Vision du lundi 20
août 1945
212> C'est la même heure, mais le lendemain. Jacques, qui
est encore retiré dans la fente de la montagne et assis tout pelotonné avec
la tête penchée presque jusqu'aux genoux qui sont levés et qu'il tient avec
ses bras, est dans une profonde méditation, ou bien il dort. Je ne me rends
pas bien compte. Certainement il est insensible à ce qui se passe autour de
lui, c'est-à-dire au combat de deux gros oiseaux qui, pour quelque motif
particulier, se battent férocement dans le petit pré. Je dirais que ce sont
des coqs de montagne, ou des coqs de bruyère, ou des faisans car ils ont la
grosseur d'un jeune coq, des plumes de toutes les couleurs, mais ils n'ont
pas de crête, seulement un petit casque de chair rouge comme du corail sur le
sommet de la tête et sur les joues, et je vous assure que, si la tête est
petite, le bec doit être comme une pointe d'acier. Les plumes volent en l'air
et le sang coule par terre dans un fracas violent qui fait taire les
sifflements, les trilles et les roulades dans les branches des arbres.
Peut-être les oiseaux observent la joute féroce...
Jacques n'entend rien. Jésus, au contraire entend et descend du sommet où il
était monté et, en battant des mains, sépare les combattants qui s'enfuient,
sanglants, l'un vers la côte, l'autre au sommet d'un rouvre et là remet en
ordre ses plumes toutes hérissées et emmêlées.
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213> Jacques ne lève pas la tête,
même au bruit fait par Jésus qui, en souriant, fait encore quelques pas et
s'arrête au milieu du petit pré. Son vêtement blanc semble se teinter de
rouge du côté droit tant est violent le rouge du crépuscule. On dirait
vraiment que le ciel soit en feu. Et pourtant Jacques ne doit pas dormir car,
dès que Jésus susurre, exactement susurre "Jacques, viens ici", il
lève sa tête appuyée sur ses genoux et défait l'enlacement de ses bras, en se
levant et en allant vers Jésus.
Il s'arrête en face de Lui, à deux pas de distance et le regarde. Jésus aussi
le regarde, sérieux et pourtant il encourage Jacques d'un sourire qui ne
vient pas des lèvres ni du regard et qui pourtant est visible. Il le regarde
fixement comme s'il voulait lire les plus petites réactions et émotions de son
cousin et apôtre qui comme hier, en se sentant au seuil d'une révélation,
devient pâle et le devient davantage encore au point que son visage a la
couleur de son vêtement de lin quand Jésus lève les bras et lui met les mains
sur les épaules, en restant ainsi, les bras tendus. Alors Jacques semble bien
être une hostie. Seuls ses doux yeux châtain foncé et sa barbe châtain
colorent ce visage attentif.
"Jacques, mon frère, tu sais pourquoi je t'ai voulu ici, seul à seul,
pour te parler après des heures de prière et de méditation ?"
Jacques paraît éprouver de la difficulté à répondre tant il est ému. Mais il
ouvre enfin les lèvres pour répondre à voix basse : "Pour me donner
une instruction spéciale, ou pour l'avenir, ou parce que je suis le plus
incapable de tous. Je te remercie dès maintenant, même s'il s'agit d'un
reproche. Mais crois-moi, Maître et Seigneur : si je suis lent et
incapable, c'est par défaut de moyens, non par mauvaise volonté."
"Ce n'est pas un reproche mais une instruction, oui, pour le temps où je
ne serai plus avec vous. Dans ton cœur, pendant ces mois, tu as beaucoup
pensé à ce que je t'ai dit un jour, au pied de cette montagne, en te
promettant de venir ici avec toi, non seulement pour parler du prophète Élie
et pour regarder la mer qui resplendit là, à l'infini, mais pour te parler
d'une autre mer, encore plus grande, changeante, traîtresse, que cette mer
qui paraît aujourd'hui le plus tranquille des bassins et qui peut-être dans
quelques heures engloutira navires et hommes dans sa faim vorace. Et tu n'as
jamais séparé la pensée de ce que je t'ai dit alors de celle que la venue ici
avait rapport à ton futur destin. Si bien que maintenant tu pâlis de plus en
plus en voyant que c'est un lourd destin, un héritage plein d'une responsabilité
telle qu'elle ferait trembler un héros; une responsabilité et une mission
qu'il faut exécuter avec toute la sainteté possible dans un homme pour ne pas
décevoir la volonté de Dieu. N'aie pas peur, Jacques. Je ne veux pas ta
ruine. Car si je te destine à cela, c'est signe que je sais que tu en auras
non un dommage mais une gloire surnaturelle.
