"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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 8.546 - Il giorno dei funerali di Lazzaro.

 5.544 - At Lazarus' Funeral.

 5.546 - El día de los funerales de Lázaro.

 10.600 - Beim Begräbnis des Lazarus.

Vendredi 25 janvier 30
(5 Scébat 3790)
Béthanie.


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 Calomnies répandues sur le compte de Jésus.

 Le cortège des notables aux funérailles.

 Certains synhédristes croient à une supercherie.

 Marthe et Marie ne peuvent plus cacher leur doute.


- Grande agitation dans les rues de Jérusalem ................ 38

- Jésus n'est pas un chef de guerre ............................. 39

- Les préoccupations du Sanhédrin ...................... 40

- Vérifications romaines à la porte de la ville.............. 42

- Que de gens pour présenter leurs condoléances ...... 43

- Pas question de voir Lazare. Il est décomposé............. 44

- Le vieux Canania accuse Jésus d'imposture ........ 45

- Proclamation de foi de Marie et ensevelissement .......... 46

- La foule s'en va. Il est bien mort .......................................... 47



La composition du Sanhédrin au temps de Jésus reconstituée d'après les écrits de Maria Valtorta.


 

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8

 

8.6.
Aux funérailles de Lazare


Vision du lundi 23 décembre 1946

38> La nouvelle de la mort de Lazare doit avoir produit l'effet d'un bâton que l'on remue à l'intérieur d'une ruche. Jérusalem toute entière en parle. Notables, marchands, menu peuple, pauvres, gens de la ville, des campagnes voisines, étrangers de passage mais pas tout à fait ignorants de l'endroit, étrangers qui s'y trouvent pour la première fois et qui demandent quel est celui dont la mort occasionne un tel remue-ménage, romains, légionnaires, employés du Temple, lévites et prêtres qui se rassemblent et se quittent continuellement en courant çà et là... Groupes de gens qui en des termes et expressions différents parlent du fait. Certains louent, d'autres pleurent, d'autres se sentent plus mendiants qu'à l'ordinaire maintenant que leur bienfaiteur est mort, quelqu'un gémit : "Je n'aurai plus, jamais plus un maître comme lui", certains énumèrent ses mérites et d'autres mettent en lumière sa richesse et sa parenté, les fonctions et les charges de son père, la beauté et la richesse de sa mère et sa naissance "royale". D'autres, malheureusement, rappellent aussi des souvenirs familiaux sur lesquels il serait beau de laisser tomber un voile surtout quand il s'agit d'un mort qui en a souffert...        

Les nouvelles les plus disparates sur la cause de la mort, sur l'emplacement du tombeau, sur l'absence du Christ de la maison de son grand ami et protecteur, justement en cette circonstance, font parler les petits groupes. Et il y a deux opinions qui prévalent : l'une c'est que cela est arrivé, ou plutôt a été provoqué par l'attitude hostile des juifs, synhédristes, pharisiens, et gens de même acabit à l'égard du Maître; l'autre c'est que le Maître, se trouvant en face d'une vraie maladie mortelle, s'est dérobé parce que dans ce cas ses procédés frauduleux n'auraient pas réussi. Même sans être astucieux il est facile de comprendre de quelle source vient cette dernière opinion. Elle heurte un grand nombre de gens qui répliquent : "Es-tu pharisien, toi aussi ? Si oui, attention à toi, car avec nous on ne blasphème pas le Saint ! Vipères maudites, engendrées par des hyènes mariées au
Léviathan ! Qui vous paie pour blasphémer le Messie ?" Prises de becs, insultes, quelques coups de poing aussi, et des invectives mordantes aux pharisiens couverts de riches manteaux et aux scribes qui passent avec des airs de dieux sans daigner regarder la plèbe qui vocifère pour et contre eux, pour et contre le Maître, résonnent dans les rues. Et des accusations ! Combien !       

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39> Tel dit que Jésus est un faux Maître ! C'est certainement un de ceux qui ont été achetés avec les deniers de ces serpents qui viennent de passer.      

"Avec leurs deniers ? Avec les nôtres, dois-tu dire ! C'est pour cela qu'ils nous plument ! Mais où est-il que je veux voir si c'est un de ceux qui hier sont venus me parler..."    

"Il s'est enfui, mais vive Dieu ! Ici il faut s'unir et agir. Ils sont trop impudents."         

Autre conversation : "Je t'ai entendu et je te connais. Je dirai à qui de droit comment tu parles du Tribunal suprême !"           

"J'appartiens au Christ et la bave de démon ne me nuit pas. Dis-le même à
Anna et Caïphe, si tu veux, et que cela serve à les rendre plus justes."           

