"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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 8.535 - Giuda Iscariota chiamato a riferire in casa di Caifa.

 4.533 - Judas Iscariot and Jesus’ Enemies.



Mercredi 28 novembre 29 (3 Tébeth)
Jérusalem, maison de campagne de Caïphe


Vers l'index des thématiques

 Judas s'approprie le produit de la vente des bijoux

 La trahison de Judas

 Le parjure de Judas


- Vers le faubourg d'Ophel 532

- Judas est interpellé par un juif 532

- Et convoqué chez Caïphe 533

- Il ment à André 533

- Se fait donner la bourse de Thomas 533

- S'éloigne malgré l'ordre de Jésus 534

- Les apôtres se divisent en deux groupes 535

- Judas court à la maison de campagne de Caïphe 535

- Dialogue de Judas avec ses complices

- Où est la femme ? 536

- Jésus, un pauvre innocent 537

- Il échappe à tous ses ennemis 537

- Il est votre ruine    538

- Judas apparaît vraiment comme une marionnette 538

- Il accuse Simon de parricide 539

- Jure qu'il ne les a pas trahis 540

- Mais ne jure pas qu'il ne servira qu'eux 541

- Attendre une occasion favorable ou la créer 541

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7

 

7.232.
Judas et les ennemis de Jésus


532> Je ne vois pas Jésus, ni Pierre, ni Jude d'Alphée, ni Thomas, mais je vois les neuf autres qui marchent dans la direction du faubourg d'Ophel.

Les gens qui sont sur les routes ne sont pas la grande foule de Pâque, de la Pentecôte et des Tabernacles. Ce sont plus ou moins les gens de la ville. Peut-être que les Encénies n'étaient pas très importantes et n'exigeaient pas la présence des hébreux à Jérusalem. Il n'y avait que ceux qui par hasard se trouvaient dans la ville, ou ceux des villages voisins de Jérusalem, qui venaient dans la ville pour monter au Temple. Les autres, à cause de la saison ou du caractère spécial de la fête, restaient dans leurs villes et dans leurs maisons.

Pourtant beaucoup de disciples qui par amour du Seigneur ont quitté maisons et parents, intérêts et travaux, sont à Jérusalem et ils se sont unis aux apôtres. Je ne vois cependant pas Isaac, ni Abel [1], ni Philippe ni non plus Nicolaï, qui est allé accompagner Sabéa à Aéra. Ils parlent entre eux familièrement, racontant et écoutant tous les faits qui se sont produits pendant le temps où ils ont été séparés. On dirait pourtant qu'ils ont déjà vu le Maître, peut-être au Temple, car ils ne s'étonnent pas de son absence. Ils marchent lentement, et de temps à autre, ils s'arrêtent, comme pour attendre, regardant en avant et en arrière, regardant par les chemins qui descendent de Sion sur cette route qui conduit vers les portes méridionales de la ville.

L'Iscariote est presque en arrière de tous les autres et il fait l'orateur dans un groupe de disciples pleins de bonne volonté plutôt que de science. Par deux fois il est appelé nommément par certains juifs qui suivent le groupe, sans pourtant s'y mêler. Je ne sais quelles sont leurs intentions ou de quoi ils sont chargés. Et par deux fois l'Iscariote hausse les épaules sans même se retourner, mais la troisième fois il est obligé de le faire car un juif quitte son groupe, traverse d'autorité celui des disciples, prend Judas par la manche et l'oblige à s'arrêter en lui disant : "Viens ici un moment car nous devons te parler."

"Je n'ai pas le temps et je ne peux pas" répond l'Iscariote d'un air tranchant.

"Va, va. Nous t'attendons. Car tant que nous ne voyons pas Thomas, nous ne pouvons sortir de la ville" lui dit André qui est le plus près de lui.

533> "C'est bon, allez en avant, je viendrai bientôt" dit Judas sans aucune bonne volonté visible de faire ce qu'il doit faire.

Resté seul, il dit à celui qui l'importune : "Eh bien ? Que veux-tu ? Que voulez-vous ? Vous n'avez pas encore fini de m'ennuyer ?"