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214> Écoute-moi, Jacques. Fais en
toi la paix par un bel acte d'abandon en Moi, pour pouvoir entendre et te
rappeler mes paroles.
Jamais plus nous ne serons ainsi seuls et avec l'esprit ainsi préparé à nous
entendre. Je m'en irai un jour, comme tous les hommes qui ont un temps de
séjour sur la terre. Mon séjour cessera d'une façon différente de celui des
hommes, mais il faudra qu'il cesse et vous ne m'aurez plus à côté de vous
autrement que par mon Esprit qui, je vous en donne l'assurance, ne vous
abandonnera jamais.
Quant à Moi, je m'en irai, après vous avoir donné tout ce qui est nécessaire
pour faire progresser ma Doctrine dans le monde, après avoir accompli le
Sacrifice et vous avoir obtenu la Grâce. Par elle et par le Feu sapientiel et
septiforme vous pourrez
faire ce qui maintenant vous paraîtrait folie et présomption même à seulement
l'imaginer.
Je m'en irai et vous resterez. Et le monde qui n'a pas compris le Christ ne
comprendra pas les apôtres du Christ. Aussi vous serez persécutés et
dispersés comme les gens les plus dangereux pour le bien-être d'Israël. Mais,
puisque vous êtes mes disciples, vous devez être heureux de subir les mêmes
afflictions que votre Maître.
Je t'ai dit un jour de Nisan : "Tu seras celui qui reste des
prophètes du Seigneur" Ta mère, par
une influence spirituelle, a presque compris le sens de ces paroles. Mais,
avant qu'elles se vérifient pour mes apôtres, en ce qui te concerne, elles se
seront vérifiées.
Jacques, tous seront dispersés sauf toi, et
cela jusqu'à ce que Dieu t'appelle à son Ciel. Tu resteras au poste auquel
t'aura élu Dieu par la bouche de tes frères, toi descendant de la race royale,
dans la cité royale, pour élever mon sceptre et parler du vrai Roi. Roi
d'Israël et du monde selon une royauté sublime que personne ne comprend,
excepté ceux auxquels elle a été révélée. Ce seront des temps où il te faudra
une force, une constance, une patience, une sagacité sans limites.
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215> Tu devras être juste avec
charité, avec une foi simple et pure comme celle d'un enfant et, en même
temps, érudite, en vrai maître, pour soutenir la foi assaillie en tant de cœurs et par
tant de choses qui lui sont opposées, et pour réfuter les erreurs des faux
chrétiens et les subtilités doctrinales du vieil Israël qui, aveugle dès
maintenant, sera plus que jamais aveugle après avoir tué la Lumière, et qui
déformera les paroles prophétiques et jusqu'aux commandements du Père de qui
je procède, pour persuader lui-même et se donner ainsi la paix, et le monde,
que Celui dont parlent les patriarches et les prophètes ce n'était pas Moi.
Mais que Moi, au contraire, je n'étais qu'un pauvre homme, un utopiste, un
fou pour les meilleurs, un hérétique possédé pour les moins bons du vieil
Israël.
Je te prie d'être alors un autre Moi-même. Non, ce n'est pas
impossible ! Cela l'est. Tu devras avoir présent à ton esprit ton Jésus,
ses actes, sa parole, ses œuvres. Comme si tu t'adaptais à la forme d'argile
dont se servent les fondeurs pour donner une empreinte au métal, tu devras te
couler en Moi. Je serai toujours présent, si présent et vivant pour vous, mes
fidèles, que vous pourrez vous unir à Moi, devenir un autre Moi-même. Il
suffit de le vouloir. Mais toi, toi qui as été avec Moi dès la plus tendre
enfance et qui as eu la nourriture de la Sagesse par les mains de Marie,
avant de l'avoir par les miennes, toi qui es le neveu de l'homme le plus
juste qu'a eu Israël, tu dois être un Christ parfait..."
