"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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  8.536 - Guarigione di sette lebbrosi e arrivo a Betania con gli apostoli riuniti. Marta e Maria preparate da Gesù alla morte di Lazzaro.

  4.534 - The Seven Lepers Cured Instructions to the Apostles and Arrival at Bethany.



La vallée de Hinnom en 1887 d'après une plume de James Tissot (Brooklyn Museum)


Grotte de la vallée de Hinnom en 1853 d'après une photographie d'Auguste Salzmann (San Francisco Museum)


Mercredi 28 novembre 29 (3 Tébeth)
Jérusalem puis Béthanie


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 Ceux qui le maudissent sont-ils bons ?

 Guérison des quatre lépreux d'Hinnom et miracle de l'huile

 Puis guérison des trois lépreux de Siloan

 Il faut beaucoup de précautions pour éviter qu'on salisse l'Église

- De la nourriture et de l'argent pour les lépreux 543

- Rencontre de lépreux 543

- Jude évangélise l'un d'eux 544

- Qui appelle ses compagnons 544

- Jésus les envoie chercher la femme 545

- Il demande à Pierre autant de foi qu'eux 546

- Guérison de quatre lépreux 546

- Que Jésus emmène chez les lépreux de Siloan 546

- Guérison de trois autres lépreux 547

- Rencontre avec Judas qui ment de nouveau 547

- Nécessité pour les apôtres de rester unis 548

- Nathanaël voit que Jésus n'a plus de manteau 549

- Discours (Les bases de l'Église à venir) 549

- Pourquoi laisser mourir Lazare ? 550

- Judas rapporte la mort d'Eli-Anna 550

- Arrivée à Béthanie 551

- Lazare a une tête de mort 551

- Discours (Espérez au-delà de toute mesure) 552

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7

 

7.233.
Les sept lépreux guéris.
Jésus aux apôtres et à Marthe et Marie.


543> Jésus, avec Pierre et Jude Thaddée, marche rapidement dans un. endroit triste, pierreux, à côté de la ville. Comme je ne vois pas les verts oliviers, mais un monticule, ou plutôt des monticules peu ou pas du tout verdoyants qui sont au couchant de Jérusalem, parmi lesquels se trouve le triste Golgotha, je pense être vraiment en dehors du côté ouest de la ville.

"Nous pourrons donner quelque chose avec ce que nous avons pu acquérir. Ce doit être terrible de vivre dans des tombeaux l'hiver" dit le Thaddée, chargé de paquets comme l'est Pierre.

"Je suis content d'être allé chez les affranchis [1] pour avoir ces deniers pour les lépreux. Pauvres malheureux ! En ces jours de fête, personne ne pense à eux. Tout le monde jouit... eux pensent à leurs maisons perdues... Hélas ! Si au moins ils croyaient en Toi ! Y croiront-ils, Maître ?" dit Pierre toujours si simple, si attaché à son Jésus.

"Espérons-le, Simon, espérons-le. Prions en attendant..." et ils continuent en priant.

La triste vallée de Hinnon se montre avec ses tombeaux de vivants.

"Allez en avant et donnez" dit Jésus.

Les deux s'en vont en parlant à haute voix. Des visages de lépreux se font voir aux entrées des grottes et des abris.

"Nous sommes les disciples du Rabbi Jésus, dit Pierre. Il va venir et il nous envoie pour vous donner de l'aide. Combien êtes-vous ?"

"Sept ici. Trois de l'autre côté, au-delà de En Rogel" dit l'un d'eux au nom de tous.

Pierre ouvre son paquet, le Thaddée le sien. Ils font dix parts du pain, du fromage, du beurre, des olives. L'huile, où mettre l'huile qui est dans une petite jarre ?

"Que l'un de vous apporte un récipient là sur le rocher. Vous partagerez l'huile en frères que vous êtes et au nom du Maître qui prêche l'amour envers le prochain" dit Pierre.

Cependant un lépreux, en boitant, descend vers eux qui sont allés près d'un large rocher, et il y pose une cruche ébréchée. Il les regarde pendant qu'ils versent l'huile, et demande avec étonnement : "Vous n'avez pas peur d'être si près de moi ?" En effet entre les apôtres et le lépreux, il n'y a que le rocher.

