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"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta
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jeudi 15 mars 29 (11 Nisan)
Jérusalem, en ville


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 I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\BaliseBleue.gif Ce banquet de Charité est une page d'Évangile

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 I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\BaliseBleue.gif Guérison collective


 I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Resume.gif

- Jésus entre en bénissant les malheureux 426

- Les malheurs d'une jeune veuve 427

- Jeanne rend compte à Jésus de ses préparatifs 428

- Elle a aussi invité un groupe de païennes 428

- Esther raconte une histoire à un groupe d'enfants 430

- Marie-Madeleine s'occupe à revêtir dix enfants 430

- La fille de Jaïre et Annalia préparent les tables 431

- Jésus rencontre Élise et la femme de Philippe 431

- Puis les enfants de Jeanne : Marie et Mathias 432

- Il salue de nombreuses femmes 432

- Philippe apprend le vœu de sa deuxième fille 432

- Marie explique comment la chose est arrivée 434

- Anastasica est confiée à Élise 435

- Jésus console Marie-Madeleine 435

- La mère de Judas a honte de son fils 436

- Judas apostrophe sa mère et s'enfuit 436

- Les convives prennent place 437

- Les sept païennes serviront aux tables 437

- Le repas se termine dans l'enthousiasme 438

- Discours (La grandeur du service) 439

- Irruption d'un groupe de pharisiens 440

- Irruption de Salomé qui est chassée par Jésus 441

- Aumônes et guérisons multiples 442

- Judas avertit d'un danger 443

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5

 

5.60.
Le jeudi avant Pâque.
Quatrième partie : dans la maison de Jeanne


426> "La paix soit à cette maison et à tous ceux qui sont présents" ainsi salue Jésus en entrant dans le vaste vestibule très fastueux, tout illuminé bien qu'il fasse encore jour. Et les lampes ne sont pas inutiles car s'il est vrai qu'il fait jour, et il est vrai aussi que dehors le soleil est éblouissant dans les rues et sur les façades des maisons blanchies à la chaux, mais ici, dans le vaste et surtout très long corridor qui sert de vestibule, qui traverse toute la maison, depuis le portail massif jusqu'au jardin dont on aperçoit au fond la verdure ensoleillée que la perspective fait paraître lointaine, il doit y avoir habituellement de la pénombre qui est de l'ombre pour ceux qui viennent du dehors, les yeux éblouis par le grand soleil.

Aussi Chouza a pourvu à ce que les larges poêles de cuivre repoussé, fixées en grand nombre et à des intervalles réguliers sur les deux murs, soient toutes éclairées et de même aussi le lampadaire central, un large bassin d'albâtre rosé, avec encastrées dans la transparence carnée de l'albâtre, des jaspes et autres écailles précieuses et multicolores qui, à cause de la lumière allumée à l'intérieur, resplendissent comme autant d'étoiles qui projettent des arcs-en-ciel sur les murs peints en bleu foncé, sur les visages, sur le dallage de marbre cipolin. 427> Il semble que de petites étoiles se posent sur les murs, sur les visages, sur le sol, étoiles multicolores, menues et mouvantes, car le lampadaire se balance légèrement a cause du courant d'air qui traverse le vestibule et qui déplace continuellement les facettes des écailles précieuses.

"La paix à cette maison" répète Jésus en entrant, alors que sans arrêt il bénit les serviteurs courbés jusqu'à terre, les hôtes étonnés d'être rassemblés là, tout près du Rabbi, dans un palais princier...

 I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif Les hôtes ! La pensée de Jésus se dessine clairement. Le festin d'amour qu'il a voulu dans la maison de la bonne disciple est la mise en action d'une page de l'Évangile. Il y a des mendiants, des estropiés, des aveugles, des orphelins, des vieillards, des jeunes veuves avec leurs petits attachés à leurs vêtements ou suçant le lait peu abondant de la mère mal nourrie. La richesse de Jeanne a déjà pourvu à remplacer les vêtements déchirés par des vêtements modestes, mais propres et neufs. Les chevelures peignées dans un souci prévoyant de propreté, les vêtements propres des malheureux que les serviteurs alignent et aident à gagner leurs places, leur donnent certainement un aspect moins misérable que celui qu'ils avaient quand Jeanne les envoya chercher dans les ruelles, aux carrefours, sur les chemins qui conduisent à Jérusalem, là ou leur misère honteuse se cachait ou bien s'exposait pour avoir l'aumône. Mais à côté de cela, restent bien visibles les privations sur les visages, les infirmités des membres, et les malheurs, les solitudes dans les regards...

Jésus passe et bénit. Chaque malheureux reçoit sa bénédiction, et si la main droite se lève pour bénir, la gauche s'abaisse pour caresser les têtes tremblantes et chenues des vieillards ou les têtes innocentes des petits. Il parcourt ainsi le vestibule, en allant et venant pour bénir tout le monde, même ceux qui entrent alors que Lui bénit déjà et, encore en lambeaux, se cachent craintifs et timides dans un coin jusqu'à ce que les serviteurs les amènent gentiment ailleurs pour être, comme ceux qui les ont précédés, lavés et habillés de vêtements propres.

Une jeune veuve passe avec sa nichée d'enfants... Quelle misère ! Le plus jeune est tout à fait nu, serré dans le voile déchiré de sa mère... les plus grands avec juste ce qu'il faut pour sauvegarder la décence. Seul l'aîné, un garçon efflanqué, a ce que l'on peut appeler un habit mais en revanche il n'a pas de chaussures.

428> Jésus observe et appelle la femme pour lui dire : "D'où viens-tu ?"

"De la plaine de Saron, Seigneur. Lévi est devenu majeur... J'ai dû l'accompagner au Temple... moi... puisqu'il n'a plus de père" et la femme pleure sans bruit, du pleur muet de qui a trop pleuré.

