"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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 8.519 - Inspiegabile assenza di Giuda Iscariota e sosta presso Lazzaro a Betania.

 4.517 - Towards Bethany and in Lazarus' House.


Dimanche 28 octobre 29 (2 Kisleu)
Béthanie


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 Persévérer jusqu'à la fin pour arracher un cœur à la ruine

 Marie de Magdala enquête parmi les lépreux

 Descriptif de la maladie de Lazare : une putréfaction mais non une lèpre.


- Jésus attend Judas qui s'est éloigné 395

- Discours (Le salut d'une âme) 395

- La chair de Lazare tombe en lambeaux 396

- Marthe craint que son frère ait la lèpre 397

- Marie-Magdeleine s'est assurée que non 397

- À son tour Jésus rassure Marthe 398

- Ainsi que Lazare 399

- Tu enverras Judas à Bethabara 400

- Jésus attend toujours le fugitif 400

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7

 

7.216.
En allant à Béthanie et chez Lazare


395> Jésus congédie les disciples Lévi, Joseph, Matthias et Jean, trouvés je ne sais où et auxquels il confie le nouveau disciple Sidonia dit Bartolmaï. Cela arrive aux premières maisons de Béthanie. Et les disciples bergers s'en vont avec le nouveau venu et sept autres hommes qu'ils avaient avec eux. Jésus les regarde partir et puis il se tourne pour regarder ses apôtres et il leur dit : "Et maintenant attendons ici Judas de Simon..."

"Ah ! Tu t'es aperçu qu'il s'en est allé ? disent les autres étonnés. Nous croyions que tu ne l'avais pas remarqué. Il y avait tant de gens et tu n'as pas cessé de parler, avec le jeune homme d'abord, puis avec les bergers..."

"J'ai vu dès le premier instant qu'il s'était éloigné. Rien ne m'échappe. C'est pour cela que je suis entré dans des maisons amies pour dire d'envoyer Judas à Béthanie s'il me cherchait..."

"Dieu veuille que non" mâchonne Jude entre ses dents.

Jésus le regarde, mais il montre qu'il ne va pas relever la phrase, et il continue, en s'adressant à tous car il les voit tous de l'avis du Thaddée — les visages parfois parlent mieux que les paroles — : "Il sera bon ce repos, en attendant son retour. Il donnera à tous du réconfort. Ensuite, nous irons vers Tecua. Le temps est froid, mais il tourne au beau. J'évangéliserai cette ville et puis nous remonterons en passant par Jéricho et nous irons sur l'autre rive. Les bergers m'ont dit que beaucoup de malades me cherchent et je leur ai envoyé dire qu'ils n'affrontent pas le voyage, mais qu'ils m'attendent dans ces endroits."

"Allons-y" dit Pierre en soupirant.

"Tu n'es pas content d'aller chez Lazare ?" demande Thomas.

"Je suis content."

"Tu as une manière de le dire."

"Je ne le dis pas à cause de Lazare. Je le dis à cause de Judas..."

"Tu es un pécheur, Pierre" lui dit Jésus pour l'avertir.

"Je le suis. Mais... lui, Judas de Kériot, qui s'en va, qui est impertinent, qui est un tourment, il ne l'est pas ?" dit vivement Pierre fâché et qui n'en peut plus.

"Il l'est. Mais s'il l'est, toi tu ne dois pas l'être. Aucun de nous ne doit l'être. Rappelez-vous que Dieu nous demandera compte, je dis : nous demandera, car c'est à Moi d'abord avant que ce ne soit à vous que Dieu a confié cet homme, de ce que nous aurons fait pour le racheter."

396> "Et tu espères y réussir, Frère ? Je ne puis le croire. Toi, cela je le crois, tu connais le passé, le présent et l'avenir. Et par conséquent, tu ne peux te tromper sur le compte de cet homme. Et... Mais il vaut mieux que je ne dise pas le reste."