544> "Nous n'avons peur, nous, que d'offenser l'amour. Lui nous a envoyés en disant de vous secourir car celui qui appartient au Christ doit aimer comme le Christ aime. Que cette huile puisse ouvrir votre cœur, lui donner la lumière comme si déjà elle était allumée dans la lampe de votre cœur. Le temps de la Grâce est venu pour ceux qui espèrent dans le Seigneur Jésus. Ayez foi en Lui, Lui est le Messie et il guérit les corps et les âmes. Lui peut tout, car il est l'Emmanuel" dit le Thaddée avec sa dignité qui toujours en impose.

Le lépreux reste avec sa cruche dans les mains et le regarde comme fasciné. Puis il dit : "Je sais qu'Israël a son Messie car en parlent les pèlerins qui viennent dans la ville pour le chercher, et nous écoutons leurs conversations. Mais moi je ne l'ai jamais vu car je suis venu ici depuis peu. Et vous dites qu'il me guérirait ? Parmi nous, il y en a qui le blasphèment et d'autres qui le bénissent, et moi, je ne sais pas qui croire."

 "Ceux qui le maudissent sont-ils bons ?"

"Non. Ils sont cruels et ils nous maltraitent. Ils veulent les meilleures places et les parts les plus abondantes. Et nous ne savons pas si nous pourrons rester ici à cause de cela."

"Tu vois donc que seul celui qui loge en lui l'enfer hait le Messie. C'est que l'enfer se sent déjà vaincu par Lui et pour cela le hait. Mais moi, je te dis qu'il faut l'aimer, et avec foi, si on veut avoir du Très-Haut la grâce, ici et au-delà de la Terre" dit encore le Thaddée.

"Si je voudrais avoir la grâce ! Je suis marié depuis deux ans et j'ai un petit garçon qui ne me connaît pas. Je suis lépreux depuis peu de mois. Vous le voyez." En effet il a peu de marques.

"Et alors, adresse-toi au Maître avec foi. Regarde ! Il arrive. Avertis tes compagnons et reviens ici. Il passera et te guérira."

L'homme monte la côte en boitant et il appelle : "Uria ! Gioab ! Adina ! Et vous aussi qui ne croyez pas. Le Seigneur vient pour nous sauver."

Une, deux, trois. Trois détresses de plus en plus grandes s'avancent. Pourtant la femme se montre à peine. C'est une horreur vivante... Peut-être elle pleure, et peut-être elle parle, mais il n'est pas possible de comprendre car sa voix est un son inarticulé qui sort de ce qui était la bouche, mais qui maintenant n'est plus que deux mâchoires dépourvues de dents, découvertes, horribles...

"Oui, je te dis qu'ils m'ont dit de venir vous appeler, qu'il vient nous guérir."

545> "Moi, non ! Je n'ai pas cru les autres fois... et il ne m'écoutera plus... et puis je ne peux plus marcher" dit plus distinctement la femme, qui sait avec quelle difficulté. Elle s'aide jusque de ses doigts pour tenir les lambeaux de ses lèvres afin de se faire comprendre.

"Nous te porterons, Adina..." disent les deux hommes et celui de la cruche.

"Non... Non... Moi j'ai trop péché..." et elle s'affaisse là où elle est...

Trois autres accourent, comme ils peuvent, autoritaires, et ils disent : "Donne-nous l'huile, en attendant, et puis allez trouver Belzébuth si vous voulez."

"L'huile est pour tous !" dit celui de la cruche en cherchant à défendre son trésor. Mais les trois, violents, cruels, l'écrasent et lui arrachent la cruche.

"Voilà ! C'est toujours ainsi... Un peu d'huile depuis si longtemps !... Mais le Maître vient... Allons le trouver. Tu ne viens vraiment pas Adina ?"

"Je n'ose pas..."

Les trois descendent vers le rocher. Ils s'arrêtent pour attendre Jésus à la rencontre duquel sont allés les deux apôtres. Et une fois qu'il est arrivé, ils crient : "Aie pitié de nous, Jésus d'Israël ! Nous espérons en Toi, Seigneur !"

Jésus lève son visage. Il les regarde de son regard inimitable. Il demande : "Pourquoi voulez-vous la santé ?"

"Pour nos familles, pour nous... C'est horrible de vivre ici..."

