"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

© Centro Editoriale Valtortiano





aucun accent

Se repérer

Consulter la Bible en ligne

Aller sur le forum

Qui sommes-nous

  8.517 - Verso Nobe, resipiscenza di Giuda Iscariota dopo una discussione.

  4.515 - Returning to Jerusalem.


Dimanche 21 octobre 29 (24 Boul)
vers
Nobé


Vers l'index des thématiques

 C'est mon cœur qui est las

 La sensualité n'attire que ceux qui ne se nourrissent pas de spirituel


- Judas est obsédé par un royaume temporel 379

- La fatigue de Jésus est surtout morale 380

- Éloge de ceux de Gabaon 381

- Discours (La sensualité et les âmes victimes) 382

- Retour sincère de Judas 383

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7

 

7.214.
En revenant à Jérusalem


379> Le vent humide et froid peigne les arbres des collines et pousse dans le ciel des amas de nuages grisâtres. 380> Tout emmitouflés dans leurs lourds manteaux, Jésus avec les douze et Étienne descendent de Gabaon par le chemin qui mène à la plaine. Ils parlent entre eux pendant que Jésus, absorbé dans un de ses silences, est loin de ce qui l'entoure. Et il y reste jusqu'à ce que, arrivés à un croisement à mi-côte, et même presque au bas de la colline, il dit : "Prenons de ce côté et allons à Nobé."

"Comment ? Tu ne reviens pas à Jérusalem ?" dit l'Iscariote.

"Nobé et Jérusalem, c'est presque tout un, pour celui qui est habitué à beaucoup marcher. Mais je préfère être à Nobé. Cela te déplaît ?"

"Oh ! Maître ! Pour moi, ici ou là... Il me déplaît plutôt que Toi, dans un endroit qui t'était si favorable, tu aies figuré si peu. Tu as parlé davantage à Beteron qui ne t'était certainement pas amie. Tu devrais faire le contraire, il me semble. Chercher à t'attirer toujours plus les villes que tu sens favorables, en faire des... défenses contre les villes dominées par ceux qui te sont hostiles. Tu sais quelle importance il y a d'avoir de ton côté les villes voisines de Jérusalem ? Enfin, Jérusalem n'est pas tout. Même les autres endroits peuvent avoir de l'importance, et par leur importance faire pression sur les volontés de Jérusalem. Les rois, généralement, sont proclamés dans des villes les plus fidèles, et les autres se résignent une fois faite la proclamation..."

"Quand elles ne se révoltent pas, et alors ce sont des luttes fratricides. Je ne crois pas que le Messie veuille commencer son Règne par une guerre intestine" dit Philippe.

"Je voudrais une seule chose : qu'il commence en vous par une juste vision des choses. Mais vous n'avez pas encore cette vision... Quand donc comprendrez-vous ?"

Se rendant compte que peut-être c'est un reproche qui va venir, l'Iscariote demande de nouveau : "Pourquoi donc, ici à Gabaon, as-tu si peu parlé ?"

"J'ai préféré écouter et me reposer. Vous ne comprenez pas que Moi aussi j'ai besoin de repos ?"

"Nous pouvions nous y arrêter et leur faire plaisir. Si tu es si fatigué, pourquoi t'es-tu remis en route ?" dit Barthélemy affligé.

 "Ce ne sont pas mes membres qui sont fatigués. Je n'ai pas besoin de m'arrêter pour leur donner du repos. C'est mon cœur qui est las, qui a besoin de repos et j'ai du repos où je trouve de l'amour. Croyez-vous peut-être que je sois insensible à tant de rancœur ? Que les refus ne m'affligent pas ? Croyez-vous que les conjurations contre Moi me laissent insensibles ? Que les trahisons de celui qui simule l'amitié et qui est un espion de mes ennemis, placé à côté de Moi pour..."

381> "Que cela ne soit jamais, Seigneur ! Et tu ne dois même pas le supposer. En parlant ainsi, tu nous offenses !" proteste l'Iscariote avec une indignation affligée qui dépasse celle de tous les autres, bien que tous protestent en disant : "Maître, tu nous affliges par ces paroles, tu doutes de nous !" Et Jacques de Zébédée, impulsif, s'écrie : "Moi, je te salue, Maître, et je retourne à Capharnaüm. Le cœur brisé. Mais je m'en vais. Et si Capharnaüm ne suffit pas, j'irai avec les pêcheurs de Tyr et de Sidon, j'irai à Cintium, j'irai je ne sais où, mais si loin qu'il est impossible que tu puisses penser que moi je te trahis. Donne-moi ta bénédiction pour le viatique !"