"Oh ! Oh ! Quels airs tu te donnes ! Pourtant quand nous t'appelions pour te donner de l'argent, tu ne trouvais pas que nous t'ennuyions ! Tu es orgueilleux, homme ! Mais il y a quelqu'un qui peut te rendre humble... Souviens-t-en."

"Je suis un homme libre et..."

"Non, tu n'es pas libre. Libre est celui que d'aucune manière nous ne pouvons rendre esclave, et tu en connais le nom. Toi !... Tu es esclave de tout et de tous, et tout d'abord de ton orgueil. Bref. Fais attention que si tu ne viens pas avant sexte [2] dans la maison de Caïphe, malheur à toi !" Un "malheur" vraiment menaçant.

"C'est bien ! Je viendrai, mais vous feriez mieux de me laisser tranquille, si vous voulez..."

"Quoi ? Quoi, marchand de promesses, bon à rien..." Judas se libère en poussant violemment celui qui le tient et il se sauve en disant : "Je parlerai quand j'y serai."

Il rejoint les autres de son groupe. Il est songeur et un peu embarrassé. André lui demande avec empressement : "Mauvaises nouvelles ? Non, hein ! Peut-être ta mère..."

Judas, qui au début l'avait regardé de travers tout prêt à lui faire une réponse âcre, se fait plus humain et dit : "Oui. Des nouvelles pas bien bonnes... Tu sais... la saison... Maintenant... car il me vient maintenant à l'esprit un ordre du Maître. Si cet homme ne m'avait pas arrêté, j'allais l'oublier, cela aussi... Mais il m'a nommé le lieu où il habite et, à la suite de ce nom, je me suis rappelé l'ordre qui m'a été donné. Eh bien maintenant, quand j'irai pour cela, j'irai aussi chez cet homme et j'en saurai davantage..."

André, simple et honnête comme il l'est, est bien loin de soupçonner que son compagnon puisse mentir, et il dit avec empressement : "Mais va, va tout de suite. Moi je le dirai aux autres. Va, va ! Enlève-toi ce souci..."

"Non, non. Je dois attendre Thomas à cause de l'argent. Un moment de plus ou de moins..."

Les autres, qui s'étaient arrêtés pour l'attendre, les regardent venir.

"Judas a eu de tristes nouvelles" dit André prévenant.

"Oui... en quelques mots. Mais j'en saurai davantage quand j'irai faire ce que je dois..."

534> "Quoi ?" demande Barthélemy.

"Voici Thomas qui vient en courant" dit Jean au même instant, et Judas en profite pour ne pas répondre.

 "Je vous ai fait attendre ? Beaucoup ? C'est que je voulais faire une bonne affaire... et j'ai réussi. Regardez cette belle bourse. C'est bon pour les pauvres. Le Maître sera content." [3]

"Il le fallait. Nous n'avions pas la moindre piécette pour les mendiants" dit Jacques d'Alphée.

"Donne-la-moi" dit l'Iscariote, en tendant la main vers la lourde bourse que Thomas balance dans ses mains.

"Mais vraiment... Jésus m'a chargé de la vente, et je dois remettre entre ses mains ce que j'ai reçu."

"Tu Lui en diras le montant. Donne-moi maintenant car je suis pressé de partir."

"Non, je ne te la donne pas ! Jésus m'a dit pendant que nous traversions le Sixte [4] : 'Ensuite, tu me donneras la somme'. Et moi je le fais."

"De quoi as-tu peur ? Que je l'allège ou que je t'enlève le mérite de la vente ? À Jéricho, moi aussi, j'ai vendu et avantageusement. Depuis des années, c'est moi qui suis chargé de l'argent. C'est mon droit."

"Oh ! Écoute : si tu veux faire une histoire pour cela, tiens. Je me suis acquitté de ma charge, et je ne me soucie pas du reste. Tiens, tiens. Il y a tant de choses plus belles que cela !..." et Thomas passe la bourse à Judas.

