en courant — encore une fois, bienheureuse simplicité des enfants ! — et sans stupeur, heureux, s’approchent de Lui. Il semble qu’il n’y a rien de changé pour eux. Peut-être ils ne savent pas. Mais après la caresse de Jésus à chacun, Marie, la plus grande et la plus sensée, dit : "Alors tu ne souffres plus, Seigneur, maintenant que tu es ressuscité ? Tu as eu tant de douleur !..."         

"Je ne souffre plus. Je suis venu pour vous bénir avant de monter vers mon Père et le vôtre, au Ciel. Mais de là aussi je vous bénirai toujours, si vous êtes toujours bons. Vous direz à ceux qui m'aiment que j’ai laissé à vous ma bénédiction aujourd’hui. Rappelez-vous ce jour."       

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133> "Tu ne viens pas à la maison ? Il y a maman. Ils ne nous croiront pas" dit encore Marie.          

Mais son frère ne demande pas. Il crie : "Maman, Maman ! Le Seigneur est ici !..." et en courant à la maison, il répète ce cri.  

Sara accourt, se montre.., à temps pour voir Jésus, très beau à la limite du verger, disparaître dans la lumière qui l’absorbe...    

"Le Seigneur ! Mais pourquoi ne pas m’appeler avant ?..." dit Sara dès qu’elle peut parler. "Mais quand ? D’où est-il venu ? Etait-il seul ? Sots que vous êtes !"            

"Nous l’avons trouvé ici. Une minute avant il n’y était pas... Il n’est pas venu de la route, ni non plus du jardin. Il avait Jésaï dans les bras... Et il nous a dit qu’il était venu pour nous bénir et nous donner la bénédiction pour ceux qui l’aiment à Jutta et de nous rappeler ce jour. Et maintenant il va au Ciel, mais il nous aimera si nous sommes bons. Comme Il était beau ! Il avait les mains blessées, mais elles ne Lui font plus mal. Ses pieds aussi étaient blessés. Je les ai vus dans l’herbe. Cette fleur-là touchait exactement la blessure d’un de ses pieds. Moi, je la cueille..." ils parlent tous ensemble, échauffés par l’émotion. Ils suent même dans leur surexcitation.          

Sara les caresse en murmurant : "Dieu est grand ! Allons. Venez. Allons le dire à tout le monde. Parlez, vous, innocents. Vous pouvez parler de Dieu."

IV. Au jeune Jaia à Pella.    
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Le jeune homme travaille avec ardeur autour d’une charrette. Il est entrain de la charger de légumes cueillis dans un jardin voisin. L’âne frappe de son sabot le sol dur du chemin de campagne.   

En se tournant pour prendre un panier de laitues il voit Jésus qui lui sourit. Il laisse tomber à terre le panier et s’agenouille en se frottant les yeux, ne croyant pas à ce qu’il voit, et il murmure : "Très-Haut, ne m’induis pas en illusion ! Ne permets pas, Seigneur, que je sois trompé par
Satan par de faux aspects séduisants. Il est bien mort mon Seigneur ! Et il a été enseveli et ils disent maintenant que le cadavre a été enlevé. Pitié, Seigneur Très-Haut ! Montre-moi la vérité."           

"Je suis la Vérité, Jaia. Je suis la Lumière du monde. Regarde-moi. Vois-moi. C’est pour cela que je t’ai rendu la vue : pour que tu puisses témoigner de ma puissance et de ma Résurrection."          

"Oh ! C’est vraiment le Seigneur ! C’est Toi ! Oui, c’est Toi Jésus !"   

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134> Il se traîne sur les genoux pour Lui baiser les pieds.     

"Tu diras que tu m’as vu et parlé et que je suis bien vivant. Tu diras que tu m’as vu aujourd’hui. A toi la paix et ma bénédiction."

Jaia reste seul, heureux. Il oublie la charrette et les légumes. C’est inutilement que l’âne agité frappe le chemin et brait pour protester à cause de l’attente... Jaia est en extase.

Une femme sort de la maison près du jardin et elle le voit là, pâle d’émotion, le visage absent. Elle crie : "Jaia ! Qu’as-tu ? Que t’est-il arrivé’ ?" Elle accourt, le secoue, le ramène sur la terre...

"Le Seigneur ! J’ai vu le Seigneur Ressuscité. Je Lui ai baisé les pieds et j’ai vu ses plaies. Ils ont menti. Il était vraiment Dieu et il est ressuscité. J’avais peur que ce fût une tromperie. Mais c’est Lui ! C’est Lui !"    

La femme tremble et frissonne d’émotion et elle murmure : "En es-tu vraiment sûr ?"

"Tu es bonne, femme. Par amour pour Lui, tu nous as pris comme serviteurs, ma mère et moi. Ne te refuses pas à croire !..."   

"Si tu en es sûr, je crois. Mais était-il vraiment chair ? Était-il chaud ? Respirait-il ? Parlait-il ? Avait-il vraiment une voix ou cela t’est-il paru ?"        

"Je suis sûr. C’était la chair tiède d’un vivant, c’était une voix véritable, c’était une respiration. Beau comme Dieu, mais Homme comme toi et moi. Allons, allons le dire à ceux qui souffrent ou qui doutent."

V. Chez Jean de Nobé.        
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Le vieillard est seul dans sa maison, mais il est serein. Il répare une sorte de siège qui s’est décloué d’un côté, et sourit à je ne sais quel rêve.    

Un coup à la porte. Le vieillard, sans laisser son travail, dit : "Entrez ! Que voulez-vous, vous qui venez ? Encore de ceux-là ? Je suis vieux pour changer ! Même si tout le monde me criait : "Il est mort" moi je dis : "Il est vivant". Même si je devais mourir pour le dire. Entrez donc !"          

Il se redresse pour aller à la porte pour voir qui frappe sans entrer. Mais quand il est tout près, elle s’ouvre et Jésus entre.       

"Oh ! Oh ! Oh ! Mon Seigneur ! Vivant ! J’ai cru ! Et il vient récompenser ma foi ! Béni ! Moi je n’ai pas douté. Dans ma douleur, j’ai dit : "S’il m’a envoyé l’agneau pour le banquet de joie, c’est signe qu’en ce jour il ressuscitera". Alors j’ai tout compris.            

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135> Quand tu es mort et que la Terre s’est secouée, j’ai compris ce que je n’avais pas compris encore. Et j’ai paru fou, à Nobé, parce qu’une fois couché le soleil du lendemain du sabbat, j’ai préparé le banquet en allant inviter des mendiants et en disant : "Il est ressuscité notre Ami !" Déjà on disait que ce n’était pas vrai. On disait qu’ils t’avaient enlevé la nuit. Mais moi, je ne les ai pas crus car du moment où tu es mort j’ai compris que tu mourais pour ressusciter, et que c’était cela le signe de Jonas."        

Jésus le laisse parler en souriant. Puis il demande : "Et maintenant veux-tu encore mourir ou bien rester pour témoigner de ma gloire ?"    

"Ce que tu veux, Seigneur !"

"Non. Ce que tu veux."         

Le vieillard réfléchit, puis il décide : "Ce serait beau de sortir du monde où tu n’es plus comme avant. Mais je renonce à la paix du Ciel pour dire aux incrédules : “Moi, je l’ai vu !”

Jésus lui met la main sur la tête pour le bénir et ajoute : "Mais bientôt aussi ce sera la paix et tu viendras à Moi avec le titre de confesseur du Christ."    

Et il s’en va. Ici, peut-être par pitié pour le vieillard âgé, il n’a pas donné à son apparition et à sa disparition une forme merveilleuse, mais il a agi en tout comme s’il était le Jésus d’autrefois, qui entrait et sortait, humainement, d’une maison.

VI. Chez Matthias, le solitaire de Jabès Galaad.     
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Le vieil homme travaille autour de ses légumes et il monologue : "Toutes ces richesses que j’ai pour Lui. Et Lui n’y goûtera jamais plus. J’ai travaillé inutilement. Je crois que Lui était le Fils de Dieu, qui est mort et ressuscité. Mais ce n’est plus le Maître qui s’assoit à la table du pauvre ou du riche et partage avec un même amour, peut-être, certainement, même, avec plus d’amour la nourriture avec le pauvre qu’avec le riche. Maintenant c’est le Seigneur Ressuscité. Il est ressuscité pour confirmer dans la foi, nous, ses fidèles. Et eux disent que ce n’est pas vrai. Que personne n’est jamais ressuscité par lui-même. Personne. Non. Aucun homme. Mais Lui, si. Parce que Lui est Dieu."            

Il bat des mains pour chasser ses colombes qui descendent pour enlever des semences dans la terre fraîchement bêchée et ensemencée et il dit : "Inutile désormais que vous ayez des petits ! Lui n’y goûtera plus ! Et vous, abeilles inutiles ? Pour qui faites-vous le miel ?

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136> J’avais espéré l’avoir au moins une fois avec moi, maintenant que je suis moins misérable. Tout a prospéré ici, depuis qu’il est venu... Ah ! mais avec ces deniers auxquels je n’ai jamais touché, je veux aller à Nazareth, chez sa Mère, lui dire : "Prends-moi comme serviteur, mais laisse-moi où tu es, car tu es encore Lui" Il essuie une larme avec le revers de la main...