Et plus loin; "C'est moi, moi que tu traites de parjure et de blasphémateur parce que je suis le Dieu vivant ? C'est toi le parjure et le blasphémateur qui l'offenses et le persécutes. Je te connais, sais-tu ? Je t'ai vu et entendu. Espion ! Vendu ! Saisissez-vous de lui..." et en attendant, il se met à lui appliquer sur la figure de ces gifles qui font rougir le visage osseux et verdâtre d'un juif.  

"
Cornélius, Siméon[1], regardez ! Ils me bousculent" dit un autre plus loin en s'adressant à un groupe de synhédristes.       

"Supporte cela pour la foi et ne te souille pas les lèvres et les mains la veille d'un sabbat" répond un de ceux qui sont appelés, sans même se détourner pour regarder le malheureux sur lequel un groupe de gens du peuple exerce une justice sommaire...        

Les femmes crient pour rappeler leurs maris, en les suppliant de ne pas se compromettre.

Les légionnaires de patrouille font dégager les rues à coups de hampes et menacent de faire des arrestations et de prendre des sanctions.   

La mort de Lazare, le fait principal, donne l'occasion de passer à des faits secondaires qui défoulent la longue tension des cœurs...      

Les synhédristes, les anciens, les scribes, les sadducéens, les notables juifs, passent indifférents, sournois, comme si toute cette explosion de petites colères, de vengeances personnelles, de nervosité, ne s'enracinaient pas en eux. Plus les heures passent et plus les passions fermentent et plus les cœurs s'enflamment.           

 "Eux disent, écoutez un peu, que le Christ ne peut guérir les malades. Moi, j'étais lépreux et maintenant je suis en bonne santé. Les connaissez-vous ? Je ne suis pas de Jérusalem, mais jamais je ne les ai vus parmi les disciples du Christ depuis deux ans."  

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40> "Eux ? Fais-moi voir celui du milieu ! Ah ! le scélérat ! C'est lui qui à la dernière lune est venu m'offrir de l'argent au nom du Christ, en disant que Lui prend des hommes en solde pour s'emparer de la Palestine. Et maintenant il dit... mais pourquoi l'as-tu laissé échapper ?"

"Vous avez compris, hein ! Quels malandrins ! Et pour un peu je me laissais prendre ! Il avait raison mon beau-père ! Voilà
Joseph l'Ancien avec Jean et Josué. Allons leur demander s'il est vrai que le Maître veut rassembler des armées. Ils sont justes et sont au courant." Ils courent en masse vers les trois synhédristes et leur posent la question.

"Rentrez chez vous, hommes. Dans les rues on pèche et l'on se nuit. Ne vous disputez pas. Ne vous alarmez pas. Occupez-vous de vos affaires et de vos familles. N'écoutez pas ceux qui agitent des illusionnés et ne vous laissez pas illusionner. Le Maître est un maître et non un guerrier. Vous le connaissez et il dit ce qu'il pense. Il ne vous aurait pas envoyé d'autres pour vous dire de le suivre comme guerriers, s'il vous avait voulu tels. Ne faites pas de tort à Lui, à vous, et à votre Patrie. Rentrez chez vous, hommes ! Rentrez chez vous ! Ne faites pas de ce qui est déjà un malheur : la mort d'un juste, une suite de malheurs. Retournez chez vous, et priez pour Lazare qui faisait du bien à tout le monde" dit Joseph d'Arimathie qui doit être très aimé et écouté par le peuple qui le connaît comme juste.    

Jean aussi (celui qui était jaloux) dit : "Lui est un homme de paix, pas de guerre. N'écoutez pas les faux disciples. Rappelez-vous comme ils étaient différents les autres qui se disaient Messie. Rappelez-vous, confrontez, et votre justice vous dira que ces incitations à la violence ne peuvent venir de Lui ! À vos maisons ! À vos maisons ! Auprès de vos femmes qui pleurent et de vos enfants apeurés. Il est dit : "Malheurs aux violents et à ceux qui favorisent les rixes"[2].           

Un groupe de femmes en larmes aborde les trois synhédristes et l'une d'elles dit : "Les scribes ont menacé mon homme. J'ai peur ! Joseph, parle-leur."       

"Je le ferai, mais que ton mari sache se taire. Croyez-vous par ces agitations rendre service au Maître et honorer le mort ? Vous vous trompez. Vous nuisez à l'un et à l'autre" répond Joseph et il les laisse pour aller à la rencontre de
Nicodème qui arrive par une rue, suivi de ses serviteurs : "Je n'espérais pas te voir, Nicodème. Moi-même, je ne sais comment j'ai pu. Le serviteur de Lazare est venu après le chant du coq me dire le malheur."          