Jésus l'embrasse en disant : "Paix, mon apôtre. Ils sont si nombreux ceux qui se disent mes amis, vous n'êtes pas les seuls. Elles t'affligent, elles vous affligent mes paroles. Mais dans quels cœurs dois-je verser mes angoisses et chercher du réconfort sinon dans ceux de mes apôtres bien-aimés et de mes disciples éprouvés ? Je cherche en vous une partie de l'union que j'ai quittée pour unir les hommes : l'union avec mon Père dans le Ciel; et une goutte de l'amour que j'ai quitté pour l'amour des hommes : l'amour de ma Mère. Je le cherche pour me soutenir. Oh ! l'onde amère, le poids inhumain envahissent et font pression sur mon cœur, sur le Fils de l'homme !... Ma Passion, mon Heure, se fait toujours plus pleine... Aidez-moi à la supporter, à l'accomplir... car elle est si douloureuse !"

Les apôtres se regardent touchés par la douleur profonde qui vibre dans les paroles du Maître et ils ne savent faire rien d'autre que de se serrer contre Lui, le caresser, l'embrasser... et c'est en même temps le baiser de Judas à droite, celui de Jean à gauche, sur le visage de Jésus qui baisse les paupières pour cacher ses yeux pendant que l'embrassent Judas Iscariote et Jean...

Ils reprennent la marche et Jésus peut terminer sa pensée interrompue : "Dans une si grande angoisse, mon cœur cherche des endroits où il trouve amour et repos. Où, au lieu de parler à des pierres arides et à des serpents sournois ou à des papillons distraits, il peut écouter les paroles d'autres cœurs et se consoler, parce qu'il les sent sincères, affectueux, justes. Gabaon est l'un de ces endroits. Je n'y étais jamais venu. Mais j'y ai trouvé un champ labouré et ensemencé par d'excellents ouvriers de Dieu. Ce chef de la synagogue ! Il est venu vers la Lumière, mais son esprit était déjà lumineux. Que peut faire un bon serviteur de Dieu ! 382> Gabaon n'est certainement pas à l'abri des menées de ceux qui me haïssent. Même là, on essaiera insinuation et corruption, mais elle a un chef de synagogue qui est un juste et les poisons du Mal y perdent leur toxicité. Croyez-vous qu'il me soit agréable de toujours corriger, censurer, réprouver même. Il m'est beaucoup plus doux de pouvoir dire : "Tu as compris la Sagesse. Avance sur ta route et sois saint", comme je l'ai dit au chef de Gabaon."

"Alors, nous y retournerons ?"

"Quand le Père me fait trouver un lieu de paix, j'en jouis et j'en bénis mon Père, mais ce n'est pas pour cela que je suis venu. Je suis venu pour convertir au Seigneur les lieux coupables et éloignés de Lui. Vous voyez que je pourrais rester à Béthanie et je n'y reste pas."

"C'est aussi pour ne pas nuire à Lazare."

"Non, Judas de Simon. Même les pierres savent que Lazare est mon ami. Aussi, à cause de cela, il serait inutile que je freine mon désir de réconfort. Mais c'est pour..."

"Pour les sœurs de Lazare, pour Marie spécialement."

"Non plus, Judas de Simon. Même les pierres savent que la luxure de la chair ne me trouble pas. Remarque que parmi les nombreuses accusations que l'on m'a faites, la première qui est tombée a été celle-là, car même mes adversaires les plus acharnés ont compris que de la soutenir c'était démasquer leur habitude du mensonge. Personne parmi les gens honnêtes n'aurait cru que j'étais un sensuel.  La sensualité ne peut avoir d'attirance que pour ceux qui ne se nourrissent pas de surnaturel et qui abhorrent le sacrifice. Maïs pour celui qui s'est voué au sacrifice, pour celui qui est victime, quelle attirance veux-tu que possède le plaisir d'une heure ? La jouissance des âmes victimes est toute entière dans l'esprit, et si elles revêtent une chair, elle n'est pas plus qu'un vêtement. Penses-tu que les habits que nous revêtons aient des sentiments ? Il en est de même de la chair pour ceux qui vivent de l'esprit : un vêtement, rien de plus. L'homme spirituel est le véritable surhomme parce qu'il n'est pas esclave des sens, alors que l'homme matériel est une non-valeur, par rapport à la vraie dignité de l'homme, car il a trop d'appétits qui lui sont communs avec la brute et il lui est même inférieur tout en la surpassant, en faisant de l'instinct naturel à l'animal un vice dégradant."