"Quand ton homme est-il mort ?"

"Il y a eu un an au mois de Scebat. J'étais enceinte depuis deux lunes..." et elle réprime ses sanglots pour ne pas troubler, en se penchant sur son petit.

"Le bébé a donc huit mois ?"

"Oui, Seigneur."

"Que faisait ton mari ?"

La femme murmure si doucement que Jésus ne comprend pas. Il se penche pour entendre en disant: "Répète sans crainte."

"Il était forgeron dans une maréchalerie... Mais il a été très malade... car il avait des blessures qui s'étaient envenimées." Et elle termine en disant tout bas: "C'était un soldat de Rome."

"Mais toi, tu es d'Israël ?"

"Oui, Seigneur. Ne me chasse pas pour impureté, comme l'ont fait mes frères quand je suis allée implorer leur pitié après la mort de Cornélius..."

"N'aie pas pareille peur ! Que fais-tu maintenant comme travail ?"

"La servante, quand on veut de moi, la glaneuse, la laveuse de draps, la broyeuse de chanvre... de tout... pour leur donner à manger. Lévi maintenant va faire le paysan... si on veut de lui car... c'est un bâtard de race."

"Confie-toi dans le Seigneur !"

"Si je n'avais pas eu confiance, je me serais tuée avec eux, Seigneur."

"Va, femme, nous nous reverrons" et il la congédie.

Jeanne, pendant ce temps, est accourue et elle est restée à genoux en attendant que le Maître la voie. Lui se retourne, en fait, et il la voit.

"Paix à toi, Jeanne ! Tu m'as parfaitement obéi."

"T'obéir, c'est ma joie. Mais je n'ai pas été la seule à te procurer "la cour" comme tu le voulais. Chouza m'a aidée de toute manière et aussi Marthe et Marie. Et Elise avec elles. Les uns en envoyant leurs serviteurs prendre ce qu'il fallait et pour aider les miens à rassembler les hôtes, d'autres en aidant les serviteurs et les servantes des bains, à laver les "bien-aimés" comme tu les appelles. Maintenant, avec ta permission, je vais donner à tout le monde un peu de nourriture pour qu'ils n'aient pas trop faim en attendant le repas."

429> "Fais-le, oui. Où sont les femmes disciples ?"

"Sur la terrasse supérieure où je fais préparer les tables. Ai-je pensé juste ?"

"Oui, Jeanne. Là-haut, on sera tranquille, aussi bien eux que nous."

"Oui, c'est ce que j'ai pensé. D'ailleurs, dans aucune autre salle je n'aurais pu faire les préparatifs pour tant de monde... Et je ne voulais pas faire de séparation pour ne pas occasionner des jalousies et des souffrances. Les malheureux ont une sensibilité si vive, ils souffrent si facilement, je dirais même !... Ils ne sont qu'une plaie et il suffit d'un regard pour les faire souffrir."

"Oui, Jeanne. Ton âme est sensible à la pitié, et tu comprends. Que Dieu te récompense pour ta pitié. Y a-t-il beaucoup de femmes disciples ?"

"Oh ! toutes celles qui étaient à Jérusalem!... Mais... Seigneur... j'ai peut-être commis une faute... Je voudrais te dire quelque chose en secret."

"Mène-moi dans un endroit solitaire."

Ils vont eux deux seuls dans une pièce où, à cause des jouets étalés partout, je comprends que c'est la salle de jeux de Marie et de Mathias.

"Eh bien, Jeanne ?"

"Oh ! mon Seigneur, certainement j'ai été imprudente... Mais l'idée m'en est venue, si spontanément, et avec tant d'impétuosité ! Chouza me l'a reproché. Mais maintenant... Au Temple il est venu un esclave de Plautina avec une tablette. Elle et ses compagnes demandaient s'il était possible de te voir. J'ai répondu : "Oui, dans l'après-midi, chez moi". Et elles vont venir... Ai-je mal fait ? Oh ! pas à cause de Toi !... Mais à cause des autres, pour ceux qui sont tous Israël... et ne sont pas amour comme Toi. Si j'ai fauté, j'essaierai de réparer... Mais je désire tant que le monde, le monde entier, t'aime, que... que je n'ai pas réfléchi que dans le monde Toi seul es Perfection et qu'il y en a trop peu qui cherchent à te ressembler."

"Tu as bien fait. Aujourd'hui je prêche à vous tous par les œuvres. Et la présence des gentils parmi ceux qui croient en Jésus Sauveur sera une des choses que dans l'avenir devront faire ceux qui croient en Moi. Les enfants, où sont-ils ?"

"Un peu partout, Seigneur" dit en souriant Jeanne rassurée, et elle dit pour finir : "La fête les exalte, et ils courent ça et là comme des oiseaux heureux."

430> Jésus la quitte, revient dans le vestibule, fait un signe aux hommes qui étaient avec Lui et se dirige vers le jardin pour monter sur la vaste terrasse.

Une joyeuse activité remplit la maison de la cave au toit. C'est un va et vient incessant, avec des vivres et du mobilier, avec des paquets de vêtements, des sièges. On accompagne les hôtes, en répondant aux questions toujours joyeusement et affectueusement.

Jonathas, solennel dans sa fonction d'intendant, dirige, surveille, conseille inlassablement.

La vieille Esther, heureuse de voir l'entrain et le bonheur de Jeanne, rit au milieu d'un cercle de pauvres enfants auxquels elle distribue des fouaces tout en racontant des histoires merveilleuses. Jésus s'arrête un moment pour écouter la conclusion magnifique de l'une d'elles, où on dit que "à la bonne Aube de mai, qui jamais ne se révoltait contre le Seigneur pour les souffrances qui étaient survenues dans sa maison, Dieu accorda beaucoup de faveurs qui permirent à Aube de mai d'apporter sauvegarde et biens même à ses frères. Les anges emplissaient la petite huche, finissaient le travail sur le métier pour aider la bonne fillette en disant : "C'est notre sœur parce qu'elle aime le Seigneur et son prochain. Il faut que nous l'aidions"."