"Vous n'êtes pas seulement chair, fils. Vous avez une âme aussi et elle a plus de valeur que la chair. C'est d'elle que vous devez vous préoccuper. Ne demandez donc pas seulement la guérison pour vous, pour vos familles, mais pour avoir le temps de connaître la Parole de Dieu et de vivre pour mériter son Royaume. Êtes-vous des justes ? Devenez-le davantage. Êtes-vous des pécheurs ? Demandez de vivre pour avoir le temps de réparer le mal que vous avez commis... Où est la femme ? Pourquoi ne vient-elle pas ? Elle n'ose pas affronter le visage du Fils de l'homme, alors qu'elle n'a pas craint d'avoir à rencontrer le visage de Dieu quand elle péchait ? Allez lui dire qu'il lui a été beaucoup pardonné à cause de son repentir et de sa résignation, et que l'Éternel m'a envoyé pour absoudre tous les péchés de ceux qui se sont repentis de leur passé."

"Maître, Adina ne peut plus marcher..."

546> "Allez l'aider à descendre ici et apportez un autre récipient. Nous vous donnerons encore de l'huile..."

"Seigneur, il y en a à peine pour les autres" lui dit Pierre à voix basse, pendant que les lépreux vont chercher la femme.

"Il y en aura pour tous. Aie foi, car il est plus facile pour toi d'avoir foi sur ce point qu'il ne l'est pour ces malheureux d'avoir foi que leur corps redevienne ce qu'il était."

Pendant ce temps, là-haut, dans les grottes, une rixe a éclaté entre les trois lépreux mauvais pour la répartition de la nourriture...

La femme descend, portée dans les bras... et elle gémit, comme il lui est permis : "Pardon ! Pour le passé ! Pour n'avoir pas demandé pardon les autres fois !... Jésus, Fils de David, aie pitié de moi'."

Ils la déposent au pied du rocher, et sur le rocher ils déposent une sorte de marmite toute bosselée.

Jésus demande : "Que dites-vous ? Est-il plus facile d'augmenter l'huile dans un vase ou de faire croître la chair là où la lèpre l'a détruite ?"

Un silence... puis justement la femme dit : "L'huile. Mais aussi la chair parce que tu peux tout. Et tu peux me donner aussi l'âme de mes premières années. Je crois Seigneur,"

 Oh ! le sourire divin ! C'est comme une lumière qui se répand, pleine de douceur, de joie, de suavité ! Et elle est dans les yeux, et sur les lèvres, et dans la voix quand il dit : "À cause de ta foi, sois guérie et pardonnée. Et vous de même. Et ayez de l'huile et de la nourriture pour vous restaurer. Et allez vous faire voir au prêtre . comme il est prescrit. Demain, à l'aurore, je reviendrai avec des vêtements et vous pourrez aller en sauvegardant la décence. Allons ! Louez le Seigneur. Vous n'êtes plus lépreux !"

C'est alors que les quatre, qui jusqu'à ce moment avaient les yeux fixés sur le Seigneur, se regardent et crient leur étonnement. La femme voudrait se redresser, mais elle est trop nue pour le faire. Son vêtement tombe en lambeaux et il y a plus de nu que de couvert en elle. Elle reste à moitié cachée par le rocher en une pudeur qui n'est pas seulement pour Jésus, mais pour ses compagnons, avec les traits de son visage recomposés, plus effilés seulement à cause des privations. Elle pleure en disant sans arrêt : "Béni ! Béni ! Béni !" et ses bénédictions se mêlent aux blasphèmes horribles des trois mauvais lépreux, rendus furieux de voir les autres guéris. Les ordures et les pierres volent.

547> "Vous ne pouvez rester ici. Venez avec Moi. Il ne vous arrivera aucun mal. Regardez. La route est vide. L'heure de sexte [2] ramène les habitants dans les maisons. Vous irez jusqu'à demain auprès des autres lépreux. Ne craignez pas. Venez derrière Moi. Tiens, femme" et il lui donne son manteau pour se couvrir.