Judas, perplexe, se mord les lèvres puis il dit : "Oui. Et puis, du reste, tu ne pourrais plus nuire à Lazare. D'ici peu la mort le soustraira à tout danger de vengeance... Et alors pourquoi ne vas-tu pas à Béthanie plus souvent ?"

383> "Parce que je ne suis pas venu pour jouir, mais pour convertir. Je te l'ai déjà dit."

"Pourtant... tu jouis d'avoir tes frères avec Toi ?"

"Oui. Mais il est vrai aussi que je n'ai pas de préférences pour eux. Quand on doit se séparer pour trouver une place dans les maisons, eux ne restent pas généralement avec Moi, mais c'est vous qui restez. Et cela pour vous montrer qu'aux yeux et à l'esprit de celui qui s'est voué à la rédemption, la chair et le sang n'ont pas de valeur, mais la seule chose qui a de la valeur, c'est la formation des cœurs et leur rédemption. Maintenant nous allons nous rendre à Nobé et nous nous séparerons de nouveau pour le sommeil et je vais encore te garder avec Moi et je garderai Matthieu, Philippe et Barthélemy."

"Nous sommes peut-être les moins formés ? Moi, spécialement, que tu gardes toujours près de Toi ?"

"Tu l'as dit, Judas de Simon."

"Merci, Maître. Je l'avais compris" dit l'Iscariote avec une colère mal contenue.

"Et si tu l'as compris, pourquoi ne t'efforces-tu pas à te former ? Crois-tu peut-être que pour ne pas te mortifier, je pourrais mentir ? Nous sommes entre frères, d'ailleurs, et les défauts de l'un ne doivent pas être un objet de raillerie et ne doivent pas être un objet d'abattement les avertissements donnés en présence des autres, qui savent déjà réciproquement en quoi manquent chacun des frères. Personne n'est parfait, c'est Moi qui vous le dis. Mais même les imperfections de chacun, si pénibles à voir et à supporter, doivent causer une amélioration de soi-même pour ne pas accroître les ennuis réciproques. Et crois-moi, Judas, même si je te vois pour ce que tu es, personne, pas même ta mère, ne t'aime comme je t'aime et personne ne s'efforce de te rendre bon comme ton Jésus."

"Mais, en attendant, tu me fais des reproches et tu m'humilies, même en présence d'un disciple."

"Est-ce la première fois que je te rappelle à la justice ?" Judas se tait, "Réponds, te dis-je !" dit Jésus impérieusement.

"Non."

"Et combien de fois l'ai-je fait publiquement ? Peux-tu dire que je t'ai couvert de honte ? Ou bien dois-tu dire que je t'ai couvert et défendu ? Parle !"

"Tu m'as défendu, c'est vrai. Mais maintenant..."

384> "Mais maintenant c'est pour ton bien. Celui qui caresse un fils coupable, dit le proverbe, devra ensuite bander ses plaies. Et un autre proverbe dit encore qu'un cheval indompté devient intraitable, et le fils abandonné à lui-même un casse-cou."

"Mais suis-je peut-être ton fils ?" demande Judas alors que son visage adoucit son air courroucé pour marquer son regret.

"Si je t'avais engendré tu ne pourrais l'être davantage, et je me ferais arracher les entrailles pour te donner mon cœur et te rendre tel que je voudrais..."

Judas a un de ses retours... et sincère, vraiment sincère, il se jette dans les bras de Jésus en criant : "Ah ! je ne te mérite pas ! Je suis un démon et je ne te mérite pas ! Tu es trop bon ! Sauve-moi, Jésus !" [1] et il pleure, il pleure réellement avec les pleurs agités d'un cœur troublé par des choses qui ne sont pas bonnes, et par leur contraste avec le remords d'avoir affligé celui qui l'aime.

 



[1] Judas a déjà eu ce type de revirement : Cf 6.113