"Matthias, as-tu un pain pour un pèlerin ?"     

Matthias lève la tête, mais à genoux comme il l’est, il ne voit pas celui qui parle derrière la haie élevée qui entoure sa petite propriété perdue dans cette solitude verte qu’est cet endroit d’au-delà du Jourdain. Mais il répond : "Qui tu sois, viens, au nom du Seigneur Jésus." Et il se redresse pour ouvrir la grille.

Il se trouve en face de Jésus, et il reste la main sur le verrou ne pouvant plus faire un geste.

"Tu ne veux pas de Moi comme hôte, Matthias ? Tu l’as fait une fois. Tu te plaignais de ne pouvoir plus le faire. Je suis ici et tu ne m’ouvres pas ?" dit Jésus en souriant.         

"Oh ! Seigneur... moi.., moi.., je ne suis pas digne que mon Seigneur entre ici... Moi..."

Jésus passe la main par-dessus la grille et pousse le verrou en disant : "Le Seigneur entre où il veut, Mathias." Il entre, pénètre dans l’humble jardin, il va à la maison, sur le seuil il dit : "Sacrifie donc les petits de tes colombes. Enlève de la terre tes légumes, et du miel à tes abeilles. Nous partagerons le pain ensemble et ton travail n’aura pas été inutile, ni vain ton désir. Et cet endroit te sera cher sans que tu ailles là où bientôt il y aura silence et abandon. Je suis partout, Matthias. Celui qui m’aime est avec Moi, toujours. Mes disciples seront à Jérusalem. C’est là que naîtra mon Église. Fais en sorte d’y être pour la Pâque supplémentaire."      

"Pardonne-moi, Seigneur. Mais je n’ai pas su rester dans ce lieu et je me suis enfui. J’y étais arrivé à none de la veille de la Parascève, et le jour suivant... Oh ! j’ai fui pour ne pas te voir mourir. Pour cela seulement, Seigneur."         

"Je le sais. Et je sais que tu es revenu, un des premiers, pour pleurer sur mon tombeau. Mais je n’y étais déjà plus. Je sais tout. Voilà, je m’assois ici et me repose. Je me suis toujours reposé ici... Et les anges le savent."            

L’homme se met à travailler, mais semble se mouvoir dans une église tant ses gestes sont respectueux. De temps en temps il essuie une larme qui veut se mêler à son sourire, pendant qu’il va et vient pour prendre les petites colombes, les tuer, les préparer, et attiser le feu, cueillir et laver les légumes et mettre sur un plat les figues précoces, et dresser la pauvre table avec la meilleure vaisselle.        

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137> Mais quand tout est prêt comment peut-il s’asseoir et manger ? Il veut servir et cela lui paraît déjà beaucoup et ne veut rien de plus. Mais Jésus, qui a offert et béni, lui offre une moitié du pigeon qu’il a découpé en mettant la viande sur un morceau de fouace qu’il a trempé dans la sauce.          

"Oh ! comme à un préféré !" dit l’homme, et il mange en pleurant de joie et d’émotion sans quitter des yeux Jésus qui mange... qui boit, qui goûte les légumes, les fruits, le miel, qui lui offre sa coupe après avoir absorbé une gorgée de vin. Avant il avait toujours bu de l’eau.            

Le repas est fini.      

"Je suis bien vivant. Tu le vois, et tu es bienheureux. Rappelle-toi qu’il y a douze jours je suis mort par la volonté des hommes, mais que nulle est la volonté des hommes quand elle n’est pas d’accord avec la volonté de Dieu. Et même : la volonté contraire des hommes devient l’instrument servile de la Volonté éternelle. Adieu, Matthias. Puisque j’ai dit que sera avec Moi celui qui m’a donné à boire quand j’étais le Pèlerin sur lequel il était encore permis d’avoir des doutes, ainsi je te dis : tu auras part à mon Royaume céleste."    

"Mais maintenant, je te perds, ô Seigneur !"  

"Vois-moi dans tout pèlerin; dans tout mendiant, Moi; dans tout infirme, Moi; dans tous ceux qui ont besoin de pain, d’eau et de vêtements, Moi. Je suis dans tout homme qui souffre, et ce qui est fait à celui qui souffre, c’est à Moi que cela est fait."    

Il ouvre les bras pour bénir et il disparaît.

VII. Chez Abraham d’Engaddi.        
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La place d’Engaddi : un temple hypostyle de palmiers bruissants. La fontaine : miroir du ciel d’avril. Les colombes : murmure bas d’un orgue. Le vieil Abraham la traverse avec ses outils de travail sur les épaules. Encore plus âgé, mais serein comme quelqu’un qui a trouvé le calme après une grande tempête. Il traverse aussi le reste de la ville, va aux vignes près des sources. Les belles vignes fertiles, déjà pleines des promesses d’une récolte abondante. Il y entre, se met à sarcler, à tailler, à attacher. De temps à autre il se relève, s’appuie sur sa pioche, réfléchit. Il lisse sa barbe patriarcale, soupire, secoue la tête, en un discours intérieur.        

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138> Un homme tout enveloppé dans son manteau monte la route vers les sources et les vignes. Je dis : un homme. Mais c’est Jésus, car c’est son vêtement et sa démarche. Mais pour le vieillard c’est un homme. Et l’homme interpelle Abraham en disant : "Puis-je m’arrêter ici ?"          

"L’hospitalité est sacrée. Je ne l’ai jamais refusée à personne. Viens. Entre. Que te soit doux le repos à l’ombre de mes vignes. Veux-tu du lait ? Du pain ? Je te donnerai ce que je possède ici."            

"Et Moi, que puis-je te donner ? Je n’ai rien."            

"Celui qui est le Messie m’a tout donné, pour tous les hommes. Et quelque chose que je donne, ce n’est rien par rapport à ce que Lui m’a donné."      

"Sais-tu qu’ils l’ont crucifié ?"           

"Je sais qu’il est ressuscité. Es-tu de ceux qui l’ont crucifié ? Je ne puis te haïr parce que Lui ne veut pas de haine. Mais si je le pouvais je te haïrais si tu l’étais."        

"Je ne suis pas de ceux qui l’ont crucifié. Sois en paix. Tu sais donc tout de Lui."     

"Tout. Et Élisée... C’est mon fils, tu sais ?
Élisée n’est plus revenu de Jérusalem en disant : "Congédie-moi, père, car je quitte tout bien pour prêcher le Seigneur. J’irai à Capharnaüm à la recherche de Jean, et je m’unirai aux disciples fidèles".     

"Ton fils t’a donc quitté ? Si vieux et seul ?"  

"C’est ma joie rêvée ce que tu appelles abandon. La lèpre ne m’avait-elle pas privé de lui ? Et qui me l’a rendu ? Le Messie. Et est-ce que je le perds, peut-être, parce que lui prêche le Seigneur ? Mais non ! Je le retrouve aussi dans la vie éternelle. Mais tu parles d’une façon qui me donne des soupçons. Es-tu un émissaire du Temple ? Viens-tu pour persécuter ceux qui croient au Ressuscité ? Frappe ! Je ne fuis pas. Je n’imite pas les trois
sages d’autrefois. Je reste. Car si je tombe pour Lui, je le rejoins au Ciel et s’accomplit ma prière de l’année dernière.”

"C’est vrai. Tu as dit alors : “J’ai attendu anxieusement le Seigneur et Lui s’est tourné vers moi”.

"Comment le sais-tu ? Es-tu un de ses disciples ? Étais-tu avec Lui quand je l’ai prié ? Oh ! s’il en est ainsi, aide-moi à Lui faire arriver mon cri pour qu’il s’en souvienne." Il se prosterne, croyant parler à un apôtre.           

"C’est Moi, Abraham d’Engaddi, et je te dis : ‘Viens’." Jésus lui ouvre ses bras en se manifestant ainsi et l’invite à s’y précipiter et à s’abandonner sur son Cœur.  

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139> En ce moment entre dans la vigne un enfant, suivi d’un jeune homme, en criant : "Père ! Père ! Nous voici pour t’aider."       

Mais le cri de l’enfant est couvert par le cri puissant du vieillard, un vrai cri de délivrance : "Voilà ! Je viens !" Et Abraham se jette dans les bras de Jésus, en criant encore : "Jésus, Messie Saint ! Entre tes mains je remets mon esprit !"          

Mort bienheureuse ! Mort que j’envie ! Sur le Cœur du Christ, dans la paix sereine de la campagne fleurie d’avril...     

Jésus dépose avec calme le vieillard sur l’herbe fleurie qui ondule à la brise, au pied d’une rangée de vignes, et il dit aux enfants restés étonnés et effrayés, tout près de pleurer : "Ne pleurez pas. Il est mort dans le Seigneur. Bienheureux ceux qui meurent en Lui ! Allez, enfants, prévenir ceux d’Engaddi que le chef de la synagogue a vu le Ressuscité et qu’il a vu sa prière exaucée par Lui. Ne pleurez pas ! Ne pleurez pas !" Il les caresse en les conduisant à la sortie. Puis il revient près du défunt et lui remet en ordre la barbe et les cheveux, lui abaisse les paupières restées à moitié closes, met en place ses membres et étend sur lui le manteau qu’Abraham avait enlevé pour travailler.       