Les quatre, un peu craintifs, un peu abasourdis, le suivent comme quatre agneaux. Ils parcourent ce qui reste de la vallée de Hinnon, traversent la route, vont vers Siloan, autre triste emplacement de lépreux. Jésus s'arrête au pied des talus et commande : "Montez et dites-leur que demain à prime, je serai ici. Allez et faites la fête avec eux en annonçant le Maître de la Bonne Nouvelle." Il leur fait donner tout ce qui reste de nourriture et les bénit avant d'en prendre congé...

"Allons maintenant. C'est déjà plus de sexte" dit Jésus en se retournant pour revenir sur la voie basse qui va à Béthanie.

Mais tout de suite, un cri le rappelle : "Jésus, Fils de David, aie aussi pitié de nous !"

"Ils n'ont pas attendu l'aube, eux" observe Pierre.

"Allons les trouver. Si peu nombreuses sont les heures où je puis faire du bien sans que ceux qui me haïssent troublent la paix de ceux à qui j'ai fait du bien !" répond Jésus et il revient sur ses pas en tenant sa tête droite vers les trois lépreux de Siloan qui se sont présentés sur le terre-plein de la petite colline et qui répètent leur cri, aidés par ceux qui sont déjà guéris et qui sont derrière eux.

 Jésus se contente de tendre les mains et de dire : "Qu'il vous soit fait comme vous demandez. Allez et vivez dans les voies du Seigneur." Il les bénit alors que la lèpre s'efface de leurs corps comme fond au soleil une légère couche de neige. Et Jésus s'en va en toute hâte, suivi par les bénédictions des miraculés qui de leur terre-plein tendent leurs bras en un embrassement plus vrai que s'il était réellement donné.

Ils reviennent sur le chemin pour Béthanie, qui suit le cours du Cédron qui fait une courbe à angle aigu, après une centaine de pas de Siloan. Mais une fois dépassé le tournant, on peut voir l'autre partie de la route qui continue pour Béthanie et voilà, tout seul, marchant rapidement, Judas de Kériot.

"Mais c'est Judas !" s'écrie le Thaddée qui le voit le premier.

"Pourquoi ici ? Seul ? Ohé ! Judas !" crie Pierre.

Judas se retourne tout d'un coup. Il est pâle, presque verdâtre. Pierre le lui dit : "Tu as vu le démon, que tu es de la couleur des laitues ?"

"Que fais-tu ici, Judas ? Pourquoi as-tu quitté les compagnons ?" demande en même temps Jésus.

548> Judas a déjà repris possession de lui-même. Il dit : "J'étais avec eux, j'ai rencontré quelqu'un qui avait des nouvelles de ma mère. Regarde..." et il fouille dans sa ceinture. De la main il se frappe le front en disant : "Je l'ai laissée chez cet homme ! Je voulais te faire lire la lettre... Ou bien je l'ai perdue en route... Elle n'est pas très bien, et même elle a été malade... Mais voilà les compagnons... Ils se sont arrêtés. Ils t'ont vu... Maître, je suis bouleversé..."

"Je le vois."

"Maître... voici les bourses. J'en ai fait deux pour... pour ne pas attirer l'attention... J'étais seul..."

Les apôtres Barthélemy, Philippe, Matthieu, Simon et Jacques de Zébédée sont un peu gênés, ils s'approchent de Jésus affectueusement, mais avec la conscience d'avoir manqué.

Jésus les regarde et dit : "Ne le faites plus. Il n'est jamais bon pour vous de vous séparer. Si je vous dis de ne pas le faire, c'est parce que je sais que vous avez besoin de vous soutenir mutuellement. Vous n'êtes pas assez forts pour pouvoir agir seuls. Unis, l'un freine ou soutient l'autre. Divisés..."

"C'est moi, Maître, qui ai donné le mauvais conseil, parce que nous nous sommes souvenus ensuite que tu avais dit de ne pas nous séparer, d'aller tous ensemble à Béthanie, et Judas s'en était allé pour un juste motif, et nous n'avons pas songé à aller avec lui. Pardonne-moi, Seigneur" dit Barthélemy avec humilité et franchise.