"Vraiment, si le Maître a dit..." dit Philippe.

"Mais, pas de sophismes ! Allons plutôt, maintenant que nous sommes tous ensemble. Le Maître a dit d'être à Béthanie avant sexte. Nous avons à peine le temps" dit Jacques de Zébédée.

"Alors moi je vous quitte. Vous, allez en avant. Moi, je vais et je reviens."

"Mais, non ! Il a dit bien clairement : Soyez tous unis" dit Matthieu.

"Tous unis, vous. Mais moi, je dois partir. Maintenant surtout que j'ai des nouvelles de la mère !..."

"La chose peut aussi s'interpréter ainsi. Si lui a eu des ordres que nous ne connaissons pas..." dit Jean, conciliant.

Les autres, sauf André et Thomas, semblent peu portés à le laisser aller mais ils finissent par dire : "Eh bien, va. Mais fais vite et sois prudent..."

535> Et Judas s'enfuit par une ruelle qui mène sur la colline de Sion, pendant que les autres reprennent leur marche.

"Cependant, ce n'est pas juste" dit Simon le Zélote, après quelque temps. "Nous n'avons pas bien agi. Le Maître avait dit : 'Restez toujours ensemble et soyez bons'. Nous avons désobéi au Maître. J'en suis tourmenté."

"Je le pensais, moi aussi..." lui répond Matthieu.

Les apôtres sont tous en groupe depuis qu'ils ont dû décider de ce qu'ils devaient faire. J'ai remarqué que les disciples s'écartent toujours avec respect quand les apôtres se réunissent pour discuter.

Barthélemy dit : "Faisons ainsi. Congédions ceux qui nous suivent, dès maintenant, sans attendre d'être sur la route de Béthanie. Et puis divisons-nous en deux groupes et restons à attendre Judas, les uns sur la voie basse, les autres sur la voie haute. Les plus agiles sur la voie basse, les autres sur la voie haute. [5] Même si le Maître nous précède il nous verra arriver ensemble car un groupe attendra l'autre hors de Béthanie."

La chose est décidée. Ils congédient les disciples et puis ils vont tous ensemble jusqu'à l'endroit d'où on peut tourner vers le Gethsémani et prendre la voie haute sur le Mont des Oliviers, et d'autre part, en côtoyant le Cédron, on prend la voie basse pour Béthanie et Jéricho...

Pendant ce temps Judas s'enfuit en courant comme si on le poursuivait. Il continue pendant quelque temps à monter la rue étroite qui mène vers le sommet de Sion en direction du couchant, puis il tourne par une petite rue encore plus étroite, presque une ruelle qui, au lieu de monter, descend vers le midi. Il est soupçonneux, il court et, de temps en temps, il se retourne, comme effrayé. Il craint visiblement d'être suivi. La ruelle tortueuse qui suit les détours des maisons placées en désordre s'ouvre maintenant sur une campagne étendue. Il y a une colline au-delà de la vallée qui est au-delà des murs, une colline basse couverte d'oliviers au-delà de l'aride pierraille de la vallée de Hinnon. Judas court maintenant rapidement, en traversant les haies qui bornent les jardins des dernières maisons contre les murs, les pauvres maisons des pauvres de Jérusalem, et pour sortir de la ville, il ne prend pas la Porte de Sion qui est tout près, mais il monte en courant, vers une autre porte un peu à l'ouest. Il est hors de la ville. Il trotte comme un poulain pour faire vite. Il passe comme le vent près d'un aqueduc, puis, sourd à leurs lamentations, près des tristes grottes des lépreux de Hinnon. 536> Il est clair qu'il cherche les endroits que fuient les autres. Il va directement vers la colline couverte d'oliviers, solitaire au sud de la ville. Il pousse un soupir de soulagement quand il est sur ses pentes et il ralentit sa marche. Il rajuste son couvre-chef, sa ceinture, son vêtement qu'il avait relevé, regarde en se protégeant du soleil car il l'a dans les yeux, vers l'orient, vers l'endroit où se trouve la route basse qui conduit à Béthanie et Jéricho, mais il ne voit rien qui le trouble. Au contraire, un coin de la colline le sépare de cette route. Il sourit. Il se met à monter lentement, pour faire passer son essoufflement, sur la colline. Entre-temps il réfléchit. Plus il réfléchit, plus il devient sombre. Certainement il monologue en lui-même, mais en silence. À un certain point, il s'arrête, enlève la bourse de son sein, la regarde, puis la remet dans son sein, après en avoir divisé le contenu, en en mettant une partie dans sa bourse peut-être pour que soit moins visible le volume qu'il a caché dans son sein.