"Je ne peux pas, Seigneur ! Donne cette charge à mon frère,
donne-la à Jean, donne-la à Simon Pierre, donne-la à l'autre Simon. Pas à
moi, Seigneur ! Pourquoi à moi ? Qu'ai-je fait pour la
mériter ? Tu ne vois pas que je suis un bien pauvre homme qui ne peut
qu'une seule chose : t'aimer tellement bien et croire fermement à tout
ce que tu dis !"
"Jude a un tempérament trop entier. Il fera très bien là où il s'agit d'abattre
le paganisme. Pas ici où il faudra amener au Christianisme des gens qui,
étant déjà le peuple de Dieu, se croient absolument dans le juste. Pas ici où
il faudra convaincre tous ceux qui, croyant en Moi, seront déçus par le
déroulement des événements. Les convaincre que mon Royaume n'est pas de ce
monde, mais que ce Royaume est tout spirituel, un Royaume des Cieux, dont la
préparation est une vie chrétienne, c'est-à-dire une vie où les valeurs
prépondérantes sont celles de l'esprit.
La conviction s'obtient par une ferme douceur. Malheur à celui qui sautera à
la gorge des gens pour les persuader. Ceux qui seront assaillis,
diront : "oui" sur le moment pour se dégager de l'étreinte,
mais ensuite ils s'enfuiront sans plus vouloir se retourner, sans plus
vouloir accepter de discuter, s'il ne s'agit pas de pervers mais seulement de
dévoyés. Fuyant pour aller s'armer et donner la mort à ceux qui veulent les
convaincre de doctrines différentes des leurs, s'il s'agit de pervers ou
seulement de fanatiques.
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216> Et tu seras entouré de
fanatiques: fanatiques parmi les chrétiens, fanatiques parmi les israélites.
Les premiers voudront de toi des actes de violence ou la permission, au
moins, de les accomplir, car le vieil Israël, avec ses intransigeances et ses
restrictions, agitera encore en eux sa queue vénéneuse. Les seconds
marcheront contre toi et les autres comme dans une guerre sainte pour
défendre l'ancienne Foi, ses symboles, ses cérémonies. Et tu seras au milieu
de cette mer en tempête.
Tel est le sort des chefs. Et tu seras le
chef de ceux qui seront dans la Jérusalem christianisée par ton Jésus. Tu
devras savoir aimer parfaitement pour pouvoir être chef saintement. Ce
ne sont pas les armes et les anathèmes mais ton cœur que tu devras opposer
aux armes et aux anathèmes des juifs. Ne te permets jamais d'imiter les pharisiens
en considérant les gentils comme du fumier. C'est aussi pour eux que je suis
venu, parce que, en vérité, pour le seul Israël aurait été disproportionné
l'anéantissement de Dieu en une chair pouvant endurer la mort. S'il est vrai
que mon Amour m'aurait fait m'incarner avec joie même pour le salut d'une
seule âme, la Justice, qui fait partie de Dieu, impose que l'Infini
s'anéantisse pour une infinité : le Genre Humain.
Tu devras aussi être doux avec eux pour ne pas les éloigner, te bornant à être
inébranlable dans la doctrine, mais condescendant pour les autres formes de
vie qui ne sont pas semblables aux nôtres, et toutes matérielles, mais sans
blesser l'esprit. Tu auras beaucoup à combattre avec les frères pour cela
parce qu'Israël est tout enveloppé de pratiques. Toutes extérieures, toutes
inutiles parce qu'elles ne changent pas l'esprit. Toi au contraire sois, et
enseigne aux autres à être, uniquement préoccupé de l'esprit. Ne
prétends pas que les gentils changent tout de suite leurs habitudes. Toi
aussi, tu ne changeras pas d'un seul coup les tiennes. Ne reste pas ancré à
ton écueil car, pour recueillir en mer les épaves et les amener aux chantiers
pour les reformer à une nouvelle vie, il faut naviguer et ne pas rester sur
place. Et tu dois aller à la recherche des épaves. Il y en a dans la
gentilité et aussi en Israël. Au bout de la mer immense, il y a Dieu qui
ouvre ses bras à toutes ses créatures, qu'elles soient riches de leur
origine sainte comme les israélites, ou bien pauvres parce que païennes.