Il reste jusqu’au moment où il entend des voix sur la route. Alors il se redresse. Splendide... Ceux qui accourent le voient. Ils crient. Ils vont plus vite pour rejoindre Jésus. Mais Lui se dérobe à leurs regards dans l’éclat d’un rayon plus vif du soleil.

VIII. Élie, l’essénien du Carit.         
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L’âpre solitude de l’âpre montagne au fond de laquelle coule le Carit. Élie, en prière, encore plus décharné et plus barbu, vêtu d’un habit de laine rêche, ni gris ni marron, qui le rend semblable aux rochers qui l’entourent.          

Il perçoit un son comme si c’était le vent ou le tonnerre. Il lève la tête. Jésus est apparu sur un rocher suspendu en équilibre au-dessus d’un précipice au fond duquel court le torrent.

"Le Maître !" Il se jette par terre, le visage contre le sol.         

"C’est Moi, Élie. Tu n’as pas senti le tremblement de terre de la Parascève ?"            

"Je l’ai senti et je suis descendu à
Jéricho et chez Nique. Je n’ai trouvé personne de ceux qui t’aiment. J’ai demandé de tes nouvelles. Ils m’ont frappé. Puis j’ai senti une autre fois la terre qui tremblait, mais plus légèrement et je suis revenu ici, pour faire pénitence, en pensant que s’est ouverte la digue de la colère céleste."       

140> "De la Miséricorde Divine. Je suis mort et ressuscité. Regarde mes plaies. Rejoins sur le Thabor les serviteurs du Seigneur et dis-leur que je t’ai envoyé."    

Il le bénit et disparaît.

IX. À Césarée de Philippe.  
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L’enfant de Dorca, soutenu par sa mère, fait ses premiers pas sur le bastion de la forteresse. Et Dorca, penchée comme elle l’est, ne voit pas apparaître le Seigneur. Mais quand, ayant laissé le petit un peu libre, elle le voit qui se met à marcher avec assurance et rapidité vers le coin du bastion, elle se redresse pour courir afin de l’empêcher de tomber et peut-être de périr en passant à travers les mâchicoulis ou passages faits exprès pour les armes offensives. Et en le faisant, elle voit Jésus qui prend l’enfant sur son cœur et le baise. La femme n’ose pas faire un geste, mais elle pousse un cri. Un cri qui fait lever la tête à ceux des cours et attire les visages aux fenêtres : "Le Seigneur ! Le Seigneur ! Le Messie est ici ! Il est vraiment ressuscité." Mais avant que les gens puissent accourir, Jésus est déjà disparu.      

"Tu es folle ! Tu rêves ! Un jeu de lumière t’a fait voir un fantôme."    

"Oh ! Il était bien vivant ! Regardez mon fils comme il regarde là et comme il a dans ses mains une pomme belle comme son petit visage. Il la ronge avec ses petites dents et il rit. Moi je n’ai pas de pommes..."          

"Personne n’a des pommes mûres de ces jours-ci, et si fraîches..." disent-ils en restant émus.          

"Interrogeons
Tobie" disent quelques femmes.         

"Et que voulez-vous faire ? Il sait à peine appeler : maman !" et des hommes se moquent d’elles.         

Mais les femmes se penchent sur le petit et elles disent : "Qui t’a donné la pomme ?"

Et la bouche, qui sait à peine dire les paroles les plus élémentaires, dit avec assurance, tout entière dans un rire de ses petites dents et de ses gencives encore vides : "Jésus."

"Oh !"           

"Hé ! vous l’appelez Jésaï ! Il sait dire son nom."      

"Jésus, toi, ou Jésus le Seigneur ? Quel Seigneur ? Où l’as-tu vu ?" Les femmes le harcèlent de questions.        

"Là, le Seigneur. Jésus le Seigneur."

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141> "Où est-il ? Où est-il allé ?"       

"Là." Il indique le ciel plein de soleil et il rit, heureux, et il mord sa pomme.    

Et pendant que les hommes s’en vont en hochant la tête, Dorca dit aux femmes : "Il était beau. Il semblait vêtu de lumière. Et il avait sur les mains la marque des clous rouge comme une gemme dans tant de blancheur. J’ai bien vu car il tenait l’enfant ainsi" et elle fait le geste de Jésus.    

L’intendant accourt, se fait répéter le récit, réfléchit, conclut : "Le psaume le dit : “Sur la bouche des jeunes enfants et des nourrissons tu as mis ta louange parfaite” .[1] Et pourquoi pas la vérité ? Eux sont innocents. Et nous... Souvenons-nous de ce jour... Mais non ! Je vais dans le village des disciples. Je vais voir si le Rabbi y est... Et pourtant... Il était mort... Mais !..."       

Et sur ce "mais !" qu’il finit de conclure intérieurement l’intendant s’en va, pendant que les femmes, exaltées, continuent de poser des questions au petit qui rit et répète : "Jésus, là. Et puis là. Jésus Seigneur" et il indique le lieu où était Jésus, puis le soleil où il l’a vu disparaître, heureux, heureux.

X. À Cédès. 
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Les gens de Cédés sont rassemblés dans la synagogue et discutent avec le vieux Matthias, le chef de la synagogue, sur les derniers événements. La synagogue est plutôt à moitié obscure car les portes sont fermées et les rideaux baissés sur les fenêtres, lourds rideaux que le vent d’avril a du mal à remuer.            

Un éclair illumine la pièce. Il semble que ce soit un éclair, mais c’est la lumière qui précède Jésus. Et Jésus se manifeste, frappant de stupeur un grand nombre de gens. Il ouvre les bras et bien visibles apparaissent les blessures aux mains et aux pieds car il se montre sur la dernière des trois marches qui conduisent à une porte fermée. Il dit : "Je suis ressuscité. Je vous rappelle la discussion entre les scribes et Moi. A cette génération mauvaise j’ai donné le signe que j’avais promis :
celui de Jonas. À qui m’aime et est fidèle je donne ma bénédiction." Rien de plus. Il est disparu.     

"Mais c’était Lui ! D’où ? Et pourtant il était vivant ! Il l’avait dit ! Voilà ! Maintenant je comprends. Le signe de Jonas : trois jours dans les entrailles de la Terre, et puis la résurrection..."          

Bruit de commentaires...

XI. À Giscala.          
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142> Un groupe venimeux de rabbis qui essaient d’amener à leurs demandes quelques hommes qui hésitent. Ils voudraient obtenir que ces derniers aillent chez Gamaliel qui s’est renfermé dans sa maison et ne veut voir personne.   

Ces hommes disent : "Nous vous disons qu’il n’est pas ici. Nous ne savons pas où il est. Il est venu, il a consulté des rouleaux, il est parti. Il n’a pas dit un mot. Il faisait peur tant il était bouleversé et vieilli" répliquent les autres.          

De mauvaise grâce les rabbis tournent le dos à ceux qui parlent et ils s’en vont en disant : "Gamaliel aussi est fou comme
Simon ! Ce n’est pas vrai que le Galiléen est ressuscité ! Ce n’est pas vrai. Ce n'est pas vrai ! Ce n’est pas vrai qu’il est Dieu. Ce n’est pas vrai. Rien n’est vrai. Nous seuls sommes dans le vrai." L’angoisse même avec laquelle ils disent que ce n’est pas vrai montre leur peur que ce soit vrai, leur besoin de se rassurer.           

Ils ont longé les murs de la maison et sont du côté de la tombe de
Hillel. Aboyant toujours leurs négations, ils lèvent le visage… et s'enfuient en poussant des cris. Le Jésus, très bon avec les bons, est là : terrible de puissance et les bras ouverts comme sur la croix... Les plaies des mains rougissent comme si elles suintaient du sang. Il ne dit pas un mot, mais ses regards foudroient.        

Les rabbis fuient, tombent, se relèvent, se blessent contre les arbres et les pierres, fous, rendus fous de peur. Ils ressemblent à des meurtriers ramenés en présence de leur victime.

XII. Chez Joachim et Marie à Bozra.           
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"Marie ! Marie ! Joachim et Marie ! Venez dehors."    

Les deux qui sont dans une pièce tranquille, éclairée par une lampe, l’une occupée à coudre, l’autre à faire des comptes, lèvent la tête, se regardent...
Joachim, blême de peur, murmure : "La voix du Rabbi ! Il vient de l’autre vie..." La femme apeurée se serre contre l’homme. Mais l’appel se répète et les deux, en se tenant étroitement pour s’encourager mutuellement, osent sortir, aller dans la direction de la voix.  

Dans le jardin qu’éclaire la faucille d’une lune nouvelle, resplendit, dans une lumière plus forte que plusieurs lunes, Jésus. La lumière l’entoure et en fait un Dieu. Le sourire très doux et le regard affectueux font de Lui un Homme : "Allez dire à ceux de Bozra que vous m’avez vu vivant et réel. Et dites-le au Thabor, toi, Joachim, à ceux qui y sont venus." Il les bénit. Disparaît.     

143>
"Mais c’était Lui ! Ce n’était pas un rêve ! Moi... Demain, je vais en Galilée. Il a dit au Thabor, n’est-ce pas ?..."