 Il y a une maison au milieu des oliviers, une belle maison, la plus belle de la colline, car les autres maisons qui sont éparses sur les pentes, dépendances de la belle maison ou séparées, sont bien humbles. Il y arrive par une sorte de chemin ensablé qui traverse les oliviers bien alignés. Il frappe à la porte, se fait reconnaître, il entre. Il va avec assurance au-delà de l'atrium, dans une cour carrée qui a de nombreuses portes sur ses côtés. Il ouvre l'une d'elles. Il entre dans une vaste pièce où se trouvent diverses personnes dont je reconnais le visage sournois et haineux de Caïphe, celui ultra-pharisien d'Elchias, celui de fouine du synhédriste Félix, avec le visage de vipère de Simon. Plus loin se trouve Doras, fils de Doras, dont les traits rappellent de plus en plus ceux de son père, et avec lui Cornélius et Tolmaï. Et il y a les autres scribes, Sadoc et Canania, âgé, parcheminé, mais jeune en méchanceté, et Collascebona l'Ancien, et Nathanaël ben Faba et puis un certain Doro, un Simon, un Joseph, un Joachim que je ne connais pas. Caïphe dit les noms, moi je les écris. Lui termine : "... rassemblés ici pour te juger."

Judas a un visage curieux : à la fois peureux, dépité, violent, mais il se tait. Il ne fait pas voir son hauteur. Les autres l'entourent moqueurs, et chacun dit la sienne.

"Eh bien ! Qu'en as-tu fais de notre argent ? Que nous dis-tu, homme sage, homme qui fait tout et vite et bien ? Où est ton travail ? Tu es un menteur, un bavard bon à rien. Où est la femme ? Tu ne l'as même plus ? Et ainsi, au lieu de nous servir, tu le sers Lui, hein ? 537> Est-ce ainsi que tu nous aides ?" C'est un assaut criant et braillant, menaçant, et duquel beaucoup de paroles m'échappent.

Judas les laisse crier à leur aise. Quand ils sont fatigués et essoufflés, c'est lui qui parle : "J'ai fait ce que j'ai pu. Est-ce ma faute si c'est un homme que personne ne peut faire pécher ? Vous vouliez éprouver sa vertu, avez-vous dit. Moi je vous ai donné la preuve que Lui ne pèche pas. J'ai donc servi votre dessein. Avez-vous réussi peut-être, vous tous, à le mettre dans la situation d'un accusé ? Non. De toutes vos tentatives de le faire apparaître comme un pécheur, de l'attirer dans un piège, il est sorti plus grand qu'auparavant. Et alors, si vous n'avez pas réussi, vous, avec votre rancœur, devais-je réussir, moi qui ne le hais pas, qui suis seulement déçu d'avoir suivi un pauvre innocent, trop saint pour pouvoir être un roi, et un roi qui écrase ses ennemis ? Quel mal m'a-t-il fait, Lui, pour que je Lui fasse du mal ? Je parle ainsi car je pense que vous le haïssez au point de vouloir sa mort. Je ne peux plus croire que vous voulez seulement persuader le peuple que c'est un fou, et nous persuader, me persuader, pour notre bien, et Lui-même par pitié pour Lui. Vous êtes trop généreux avec moi, et trop furieux de le voir au-dessus du mal, pour que je puisse le croire. Vous m'avez demandé ce que j'ai fait de votre argent. J'en ai fait l'usage que vous savez. Pour convaincre la femme, j'ai dû beaucoup dépenser... Et je n'ai pas réussi à le faire avec la première et..."