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217> J'ai dit : "Vous
aimerez votre prochain". Le prochain ce n'est pas seulement le parent ou
le compatriote. C'est votre prochain aussi l'homme hyperboréen dont vous ne
connaissez pas l'aspect, c'est votre prochain aussi celui qui, à cette heure,
regarde une aurore dans des pays qui vous sont inconnus, ou qui parcourt les
neiges des chaînes fabuleuses de l'Asie, ou qui boit à un fleuve qui s'ouvre
un lit au milieu des forêts inconnues du centre africain. Et s'il venait à
toi un adorateur du soleil, ou bien quelqu'un qui a pour dieu le crocodile
vorace, ou quelqu'un qui se croit le Sage réincarné qui a su voir la Vérité,
mais sans en atteindre la perfection ni la donner comme Salut à ses fidèles,
ou bien un dégoûté habitant de Rome ou d'Athènes qui vient te demander la
connaissance de Dieu, tu ne peux pas et ne dois pas leur dire : "Je
vous chasse, car ce serait une profanation de vous amener à Dieu".
Aie présent à ton esprit qu'eux ne savent pas, alors qu'Israël sait. Et
pourtant, en vérité, beaucoup en Israël sont et seront plus idolâtres et plus
cruels que l'idolâtre le plus barbare qui soit au monde, et ce n'est pas à
telle ou telle Idole qu'ils sacrifieront des victimes humaines, mais à
eux-mêmes, à leur orgueil, avides de sang après qu'en eux se sera allumée une
soif inextinguible qui durera jusqu'à la fin des siècles. Seul le fait de boire de nouveau et avec foi
ce qui a allumé cette soif atroce pourrait l'éteindre. Mais alors ce sera
aussi la fin du monde car les derniers à dire : "Nous croyons que
tu es Dieu et Messie" seront les israélites, malgré toutes les preuves
que j'ai données et que je donnerai de ma Divinité. Tu veilleras et feras
attention à ce que la foi des chrétiens ne soit pas vaine. Elle serait vaine
si elle n'était que paroles ou pratiques hypocrites. C'est l'esprit qui
vivifie. L'esprit manque dans une pratique machinale ou pharisaïque qui n'est
qu'une foi feinte et non pas la vraie foi. A quoi servirait à l'homme de
chanter des louanges à Dieu dans l'assemblée des fidèles si ensuite toute sa
conduite est une insulte à Dieu qui ne se rend pas le jouet du fidèle mais,
dans sa paternité, conserve toujours ses prérogatives de Dieu et de
Roi ?
Veille et surveille pour que personne ne prenne une place qui n'est pas la
sienne. Dieu vous donnera la Lumière selon votre situation. Dieu ne vous fera
pas manquer de Lumière, à moins que la Grâce ne se trouve éteinte en vous par
le péché. Beaucoup aimeront s'entendre appeler "maître". Il n'y a
qu'un Maître : Celui qui te parle; et une seule Maîtresse :
l'Église qui le perpétue.
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218> Dans l'Église seront maîtres ceux qui seront
consacrés par une charge spéciale à l'enseignement. Cependant parmi les
fidèles il y en aura qui par la volonté de Dieu et leur volonté personnelle,
c'est-à-dire par leur bonne volonté, seront pris par le tourbillon de la
Sagesse et parleront. Il y en aura d'autres qui, sans être sages par eux-
mêmes mais dociles comme instruments entre les mains de l'artiste, parleront
au nom de l'artiste en répétant comme de braves enfants ce que le Père leur
dit de dire, même sans comprendre toute la portée de ce qu'ils disent. Il y
en aura enfin qui parleront comme s’ils étaient des maîtres et avec une
splendeur qui séduira les simples, mais seront orgueilleux avec de la dureté
de cœur, jaloux, irascibles, menteurs et luxurieux.