"Dieu te bénisse, Esther ! Je m'arrêterais presque Moi aussi pour écouter tes paraboles ! Me veux-tu ?" dit Jésus en souriant.

"Oh ! mon Seigneur ! C'est moi qui dois t'écouter, mais pour les tout petits, je fais encore l'affaire, moi pauvre vieille sotte !"

"Ton âme juste est utile aux adultes aussi. Continue, continue, Esther..." et il lui sourit en s'éloignant.

Dans le vaste jardin, les hôtes sont maintenant dispersés et consomment un casse-croûte, en regardant autour d'eux et en se regardant l'un l'autre stupéfaits. Ils parlent et échangent des commentaires sur ce bonheur inespéré. Mais, en voyant Jésus passer, ils se lèvent quand ils peuvent le faire et se courbent pour adorer.

"Mangez, mangez, en toute liberté et bénissez le Seigneur" dit Jésus en passant pour aller vers les pièces des jardiniers où commence l'escalier extérieur qui mène à la vaste terrasse.

"Oh ! mon Rabbouni !" crie Marie-Magdeleine qui sort en courant d'une pièce, les bras chargés de langes et de chemisettes pour les petits. Et sa voix veloutée d'orgue d'or remplit le chemin, ombragé par des festons de rosés.

431> "Marie, Dieu soit avec toi. Où vas-tu avec tant d'empressement ?"

"Oh ! j'ai dix enfants à vêtir ! Je les ai lavés et maintenant je les habille. Après cela, je te les amènerai, frais comme des fleurs. Je m'enfuis, Maître, car... tu les entends ? On dirait dix agneaux qui bêlent..." et elle s'en va en courant et en riant splendide et sereine dans son vêtement simple et seigneurial de lin blanc, serré à la taille par une fine ceinture d'argent, les cheveux serrés d'un simple nœud sur la nuque, retenus par un ruban blanc noué au front.

"Comme elle est différente de celle qui était sur le Mont des Béatitudes !" s'exclame Simon le Zélote.

Au premier palier de l'escalier, ils rencontrent la fille de Jaïre et Annalia qui descendent si vite qu'elles semblent voler.

"Maître !"

"Seigneur !" s'écrient-elles.

"Dieu soit avec vous. Où allez-vous ?"

"Prendre des nappes. C'est la servante de Jeanne qui nous envoie. Tu parles, Maître ?"

"Certainement !"

"Oh ! alors cours, Miryam ! Faisons vite !" dit Annalia.

"Vous avez tout le temps de faire votre travail. J'attends d'autres personnes. Mais depuis quand, ma fille, t'appelles-tu Miryam ?" dit-il en regardant la fille de Jaïre.

"Depuis aujourd'hui. Depuis maintenant. C'est ta Mère qui m'a donné ce nom. Parce que... n'est-ce pas Annalia ? Aujourd'hui c'est un grand jour pour quatre vierges..."

"Oh ! oui. Allons-nous le dire au Seigneur ou en laissons-nous le soin à Marie ?"

"À Marie, à Marie. Va, va, Seigneur. La Mère te parlera" et elles s'en vont en courant, dans la prime fleur de la jeunesse, humaines dans leurs belles formes, angéliques dans leur regard radieux...

Ils sont au troisième palier quand ils rencontrent Élise de Béthsur, qui descend gravement avec la femme de Philippe.

"Ah ! Seigneur ! Aux uns tu prends, aux autres tu donnes !... Mais que tu en sois également béni !" crie cette dernière.

"De quoi parles-tu, femme ?"

"Tu vas le savoir... Quelle peine et quelle gloire, Seigneur ! Tu me mutiles et tu me couronnes."

Philippe, qui est près de Jésus, dit : "Que dis-tu ? De quoi parles-tu ? Tu es mon épouse et ce qui t'arrive me touche..."

"Oh ! tu vas le savoir, Philippe. Va, va avec le Maître."

432> Entre temps, Jésus demande à Élise si elle est bien guérie. La femme, à laquelle la grande douleur d'autrefois a donné une majesté de reine souffrante, dit : "Oui, mon Seigneur. Mais ce n'est pas une douleur que de souffrir avec la paix dans le cœur. Et maintenant j'ai la paix dans le cœur."

"Et tu vas avoir bientôt davantage."

"Quoi, Seigneur ?"

"Va et reviens, et tu le sauras."

"Voilà Jésus ! Voilà Jésus !" crient les deux enfants qui ont le visage appuyé contre la balustrade ornée d'arabesques qui borde la terrasse des deux côtés qui donnent sur le jardin, et de laquelle descendent des branches de rosiers et de jasmins en fleurs, car la terrasse est un vaste jardin suspendu sur lequel, en cette heure ensoleillée, s'étend un voile multicolore. Toutes les personnes occupées aux préparatifs sur la terrasse se retournent au cri de Marie et de Mathias et, laissant ce qu'elles faisaient, elles vont à la rencontre de Jésus aux genoux duquel sont déjà accrochés les deux enfants.