XIII. À Éphraïm chez Marie de Jacob.         
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La femme est en train de pétrir de la farine pour faire du pain. Elle se tourne en s’entendant appeler et elle voit Jésus. Le visage au sol, les mains par terre, muette d’adoration, un peu effrayée.      

Jésus parle : "Tu diras à tous que tu m’as vu et que je t’ai parlé. Le Seigneur n’est pas soumis au tombeau. Je suis ressuscité le troisième jour comme je l’avais promis. Persévérez, vous qui êtes dans ma voie, et ne vous laissez pas séduire par les paroles de ceux qui m’ont crucifié. Ma paix à toi."

XIV. Chez Sintica à Antioche.         
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Sintica est en train de préparer un sac de voyage. C’est le soir, car une petite lampe est allumée, tremblante, avec une clarté très relative, posée sur une table près de la femme occupée à plier des vêtements.        

La pièce s’illumine vivement et Sintica lève la tête, étonnée de voir ce qui arrive, d’où vient cette lumière si claire dans cette pièce toute close. Mais avant qu’elle voie, Jésus la devance : "C’est Moi. Ne crains pas. Je me suis montré à plusieurs pour les confirmer dans la foi. Je me montre aussi à toi, disciple obéissante et fidèle. Je suis ressuscité. Tu vois ? Je n’ai plus de douleur. Pourquoi pleures-tu ?"          

La femme, devant la beauté du Glorifié, ne trouve pas les mots... Jésus lui sourit pour l’encourager et ajoute : "Je suis le même Jésus qui t’a accueilli sur la route près de Césarée. Tu savais parler alors que tu étais si craintive et que j’étais pour toi l’Inconnu. Et maintenant tu ne sais pas me dire un mot ?"       

"O Seigneur ! J’allais partir... Pour m’ôter du cœur tant d’inquiétude et de douleur."   

"Pourquoi de la douleur ? Ne t’a-t-on pas dit que j’étais ressuscité ?"            

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144> "On l’a dit et démenti. Mais je ne me suis pas troublée de ces contradictions. Je savais que tu ne pouvais pas te corrompre dans un tombeau. J’ai pleuré sur ton martyre. J’ai cru, avant même qu’on ne m’en parle, à ta résurrection. Et j’ai continué de croire quand il en est venu d’autres dire que ce n’était pas vrai. Mais je voulais aller en Galilée. Je pensais : à Lui, on ne peut plus faire de mal. Lui est plus Dieu qu'Homme. Je ne sais si je dis bien..."   

"Je comprends ta pensée."   

"Et je disais : je l’adorerai et je verrai
Marie. Je pensais que tu ne resterais pas beaucoup parmi nous et je hâtais mon départ. Je me disais : quand il sera retourné au Père, comme il disait, sa Mère sera un peu triste dans sa joie, car c’est une âme mais c’est aussi une mère... Et je chercherai à la consoler, maintenant qu’elle est seule... J’étais orgueilleuse !"

"Non. C’était de la pitié. Je dirai ta pensée à ma Mère. Mais n’y va pas. Reste où tu es et continue à travailler pour Moi. Maintenant plus qu’avant. Tes frères, les disciples, ont besoin du travail de tous pour pouvoir propager ma doctrine. Tu m’as vu. Marie est confiée à
Jean. Que toute ta peine tombe. Tu pourras fortifier ton esprit dans la certitude de m’avoir vu et avec la puissance de ma bénédiction."

Sintica a un grand désir de le baiser, mais elle n’ose pas. Jésus lui dit : "Viens." Et elle ose se traîner à genoux près de Jésus et elle va Lui baiser les pieds, mais elle voit les deux plaies et n’ose pas. Elle prend un coin du vêtement et le baise en pleurant et murmure : "Que t’ont-ils fait !" Puis une demande : "Et
Jean-Félix ?"      

"Il est heureux. Il ne se rappelle plus que l’amour et il vit en lui. Paix à toi, Sintica." Il disparaît.      

La femme reste dans l’acte d’adoration, à genoux, le visage levé, les mains un peu tendues, des larmes sur le visage, un sourire sur la bouche...

XV. Chez le Lévite Zacharie.           
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Il est dans une petite pièce, assis et pensif. La tête penchée sur une main. C’est le lévite Zacharie.      

"Ne sois pas incertain. N’accueille pas les voix qui te troublent. Je suis la Vérité et la Vie. Regarde-moi. Touche-moi."  

Le jeune homme a levé son visage aux premières paroles, il a vu Jésus et a glissé à genoux. Il crie : "Pardonne-moi, Seigneur. J’ai péché. J’ai accueilli en moi le doute sur ta vérité."         

"Plus que toi sont coupables ceux qui cherchent à séduire ton esprit. Ne cède pas à leurs tentations. Je suis un corps vivant et réel. Sens le poids et la chaleur, la consistance et la force de ma main." Il lui prend l’avant-bras et le lève avec force en disant : "Lève-toi et marche dans les voies du Seigneur, hors du doute et de la peur. Et tu seras heureux si tu sais persévérer jusqu’à la fin."          

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145> Il bénit et disparaît.      

Le jeune homme, après un instant d’étourdissement émerveillé, se précipite hors de la pièce en criant : "Mère ! Père ! J’ai vu le Maître. Ce n’est pas vrai ce que disent les autres ! Je n’étais pas fou. Ne continuez pas à croire au mensonge, mais bénissez avec moi le Très-Haut qui a eu pitié de son serviteur. Je pars. Je vais en Galilée. Je vais trouver quelques-uns des disciples. Je vais leur dire de croire. Que Lui est vraiment ressuscité.”          

Il ne prend pas de sac avec de la nourriture et des vêtements. Il prend son manteau et s’en va en courant sans donner à ses parents le temps de revenir de leur stupeur et de pouvoir intervenir pour le retenir.

XVI. À une femme de la plaine de Saron.   
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Une route littorale, peut-être celle qui unit Césarée à Joppé, ou une autre. Je ne sais pas. Je sais que je vois une campagne à l’intérieur et la mer à l’extérieur, bleu vif, après la ligne jaunâtre de la rive. La route est certainement une artère romaine, comme en témoigne son pavage.       

Une femme en pleurs marche sur cette route dans les premières heures d’un matin serein. L’aurore est née depuis peu. La femme doit être très fatiguée car de temps en temps elle s’arrête pour s’asseoir sur une pierre milliaire ou sur la route. Puis elle se relève et avance, comme si quelque chose hâtait sa marche, malgré une grande fatigue.         

Jésus, un voyageur couvert d’un manteau, se met à côté d’elle. La femme ne le regarde pas. Elle avance, absorbée dans sa douleur. Jésus lui demande : "Pourquoi pleures-tu, femme ? D’où viens-tu ? Et où vas-tu ainsi toute seule ?"      

"Je viens de Jérusalem et je retourne chez moi."       

"C’est loin ?"            

"À mi-chemin entre Joppé et Césarée."         

"À pied ?"    

"Dans la vallée avant
Modin des voleurs ont pris mon âne et ce qu’il portait."            

"Tu as été imprudente d’aller seule. Ce n’est pas l’habitude d’aller seul pour la Pâque."

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146> "Je n’étais pas venue pour la Pâque. J’étais restée à la maison, car j’ai, j’espère l’avoir encore, un enfant malade. Mon mari était allé avec les autres. Je l’ai laissé aller en avant et, quatre jours après, je suis partie. Car j’ai dit : "Certainement Lui est à Jérusalem pour la Pâque. Je le chercherai". J’avais un peu peur, mais j’ai dit : "Je ne fais rien de mal. Dieu voit. Je crois et je sais qu’Il est bon. Il ne me repoussera pas parce que..." Elle s’arrête comme apeurée et jette un coup d’œil rapide sur l’homme qui marche près d’elle, si bien couvert qu’on voit à peine ses yeux, les yeux uniques de Jésus.       

"Pourquoi te tais-tu ? Tu as peur de Moi. Crois-tu que je sois un ennemi de celui que tu cherchais ? Car tu cherchais le Maître de Nazareth pour Lui demander de venir à ta maison pour guérir l’enfant, pendant que ton mari était absent..."      

"Je vois que tu es un prophète. C’est cela. Mais quand je suis arrivée dans la ville le Maître était mort." Les pleurs l’étouffent...   

"Il est ressuscité. Ne le crois-tu pas ?"          

"Je le sais. Je le crois. Mais moi... Mais moi... Pendant quelques jours j’ai espéré le voir moi aussi.., On dit qu’il s’est montré à certains. Et j’ai tardé de partir… chaque jour, c’était pour moi une douleur car... il est si malade mon enfant... Mon cœur était divisé... Aller pour consoler sa mort... Rester pour chercher le Maître... Je ne prétendais pas qu’il vînt à ma maison, mais qu’il me promît la guérison."    

"Et tu aurais cru ? Tu penses que de loin ?..."           

"Je crois. Oh ! s’il m’avait dit : “Va en paix. Ton fils guérira”, je n’aurais pas douté. Mais je ne le mérite pas parce que..." elle pleure, en pressant son voile sur sa bouche comme pour s’empêcher de parler.           

"Parce que ton mari est un des accusateurs et des bourreaux de Jésus-Christ. Mais Jésus-Christ est le Messie. Il est Dieu. Et Dieu est juste, femme. Il ne punit pas un innocent à cause d’un coupable. Il ne torture pas une mère parce que le père est pécheur. Jésus-Christ est la Miséricorde vivante..."