"Mais tais-toi ! Rien n'est vrai. Elle était folle de Lui, et certainement elle est venue tout de suite. Du reste tu l'as garanti car tu disais qu'elle te l'avait avoué. Tu es un voleur. Qui sait à quoi t'a servi notre argent !"

"À ruiner mon âme, assassins d'une âme ! À faire de moi un sournois, quelqu'un qui n'a plus de paix, quelqu'un qui devient suspect de Lui et de ses compagnons. Car, sachez-le, Lui m'a découvert... Oh ! s'il m'avait chassé ! Mais il ne me chasse pas. Non. Il ne me chasse pas. Il me défend, il me protège, il m'aime !... Votre argent !... Mais pourquoi en ai-je accepté la première piécette ?"

"Parce que tu es un malheureux. En attendant, tu as joui de notre argent et maintenant tu pleures de l'avoir dépensé. Menteur ! En attendant, rien n'a réussi et les foules autour de Lui deviennent plus nombreuses et sont de plus en plus fascinées. Notre ruine approche, et par ta faute !"

538> "La mienne ? Pourquoi alors n'avez-vous pas osé le prendre et l'accuser de vouloir se faire roi ? Vous m'avez pourtant dit que vous avez voulu le tenter, bien que je vous ai dit que c'était inutile, que Lui n'a pas faim de pouvoir. Pourquoi ne l'avez-vous pas amené à pécher contre sa mission si vous êtes si braves ?"

"Parce qu'il s'est échappé de nos mains. C'est un démon qui disparaît, quand il le veut, comme de la fumée. Il est comme un serpent : il fascine, on ne peut plus rien faire quand il vous regarde."

"Quand il regarde ses ennemis : vous. Car moi je vois que quand il regarde ceux qui ne le haïssent pas de tout eux-mêmes, comme vous faites, alors son regard fait bouger, fait agir. Oh ! son regard ! Pourquoi il me regarde ainsi et il me rend bon, moi qui suis un monstre pour moi-même, et pour vous qui me rendez monstre dix fois plus ?!"

"Que de paroles ! Tu nous avais assuré que pour le bien d'Israël tu nous aurais aidé. Mais tu ne comprends pas, ô malheureux, que cet homme est notre ruine ?"

"Notre ? De qui ?" .

"Mais de tout le peuple ! Les romains..."

"Non. C'est seulement votre ruine. C'est pour vous que vous craignez. Vous savez que Rome ne sévira pas contre nous à cause de Lui. Vous le savez cela, comme moi je le sais, comme le peuple le sait. Mais vous tremblez parce que vous savez, parce que vous craignez que Lui vous jette hors du Temple, du Royaume d'Israël. Et il ferait bien. Il ferait bien de débarrasser son aire de vous, hyènes immondes, ordures, aspics !..." Il est furieux.

Ils le saisissent, le secouent, rendus furieux à leur tour, c'est tout juste s'ils ne le jettent pas par terre... Caïphe lui crie en plein visage : "C'est bien. C'est ainsi, mais si c'est ainsi, nous avons le droit de défendre ce qui est à nous. Et puisque les petits moyens ne suffisent plus pour Lui persuader de fuir, de laisser le champ libre, voilà que maintenant nous allons agir par nous-mêmes, te laissant de côté, lâche serviteur, marchand de paroles. Et après Lui, nous te servirons toi aussi, n'en doute pas et..."

Elchias ferme la bouche à Caïphe et lui dit avec son flegme glacial de serpent venimeux : "Non. Pas ainsi. Tu exagères, Caïphe. Judas a fait ce qu'il a pu. Tu ne dois pas le menacer. Au fond, n'a-t-il pas les mêmes intérêts que nous ?"

"Mais es-tu sot, Elchias ? Moi, les intérêts de celui-ci ? Mais moi, je veux que Lui soit écrasé ! Et Judas veut qu'il triomphe, pour triompher avec Lui. Et tu dis..." crie Simon.