Jésus salue les nombreuses femmes qui se pressent. Parmi les disciples proprement dites ou les femmes, les filles, les sœurs des apôtres et des disciples, sont mêlées d'autres moins connues, moins intimes, telles que l'épouse du cousin Simon; les mères des âniers de Nazareth; la mère d'Abel de Bethléem de Galilée; Anne de Jude (la maison près du lac de Méron); Marie de Simon, mère de Judas de Kériot; Noémi d'Ephèse; Sara et Marcelle de Béthanie (Sara est la femme que Jésus guérit sur le Mont des Béatitudes et envoya à Lazare avec le vieil Ismaël. Elle semble être maintenant servante de Marie de Lazare); puis la mère de Jaia; la mère de Philippe d'Arbela; Dorca, la jeune mère de Césarée de Philippe, et sa belle-mère; la mère d'Annalia; Marie de Bozra, la lépreuse miraculée venue avec son mari à Jérusalem; et d'autres, d'autres que je connais de vue mais dont je ne puis dire exactement les noms.

Jésus pénètre sur la vaste terrasse rectangulaire qui donne d'un côté sur le Siste, et il va se mettre près de la pièce sur laquelle débouche l'escalier intérieur, et qui ressemble à un cube de faible hauteur situé à l'angle nord de la terrasse. Jérusalem se montre toute entière, et avec elle ses alentours immédiats. Une vue étonnante. Toutes les disciples, toutes les femmes même, quittent le travail des tables pour se serrer autour de Lui. Les serviteurs continuent leur travail.

433> Marie est près de son Fils. Dans la grande lumière dorée qui filtre à travers le grand voile étendu sur la terrasse et qui devient couleur émeraude là où pour arriver à la vue elle doit pour passer filtrer à travers un massif de jasmins et de rosiers disposés pour faire une tonnelle, Marie paraît encore plus jeune et plus agile; une sœur des plus jeunes disciples, à peine plus âgée, et belle, belle comme la plus splendide des rosés épanouies dans le jardin suspendu, dans les vasques disposées tout autour qui contiennent des rosiers, des jasmins, des muguets, des lys et autres plantes charmantes.

"Mère, mon épouse a parlé d'une certaine façon !... Qu'est-ce qui est arrivé pour qu'elle puisse se dire à la fois mutilée et couronnée ?" demande Philippe qui brûle de le savoir.

Marie sourit doucement pendant qu'elle le regarde et elle, si rétive à la confidence, lui prend la main en disant : "Serais-tu capable, toi, de donner à mon Jésus la chose qui t'est la plus chère ? Vraiment tu le devrais... parce que Lui te donne le Ciel et le Chemin pour y aller."

"Mais certainement, Mère, que je le saurais... surtout si je savais que ce que je Lui donnerais pouvait le rendre heureux."

"Il l'a, Philippe : ta seconde fille se consacre aussi au Seigneur. Elle l'a dit tout à l'heure, à sa mère et à moi, en présence de nombreuses disciples..."

"Toi !? Toi !?" demande Philippe stupéfait, en montrant de l'index une gentille enfant qui se serre contre Marie comme pour qu'elle la protège. L'apôtre a du mal à avaler ce second coup qui le prive pour toujours de l'espoir d'une descendance. Il essuie la sueur soudaine que la nouvelle lui a causée... il tourne son regard sur ceux qui l'entourent. Il lutte... Il souffre.

La fille gémit : "Père... ton pardon... et ta bénédiction..." et elle glisse à ses pieds.

Philippe caresse machinalement ses cheveux châtains et s'éclaircit la gorge qui se serre. Enfin il parle : "On pardonne aux enfants qui pèchent... Toi, tu ne pèches pas en te consacrant au Maître... et... et... ton pauvre père ne peut que te dire... que te dire : "Que tu sois bénie"... Ah ! fille ! ma fille !... Comme elle est douée et terrible la volonté de Dieu !" et il se penche, la relève, l'embrasse, lui dépose un baiser sur le font, sur les cheveux, en pleurant... et puis, la tenant encore dans ses bras, il va vers Jésus et Lui dit : "Moi, je l'ai engendrée, mais Toi, tu es son Dieu... Ton droit est plus grand que le mien... Merci... merci, Seigneur, de la... de la joie que..." il ne peut poursuivre. Il tombe à genoux aux pieds de Jésus et se baisse pour baiser ses pieds en gémissant : "Jamais plus, jamais plus de petits-enfants... Mon rêve !... Le sourire de ma vieillesse !... Pardonne-moi ces pleurs, mon Seigneur... Je suis un pauvre homme..."

434> "Lève-toi, mon ami, et sois heureux de donner les prémices aux parterres angéliques. Viens. Viens ici entre ma Mère et Moi. Apprenons d'elle comment la chose est arrivée parce que, je te l'assure, je n'y suis pour rien."

Marie explique : "Moi aussi, je sais peu de chose. Nous parlions entre nous, femmes, et comme il arrive souvent on m'interrogeait sur mon vœu de virginité. On me demandait encore comment seraient les futures vierges, quelles fonctions, quelles gloires je prévoyais pour elles. Je répondais comme je sais... Et pour l'avenir, je prévoyais une vie de prière, de consolation pour les souffrances que le monde donnera à mon Jésus. Je disais :  I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif "Ce seront les vierges qui soutiendront les apôtres, qui laveront le monde souillé en le revêtant et en le parfumant de leur pureté. Elle seront les anges qui chanteront les louanges pour couvrir les blasphèmes. Et Jésus en sera heureux, et il donnera des grâces au monde, et il donnera ses miséricordes grâce à ces agnelles disséminées parmi les loups..." et je disais autre chose encore. Ce fut alors que la fille de Jaïre me dit : "Donne-moi un nom, ô Mère, pour mon avenir de vierge, car je ne puis permettre qu'un homme jouisse de ce corps qui a été ranimé par Jésus. C'est à Lui seul qu'appartient mon corps jusqu'à ce qu'il soit la chair du tombeau et mon âme au Ciel", et Annalia dit : "Moi aussi, j'ai pensé le faire. Et aujourd'hui je suis plus légère que l'hirondelle, car j'ai rompu tout lien". Et ce fut alors que ta fille, ô Philippe, dit : "Moi aussi, je serai comme vous. Vierge pour l'éternité !" La mère, voici qu'elle vient, la fit réfléchir qu'on ne peut prendre ainsi une telle décision. Mais elle ne changea pas d'avis. Et à ceux qui lui demandaient s'il y avait longtemps qu'elle y pensait, elle disait "non", et à ceux qui lui demandaient comment cela lui était venu, elle disait : "Je ne sais. C'est comme une flèche de lumière qui m'a traversé le cœur, et j'ai compris de quel amour j'aime Jésus"."