"Oh ! Tu es peut-être un de ses apôtres ? Tu sais peut-être où il est ? Toi... Peut-être Lui t’a envoyé pour me dire cela. Il a senti, il a vu ma douleur, ma foi, et il t’envoie à moi comme le Très-Haut envoya l’archange Raphaël à Tobie. Dis-le-moi s’il en est ainsi, et moi, bien que lasse jusqu’à en être fiévreuse, je retournerai en arrière pour chercher le Seigneur."    

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147> "Je ne suis pas un apôtre. Mais les apôtres sont encore restés pour plusieurs jours à Jérusalem après sa Résurrection..."  

"C’est vrai. Je pouvais le demander à eux."   

"Certainement. Eux continuent le Maître."      

"Je ne croyais pas qu’ils puissent faire des miracles."           

"Ils en ont fait encore..."       

"Mais maintenant... On m’a dit qu’un seul est resté fidèle et je ne croyais pas..."       

"Si. Ton mari t’a parlé ainsi, en se moquant de toi dans son délire de faux triomphateur. Mais Moi, je te dis que tout homme peut pécher, car Dieu seul est parfait. Et il peut se repentir. Et s’il se repent, sa force grandit et Dieu augmente ses grâces à cause de sa contrition. N’a-t-Il pas pardonné à David, le Seigneur Très-Haut ?"     

"Mais qui es-tu ? Qui es-tu pour me parler avec tant de douceur et de sagesse, si tu n’es pas apôtre ? Un ange, peut-être ? L’ange de mon enfant. Il a peut-être expiré et tu es venu pour me préparer..."

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif Jésus laisse tomber son manteau de sa tête et de son visage et, passant de l’humble aspect d’un pèlerin ordinaire à sa majesté de Dieu-Homme, revenu de la mort, il dit avec une douce solennité : "C’est Moi. Le Messie qu’on a crucifié en vain. Je suis la Résurrection et la Vie. Va, ô femme. Ton fils vit car j’ai récompensé ta foi. Ton fils est guéri. Car si le Rabbi de Nazareth a fini sa mission, l’Emmanuel continue la sienne jusqu’à la fin des siècles pour tous ceux qui ont foi, espérance et charité au Dieu Un et Trin dont le Verbe incarné est une Personne qui, à cause du divin amour, a quitté le Ciel pour venir enseigner, souffrir et mourir pour donner la Vie aux hommes. Va en paix, femme. Et sois forte dans la foi car le temps est venu où dans une famille l’époux sera contre l’épouse, le père contre ses enfants et ces derniers contre celui-là, par haine ou par amour pour Moi. Mais bienheureux ceux que la persécution n’arrachera pas à ma Voie."      

Il la bénit et disparaît.

XVII. À des bergers sur le grand Hermon.  
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Un groupe de troupeaux et de bergers. Ils séjournent sur des pentes de magnifiques pâturages. Ils parlent des événements de Jérusalem. Ils sont affligés en se disant l’un à l’autre : "Nous n’aurons plus sur la Terre l’ami des bergers" et ils rappellent les nombreuses rencontres qu’ils ont eues ici et là avec Lui... "Rencontres" dit un vieux berger "que nous ne ferons jamais plus."  

148> Jésus apparaît comme s’il mettait le pied en ce lieu de derrière un bosquet enchevêtré où les grands fûts sont embrassés par des buissons bas qui cachent la vue du sentier. Ils ne le reconnaissent pas dans l’homme solitaire et ils murmurent en le voyant ainsi enveloppé dans un vêtement blanc : "Qui est-ce ? Un essénien ? Ici ? Un riche pharisien ?" Ils sont perplexes.    

Jésus leur demande : "Pourquoi dites-vous que vous ne rencontrerez plus le Seigneur ? Car Celui dont vous parlez, c’est le Seigneur."     

"Nous le savons. Mais tu ne sais pas ce qu’ils Lui ont fait ? Maintenant il y en a qui disent qu’il est ressuscité, d’autres non. Mais même s’il est ressuscité comme nous préférons le croire, maintenant il s’en est allé. Comment peut-il désormais aimer et rester au milieu d’un peuple qui l’a crucifié ? Et nous qui l’aimions, même si nous ne l’avions pas tous connu, nous sommes tristes de l’avoir perdu."         

"Il y a une manière de l’avoir encore. Lui l’enseignait."           

"Oh ! oui. En faisant ce que Lui enseignait. Alors on a le Royaume des Cieux et l’on est avec Lui. Mais avant on doit vivre et puis mourir. Et Lui n’est plus parmi nous pour nous réconforter." Ils secouent la tête.      

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif "Mes petits-enfants, ceux qui vivent ce que Lui a enseigné, en gardant son enseignement dans leurs cœurs, c’est comme s’ils avaient Jésus dans leurs cœurs. En effet Parole et Doctrine sont une seule chose. Lui n’était pas un Maître qui aurait enseigné des choses qui n’eussent pas été telles que Lui était. Par conséquent, celui qui fait ce que Lui a dit, a Jésus vivant en lui et n’en est pas séparé."

"Tu parles bien, mais nous sommes de pauvres hommes et... nous voudrions aussi le voir de nos yeux pour bien ressentir la joie... Moi je ne l’ai jamais vu
[2], et mon fils non plus; ni Jacob, celui-ci; ni Melchias, celui-là; ni Jacques, cet autre; ni Saül. Tu vois seulement parmi nous combien ne l’ont pas vu ? Nous le cherchions toujours, et quand nous arrivions, Lui était parti."   

"Vous n’étiez pas à Jérusalem ce jour-là ?"   

"Oh ! nous y étions ! Mais quand nous avons su ce qu’ils voulaient Lui faire nous nous sommes enfuis comme des fous sur les montagnes, pour revenir dans la ville après le sabbat. Nous ne sommes pas coupables de son Sang car nous n’étions pas dans la ville. Mais nous avons mal agi d’être lâches. Nous l’aurions vu, au moins, et salué. Certainement Lui nous aurait bénis pour notre salut... Mais, vraiment, nous n’avons pas eu le courage de le regarder au milieu des tourments."            

149> "Lui vous bénit maintenant. Regarde Celui dont vous désirez connaître le Visage."

Il se manifeste, splendidement divin sur la verdure du pré. Devant leur stupeur qui les jette à terre, mais qui aussi cloue leurs pupilles sur le visage divin, Lui disparaît dans une lumière éblouissante.

XVIII. À Sidon, dans la maison de l’enfant né aveugle.      
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L’enfant joue tout seul sous une tonnelle touffue. Il s’entend appeler et se trouve en face Jésus. Bien peu craintif, il Lui demande : "Mais tu es le Rabbi qui m’a donné les yeux ?" et il fixe ses yeux limpides d’enfant, d’un bleu pareil à ceux de Jésus, dans les yeux divins étincelants.   

"C’est Moi, enfant. Tu n’as pas peur de Moi ?" Il lui caresse la tête.   

"Peur, non. Mais maman et moi, nous avons beaucoup pleuré quand
le père est revenu avant le temps et nous a dit qu’il s’était enfui parce qu’ils avaient pris le rabbi pour le faire mourir. Il n’a pas fait la Pâque et doit partir de nouveau pour la faire. Mais tu n’es pas mort, alors ?"        

"Je suis mort. Regarde les blessures. Mort sur la croix. Mais je suis ressuscité. Tu diras à ton père de rester quelque temps à Jérusalem après la seconde Pâque et de rester aux alentours de l’Oliveraie, à
Bethphagé. Là il trouvera quelqu’un qui lui dira ce que faire."

"Mon père pensait te chercher. Pour les Tabernacles, il n’a pas pu te parler. Il voulait te dire qu’il t’aimait bien à cause des yeux que tu m’as donnés. Mais il n’a pas pu le faire ni alors, ni maintenant..."       

"Il le fera avec la foi en Moi. Adieu, enfant. La paix à toi et à ta famille."

XIX. Chez les paysans de Giocana. 
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Les champs de Giocana sous le baiser de la lune. Silence absolu. Les pauvres demeures des paysans dans une nuit étouffante qui oblige à garder ouverte au moins une porte pour ne pas mourir de chaleur dans les pièces basses où sont entassés trop de corps pour ce qu’elles peuvent contenir.     

150> Jésus entre dans une pièce. Il semble que ce soit la lune elle-même qui allonge son rayonnement pour Lui faire un tapis royal sur le sol de terre battue. Il se penche sur un dormeur qui se tient à plat ventre dans le lourd sommeil de la fatigue. Il l’appelle. Il passe à un autre, et à un autre. Il les appelle tous, ses fidèles et pauvres amis. Il passe léger et rapide comme un ange qui vole. Il entre dans d’autres tanières... Puis il va les attendre dehors, près d’un bouquet d’arbres. Les paysans, à moitié endormis, sortent de leurs taudis. Deux, trois, un seul, cinq ensemble, quelques femmes. Ils sont stupéfaits d’avoir été tous appelés ainsi par une voix connue qui a dit à tous les mêmes paroles : "Venez à la pommeraie."