"Paix, paix ! Vous dites toujours que je suis sévère. Mais voilà qu'aujourd'hui je suis le seul qui soit bon. Il faut comprendre Judas et l'excuser. 539> Il nous aide comme il peut. C'est pour nous un bon ami, mais c'est aussi, naturellement, un ami du Maître. Son cœur est angoissé... Il voudrait sauver le Maître, lui-même, et Israël... Comment concilier des choses si opposées ? Laissons-le parler."

La meute se calme. Judas peut enfin parler, et il dit : "Elchias a raison. Moi... Que voulez-vous de moi ? Je ne le sais pas encore exactement. J'ai fait ce que j'ai pu. Moi, je ne puis faire davantage. Lui est par trop plus grand que moi. Il lit dans mon cœur... et il ne me traite jamais comme je le mérite. Moi, je suis un pécheur, et Lui le sait et il m'absout. Si j'étais moins lâche, je devrais... Je devrais me tuer pour me mettre dans l'impossibilité de Lui faire du mal". Judas s'assoit, accablé, le visage dans les mains, les yeux écarquillés et perdus dans le vide, il souffre visiblement dans la lutte entre ses instincts opposés...

"Fariboles ! Que veux-tu qu'il sache ? Tu agis ainsi parce que tu t'es repenti de t'être mis en avant !" s'écrie le dénommé Cornélius.

"Et s'il en était ainsi ? Oh, s'il en était ainsi ! Si je m'étais réellement repenti et devenu capable de rester dans ce sentiment !..."

"Mais vous le voyez ? Mais vous l'entendez ? Nos pauvres deniers !" croasse Canania.

"Nous avons que faire avec quelqu'un qui ne sait pas ce qu'il veut. C'est pire qu'un hébété que nous avons choisi !" renchérit Félix.

"Un hébété ? Une marionnette, dois-tu dire ! Le Galiléen le tire avec une ficelle, il va au Galiléen. Nous le tirons, nous, et il vient à nous" s'écrie Sadoc.

"Eh bien, si vous êtes tellement plus habiles que moi, agissez par vous-mêmes. Moi, à partir d'aujourd'hui, je m'en désintéresse. Ne vous attendez plus un renseignement ni un mot. D'ailleurs je ne pourrai plus vous les donner car Lui, désormais, est sur ses gardes et il me surveille..."

"Mais, si tu as dit qu'il t'absout ?"

"Oui. Il m'absout, mais c'est justement parce qu'il sait tout. Il sait tout ! Il sait tout ! Oh !" Judas met son visage dans ses mains.

"Et va-t'en, alors, femme en vêtements d'homme, avorton, mal bâti ! Va-t'en ! Nous agirons par nous-mêmes. Et prends garde, prends garde de ne pas Lui parler de cela, car autrement nous te le ferons payer."

"Je m'en vais ! Je m'en vais ! Si seulement je n'étais jamais venu ! Pourtant rappelez-vous ce que je vous ai déjà dit. 540> Lui a rencontré ton père, Simon, ton beau-frère, Elchias. Je ne crois pas que Daniel ait parlé. J'étais présent et je ne l'ai jamais vu parler à part. Mais ton père ! Il n'a pas parlé, d'après ce que disent mes condisciples. Il n'a même pas révélé ton nom. Il s'est borné à dire que son fils l'a chassé parce qu'il aimait le Maître et qu'il n'approuvait pas ta conduite. Mais il a déjà dit que nous nous voyons, que je viens chez toi... Et il pourrait dire le reste, aussi. Tecua n'est pas au bout du monde... Ne dites pas ensuite que moi j'ai parlé quand il y en a trop déjà qui connaissent vos projets."

"Mon père ne parlera plus jamais. Il est mort" dit lentement Simon.

"Mort ? Tu l'as tué ? Horreur ! Pourquoi t'ai-je dit où il était !..."