 "En fait, c'est une grande vertu de savoir se taire. Sache cependant que la prévision, plus ou moins exacte, de l'avenir d'un cœur, ne dégage personne de persévérer jusqu'à la fin pour arracher un cœur à la ruine. Ne tombe pas toi non plus dans le fatalisme des pharisiens qui soutiennent que ce qui est fixé par le destin doit s'accomplir et que rien ne peut empêcher l'accomplissement de ce qui est fixé par le destin. C'est par cette raison qu'ils justifient aussi leurs fautes et qu'ils justifieront jusqu'au dernier acte de leur haine pour Moi. Bien souvent Dieu attend le sacrifice d'un cœur, qui surmonte ses nausées et ses indignations, ses antipathies, même justifiées, pour arracher un esprit au marécage où il s'enfonce. Oui, je vous le dis. Bien souvent Dieu, le Tout Puissant, le Tout, attend qu'une créature, un rien, fasse ou ne fasse pas un sacrifice, une prière, pour signer ou ne pas signer la condamnation d'un esprit. Il n'est jamais tard, jamais trop tard pour essayer et espérer de sauver une âme. Et je vous en donnerai des preuves. Même sur le seuil de la mort [1], quand aussi bien le pécheur que le juste, qui pour lui se tourmente, sont près de quitter la Terre pour aller au premier jugement de Dieu, on peut toujours sauver ou être sauvé. Entre la coupe et les lèvres, dit le proverbe, il y a toujours place pour la mort. Moi, je dis au contraire : qu'entre la fin de l'agonie et la mort, il y a toujours le temps d'obtenir le pardon, pour soi-même ou pour ceux pour qui nous voulons le pardon."

Personne ne dit un mot.

Jésus, arrivé maintenant à la lourde grille, appelle à haute voix un serviteur pour se faire ouvrir. Il entre et demande des nouvelles de Lazare.

"Oh ! Seigneur ! Tu vois ? Je reviens de cueillir des feuilles de laurier et de camphre et des baies de cyprès et d'autres feuilles et fruits odorants pour les faire bouillir avec du vin et des résines et en faire des bains pour le maître. Sa chair tombe en lambeaux et on ne peut résister à la puanteur. Tu es venu, mais je ne sais si on te laissera passer..." Pour empêcher l'air lui-même d'entendre, le serviteur éteint sa voix en un murmure : "On ne peut plus cacher maintenant qu'il a des plaies, les maîtresses repoussent tout le monde... par crainte... Tu sais... Lazare est aimé vraiment par peu de gens... 397> Et beaucoup, pour plusieurs motifs, se réjouiraient de... Oh ! ne me fais pas penser à ce qui est la peur de toute la maison."

"Elles font bien. Mais ne craignez pas. Ce malheur n'arrivera pas."

"Mais... Pourra-t-il guérir ? Un miracle de Toi..."

"Il ne guérira pas, mais cela servira à glorifier le Seigneur."

Le serviteur est déçu... Jésus qui guérit tout le monde et qui ici ne fait rien !... Mais il n'a qu'un soupir pour manifester sa pensée. Il dit ensuite; "Je vais trouver les maîtresses pour t'annoncer."

Jésus se trouve entouré par les apôtres qui s'intéressent à l'état de santé de Lazare et sont consternés quand Jésus les informe. Mais déjà arrivent les deux sœurs. Leur florissante et différente beauté semble embrumée par la douleur et la fatigue des veilles prolongées. Pâles, abattues, émaciées, fatigués les yeux auparavant très vifs de l'une et de l'autre, sans bagues ni bracelets, portant des habits foncés, couleur de cendre, elles ressemblent plutôt à des servantes qu'à des maîtresses. Elles s'agenouillent à une certaine distance de Jésus, pour Lui offrir seulement leurs pleurs, des pleurs résignés, muets, qui descendent comme d'une source intérieure et qui ne peuvent s'arrêter.

Jésus s'approche. Marthe tend les mains en murmurant; "Éloigne-toi, Seigneur. En vérité, nous craignons de pécher désormais contre la loi sur la lèpre. Mais, nous ne pouvons pas, ô Dieu, nous ne pouvons pas provoquer un semblable décret contre notre Lazare ! Mais ne t'approche pas, car nous sommes immondes ne cessant de toucher les plaies. Nous seules, car nous avons écarté tout autre et on vient tout nous déposer sur le seuil et nous prenons, nous lavons, nous brûlons, dans la pièce contiguë à celle de Lazare. Vois-tu nos mains ? Elles sont brûlées par la chaux vive que nous employons pour les vases qu'il faut rendre aux serviteurs. Nous pensons être ainsi moins coupables" et elle pleure.

Marie de Magdala, qui jusqu'à présent s'est tue, dit à son tour en gémissant : "Nous devrions appeler le prêtre. Mais... moi, je suis la plus coupable car je m'y oppose et je dis que ce n'est pas le terrible mal maudit en Israël. Non et non ! Mais ils nous haïssent tellement et ils sont si nombreux qu'ils le diraient tel. Pour beaucoup moins Simon, ton apôtre, fut déclaré lépreux !"