Alors que je te dis de recueillir les paroles de ceux qui sont des sages dans
le Seigneur et de sublimes petits enfants de l'Esprit Saint, en les aidant
même à comprendre la profondeur des divines paroles parce que, s'ils sont les
porteurs de la Divine Voix, vous, mes apôtres, serez toujours les enseignants
de mon Église, et vous devez venir en aide à ceux qui sont surnaturellement
épuisés par l'extasiante et lourde richesse que
Dieu a déposée en eux pour qu'ils l'apportent aux frères, de la même manière
je te dis : repousse les paroles mensongères des faux
prophètes dont la vie n'est pas conforme à ma doctrine. L'excellence de la
vie, la mansuétude, la pureté, la charité et l'humilité ne feront jamais
défaut chez les sages et les petites voix de Dieu. Toujours chez les
autres.
Veille et surveille pour qu'il n'y ait pas de jalousies ni de calomnies dans
l'assemblée des fidèles, ni non plus de ressentiments ni d'esprit de
vengeance. Veille et surveille pour que la chair ne prenne pas le dessus sur
l'esprit. Il ne pourrait pas supporter les persécutions celui dont l'esprit
ne domine pas la chair.
Jacques, je sais que tu le feras, mais fais à ton Frère la promesse que tu ne
le décevras pas."
"Mais Seigneur, Seigneur ! Je n'ai qu'une peur : c'est de n'en
être pas capable. Mon Seigneur, je t'en prie, donne à un autre cette
charge."
"Non. Je ne peux pas..."
"Simon de Jonas t'aime et tu l'aimes..."
"Simon de Jonas n'est pas Jacques de David."
"Jean ! Jean ! l'ange instruit. Fais-en ton serviteur
ici."
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219> "Non. Je ne peux
pas. Ni Simon, ni Jean ne possèdent ce rien qui est pourtant beaucoup auprès
des hommes : la parenté. Tu es mon parent. Après m'avoir... après
m'avoir méconnu, la meilleure partie d'Israël cherchera à avoir son pardon
auprès de Dieu et auprès d'elle-même en cherchant à connaître le Seigneur
qu'ils auront maudit à l'heure de Satan, et il leur semblera avoir le pardon,
et par conséquent la force de se mettre sur mon chemin, s'il y a à ma place
quelqu'un de mon sang. Jacques, sur cette montagne se sont accomplies
de bien grandes choses. Ici le feu de Dieu consuma non seulement
l'holocauste, le bois, les pierres, mais aussi la poussière et jusqu'à l'eau
qui était dans le fossé. Jacques, crois-tu que Dieu ne puisse plus faire
semblable chose, en allumant et consumant tout ce qu'il y a de matériel dans
l'homme-Jacques, pour faire un Jacques-feu de Dieu ? Nous avons parlé
pendant que le crépuscule a rendu de flamme jusqu'à nos vêtements. Ainsi
crois-tu que le char qui emporta Élie fut plus ou moins
resplendissant ?"
"Beaucoup plus resplendissant parce qu'il était fait de feu
céleste."
"Et pense alors à ce que deviendra le cœur quand il sera devenu feu
parce qu'il aura Dieu en lui, car Dieu veut qu'il perpétue son Verbe dans la
prédication de la Nouvelle du Salut."
"Mais Toi, mais Toi, Verbe de Dieu, Verbe éternel, pourquoi ne restes-tu
pas ?"
"Parce que je suis Verbe et Chair. Comme Verbe je dois instruire et
comme Chair racheter."
"Oh ! mon Jésus, mais comment rachèteras-tu ? A la rencontre
de quoi vas-tu ?"
"Jacques, rappelle-toi les prophètes."
"Mais ne sont-elles pas allégoriques leurs paroles ? Peux-tu, Verbe
de Dieu, être maltraité par les hommes ? Ne veulent-ils pas dire
peut-être que c'est à ta Divinité que sera donné le martyre, à ta perfection,
mais rien de plus, rien de plus que cela ? Ma mère se préoccupe pour moi
et pour Jude, mais moi pour Toi et pour Marie, et puis aussi pour nous qui
sommes si faibles. Jésus, Jésus, si l'homme triomphait de Toi, ne crois-tu
pas que beaucoup d'entre nous te croiraient coupable et s'éloigneraient,
déçus par Toi ?"