 "Bien sûr que je vous pardonne. Mais je vous le répète : ne le faites plus. Réfléchissez qu'obéir sauve toujours au moins d'un péché : celui de présumer d'être capable d'agir par soi-même. Vous ne savez pas combien le démon tourne autour de vous afin de saisir tous les motifs pour vous faire pécher, et vous faire nuire à votre Maître qui est déjà tellement persécuté. Ce sont des temps de plus en plus difficiles pour Moi et pour l'organisme que je suis venu former. C'est pourquoi il faut beaucoup de précautions pour éviter qu'il soit, je ne dis pas blessé et tué, car il ne le sera jamais plus jusqu'à la fin des siècles, mais couvert de boue. Ses adversaires vous regardent attentivement, ne vous perdent jamais de vue, de même qu'ils pèsent tous mes actes et toutes mes paroles, et cela pour avoir de quoi dénigrer. Si vous vous montrez querelleurs, divisés, imparfaits de quelque manière, même pour des choses de peu d'importante, eux rassemblent et manipulent ce que vous avez fait et le lancent comme de la boue et une accusation contre Moi et mon Église qui est en train de se former. 549> Vous le voyez ! Je ne vous fais pas de reproches, mais je vous donne des conseils. Pour votre bien. Oh ! ne savez-vous pas, mes amis, que même les choses les meilleures, ils les manipuleront et les présenteront pour pouvoir m'accuser avec un semblant de justice ? Allons, donc. À l'avenir, soyez plus obéissants et plus prudents."

Les apôtres sont tout émus par la douceur de Jésus. Judas de Kériot ne cesse de changer de couleur. Il reste humblement, un peu en arrière de tous, jusqu'à ce que Pierre lui dise : "Que fais-tu là ? Tu n'as pas plus de torts que les autres. Viens donc en avant avec les autres" et il est bien forcé d'obéir.

Ils marchent rapidement car, bien qu'il y ait du soleil, il y a une bise qui les invite à marcher pour se réchauffer. Et ils ont déjà fait un bout de chemin quand Nathanaël, qui a froid et le dit en s'emmitouflant plus que jamais dans son manteau, remarque que Jésus n'a que son seul vêtement : "Maître, mais qu'en as-tu fait de ton manteau ?"

"Je l'ai donné à une lépreuse. Nous avons guéri et consolé sept lépreux."

"Mais tu dois avoir froid ! Prends le mien" dit le Zélote, en ajoutant : "Dans les tombeaux glacials je me suis habitué au vent d'hiver."

"Non, Simon. Regarde ! Là, c'est déjà Béthanie. Nous serons bientôt dans la maison, et je n'ai pas du tout froid. J'ai eu aujourd'hui beaucoup de joie spirituelle et elle est plus confortable qu'un chaud manteau."

"Frère, tu nous donnes des mérites que nous n'avons pas. C'est Toi, pas nous, qui as guéri et consolé..." dit le Thaddée.

"Vous avez préparé les cœurs à la foi dans le miracle. Vous avez donc avec Moi et comme Moi aidé à guérir et consoler. Si vous saviez comme je me réjouis de vous associer à Moi en toutes mes œuvres ! Ne vous rappelez-vous pas les paroles de Jean de Zacharie, mon cousin : "Il faut que Lui croisse et que moi je diminue" ? Il le disait justement car tout homme, si grand qu'il soit, fût-ce même Moïse et Élie, s'assombrit comme une étoile enveloppée par les rayons du soleil à l'apparition de Celui qui vient des Cieux et qui est plus que tout homme parce qu'il est Celui qui vient du Père très Saint.  Mais Moi aussi, fondateur d'un Organisme qui durera autant que les siècles et qui sera saint comme son Fondateur et Chef, d'un Organisme qui durera pour me représenter, et sera une seule chose avec Moi, de même que les membres et le corps de l'homme sont une seule chose avec la tête qui les domine, Moi je dois dire : 550> "Il faut que ce corps s'illumine et que Moi je perde mon éclat". Vous devrez me continuer. Moi, bientôt, je ne serai plus parmi vous, ici sur la Terre, ici matériellement, pour diriger mes apôtres, les disciples et ceux qui me suivent... Je serai, cependant, spirituellement avec vous, toujours, et vos esprits sentiront mon Esprit, recevront ma Lumière. Mais vous devrez paraître, en première ligne, lorsque je serai retourné là d'où je suis venu. C'est pour cela que je m'applique graduellement à vous préparer à paraître les premiers. Vous me faites observer parfois; "Tu nous envoyais davantage les premiers temps". Vous deviez être connus. Maintenant que vous l'êtes, maintenant que pour ce petit coin de la Terre vous êtes déjà "les Apôtres", je vous garde toujours unis à Moi, participant à toute mon action, de façon que le monde dise : "Lui les a associés aux œuvres qu'il accomplit, parce qu'ils resteront après Lui pour le continuer". Oui, mes amis. Vous devez être toujours plus en avant, devenir plus éclairés, me continuer, être Moi, pendant que Moi, comme une mère qui lentement cesse de soutenir son petit enfant qui a appris à marcher, je me retire... Il ne doit pas être brusque le passage de Moi à vous. Les petits du troupeau, les humbles fidèles en seraient effrayés. Je les passe doucement de Moi à vous, pour qu'ils n'aient pas l'impression d'être seuls, même un seul moment. Et vous, aimez-les, tellement, comme Moi je les aime. Aimez-les en souvenir de Moi, comme je les ai aimés..."