L'épouse de Philippe demande à son mari : "Tu as entendu ?"

"Oui, femme, la chair gémit... et elle devrait chanter parce que cela c'est notre glorification. Elle, notre lourde chair, a engendré deux anges. Ne pleure pas, femme. Tu l'as dit précédemment : Il t'a couronnée... La reine ne pleure pas quand elle reçoit le diadème..."

Mais Philippe pleure encore et plusieurs pleurent, tant hommes que femmes, maintenant que tous sont rassemblés là-haut. Marie de Simon fond en larmes dans un coin... Marie de Magdala pleure dans un autre, en tiraillant machinalement le lin de son vêtement arrachant machinalement des fils à la bordure qui l'orne. Anastasica pleure en essayant de cacher de la main son visage en larmes

435> "Pourquoi pleurez-vous ?" demande Jésus.

Personne ne répond. Le Seigneur appelle Anastasica et il l'interroge de nouveau. Et elle répond : "Parce que, Seigneur, pour une joie nauséabonde éprouvée une seule nuit, j'ai perdu d'être une de tes vierges."

"Tout état est bon. lorsqu'on y sert le Seigneur. Dans la future Église, il faudra des vierges et des femmes mariées, toutes utiles au triomphe du Royaume de Dieu dans le monde et au travail des frères prêtres. Élise de Béthsur, viens là. Console cette femme qui n’est guère qu'une enfant..."

Et de sa main, il met Anastasica dans les bras d'Élise. Il les observe pendant qu'Élise la caresse et que l'autre s'abandonne dans ces bras maternels, et puis il demande : "Élise, connais-tu son Histoire"

"Oui Seigneur. Et elle me fait tant de peine, pauvre colombe sans nid."

"Élise, aimes-tu cette sœur ?"

"L'aimer ? Tellement, mais pas comme une sœur. Elle pourrait être ma fille. Et maintenant que je la tiens dans mes bras, il me semble redevenir la mère heureuse du temps passé. À qui vas-tu confier cette douce gazelle ?"

"À toi. Élise."

"À moi ?" La femme desserre le cercle de ses bras pour regarder le Seigneur, incrédule…

"À toi. Tu ne la veux pas ?"

"Oh ! Seigneur ! Seigneur ! Seigneur !"... Élise, à genoux, rampe vers Jésus, et elle ne sait pas, elle ne sait pas comment, ce que dire ce que faire pour exprimer sa joie.

"Lève-toi et sois pour elle saintement mère, et qu'elle soit pour toi saintement fille, et avancez toutes les deux sur le chemin du Seigneur. Marie de Lazare, pourquoi pleures-tu, toi si gaie il y a un instant ? Où sont les dix fleurs que tu voulais m'amener" ?"

"Ils dorment, rassasiés, dans la propreté, Maître... Et moi je Pleure, parce que jamais plus je n'aurai la pureté des vierges et mon âme toujours pleurera, jamais satisfaite parce que parce que j'ai péché…"

"Mon pardon et tes larmes te rendent plus pure qu'elles. Viens ici, ne pleure plus. Laisse les pleurs à ceux qui doivent avoir honte 436> de quelque chose. Allons, va prendre tes fleurs. Allez, vous aussi, épouses et vierges. Allez dire aux hôtes de Dieu de monter. Il faut les congédier avant la fermeture des Portes, car beaucoup d'entre eux sont disséminés à travers la campagne."

Ils s'en vont obéissants. Il ne reste sur la terrasse que Jésus à sa place, qui caresse Marie et Mathias; Élise et Anastasica qui, un peu plus loin, se tiennent par la main en se regardant dans les yeux avec un sourire qui éclaire une larme de joie; Marie de Simon sur laquelle se penche avec pitié Marie très Sainte; et Jeanne qui, sur le seuil de la porte, regarde incertaine un peu dedans, un peu dehors, vers Jésus. Les apôtres et les disciples sont descendus en même temps que les femmes pour aider les serviteurs à transporter les estropiés, les aveugles, les boiteux, les bossus, les vieillards. par le long escalier.

Jésus relève sa tête qui était penchée sur les deux enfants, et il voit Marie penchée sur la mère de Judas. Il se lève et va vers elles. Il pose sa main sur la tête grisonnante de Marie de Simon : "Pourquoi pleures-tu, femme ?"

"Oh ! Seigneur ! Seigneur ! J'ai enfanté un démon ! Aucune mère en Israël ne m'égalera pour la douleur !"

"Marie, une autre mère, et pour le même motif que toi, m'a dit et dit ces paroles. Pauvres mères !..." [1]

"Oh ! mon Seigneur, il y en a donc un autre qui comme mon Judas est perfide et criminel à ton égard ? Oh ! ce n'est pas possible ! Lui, qui te possède, s'est livré à des pratiques immondes. Lui, qui respire ton haleine, est luxurieux et voleur, peut-être il deviendra homicide. Lui... Oh ! Sa pensée est mensonge ! Sa vie est une fièvre. Fais-le mourir, Seigneur ! Par pitié ! Fais-le mourir !"

"Marie, ton cœur te le montre pire qu'il ne l'est. La peur t'affole. Mais calme-toi et raisonne. Quelles preuves as-tu de son inconduite ?"