"Moi, je n'ai tué personne. Je n'ai pas bougé de Jérusalem. Il y a tant de manières de mourir. Tu es étonné qu'un vieillard, et un vieillard qui s'en va exiger de l'argent soit tué ? Du reste... c'est sa faute. S'il était resté tranquille, s'il n'avait pas eu des yeux et des oreilles et une langue pour voir, écouter, et faire des reproches, il serait encore honoré et servi dans la maison de son fils..." dit Simon avec une lenteur exaspérante.

"En somme... tu l'as fait tuer ? Parricide !"

"Tu es fou : le vieux a été frappé, il est tombé, sa tête a heurté, il est mort. Un accident, un simple accident. Cela a été mauvais pour lui d'exiger de l'argent d'un malandrin..."

"Je te connais, Simon. Et je ne puis croire... Tu es un assassin..." Judas en est tout interdit.

L'autre lui rit au nez en répétant : "Et toi, tu délires. Tu vois un crime où il n'y a qu'un malheur. Je l'ai appris seulement avant-hier et j'ai pris des mesures, pour tirer vengeance et lui rendre honneur. Mais, si j'ai pu honorer le cadavre, je n'ai pas pu prendre l'assassin. Quelque voleur certainement, descendu de l'Adomin pour étaler sur les marchés le produit de ses vols... Qui peut maintenant le prendre ?"

"Je ne crois pas... Je ne crois pas... Je pars ! Je pars ! Laissez-moi aller !... Vous êtes... pires que des chacals... Je pars ! Je pars !" et il ramasse son manteau qui était tombé et il va sortir.

Mais Canania le saisit de sa main de rapace : "Et la femme ? Où est la femme Qu'a-t-elle dit ? Qu'a-t-elle fait ? Tu le sais ?"

"Je ne sais rien... Laissez-moi partir..."

"Tu mens ! Tu es un menteur !" crie Canania.

"Je ne le sais pas. Je le jure. Elle est venue, cela est certain, mais personne ne l'a vue. Ni moi qui ai dû partir de suite avec le Rabbi. 541> Ni mes compagnons. Je les ai habilement interrogés... J'ai vu les bijoux brisés qu'Élise a apportés dans la cuisine... et je ne sais rien d'autre. Je le jure par l'Autel et le Tabernacle !"

"Et qui peut te croire ? Tu es un lâche. Comme tu trahis ton Maître, tu peux nous trahir nous aussi. Mais attention à toi !"

"Je ne trahis pas. Je le jure par le Temple de Dieu !"

"Tu es un parjure. Ton visage le dit. C'est Lui que tu sers et pas nous..."

"Non. Je le jure sur le Nom de Dieu."

"Dis-le, si tu l'oses pour confirmer ton serment !"

 "Je le jure sur Jéhovah !" et il prend un teint terreux en prononçant ainsi le nom de Dieu, Il tremble, il balbutie, il ne sait même plus le dire comme on le prononce d'ordinaire. Il semble dire un j, une h, un v très traîné, je dirais terminé en aspiration. Je le reconstituerais ainsi : Jeocvèh, En somme sa prononciation est étrange.

Un silence, effrayant dirais-je, règne dans la pièce. Ils se sont même écartés de Judas... Mais ensuite Doras et un autre disent : "Répète le même serment pour confirmer que tu ne serviras que nous..."

"Ah, non ! Maudits ! Cela non ! Je vous jure que je ne vous ai pas trahis et que je ne vous dénoncerai pas au Maître, et déjà je fais un péché. Mais mon avenir, je ne le lie pas à vous, à vous qui demain, au nom de mon serment, pourriez m'imposer... n'importe quoi, même un crime. Non ! Dénoncez-moi au Sanhédrin comme sacrilège, dénoncez-moi comme assassin aux romains. Je ne me défendrai pas. Je me ferai tuer... Et ce sera une bonne chose pour moi. Mais moi, je ne jure plus... je ne jure plus..." et il se dégage par des efforts violents de celui qui le tient et il s'enfuit en criant : "Sachez pourtant que Rome vous surveille, que Rome aime le Maître..." Une sortie retentissante qui fait résonner la maison indique que Judas est sorti de ce repaire de loups.