Ils y vont, les hommes en finissant d’enfiler leurs pauvres vêtements, et les femmes d’arranger leurs tresses, et ils parlent doucement.     

"Il m’a semblé que c’était la voix de Jésus de Nazareth."       

"Peut-être son esprit. Ils l’ont tué. L’avez-vous entendu dire ?"           

"Moi, je ne puis le croire. Il était Dieu."          

"Et pourtant
Joël l’a vu aussi passer sous la croix..."            

"À moi ils ont dit hier, pendant que j’attendais que le régisseur traite ses affaires, que les disciples sont passés par
Jezraël et qu’ils ont dit qu’il était vraiment ressuscité."       

"Tais-toi ! Tu sais ce qu’a dit le maître. C’est la flagellation pour qui dit cela."            

"La mort, peut-être. Mais ne serait-ce pas mieux plutôt que de souffrir ainsi ?"          

"Et maintenant Lui n’y est plus !"       

"Ils sont encore plus mauvais, maintenant qu’ils ont réussi à le tuer."

"Ils sont mauvais parce qu’il est ressuscité."

Ils parlent doucement en allant vers le point qui leur a été indiqué.     

"Le Seigneur !" crie une femme en tombant la première à genoux.     

"Son fantôme !" crient d’autres et certains ont peur.  

"C’est Moi. Ne craignez pas. Ne criez pas. Avancez. C’est vraiment Moi. Je suis venu pour confirmer votre foi que je sais attaquée par d’autres. Vous voyez ? Mon Corps fait de l’ombre parce que c’est un vrai corps. Vous ne rêvez pas, non. C’est bien ma vraie voix. Je suis le même Jésus qui rompait le pain avec vous et vous donnait son amour. Maintenant aussi je vous donne mon amour. Je vous enverrai mes disciples. Et ce sera encore Moi, Car eux vous donneront ce que je vous donnais et ce que je leur ai donné pour pouvoir me communiquer à ceux qui croient en Moi.       

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151> Portez votre croix comme Moi j’ai porté la mienne. Soyez patients. Pardonnez. Ils vous diront comment je suis mort. Imitez-moi.    I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif Le chemin de la douleur est le chemin du Ciel. Suivez-le avec paix et vous aurez mon Royaume. Il n’y a pas d’autre chemin que celui de la résignation à la volonté de Dieu, de la générosité, de la charité envers tous. S’il y en avait eu un autre, je vous l’aurais indiqué. Moi, je suis passé par lui, car c’est le juste chemin. Soyez fidèles à la Loi du Sinaï qui est immuable en ses dix commandements, et à ma Doctrine. Il en viendra qui vous instruiront pour que vous ne soyez pas abandonnés aux menées des mauvais. Je vous bénis. Rappelez-vous toujours que je vous ai aimés et que je suis venu parmi vous avant et après ma glorification. En vérité je vous dis que beaucoup auraient désiré me voir maintenant, et ne me verront pas. Beaucoup de grands. Je me montre à ceux que j’aime et qui m’aiment."    

Un homme ose dire : "Alors… le Royaume des Cieux existe vraiment ? Tu étais vraiment le Messie ? Eux nous influencent..."     

"N’écoutez pas leurs paroles. Rappelez-vous les miennes, et accueillez celles de mes disciples que vous connaissez. Ce sont des paroles de vérité. Et ceux qui les accueillent et les mettent en pratique, même s’ils sont serviteurs ou esclaves, seront des habitants et des cohéritiers de mon Royaume." Il les bénit en ouvrant les bras et disparaît.     

"Oh ! moi... Je ne crains plus rien, moi !"      

"Et moi non plus. Tu as entendu ? Pour nous aussi il y a une place !"            

"Il faut être bons !"   

"Pardonner !"           

"Patienter !"  

"Savoir résister."      

"Chercher les disciples."       

"Il est venu chez nous, pauvres serviteurs."   

"Nous le dirons à ses apôtres."        

"Si Giocana le savait !"         

"Et
Doras !"  

"Ils nous tueraient pour qu’on ne parle pas."  

"Mais nous nous tairons. Nous n’en parlerons qu’aux serviteurs du Seigneur."           

"
Michée, ne dois-tu pas aller avec cette charge à Sephoris ? Pourquoi ne vas-tu pas à Nazareth pour en parler..."    

"À qui ?"      

"À la Mère. Aux apôtres. Ils seront peut-être avec elle..."       

152> Ils s’éloignent en parlant de leurs projets.

XX. Sur les terres de Daniel parent d’Elchias. À Béteron.   
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Elchias, le pharisien, est en train de discuter avec ses pareils pour savoir ce qu’il faut faire du synhédriste Simon qui, devenu fou le vendredi saint, parle et dit trop de choses. Les avis sont différents. Quelqu’un dit de l’isoler dans quelque endroit désert où ses cris ne pourraient être entendus que par un serviteur très fidèle et partageant leurs idées, un autre, plus bienveillant, a confiance qu’il s’agit d’un malaise passager et qu’il suffirait de le laisser où il est.       

Elchias répond : "Je l’ai amené ici, ne sachant où l’amener ailleurs. Mais vous savez que je doute beaucoup de mon parent
Daniel..."     

D’autres, plus mauvais encore que Elchias, disent : "Il veut fuir, aller en mer. Pourquoi ne pas le satisfaire ?"    

"Parce qu’il n’est pas capable de faire des actes ordonnés. Seul en mer il périrait et aucun de nous n’est capable de conduire une barque."       

"Et même  ! S’il en était ainsi ! Qu’arriverait-il au lieu du débarquement, avec ce qu’il dit ? Laissez-lui choisir sa route... En présence de tous, et même de ton parent, fais en sorte que lui dise sa volonté, et qu’on fasse ce qu’il veut."       

Cette proposition est approuvée, et Elchias, appelant un serviteur, ordonne qu’on amène Simon et qu’on appelle Daniel. Ils arrivent l’un et l’autre et si Daniel a l’air d’un homme qui se sent mal à l’aise près de certaines gens, l’autre a vraiment l’air d’un fou.   

"Écoute-nous, Simon. Tu dis que nous te gardons prisonnier parce que nous voulons te tuer..."          

"Vous devez, car tel est le commandement."

"Tu délires, Simon. Tais-toi et écoute. Où te semble-t-il que tu guérirais ?"     

"En mer. En mer. Au milieu de la mer. Là où il n’y a pas de voix. Où il n’y a pas de tombeau. Car les tombeaux s’ouvrent et les morts en sortent et ma mère dit..."         

"Tais-toi ! Écoute. Nous t’aimons comme notre chair. Veux-tu vraiment y aller ?"       

"Bien sûr que je le veux. Car ici les tombeaux s’ouvrent et ma mère…"          

"Tu y iras. Nous te conduirons à la mer, nous te donnerons une barque et tu…"        

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153> "Mais c’est un homicide cela ! Il est fou ! Il ne peut aller seul !" crie l’honnête Daniel.

"Dieu ne violente pas la volonté de l’homme. Pourrions-nous faire ce que Dieu ne fait pas ?"

"Mais il est fou ! Il n’a plus de volonté. Il est plus dénué qu’un nouveau-né ! Vous ne pouvez pas !..."        

"Tais-toi. Tu es un agriculteur, rien d’autre. C’est nous qui savons... Demain nous partirons pour la mer. Sois content, Simon. Pour la mer, comprends-tu ?"       

"Ah ! je n’entendrai plus les voix de la Terre ! Plus les voix... Ah !" un long cri, un spasme d’agitation, ses yeux et ses oreilles se ferment. Et un autre cri, celui de Daniel qui fuit terrorisé.      

"Mais qui est-ce ? Qu’arrive-t-il ? Arrêtez ce fou et ce sot ! Sommes-nous, peut-être, en train de perdre tous la tête ?" crie Elchias.            

Mais celui qu’Elchias appelle le sot, c’est-à-dire son parent Daniel, après avoir couru quelques mètres se prosterne sur le sol, pendant que l’autre de son côté écume là où il est dans une convulsion effrayante, et crie, crie : "Faites-le taire ! Il n’est pas mort et il crie, il crie, il crie ! Plus que ma mère, plus que mon père, plus qu’il ne le faisait sur le Golgotha ! Là, là, vous ne voyez pas là ?" Il montre l’endroit où est Daniel tranquille, souriant, le visage levé après avoir été le visage au sol.            

Elchias le rejoint et le secoue rudement, furieux, sans s’occuper de Simon qui se roule par terre et écume et pousse des cris de bête au milieu du cercle terrifié des autres.       

Elchias apostrophe Daniel : "Visionnaire fainéant, veux-tu me dire ce que tu fais ?"   

"Laisse-moi. Maintenant je te connais. Et je m’éloigne de toi. J’ai vu, bienveillant pour moi, terrible pour vous, Celui que vous voulez me faire croire mort. Je m’en vais. Plus que l’argent et n’importe quelle richesse, je protège mon âme. Adieu, maudit ! Et, si tu peux, fais en sorte de mériter le pardon de Dieu."  

"Mais où vas-tu ? Où ? Moi, je ne veux pas !"           

"As-tu le droit de me garder prisonnier  ? Qui te l’a donné ! Je t’abandonne ce que tu aimes et je suis ce que j’aime. Adieu" il lui tourne le dos rapidement comme tiré par une force surhumaine et descend la pente verte des oliviers et des vergers.     