Jésus se tait en se perdant dans une de ses pensées intimes. Et il en sort seulement quand, un peu en dehors de Béthanie, il rencontre les autres apôtres venus par l'autre chemin. Réunis, ils continuent vers la maison de Lazare. Jean dit qu'ils sont déjà attendus car les serviteurs les ont vus et il dit que Lazare est très malade.

"Je le sais. C'est pour cela que je vous ai dit que nous resterons dans la maison de Simon [3]. Mais je n'ai pas voulu m'éloigner sans le saluer encore une fois."

"Mais pourquoi ne le guéris-tu pas ? Ce serait si juste. Tes meilleurs serviteurs, tu les laisse tous mourir. Moi, je ne comprends pas..." dit l'Iscariote toujours audacieux, même dans ses meilleurs moments.

"Ce n'est pas nécessaire que tu comprennes à l'avance."

"Oui. Ce n'est pas nécessaire. Mais sais-tu ce que disent tes ennemis ? Que tu guéris quand tu peux, pas quand tu veux, que tu protèges quand tu peux... Ne sais-tu pas que ce vieillard de Tecua est déjà mort ? Et mort assassiné ?"

551> "Mort ? Qui ? Éli-Anna ? Comment ?" demandent-ils tous, agités. Seulement Pierre demande : "Et comment le sais-tu ?"

"Je l'ai su par hasard tout à l'heure dans la maison où j'ai été, et Dieu sait que je ne mens pas. Il paraît que c'est un voleur, descendu en qualité de marchand, qui au lieu de payer la place l'a tué..."

"Pauvre vieux ! Quelle vie malheureuse ! Quelle triste mort ! Tu ne parles pas, Maître ?" disent plusieurs.

"Il n'y a rien à dire hormis que le vieillard a servi le Christ jusqu'à sa mort. S'il pouvait en être ainsi de tous !"

"Dis un peu, fils d'Alphée, mais n'est-ce pas peut-être comme tu disais, hein ?" demande Pierre au Thaddée.

"C'est possible. Un fils qui par haine chasse son père, et pour une haine de cette nature, peut être capable de tout. Mon Frère, elles sont bien vraies tes paroles : "Et le frère sera contre son frère et le père contre ses fils".

"Oui. Et qui agira ainsi croira servir Dieu. Yeux aveugles, cœurs endurcis, esprits sans lumière. Et pourtant vous devrez les aimer" dit Jésus.

"Mais comment ferons-nous pour aimer ceux qui nous traiteront ainsi ? Ce sera beaucoup si nous ne réagissons pas et si nous supportons leurs actions avec résignation..." s'écrie Philippe.

"Je vous donnerai un exemple qui vous instruira. En son temps. Et si vous m'aimez, vous ferez ce que je ferai."

"Voici Maximin et Sara. Lazare doit être bien mal, si les sœurs ne viennent pas à ta rencontre !" observe le Zélote.

Les deux accourent et se prosternent. Même sur leurs visages, dans leurs vêtements, c'est l'aspect abattu qu'imprimé la douleur et la lassitude aux membres des familles où on lutte contre la mort. Ils disent simplement : "Maître, viens..." mais avec un air si affligé qu'il vaut plus qu'un long discours. Et ils conduisent tout de suite Jésus à la porte du petit appartement de Lazare, alors que les autres serviteurs s'occupent des apôtres.