"À ton égard, rien. Mais c'est une avalanche qui descend. Je l'ai surpris et il n'a pas pu cacher les preuves qui... Le voilà... Par pitié, tais-toi ! Il me regarde, il soupçonne. C'est ma douleur. Aucune mère n'est plus malheureuse que moi en Israël !..."

Marie murmure : "Moi... Parce qu'à ma douleur je joins celle de toutes les mères malheureuses... Parce que ma douleur m'est donnée par la haine, non d'un seul, mais de tout un monde."

Jésus, appelé par Jeanne, va la trouver. Pendant ce temps, Judas va vers sa mère que Marie réconforte encore, et il l'apostrophe: "As-tu pu dire tous tes délires ? Me calomnier ? Es-tu heureuse 437> maintenant ?"

"Judas ! Est-ce ainsi que tu parles à ta mère ?" demande sévèrement Marie. C'est la première fois que je la vois ainsi...

"Oui, parce que je suis las de sa persécution."

"Oh ! mon fils, ce n'est pas une persécution ! C'est de l'amour. Tu dis que je suis malade, mais c'est toi qui l'es ! Tu dis que je te calomnie et que j'écoute tes ennemis. Mais c'est toi qui te fais tort, mais tu suis et fréquentes des êtres néfastes qui t'entraîneront. C'est que tu es un faible, mon fils, et eux s'en sont aperçus... Crois-en ta mère. Écoute Ananias qui est âgé et sage. Judas ! Judas ! Aie pitié de toi, de moi ! Judas !!! Où vas-tu, Judas ?!"

Judas, qui presque en courant traverse la terrasse, se retourne et crie : "Où je suis utile et vénéré" et il descend précipitamment l'escalier alors que la malheureuse mère, se penchant sur le parapet, lui crie : "N'y va pas ! N'y va pas ! Ils veulent ta ruine ! Fils ! Fils ! Mon fils !..."

Judas est arrivé en bas, et les arbres le cachent à la vue de sa mère. Il réapparaît un instant dans un espace vide avant d'entrer dans le vestibule.

"Il est parti !... L'orgueil le dévore !" gémit sa mère.

"Prions pour lui, Marie. Prions nous deux ensemble..." dit la Vierge en tenant par la main la triste mère du futur déicide.

Pendant ce temps, les hôtes commencent à monter... et Jésus parle avec Jeanne.

"Bon, qu'elles viennent donc. C'est bien qu'elles aient pris des vêtements hébraïques, pour ne pas heurter les préventions de plusieurs. Je les attends ici. Va les appeler" et adossé à l'huisserie, il observe l'afflux des convives que les apôtres, les disciples, hommes et femmes, guident affectueusement selon un ordre fixé d'avance. Au milieu se trouve la table basse des enfants, puis de part et d'autre toutes les autres disposées parallèlement.

Mais alors que les aveugles, les boiteux, les bossus, les estropiés, les vieillards, les veuves, les mendiants, prennent place avec leurs douloureuses histoires imprimées sur leurs visages, voilà que, gentils comme des paniers de fleurs, on apporte des paniers transformés en berceaux et jusqu'à de petits coffres dans lesquels, étendus sur des coussins, dorment repus de jeunes bébés pris à leurs mères mendiantes. Et Marie de Magdala, rassérénée, court vers Jésus en disant : "Elles sont arrivées les fleurs. Viens les bénir, mon Seigneur."

Mais en même temps, Jeanne arrive de l'escalier intérieur en 438> disant : "Maître, voici les disciples païennes." Il y a sept femmes, vêtues d'habits modestes et foncés, semblables à ceux des hébreux. Elles ont toutes le visage couvert d'un voile et un manteau les couvre jusqu'aux pieds.

Deux sont grandes et majestueuses, les autres de taille moyenne. Mais quand après avoir vénéré le Maître, elles enlèvent leurs manteaux, il est facile de reconnaître Plautina, Lidia, Valeria, l'affranchie Flavia, celle qui a écrit les paroles de Jésus dans le jardin de Lazare [2], et puis il y a trois inconnues. Une d'elles, au regard habitué au commandement, et qui pourtant s'agenouille en disant au Seigneur : "Et avec moi, Rome se prosterne à tes pieds", et puis une forte matrone d'environ cinquante ans, et enfin une toute jeune femme élancée et sereine comme une fleur des champs.

Marie de Magdala reconnaît les romaines, malgré leurs vêtements hébreux, et murmure: "Claudia !!!" et elle reste les yeux écarquillés.

"C'est moi. J'en ai assez d'entendre par la parole d'autrui ! La Vérité et la Sagesse, il faut les atteindre directement à la source."

"Crois-tu qu'ils vont nous reconnaître ?" demande Valeria à Marie de Magdala.

"Si vous ne vous trahissez pas en disant vos noms, je ne crois pas. Du reste, je vais vous mettre dans un endroit sûr."

"Non, Marie. Aux tables, pour servir les mendiants. Personne ne pourra penser que ce sont des patriciennes qui servent les pauvres, les plus petits du monde hébraïque" dit Jésus.

"C'est une bonne idée, ô Maître, car l'orgueil est inné en nous."

"Et l'humilité est le signe le plus net de ma doctrine. Qui veut me suivre doit aimer la Vérité, la Pureté et l'Humilité, avoir de la charité pour tous, et de l'héroïsme pour défier l'opinion des hommes et les pressions des tyrans. Allons."

"Pardon, ô Rabbi. Cette fillette est une esclave, fille d'esclaves. Je l'ai rachetée parce qu'elle est d'origine Israélite et Plautina la garde avec elle. Mais je te l'offre, pensant bien faire. Son nom est Egla. Elle t'appartient."

"Marie, accueille-la. Puis nous penserons... Merci, femme."