"Tu n'es pas prêtre ni médecin, Marie" dit Marthe en sanglotant.

398>  "Non. Mais tu sais ce que j'ai fait pour être certaine de ce que je dis. Seigneur, je suis allée et j'ai parcouru toute la vallée de Hinnom, tout Siloan, tous les tombeaux près de En Rogel. Habillée comme une servante, voilée, dès le début de l'aurore, chargée de vivres et d'eaux médicinales, de bandes, et de vêtements. Et j'ai donné, donné. Je disais que c'était un vœu pour celui que j'aimais, et c'était vrai. Je demandais seulement de pouvoir regarder les plaies des lépreux. Ils doivent m'avoir crue folle... Qui donc veut voir ces horreurs ?! Mais moi, après avoir déposé à la limite des talus mes offrandes, je demandais de voir. Eux au-dessus, moi plus bas; eux étonnés, moi dégoûtée; eux pleurant, moi pleurant; j'ai regardé, regardé, regardé ! J'ai regardé les corps couverts de squames, de croûtes, de plaies, visages rongés, cheveux blanchis et plus durs que des seimes [2], les yeux suintant de la pourriture, les joues où l'on voit les dents, des crânes sur des corps vivants, les mains réduites à des griffes monstrueuses, des pieds comme des branches noueuses, puanteur, horreur, pourriture. Oh ! si j'ai péché en adorant la chair, si j'ai joui avec mes yeux, avec l'odorat, l'ouïe, le toucher, de ce qui était beau, parfumé, harmonieux, doux et lisse, oh ! je t'assure que mes sens sont désormais purifiés par la mortification de ces connaissances ! Mes yeux ont oublié la beauté séduisante de l'homme en contemplant ces monstres, mes oreilles ont expié la jouissance passée des voix viriles avec ces voix âpres, qui ne sont plus humaines, et ma chair a frissonné, et mon odorat s'est révolté... et tout reste de culte personnel est mort car j'ai vu ce que l'on est après la mort... Mais j'ai emporté avec moi cette certitude : que Lazare n'est pas lépreux. Sa voix n'est pas altérée, ses cheveux et tous les poils sont intacts, et les plaies sont différentes. Il ne l'est pas, non ! Et Marthe me peine parce qu'elle ne me croit pas, parce qu'elle ne réconforte pas Lazare en le dissuadant de se croire immonde. Tu vois ? Il ne veut pas te voir maintenant qu'il sait que tu es ici, pour ne pas te contaminer. Les sottes peurs de ma sœur le privent aussi de ton réconfort !..."

Sa nature véhémente la porte à la colère. Mais voyant que sa sœur désolée éclate en sanglots, sa colère tombe tout d'un coup et elle embrasse Marthe en lui donnant un baiser et elle lui dit : "Oh ! Marthe ! Pardon ! Pardon ! C'est la douleur qui me rend injuste ! C'est l'amour que j'ai pour toi et Lazare qui voudrait vous convaincre ! Ma pauvre sœur ! Pauvres femmes que nous sommes !"

"Allons ! Ne pleurez pas ainsi. Vous avez besoin de paix et de compassion mutuelle pour vous et pour lui. Lazare, d'ailleurs, n'est pas lépreux, c'est Moi qui vous le dis."

"Oh ! viens le voir, Seigneur. Qui mieux que Toi peut juger s'il est lépreux ?" supplie Marthe.

399> "Ne t'ai-je pas déjà dit qu'il ne l'est pas ?"

"Oui, mais comment peux-tu le dire si tu ne le vois pas ?"

"Oh ! Marthe ! Marthe ! Dieu te pardonne parce que tu souffres et que tu es comme en délire ! J'ai pitié de toi et je vais voir Lazare et je découvrirai ses plaies et..."

"Et tu vas le guérir !!!" crie Marthe en se relevant.

"Je t'ai déjà dit d'autres fois que je ne puis le faire... Mais je vous donnerai la paix de vous savoir en règle avec la loi sur les lépreux. Allons-y..."

Et il se dirige le premier vers la maison en faisant signe à ses apôtres de ne pas le suivre.