Elchias, et pas lui seul, est livide. La colère les étrangle tous. Elchias menace de se venger sur son parent, sur tous ceux qui "avec leurs frénésies" dit-il, affirment que le Galiléen est vivant. Il veut parler, il veut agir...      

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154> Quelqu’un, je ne sais pas qui c’est, dit : "Nous agirons, nous agirons, mais nous ne pourrons pas fermer toutes les bouches et les pupilles de ceux qui parlent parce qu’ils voient. Nous sommes vaincus ! Notre crime nous accable. Maintenant arrive l’expiation..." et il se bat la poitrine, pris d’une angoisse qui le rend semblable à quelqu’un qui monte les marches d’un échafaud. "La vengeance de Jéhovah" dit-il encore, et c’est toute la terreur millénaire d’Israël qui affleure dans sa voix.  

Pendant ce temps, blessé, écumant, effrayant, Simon fait entendre des cris de damné : "Parricide, m’a-t-il dit ! Faites-le taire ! Taire ! Parricide ! La même parole de ma mère ! Les morts ont donc tous les mêmes paroles ?!..."

XXI. À une femme de Galilée.         
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La lune près de se coucher va cacher son arc encore mince de lune nouvelle derrière la bosse d’une montagne. Sa clarté est donc très relative et dans peu de temps elle ne dominera plus la vaste campagne.    

Et pourtant il y a un voyageur sur le chemin solitaire, un petit chemin, un sentier au milieu des champs plutôt qu’autre chose. Il marche en tenant suspendu par un anneau une lanterne rudimentaire, qui, vieille comme le monde, je crois, sert généralement aux charretiers pour s’éclairer la nuit. Celle-ci, car le verre n’est pas une chose commune — je crois même que c’était une chose tout à fait inconnue car il ne m’est jamais arrivé d’en voir dans aucune maison ni comme verre à boire, ni comme vase, ni comme abri aux fenêtres — elle a donc pour abriter la flamme quelque chose qui peut être aussi bien du mica que du parchemin. La lumière en filtre si faible qu’elle peut tout juste servir à éclairer un petit espace autour de la lanterne. Pourtant, comme la lune se cache entièrement, la lumière du pauvre fanal paraît plus vigoureuse et met une clarté vacillante dans l’obscurité de la campagne.           

Le voyageur marche sans s’arrêter...

Le ciel a un commencement d’aube à l’extrémité de l’horizon, mais si faible, pour le moment, qu’elle n’éclaire rien et le pauvre lumignon sert encore.        

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155> Près d’un petit pont attend, ou se repose, un autre voyageur tout enveloppé dans son manteau. Celui du fanal, qui se dirige vers ce pont, s’arrête hésitant. Il se demande s’il doit passer par là ou revenir en arrière, où le lit d’un petit torrent a de larges pierres qui peuvent servir à passer à travers le peu d’eau du fond.          

Celui qui est assis sur la rive rustique faite d’un tronc d’arbre qui a encore son écorce blanche verte, lève la tête pour observer celui qui s’est arrêté. Il se lève et dit : "Ne me crains pas. Avance. Je suis un bon compagnon, pas un voleur."       

C’est Jésus. Je le reconnais à sa voix plutôt qu’à son aspect qui est voilé par le crépuscule profond que la lumière n’arrive pas à rompre jusqu’à l’endroit où est Jésus. Mais la personne arrêtée hésite encore.        

"Viens, femme. Ne crains pas. Nous irons ensemble, pendant un bout de chemin, et ce sera bien pour toi."          

La femme, je sais maintenant que c’est une femme, avance, vaincue par la douceur de la voix ou par une force secrète, et elle hoche la tête en avançant et en murmurant : "Il n’y a plus de bien pour moi."        

Maintenant ils avancent côte à côte par le chemin assez large pour permettre le passage de deux piétons. L’aube qui avance découvre d’un côté du chemin une rigide forêt en miniature de grains mûrs qui attendent qu’on les fauche. De l’autre côté les grains, déjà coupés, sont étendus en gerbes sur le champ dépouillé de sa gloire de moissons mûres.  

"Maudites !" dit à voix basse la femme en jetant un regard sur les gerbes qui gisent par terre.            

Jésus se tait.           

Le jour avance. La femme éteint la pauvre lanterne et, pour le faire, découvre son visage dévasté par les larmes. Elle lève son visage pour regarder vers l’orient où une ligne jaune rose annonce le lever du soleil. Elle tend le poing vers l’orient et elle dit encore : "Maudit sois-tu !"      

"Le jour ? C’est Dieu qui l’a fait, comme Il a fait le grain. Ce sont des bienfaits de Dieu. Il ne faut pas les maudire..." dit doucement Jésus.           

"Et moi je les maudis. Je maudis le soleil et les moissons. Et j’ai raison de le faire."

"N’ont-ils pas été bons pour toi pendant tant d’années ? Le premier n’a-t-il pas fait mûrir pour toi le pain quotidien, le raisin qui se change en vin, les légumes et les fruits du jardin, et n’a-t-il pas fait croître les pâturages pour nourrir les brebis et les agneaux dont le lait et la viande t’ont nourri et avec la toison desquels tu as tissé tes vêtements ? Et le grain n’a-t-il pas donné le pain pour toi, pour tes enfants, pour ton père et pour ta mère, pour ton époux ?"     

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156> Elle éclate en sanglots et pousse un cri : "Je n’ai plus d’époux ! Eux l’ont tué ! Il était allé travailler, car nous avons sept enfants et le peu que nous avions à nous ne suffisait pas pour nourrir dix personnes. Hier soir, il est venu en disant : "Je suis las et tout drôle" et il s’est jeté sur le lit, brûlant de fièvre. Sa mère et moi, nous l’avons secouru comme nous pouvions, pensant appeler aujourd’hui le médecin de la ville... Mais il est mort après le chant du coq. Le soleil l’a tué. Je vais à la ville, oui, pour prendre ce qu’il faut. En revenant, je penserai à prévenir ses frères. J’ai laissé sa mère pour veiller son fils et mes enfants.., et je suis partie pour ce qu’il faut faire... Et je ne dois pas maudire le soleil brûlant et le grain ?"      

Retenue comme elle l’était d’abord, de sorte que je n’aurais pas pensé que c’était une femme, et surtout une femme affligée, maintenant sa douleur a rompu les digues et elle déborde avec force. Elle dit tout ce qu’elle n’a pas dit dans sa maison "pour ne pas éveiller ses enfants qui dorment dans la pièce voisine", tout ce qui lui pesait tellement sur le cœur que cela lui donnait l’impression qu’il allait éclater. Souvenirs d’amour, peur de l’avenir, douleur de veuve, passent confusément comme des débris arrachés à la rive, sur l’eau gonflée d’un fleuve en crue…           

Jésus la laisse parler. Car Jésus sait compatir à la douleur, il la laisse s’épancher, pour que la créature en soit soulagée et la fatigue même qui succède au débordement de la douleur la rende capable d’écouter celui qui la console. Alors il lui dit doucement : "À
Naïm et à Nazareth, et dans les villages situés entre les deux, il y a des disciples du Rabbi de Nazareth. Va les trouver..."   

"Et que veux-tu qu’ils fassent ? Si Lui était encore là  !... Mais eux ? Eux ne sont pas saints ! Mon mari était à Jérusalem ce jour-là. Et il sait... Oh ! non ! Il savait ! Il ne sait plus rien ! Il est mort !"    

"Que faisait ton mari ce jour-là ?"      

"Quand la clameur de la rue le réveilla, il courut sur la terrasse de la maison où il était avec ses frères, et il vit passer le Rabbi que l’on conduisait au Prétoire, et avec les autres galiléens il le suivit jusqu’à ce qu’il fût mort. On lui jeta des pierres, à lui et aux autres, quand on découvrit qu’il était galiléen, là-haut sur la montagne, et on les repoussa plus bas. Mais ils furent là jusqu’à ce que tout fût accompli. Puis... ils s’éloignèrent... Et maintenant lui est mort. Oh ! si au moins je savais qu’à cause de sa pitié pour le Rabbi, il est en paix !"

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157> Jésus ne répond pas à ce désir, mais il dit : "Alors il aura vu qu’il y avait des disciples sur le Golgotha. Peut-être que tous les galiléens furent comme ton mari ?"    

"Oh ! non. Beaucoup, et même de Nazareth, l’injurièrent. On le sait. Quelle honte !"    

"Et alors si beaucoup de gens même à Nazareth n’ont pas eu l’amour pour leur Jésus, et pourtant Lui leur a pardonné, et beaucoup se sanctifieront dans l’avenir, pourquoi veux-tu juger de la même manière les disciples du Christ ? Veux-tu être, toi, plus sévère que Dieu ? Dieu accorde beaucoup à celui qui pardonne..."       

"Il n’est plus là le bon Rabbi ! Il n’y est plus ! Et mon mari est mort."

"Le Rabbi a donné à ses disciples le pouvoir de faire ce que Lui faisait."      

"Je veux le croire. Mais il n’y avait que Lui pour vaincre la mort. Lui seulement !"       