Jésus va sur la terrasse pour bénir les enfants. Les dames éveillent une grande curiosité. Mais ainsi habillées et coiffées à l'hébraïque, en vêtements presque pauvres, elles n'éveillent pas de soupçons. Jésus va au milieu de la terrasse, près de la table des enfants, et il prie, offrant pour tous la nourriture au Seigneur, il bénit et donne l'ordre de commencer le repas.

439> Apôtres, disciples hommes et femmes, dames, sont serviteurs des pauvres. Jésus donne l'exemple en retroussant les larges manches de son vêtement rouge et en s'occupant de ses enfants, aidé par Miryam de Jaïre et par Jean.

Les bouches de tous travaillent remarquablement, mais les yeux sont tous tournés vers le Seigneur. Le soir arrive et on enlève le voile pendant que les serviteurs apportent les lampes encore superflues.

Jésus circule parmi les tables. Il n'en laisse aucune sans encouragement et sans aide. Il frôle ainsi plusieurs fois les royales Claudia et Plautina qui partagent humblement le pain et portent le vin aux lèvres des aveugles, des paralytiques, des manchots; il sourit à ses vierges qui s'occupent des femmes; aux mères disciples toutes pleines de pitié auprès des malheureux; à Marie de Magdala qui se prodigue à une tablée de pauvres vieux, la plus triste de toutes, pleine de tousseurs, de gens qui tremblent, de mâchoires édentées qui mâchonnent et de bouches qui bavent; et il aide Mathieu qui secoue un enfant qui a avalé de travers un morceau de fouace qu'il suçait et mordait avec ses nouvelles dents; il complimente Chouza qui, arrivé au début du repas, découpe les viandes et s'en tire comme un serviteur expérimenté.

Le repas prend fin. Sur les visages empourprés, dans les regards plus joyeux, on voit clairement la satisfaction des pauvres gens.

Jésus se penche sur un vieil homme secoué par un tremblement, et il lui dit : "À quoi penses-tu, père, toi qui souris ?"

"Je pense que vraiment ce n'est pas un rêve. Il y a encore un instant, je croyais dormir et rêver. Mais maintenant je sens que c'est vrai. Mais qui te rend si bon, Toi, qui rend si bons tes disciples ? Vive Jésus !" crie-t-il pour finir.

Et toutes les voix de ces pauvres, et il y en a des centaines, crient: "Vive Jésus !"

Jésus se rend de nouveau au milieu et il ouvre les bras pour faire signe de se taire et de rester en place. Il commence à parler en restant assis avec un petit enfant sur ses genoux.

 I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif"Vive, oui, vive Jésus, non parce que c'est Moi qui suis Jésus. Mais parce que Jésus veut dire l'amour de Dieu fait chair, et descendu parmi les hommes pour être connu et pour faire connaître l'amour qui sera le signe de la nouvelle ère. Vive Jésus, parce que Jésus veut dire "Sauveur". Et c'est Moi qui vous sauve. Je vous sauve tous, riches et pauvres, enfants et vieillards, Israélites et païens, tous, pourvu que vous vouliez me donner la volonté d'être 440> sauvés. Jésus est pour tous. Il n'est pas pour tel ou tel. Jésus appartient à tous. Il appartient à tous les hommes et il est pour tous les hommes. C'est pour tous que je suis l'Amour miséricordieux et le Salut assuré.  I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gifQu'est-il nécessaire de faire pour appartenir à Jésus, et donc pour avoir le salut ? Peu de choses, mais de grandes choses. Non pas grandes parce que difficiles comme celles que font les rois, mais grandes parce qu'elles veulent que l'homme se renouvelle pour les faire et pour devenir la possession de Jésus. Par conséquent amour, humilité, foi, résignation, compassion. Voilà. Vous, qui êtes disciples, qu'avez-vous fait aujourd'hui de grand ? Vous direz: "Rien. Nous avons servi un repas". Non, vous avez servi l'amour. Vous vous êtes humiliés. Vous avez traité en frères des inconnus de toutes races, sans demander qui ils sont, s'ils sont sains, s'ils sont bons. Et vous l'avez fait au nom du Seigneur. Peut-être espériez-vous de Moi de grandes paroles pour votre instruction. Je vous ai fait faire de grandes actions. Nous avons commencé le jour par la prière, nous sommes venus à l'aide des lépreux et des mendiants, nous avons adoré le Très-Haut dans sa Maison, nous avons commencé les agapes fraternelles et le soin des pèlerins et des pauvres, nous avons servi parce que servir par amour c'est être semblable à Moi qui suis le Serviteur des serviteurs de Dieu, Serviteur jusqu'à l'anéantissement de la mort pour vous procurer le salut..."

Un cri et un bruit de pas interrompt Jésus. Un groupe d'Israélites forcenés monte l'escalier en courant. Les romaines les plus connues, c'est-à-dire Plautina, Claudia, Valeria et Lidia, se mettent à l'ombre en baissant leurs voiles.

Les perturbateurs font irruption sur la terrasse et ils semblent chercher je ne sais quoi. Chouza, offensé, va au devant d'eux et leur demande : "Que voulez-vous ?"

"Rien qui te concerne. Nous cherchons Jésus de Nazareth et pas toi."

"Me voici. Ne me voyez-vous pas ?" demande Jésus en mettant l'enfant par terre et en se levant imposant.

"Que fais-tu ici ?"

"Vous le voyez. Je fais ce que j'enseigne et j'enseigne ce qu'il faut faire : l'amour pour les plus pauvres. Qu'est-ce qu'on vous a dit ?"

"On a entendu des cris séditieux et comme là où tu es il y a des troubles, nous sommes venus voir."

"Là où je suis, c'est la paix. On criait : "Vive Jésus"."

"Justement. On a pensé, aussi bien au Temple qu'au palais 441> d'Hérode, qu'ici on conjurait contre..."