 Marie court en avant, ouvre une porte, traverse en courant un couloir, en ouvre une autre qui donne sur une petite cour intérieure, y fait quelques pas et entre dans une pièce à demi-obscure encombrée de bassins, de petits vases, d'amphores, de bandes... Une odeur mélangée d'arômes et de décomposition pénètre dans les narines. Il y a une porte en face de la première, et Marie l'ouvre en criant d'une voix qui veut être lumineuse de joie : "Voici le Maître. Il vient te dire que j'ai raison, mon frère. Allons, souris, car il entre Celui qui est notre amour et notre paix !" et elle se penche sur son frère, le redresse sur ses oreillers, le baise, sans souci de l'odeur qui, malgré tous les palliatifs, se dégage du corps couvert de plaies, et elle est encore penché pour l'arranger que déjà la douce salutation de Jésus résonne dans la pièce et celle-ci, envahie par une pâle lumière, semble devenir lumineuse du fait de la divine présence.

"Maître, tu n'as pas peur... Je suis..."

"Malade ! Rien de plus. Lazare, les règles ont été données, et très étendues et très sévères, par une mesure compréhensible de prudence. Il vaut mieux exagérer en fait de prudence qu'être imprudent en certains cas comme ceux des maladies contagieuses. Mais tu n'es pas contagieux, mon pauvre ami, tu n'es pas immonde, si bien que je ne pense pas manquer à la prudence envers les frères si je t'embrasse ainsi" et il le baise en prenant le corps émacié dans ses bras.

"Tu es vraiment la Paix, Toi ! Mais tu n'as pas encore vu. Voilà Marie qui découvre l'horreur. Je suis déjà un mort, Seigneur. Je ne sais pas comment les sœurs peuvent résister..."

400> Je ne saurais pas moi non plus y résister, tant sont effrayantes et répugnantes les plaies qui se sont formées le long des varices des jambes. Les mains splendides de Marie travaillent avec légèreté sur elles alors qu'elle répond de sa voix merveilleuse : "Tes maux sont des roses pour tes sœurs, des roses épineuses seulement parce que tu souffres. Voici, Maître. Tu vois ? La lèpre n'est pas ainsi !"

"Elle n'est pas ainsi. C'est un grand mal et qui te consume, mais il n'y a pas de danger. Crois ton Maître ! Recouvre-le, Marie, j'ai vu."

"Et... tu ne touches donc pas ?" dit en soupirant Marthe, tenace dans son espérance.

"Il ne faut pas. Non pas par dégoût, mais pour ne pas irriter les plaies."

Marthe se penche, sans insister davantage, sur un bassin où il y a du vin ou du vinaigre aromatisé, et elle y plonge des linges qu'elle passe à sa sœur. Des larmes muettes tombent dans le liquide rougeâtre...

Marie enveloppe les pauvres jambes et étend de nouveau les couvertures sur les pieds déjà inertes et jaunâtres comme ceux d'un mort.

"Tu es seul ?"

"Non, avec tous, excepté Judas de Kériot qui est resté à Jérusalem, et viendra... Et même, si je suis déjà loin, vous l'enverrez à Bethabara. J'y serai, et qu'il m'y attende."

"Tu pars bientôt....

"Et je reviendrai bientôt. D'ici peu, c'est la Dédicace. Je serai chez toi en ces jours."

"Je ne pourrai t'honorer pour les Encénies..."

"Je serai à Bethléem, ce jour-là. J'ai besoin de revoir mon berceau..."

"Tu es triste... Je le sais... Oh ! ne rien pouvoir !"

"Je ne suis pas triste. Je suis le Rédempteur... Mais tu es fatigué. Ne lutte pas contre le sommeil, mon ami."

"C'était pour te faire honneur..."

"Dors, dors. Nous nous reverrons ensuite..." et Jésus se retire sans bruit.

"Tu as vu, Maître ?" demande Marthe, une fois qu'ils sont sortis, dans la cour.

"J'ai vu, mes pauvres disciples... Je pleure avec vous... Mais en vérité je vous confie que mon cœur a beaucoup plus de plaies que votre frère. Mon cœur est rongé par la douleur..." et il les regarde avec une si vive tristesse que les deux oublient leur douleur pour la sienne, et ne pouvant l'embrasser puisqu'elles sont des femmes, elle se bornent à baiser ses mains et son vêtement et à vouloir le servir comme des sœurs affectueuses. 401> Et elles le servent dans une petite salle en l'entourant d'affection.

Les fortes voix des apôtres se font entendre au-delà de la cour... Toutes, sauf la voix du disciple mauvais. Et Jésus écoute et il soupire... Il soupire en attendant patiemment le fugitif.

 



[1] Paroles à Dismas, le bon larron. Cf. 9.29

[2] Seimes : fentes verticales qui se forment dans le sabot d'un cheval