"Et ne lit-on pas qu’Élie rendit l’esprit au fils de la veuve de Sarepta ? [3] En vérité je te dis qu’Élie était un grand prophète, mais que les serviteurs du Sauveur qui est mort et ressuscité parce qu’il était le Fils du vrai Dieu incarné pour racheter les hommes, ont un pouvoir encore plus grand parce que Lui sur la croix leur a pardonné leurs péchés à eux d’abord, connaissant par sa divine sagesse la véritable douleur de leurs esprits contrits, il les a sanctifiés après sa Résurrection par un nouveau pardon et leur a infusé l’Esprit Saint pour qu’ils puissent me représenter dignement à la fois par la parole et les actions, afin que le monde ne reste pas désolé après mon départ."     

La femme recule vivement, stupéfaite. Elle rejette son voile en arrière pour bien voir son compagnon. Elle ne le reconnaît pas pourtant. Elle croit avoir mal compris. Pourtant elle n’ose plus parler...    

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif "As-tu peur de Moi ? Tu m’as cru d’abord un voleur prêt à te prendre l’argent que tu as dans ton sein, destiné à acheter ce qui est nécessaire pour la sépulture. Et tu as eu peur. Maintenant tu as peur de savoir que je suis Jésus ? Et Jésus n’est-il pas Celui qui donne et ne prend pas ? Celui qui sauve et ne ruine pas ? Reviens en arrière, femme. Je suis la Résurrection et la Vie. Ils ne sont pas nécessaires le linceul et les aromates pour celui qui n’est pas mort, qui n’est plus mort, car je suis Celui qui vainc la mort et récompense celui qui a foi. Va ! Va à ta maison ! Ton mari est vivant. Aucune foi en Moi ne reste sans récompense." Il fait le geste de la bénir et de s’en aller.        

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158> La femme sort de sa pétrification. Elle ne demande pas, elle ne doute pas... Non. Elle tombe à genoux pour adorer. Puis, finalement, elle ouvre la bouche et fouillant dans son sein, en tire une bourse, petite, une pauvre bourse de pauvres gens auxquels la misère interdit des honneurs solennels pour leurs morts, et elle dit en offrant la bourse : "Je n’ai pas autre chose... Rien d’autre pour te dire ma reconnaissance, pour t’honorer, pour..."

"Je n’ai pas besoin d’argent, femme. Tu le porteras à mes apôtres."

"Oh ! oui. J’irai avec mon mari... Mais que te donner alors, mon Seigneur ? Quoi ? Toi, qui m’es apparu... ce miracle.., et moi, qui ne t’ai pas reconnu… et moi, si fâchée… oui, si injuste jusqu’avec les choses..."       

"Oui. Et tu ne pensais pas qu’elles sont parce que Moi je suis, et que tout est bon de ce que Dieu a fait. S’il n’y avait pas eu le soleil, s’il n’y avait pas eu les grains, tu n’aurais pas eu cette grâce que tu viens d’avoir."

"Mais quelle douleur, pourtant !..." La femme pleure en y pensant.    

Jésus sourit et lui montre ses mains en disant : "Ceci est une minime partie de ma douleur. Et je l’ai consumée toute entière sans me plaindre, pour votre bien."

La femme se baisse jusqu’au sol pour reconnaître : "C’est vrai. Pardonne ma plainte."

Jésus disparaît dans sa lumière et quand elle lève le visage, elle se voit seule. Elle se lève, regarde autour d’elle. Rien ne peut gêner sa vue car maintenant c’est plein jour et il n’y a que des champs de moissons tout autour. La femme se dit à elle-même : "Et pourtant je n’ai pas rêvé !" Le démon, peut-être, la tente pour la faire douter car elle a un instant d’incertitude pendant qu’elle soupèse la bourse dans ses mains. Mais ensuite la foi a le dessus et elle tourne le dos à l’endroit où elle se dirigeait, pour revenir sur ses pas, rapide comme si le vent la portait, sans qu’elle se fatigue, le visage éclairé d’une joie plus grande qu’une joie humaine tant elle est paisible. Elle répète à chaque instant : "Comme Il est bon le Seigneur ! Il est vraiment Dieu ! Il est Dieu. Que soit béni le Très-Haut et Celui qu’Il a envoyé." Elle ne sait pas dire autre chose. Et sa litanie se mêle maintenant au chant des oiseaux. La femme est tellement absorbée qu’elle n’entend pas les saluts de certains moissonneurs qui la voient passer et lui demandent d’où elle vient à cette heure...    

L’un d’eux la rejoint et lui dit : "
Marc va-t-il mieux  ? Tu es allée chercher le médecin ?"

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159> "Marc est mort au chant du coq et il est ressuscité, car le Messie du Seigneur a fait cela" répond-elle, en allant toujours rapidement.        

"La douleur l’a rendue folle !" murmure l’homme, et il secoue la tête en rejoignant ses compagnons qui ont commencé à faucher le grain.   

Les champs se peuplent de plus en plus. Mais la curiosité triomphe chez beaucoup qui se décident à suivre la femme qui accélère toujours plus sa marche.     

Elle va, elle va. Voici une très pauvre maisonnette basse, solitaire, perdue dans la campagne. Elle s’y dirige en serrant les mains sur son cœur.            

Elle y entre, mais à peine y a-t-elle posé le pied qu’une vieille femme se jette dans ses bras en criant : "Oh ! ma fille, quelle grâce du Seigneur ! Prends courage, fille, car ce que je dois te dire est chose si grande, si heureuse, que..."        

"Je le sais, mère. Marc n’est plus mort. Où est-il ?"   

"Tu le sais... Et comment ?"  

"J’ai rencontré le Seigneur. Je ne l’ai pas reconnu, mais Lui m’a parlé et quand il Lui a plu, il m’a dit : “Ton mari vit”. Mais ici... quand ?"    

"J’avais ouvert la fenêtre alors, et je regardais le premier rayon de soleil qui tombait sur le figuier. Oui, vraiment ainsi. Le premier rayon a touché alors le figuier contre la pièce... quand j’ai entendu un profond soupir, comme pour quelqu’un qui s’éveille. Je me suis tournée effrayée et j’ai vu Marc qui s’asseyait et rejetait en arrière le drap que je lui avais jeté sur le visage, et qui regardait en haut avec un visage, un visage... Puis il m’a regardée et a dit : “Mère, je suis guéri !” Moi... Il s’en est fallu de peu que je meure, moi, et lui m’a secouru et a compris qu’il avait été mort. Il ne se rappelle rien. Il dit qu’il se rappelle jusqu’au moment où on l’a mis au lit et ensuite plus rien jusqu’au moment où il a vu un ange, une espèce d’ange qui avait le visage du Rabbi de Nazareth et qui lui a dit : “Lève-toi !” Et il s’est levé. Exactement à l’heure où le soleil surgissait tout entier."       

"À l’heure où il m’a dit : “Ton mari vit”. Oh ! mère, quelle grâce ! Comme Dieu nous a aimés !"

Ceux qui arrivent les trouvent embrassées et en pleurs. Ils croient que Marc est mort et que sa femme, dans un instant de lucidité, a compris son malheur. Mais Marc, qui entend les voix, apparaît, serein, avec un enfant dans les bras et les autres attachés à sa tunique et il dit à haute voix : "Me voici. Bénissons le Seigneur !"            

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160> Ceux qui sont survenus l’assaillent de questions et, comme toujours dans les choses humaines, s’élève la contradiction. Les uns croient à une véritable résurrection, les autres, les plus nombreux, qu’il était tombé en catalepsie, mais qu’il n’était pas mort. Il y en a qui admettent que le Christ est apparu à Rachel, et d’autres qui disent que ce sont toutes des fables car "Lui est mort" disent certains, et d’autres : "Il est ressuscité, mais il est tellement indigné, il doit l’être, qu’il ne fait plus de miracles pour son peuple assassin."            

"Dites ce que bon vous semble" dit l’homme qui perd patience "et dites-le où vous voulez. Il suffit que vous ne le disiez pas ici où le Seigneur m’a ressuscité. Et allez-vous-en, ô malheureux ! Et veuille le Ciel vous ouvrir le cerveau pour que vous croyez. Mais pour l’instant allez-vous-en et laissez-nous en paix."          

Il les pousse dehors et ferme la porte. Il serre sur son cœur sa femme et sa mère et il dit : "Nazareth n’est pas loin. J’y vais proclamer le miracle."         

"C’est ce que veut le Seigneur, Marc. Nous porterons cet argent à ses disciples. Allons bénir le Seigneur. Comme nous sommes. Nous sommes pauvres, mais Lui aussi l’était, et ses apôtres ne nous mépriseront pas."

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   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Suivant.gif

Elle se met à lacer les sandalettes aux enfants pendant que la mère jette quelques provisions dans un sac ferme portes et fenêtres, et que Marc va faire je ne sais quoi. Ils sortent quand ils sont prêts et marchent rapidement, les plus petits dans les bras, les autres joyeux et un peu stupéfaits tout autour, vers l’est, vers Nazareth, on le comprend. Cet endroit est peut-être encore dans la plaine d’Esdrelon, mais en un point différent de celui des domaines de Giocana.       

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[1] Cf. Psaume 8(9),2

[2] Thomas le berger. Cf. 3.77

[3] Cf. 1Rois 17,8 et suivants