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41> "Et à moi, plus tard. Je suis parti tout de suite. Sais-tu si le Maître est à Béthanie ?"

"Non. Il n'y est pas. Mon intendant de Bézéta
[3] y était à l'heure de tierce et il m'a dit qu'il n'y est pas."      

"Moi, je ne comprends pas comment... Pour tous le miracle et pas pour lui !" s'écrie
Jean.

"C'est peut-être qu'à la maison il a donné déjà plus qu'une guérison : il a racheté
Marie et leur a rendu paix et honneur..." dit Joseph.   

"Paix et honneur ! Des bons pour les bons, car beaucoup... n'ont pas rendu et ne rendent pas honneur même maintenant que Marie... Vous ne savez pas... Il y a trois jours,
Elchias y est allé avec beaucoup d'autres... et ils n'ont pas rendu honneur. Et Marie les a chassés. Ils me l'ont dit, furieux, et je les ai laissés dire pour ne pas dévoiler mon cœur..." dit Josué.

"Et maintenant ils vont aux funérailles ?" demande Nicodème.          

"Ils ont eu l'avis et se sont réunis au Temple pour discuter. Oh ! les serviteurs ont dû beaucoup courir ce matin à l'aurore !"           

"Pourquoi précipite-t-on ainsi les funérailles ? Tout de suite après sexte !..."
[4]            

"Parce que Lazare était déjà décomposé quand il est mort. Mon intendant m'a dit que, malgré les résines qui brûlent dans les pièces, et les aromates répandus sur le mort, la puanteur du cadavre se sent dès le portique de la maison. Et puis au couchant le sabbat commence. Il n'était pas possible de faire autrement."          

"Et tu dis qu'ils se sont réunis au Temple ? Pourquoi ?"        

"Voilà... en réalité, la réunion était déjà fixée pour discuter sur Lazare. Ils veulent dire qu'il était lépreux..." dit Josué.     

"Cela non. Lui, tout le premier, se serait isolé pour obéir à la Loi" dit Joseph pour le défendre. Et il ajoute : "J'ai parlé avec le médecin. Il a absolument exclu la lèpre. Il était malade d'une consomption putride."

"Et alors de quoi ont-ils discuté puisque Lazare était déjà mort ?" demande Nicodème.

"Sur la question d'aller ou non aux funérailles après que Marie les ait chassés. Les uns le voulaient, les autres non. Mais ceux qui voulaient y aller étaient les plus nombreux et cela pour trois motifs. Voir si le Maître y est, première raison, commune à tous. Voir s'il fait le miracle, deuxième raison. La troisième : le souvenir des paroles récentes du Maître aux scribes, près du Jourdain, non loin de Jéricho
[5]" explique encore Josué.      

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42> "Le miracle ! Quel miracle s'il est mort ?" demande Jean avec un haussement d'épaules et il termine en disant : "Toujours les mêmes qui cherchent l'impossible !"     

"Le Maître a ressuscité d'autres morts" fait remarquer Joseph.          

"C'est vrai. Mais s'il avait voulu le garder vivant, il ne l'aurait pas laissé mourir. La raison que tu as donnée avant est juste. Ils ont déjà eu un miracle."       

"Oui. Mais
Uziel s'est souvenu, et avec lui Sadoc, d'un défi exprimé il y a plusieurs lunes[6]. Le Christ a dit qu'il prouvera qu'il sait recomposer un corps en décomposition. Et Lazare est tel. Et Sadoc le scribe dit encore que, près du Jourdain, le Rabbi lui a dit, de Lui-même, qu'à la nouvelle lune il verrait s'accomplir la moitié du défi. Celui-ci : d'un corps décomposé qui revit et sans plus de tares ni de maladie. Et ils ont gagné, eux. Si cela arrive, il est certain que c'est parce qu'il y a le Maître. Et aussi si cela arrive, il n'y a plus de doutes à son sujet."    

"Pourvu que ce ne soit pas un mal..." murmure Joseph.        

"Un mal ? Pourquoi ? Les scribes et les pharisiens se persuaderont..."          

"Oh ! Jean ! Mais es-tu donc un étranger pour pouvoir dire cela ? Tu ne connais pas tes concitoyens ? Quand donc la vérité les a-t-elle rendus saints ? Cela ne te dit rien que l'on n'a pas apporté chez moi l'invitation à la réunion ?"        