Au léger coup donné à la porte, Marthe accourt et l'entrouvre en passant dans l'entrebâillement son visage amaigri et pâle : "Maître ! Viens. Béni que tu es !"

Jésus entre, traverse la pièce qui précède celle du malade, et entre dans la pièce elle-même. Lazare dort, Lazare ? Un squelette, une momie jaunâtre qui respire... C'est déjà une tête de mort son visage, et dans le sommeil est encore plus visible sa destruction qui en fait déjà une tête décharnée par la mort. 552> La peau cireuse et tirée brille aux angles pointus des pommettes, des mâchoires, sur le front, sur les orbites tellement creusées qu'elles paraissent sans yeux, sur le nez tranchant qui semble s'être allongé sans mesure tant est annulé le contour des joues. Les lèvres sont pâles au point de disparaître, et il semble qu'elles ne puissent se fermer sur les deux rangées de dents à moitié découvertes, entrouvertes... déjà un visage de mort.

Jésus se penche pour regarder. Il se redresse, regarde les deux sœurs qui le regardent avec toute leur âme concentrée dans leurs yeux, âme douloureuse, âme pleine d'espoir. Il leur fait un signe et sans bruit retourne dehors dans la petite cour qui précède les deux pièces. Marthe et Marie le suivent. Elles ferment la porte derrière elles.

Seuls, les trois entre les quatre murs, en silence, sous le ciel bleu, ils se regardent. Les sœurs ne savent même plus demander, ne savent même plus parler.

Mais Jésus parle : "Vous savez qui je suis. Moi je sais qui vous êtes. Vous savez que je vous aime. Moi, je sais que vous m'aimez. Vous connaissez ma puissance. Moi, je connais votre foi en Moi. Vous savez aussi, toi particulièrement Marie, que plus on aime et plus on obtient.  C'est aimer que de savoir espérer et croire au-delà de toute mesure et de toute réalité qui puisse démentir la foi et l'espérance. Eh bien, pour tout cela, Moi je vous dis de savoir espérer et croire en dépit de toute réalité contraire. Vous me comprenez ? Je dis : sachez espérer et croire en dépit de toute réalité contraire. Je ne puis m'arrêter que quelques heures. Le Très-Haut sait combien, comme Homme, je voudrais m'arrêter, ici avec vous, pour l'assister et le consoler, vous assister et vous réconforter. Mais comme Fils de Dieu, je sais qu'il est nécessaire que je m'en aille, que je m'éloigne... Que je ne sois pas ici quand... vous me désirerez plus que l'air que vous respirez. Un jour, bientôt, vous comprendrez les raisons qui maintenant pourront vous paraître cruelles. Ce sont des raisons divines. Douloureuses pour Moi Homme, comme pour vous. Douloureuses maintenant. Maintenant, parce que vous ne pouvez en embrasser la beauté et la sagesse, et Moi je ne puis vous le révéler. Quand tout sera accompli, alors vous comprendrez et vous jouirez… Écoutez. Quand Lazare sera... mort. Ne pleurez pas ainsi ! Alors faites-moi appeler tout de suite, Et, en attendant, occupez-vous des funérailles et invitez beaucoup de gens, comme il convient pour Lazare et pour votre maison. Lui, c'est un grand juif. Peu l'estiment pour ce qu'il est. Mais lui en dépasse beaucoup aux yeux de Dieu... Je vous ferai savoir où je suis pour que vous puissiez toujours me trouver."

553> "Mais pourquoi n'être pas ici, au moins à ce moment-là ? Nous nous résignons, oui, à sa mort... Mais Toi... Mais Toi... Mais Toi..." Marthe sanglote, ne pouvant rien dire d'autre, étouffant ses pleurs dans ses vêtements...

Marie, au contraire, regarde Jésus, fixement, fixement, comme hypnotisée... et elle ne pleure pas.

"Sachez obéir, sachez croire, espérer... sachez dire toujours oui à Dieu... Lazare vous appelle... Allez. Maintenant je vais venir... Et si je n'ai plus la possibilité de vous parler à part, rappelez-vous ce que je vous ai dit."

Et alors qu'elles rentrent en toute hâte, Jésus s'assoit sur un banc de pierre et il prie.

 



[1] Cf. 7.231

[2] Midi

[3] Celle de Simon le Zélote, l'apôtre