"J'en suis sûr. Il y aura un bouleversement dans toutes les
couches de mes disciples. Mais ensuite la paix reviendra et même il viendra
une cohésion des parties les meilleures sur lesquelles, après mon sacrifice
et mon triomphe, viendra l'Esprit de force et de sagesse : le Divin
Esprit."
"Jésus, pour que je ne fléchisse pas; et que je ne sois pas scandalisé à
l'heure redoutable, dis-moi : que te feront-ils ?"
"C'est une grande chose ce que tu me demandes."
"Dis-la-moi, Seigneur."
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220> "Ce sera pour toi un
tourment de la connaître exactement."
"Peu importe. Au nom de cet amour qui nous a unis..."
"Il ne faut pas que cela soit connu."
"Dis-la-moi, et puis fais m'en perdre le souvenir jusqu'à l'heure où
elle devra s'accomplir, Alors remets-la-moi en mémoire ainsi que cette heure.
Ainsi je ne me scandaliserai de rien et je ne deviendrai pas ton ennemi au
fond de mon cœur."
"Cela ne servira à rien, car toi aussi tu céderas à la bourrasque."
"Dis-la-moi Seigneur !"
"Je serai accusé, trahi, pris, torturé, soumis à la mort de la
croix."
"Oh ! non, non !" Jacques crie et se tord comme si
c'était lui qui serait mis à mort. "Non !" répète-t-il.
"S'ils te font cela, que nous feront-ils, à nous ? Comment
pourrons-nous continuer ton œuvre ? Je ne puis, je ne puis accepter la
charge que tu me réserves... Je ne puis !... Je ne puis ! Toi mort,
je serai un mort, moi aussi, dépourvu de toute force. Jésus, Jésus !
Écoute-moi. Ne me laisse pas sans Toi. Promets-moi, promets-moi cela au
moins !"
"Je te promets que je viendrai te guider par mon Esprit, lorsque la
glorieuse Résurrection m'aura délivré des limites de la matière. Moi et toi
serons encore une seule chose, comme maintenant que tu es entre mes
bras" car en effet Jacques s'est abandonné et pleure sur la poitrine de
Jésus.
"Ne pleure plus. Sortons de cette heure d'extase, lumineuse et pénible,
comme quelqu'un qui sort des ombres de la mort se souvenant de tout, sauf ce
que c'est que mourir, effroi qui vous glace et dure une minute et qui comme
fait accompli dure pendant des siècles. Viens, je t'embrasse ainsi pour
t'aider à oublier la charge de ma destinée d'Homme. Tu en retrouveras le
souvenir au moment voulu, comme tu l'as demandé. Tiens, je te baise sur ta
bouche qui devra répéter ma parole aux gens d'Israël, et sur ton cœur qui
devra aimer comme je l'ai dit, et ici, sur ta tempe, où la vie cessera en
même temps que la dernière parole d'affectueuse foi en Moi. De même que je
viendrai, frère que j'aime, près de toi, dans les assemblées des fidèles, aux
heures de méditation, aux heures de danger, à 1'heure de la mort !
Personne, et pas même ton ange, ne recueillera ton âme, mais Moi, dans un
baiser, ainsi..."
Ils restent embrassés longuement et Jacques paraît presque s'assoupir dans la
joie des baisers de Dieu qui lui font oublier sa souffrance.
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221> Quand il relève la tête, il
est redevenu le Jacques d'Alphée, paisible et bon, qui ressemble tant à
Joseph, l'époux de Marie, Il sourit à Jésus, un sourire plus mûr, un peu
triste, mais toujours si doux.
"Prenons notre repas, Jacques, et puis dormons sous les étoiles. Aux
premières lueurs du jour, nous descendrons dans la vallée... pour aller parmi
les hommes..." et Jésus pousse un soupir... Mais il termine avec un
sourire : "... et près de Marie."
"Et à ma mère que dirai-je, Jésus ? Et aux compagnons ? Ils ne
me laisseront pas sans m'interroger..."
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