"Ni chez moi non plus. Ils doutent de nous et nous laissent souvent en dehors, dit Nicodème. Et il demande :
Gamaliel y était-il ?"        

"Il y avait son fils. Et il viendra pour remplacer son père qui est souffrant à Gamala de Judée."        

"Et que disait
Siméon ?"       

"Rien, absolument rien. Il a écouté et s'en est allé. Il y a un moment, il est passé avec des disciples de son père, en allant à Béthanie."

Ils sont presque à la porte qui ouvre sur le chemin de Béthanie et Jean s'écrie : "Regarde ! Elle est gardée. Pourquoi donc ? Et ils arrêtent ceux qui sortent."     

"Il y a de l'agitation dans la ville..."    

"Oh ! Elle n'est pas pourtant des plus fortes..."         

Ils arrivent à la porte et sont arrêtés comme tous les autres.  

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43> "Pour quelle raison, soldat ? Je suis connu de toute l'Antonia, et vous ne pouvez dire du mal de moi. Je vous respecte et je respecte vos lois" dit Joseph d'Arimathie.      

"Ordre du Centurion. Le Chef va entrer dans la ville et nous voulons savoir qui sort par les portes et spécialement par celle-ci qui donne sur la route de Jéricho
[7]. Nous te connaissons, mais nous connaissons vos sentiments pour nous. Toi et les tiens passez, et si vous avez de l'influence sur le peuple, dites-leur qu'il est bien pour eux de rester tranquilles. Ponce n'aime pas changer ses habitudes pour des sujets qui lui portent ombrage... et il pourrait être trop sévère. Un conseil loyal pour toi qui es loyal." Ils passent...            

"Tu entends ? Je prévois de lourdes journées... Il faudra le conseiller aux autres plutôt qu'au peuple..." dit Joseph.           

La route pour Béthanie est remplie de gens qui vont tous dans la même direction, à Béthanie. Tous se rendent aux funérailles. On voit des synhédristes et des pharisiens mêlés à des sadducéens et des scribes, et ceux-ci à des paysans, des serviteurs, des intendants des différentes maisons et des domaines que Lazare possède dans la ville et dans les campagnes, et plus on approche de Béthanie, plus il y a de gens qui débouchent des sentiers et des chemins dans la route principale.       

 Voici Béthanie. Béthanie en deuil de son plus grand citoyen. Tous les habitants avec leurs meilleurs habits sont déjà en dehors des maisons qui sont fermées comme s'il n'y avait personne à l'intérieur. Mais ils ne sont pas encore dans la maison du mort. La curiosité les retient près de la grille, le long du chemin. Ils observent ceux qui passent parmi les invités et ils échangent les noms et les impressions.

"Voici
Nathanaël ben Faba. Oh ! le vieux Mathatias, parent de Jacob[8] ! Le fils d'Anna ! Regarde-le avec Doras, Callascebona et Archélaüs. Oh ! comment ont-ils fait pour venir ceux de Galilée ? Ils y sont tous. Regarde : Éli, Giocana, Ismaël, Urie, Joachim, Élie, Joseph... Le vieux Canania avec Sadoc, Zacharie et Giocana sadducéens. Il y a aussi Siméon de Gamaliel, seul. Le rabbi n'est pas avec lui. Voilà Elchias avec Nahum, Félix, Anna le scribe, Zacharie, Jonathas d'Uriel ! Saül avec Éléazar, Trifon et Joazar. Bons, ces derniers ! Un autre des fils d'Anna, le plus jeune. Il parle avec Simon Camit. Philippe avec Jean l'Antipatrides. Alexandre, Isaac et Jonas de Babaon. Sadoc. Jude, descendant des Assidéens, le dernier, je crois de cette classe. Voici les intendants des divers palais. Je ne vois pas les amis fidèles. Que de gens !".    

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44> Vraiment ! Que de gens. Tous importants, une partie avec un visage de circonstance, ou avec sur le visage les marques d'une vraie douleur. Le portail tout grand ouvert engloutit tout le monde, et je vois passer tous ceux qu'à diverses reprises j'ai vus bienveillants ou hostiles autour du Maître. Tous, sauf Gamaliel et le synhédriste Simon. Et j'en vois d'autres encore que je n'ai jamais vus ou que j'aurai vus sans savoir leurs noms dans les discussions autour de Jésus... Il passe des rabbins avec leurs disciples, et des scribes en groupes compacts. Il passe des juifs dont j'entends énumérer les richesses... Le jardin est plein de gens. Ils vont exprimer leurs condoléances aux sœurs — qui selon l'usage, sans doute, sont assises sous le portique et donc en dehors de la maison — et se répandent ensuite dans le jardin en un continuel bariolage de couleurs et en de continuelles inclinaisons.