"Qui ? Contre qui ? Qui est roi en Israël ? Pas le Temple, pas Hérode. C'est Rome qui est maîtresse et bien fou est celui qui pense à se faire roi là où elle commande."

"Toi, tu dis que tu es roi."

"Je suis Roi, mais pas de ce royaume. Il est trop mesquin pour Moi ! Trop mesquin est aussi l'empire. Je suis le Roi du Royaume saint des Cieux, du Royaume de l'Amour et de l'Esprit. Allez en paix, ou restez si vous voulez et apprenez comment on arrive à mon Royaume. Mes sujets, les voilà : les pauvres, les malheureux, les opprimés, et puis les bons, les humbles, les charitables. Restez. joignez-vous à eux."

"Cependant tu es toujours à banqueter dans des maisons fastueuses, au milieu de belles femmes et..."

"Cela suffit ! On ne fait pas d'insinuations contre le Rabbi et on ne l'offense pas dans ma maison. Sortez !" tonne Chouza.

Mais par l'escalier intérieur bondit sur la terrasse une jolie silhouette de fillette voilée. Elle court, légère comme un papillon, vers Jésus et là elle jette son voile et son manteau pour tomber à ses pieds et essayer de les Lui baiser.

"Salomé !" crie Chouza avec les autres.

Jésus s'est retiré si vivement pour fuir son contact que son siège se renverse et il en profite pour en faire une séparation entre Lui et Salomé. Ses yeux font peur tant ils sont phosphorescents, terribles.

Salomé, agile et effrontée, toute cajoleries, dit : "Oui, moi. L'acclamation est parvenue au Palais. Hérode envoie une ambassade pour dire qu'il veut te voir. Mais moi, je l'ai prévenue. Viens avec moi, Seigneur. Je t'aime tant et je te désire tant ! Je suis moi aussi chair d'Israël."

"Va à ta maison."

"La Cour t'attend pour te faire honneur."

"Ma Cour, la voilà. Je ne connais pas d'autre cour, ni d'autres honneurs" et de la main il montre les pauvres assis aux tables.

"Je t'apporte des cadeaux pour elle. Voici mes bijoux."

"Je n'en veux pas."

"Pourquoi les refuses-tu ?"

"Parce qu'ils sont impurs et donnés dans une intention impure. Va-t-en !"

Salomé se relève interdite. Elle regarde à la dérobée le Terrible, le Très Pur qui la foudroie avec le bras tendu et son regard de feu. 442> Elle regarde furtivement tout le monde, et elle voit moquerie ou nausée sur les visages. Les pharisiens sont pétrifiés et ils observent la scène puissante. Les romaines osent avancer pour mieux voir.

Salomé tente un dernier essai : "Tu approches même les lépreux..." dit-elle humble et suppliante.

"Ce sont des malades. Toi, tu es une impudique. Va-t-en !"

Le dernier "va-t-en !" est tellement puissant que Salomé ramasse voile et manteau et, penchée, rampante, se dirige vers l'escalier.

"Attention, Seigneur !... Elle est puissante... Elle pourrait te nuire" murmure Chouza à voix basse.

Mais Jésus répond d'une voix très forte, pour que tous puissent entendre, celle qu'il chasse pour commencer : "N'importe. Je préfère être tué que de faire alliance avec le vice. Sueur de femme lascive et or de courtisane sont des poisons d'enfer. S'allier par lâcheté avec les puissants c'est une faute. Je suis Vérité, Pureté et Rédemption. Et je ne change pas. Va. Accompagne-la..."

"Je punirai les serviteurs qui l'ont laissée passer."

"Tu ne puniras personne. Une seule le mérite. Elle, et elle l'est. Et qu'elle sache, et sachez que sa pensée m'est connue et que j'en éprouve du dégoût. Que le serpent retourne à son trou. L'Agneau revient à ses jardins."

Il s'assoit. Il sue. Il se tait. Puis il dit :  I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif"Jeanne, donne à chacun une obole pour que leur vie soit moins triste pendant quelques jours... Que dois-je faire d'autre, enfants de la douleur ? Que voulez-vous que je puisse vous donner ? Je lis dans les cœurs. Aux malades qui savent croire, paix et santé !"

Une pause d'un instant et puis un cri... et ils sont nombreux, très nombreux, ceux qui se lèvent guéris. Les juifs, venus pour surprendre Jésus, s'en vont abasourdis et négligés dans le délire général, à cause des miracles et de la pureté de Jésus.

Jésus sourit en embrassant les enfants, puis il congédie les hôtes en retenant les veuves et il parle à Jeanne en leur faveur. Jeanne en prend note et les invite pour le lendemain. Puis, elles aussi, s'en vont. Les vieillards partent les derniers...

Il reste les apôtres, les disciples et les romaines. Jésus dit : "Ainsi doit être l'union dans l'avenir. Il n'y a pas de paroles. Ce sont les actes qui parlent aux esprits et aux âmes par leur évidence. La paix soit avec vous."

Il se dirige vers l'escalier intérieur et il disparaît suivi de Jeanne et puis des autres.

443> Au bas de l'escalier, il rencontre Judas: "Maître, ne va pas au Gethsémani ! Il y a là des ennemis qui te cherchent. Et toi, mère, que dis-tu maintenant ? Toi qui m'accuses ! Si je n'y étais pas allé, je n'aurais pas appris le piège tendu au Maître. Dans une autre maison ! Allons dans une autre maison !"

"Dans la nôtre, alors. Dans la maison de Lazare n'entre que celui qui est ami de Dieu" dit Marie de Magdala.

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"Oui. Que ceux qui hier étaient au Gethsémani viennent avec les sœurs au palais de Lazare. Demain nous pourvoirons."

 



[1] La mère de Marc de Josias. Cf. Tome 5, chapitre 49

[2] Cf. Tome 3, chapitre 65, page 385