Ils se regardent en face... La rage, et peut-être la peur, les rend livides... Et ne pouvant passer leur colère et leur peur sur personne, ils se disputent entre eux. Chacun cherche à faire endosser à l'autre la responsabilité des démarches qui ont été faites et des conséquences qu'elles peuvent avoir. Les uns reprochent une chose, les autres une autre. Les uns pour le passé, les autres pour l'avenir. Certains crient; "Tu as voulu séduire Judas"; d'autres : "Vous avez mal fait de le maltraiter, vous vous êtes découverts !"; certains proposent; "Courons-lui après avec de l'argent, avec des excuses..."

542> "Ah ! cela non !" crie Elchias qui reçoit le plus de reproches. "Laissez-moi faire et vous devrez me dire que je suis sage. Judas, quand il n'aura plus d'argent, se fera doux. Oh ! doux comme un agneau !" et il rit comme un serpent. "Il tiendra bon aujourd'hui, demain, peut-être un mois... Mais ensuite... Il est trop vicieux pour pouvoir vivre dans la pauvreté que lui donne le Rabbi.... et il viendra à nous... Ha ! Ha ! Laissez-moi faire ! Laissez-moi faire ! Moi, je sais..."

"Oui. Mais, en attendant... Tu as entendu ? Les romains nous épient ! Les romains l'aiment ! Et c'est vrai. Ce matin même, et hier et avant-hier, il y en avait pour l'attendre dans l'Atrium des Païens. Les femmes de l'Antonia y sont toujours... Elle viennent jusque de Césarée pour l'entendre..."

"Des caprices de femmes ! Je ne m'en préoccupe pas. L'homme est beau et il parle bien. Elles sont folles des bavards démagogues et des philosophes. Pour elles, le Galiléen est l'un d'eux, rien de plus. Et il leur sert pour se distraire dans leurs loisirs. Il faut de la patience pour réussir ! De la patience et de la ruse, et du courage aussi. Mais vous n'en avez pas, et vous voulez agir mais sans paraître. Moi, je vous l'ai dit ce que je ferais. Mais vous ne voulez pas..."

"Moi, je crains le peuple. Il l'aime trop. Amour par ci, amour par là... Qui le touche ? Si nous le chassons Lui, nous serons chassés nous... Il faut..." dit Caïphe.

"Il faut ne plus laisser échapper l'occasion. Combien nous en avons perdu ! À la première qui se présente, il faut faire pression sur ceux qui sont incertains parmi nous, et puis agir aussi avec les romains."

"C'est vite dit ! Mais quand, où avons-nous eu l'occasion de le faire ? Lui ne pèche pas, ne cherche pas le pouvoir, ne..."

"Si elle n'existe pas, on la crée... Et maintenant partons. En attendant, demain, nous le surveillerons... Le Temple est à nous. Dehors, c'est Rome qui commande. Dehors, il y a le peuple pour le défendre. Mais à l'intérieur du Temple..."

 



[1] Il y a deux disciples de ce prénom : Abel de Corozaïn et Abel de Bethléem de Galilée. Il s'agit probablement du dernier.

[2] Midi

[3] Il s'agit du produit de la vente des bijoux de la prostituée envoyée pour tenter Jésus (cf. 7.229).

[4] Le XYSTE était, chez les grecs, un vaste portique à colonnades où s'exerçaient les athlètes. Hérode le Grand avait construit à Jérusalem, entre le Temple et le palais des Hasmonéens, sur la dépression du Tyropoeon, un xyste grec, entouré de colonnes, pour les exercices de gymnastique. Ce pouvait être une restauration du gymnase inauguré un siècle auparavant par le grand-prêtre Jason lorsque celui-ci, sous Antiochus, avait introduit les mœurs grecques à Jérusalem (2Maccabées 4,12). En tout cas c'est à partir d'Hérode qu'il est appelé le Xyste, à l'exemple des gymnases helléniques.

[5] Voir le plan schématique de Jérusalem. La voie basse, qui longe la vallée du Cédron, semble plus ardue que celle qui coupe à travers le mont des oliviers.