Marthe et Marie sont bouleversées. Elles se tiennent par la main comme deux fillettes effrayées du vide qui s'est fait dans leur maison, du rien qui emplit leur journée maintenant qu'elles n'ont plus Lazare à soigner. Elles écoutent les paroles des visiteurs, pleurent avec les vrais amis, leurs employés fidèles, s'inclinent devant les synhédristes à l'air glacial, imposants, rigides, venus plutôt pour se faire voir que pour honorer le défunt. Elles répondent, lasses de répéter les mêmes choses des centaines de fois, à ceux qui les interrogent sur les derniers moments de Lazare.        

Joseph, Nicodème, les amis les plus sûrs, se mettent à côté d'elles, sobres en paroles, mais manifestant une amitié plus réconfortante que de longs discours.         

 Elchias revient avec les plus intransigeants avec lesquels il a parlé longuement et il demande : "Ne pourrions-nous pas voir le mort ?"     

Marthe, avec tristesse, se passe la main sur le front et demande : "Quand donc cela se fait-il en Israël ? Il est déjà préparé..." et des larmes descendent lentement de ses yeux.

"Ce n'est pas l'usage, c'est vrai, mais nous le désirerions. Les amis les plus fidèles ont bien le droit de voir une dernière fois l'ami."         

"Même nous, ses sœurs, nous aurions eu ce droit. Mais il a été nécessaire de l'embaumer tout de suite... Et quand nous sommes revenues dans la chambre de Lazare nous n'avons plus vu que sa forme enveloppée par les bandelettes..."       

"Vous deviez donner des ordres clairs. Ne pouviez-vous pas, ne pourriez-vous pas enlever le suaire de son le visage ?"

"Oh ! il est déjà décomposé... Et l'heure des  funérailles est arrivée."            

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45> Joseph intervient : "Elchias, il me semble que nous... par excès d'amour, nous leur faisons de la peine. Laissons les sœurs en paix..."   

Siméon, fils de Gamaliel, s'avance, empêchant la réponse d'Elchias : "Mon père viendra dès qu'il le pourra. Je le représente. Il appréciait Lazare, et moi de même."    

Marthe s'incline en répondant; "Que l'honneur du rabbi pour notre frère soit récompensé par Dieu."          

Elchias, à cause du fils de Gamaliel, s'écarte sans insister davantage et il discute avec les autres qui lui font observer : "Mais tu ne sens pas la puanteur ? Tu veux douter ? Du reste, nous verrons s'ils murent le tombeau. On ne vit pas sans air."           

Un autre groupe de pharisiens s'approche des sœurs. Ce sont presque tous ceux de Galilée. Marthe, après avoir reçu leurs hommages, ne peut s'empêcher de dire son étonnement de leur présence.           

"Femme, le Sanhédrin siège en des délibérations d'une extrême importance et c'est pour cela que nous sommes dans la ville" explique
Simon de Capharnaüm et il regarde Marie dont il se rappelle certainement la conversion, mais il se borne à la regarder.            

Voici que s'avancent
Giocana, Doras fils de Doras et Ismaël avec Canania et Sadoc et d'autres que je ne connais pas. Ils parlent, bien avant de parler, par leurs visages de vipères. Mais ils attendent que Joseph s'éloigne avec Nicodème pour parler à trois juifs, pour pouvoir blesser. C'est le vieux Canania qui de sa voix éraillée de vieillard croulant commence l'attaque : "Qu'en dis-tu, Marie ? Votre Maître est le seul absent des nombreux amis de ton frère. Singulière amitié ! Tant d'amour tant que Lazare se portait bien ! Et de l'indifférence quand c'était le moment de l'aimer ! Tous ont des miracles de Lui, mais ici, il n'y a pas de miracle. Qu'en dis-tu, femme, de pareille chose ? Il t'a trompée beaucoup, beaucoup, le beau Rabbi galiléen. Eh ! Eh ! Ne disais-tu pas qu'il t'avait dit d'espérer au-delà de ce que l'on peut espérer ? Tu n'as donc pas espéré, ou bien il ne sert à rien d'espérer en Lui ? Tu espérais dans la Vie, as-tu dit. C'est vrai ! Lui se dit "la Vie" eh ! eh ! Mais là-dedans se trouve ton frère mort, et là-bas est déjà ouverte la bouche du tombeau. Et pas de Rabbi ! Eh ! Eh !"

"Lui sait donner la mort, pas la vie" dit Doras avec un sourire.           

 Marthe incline son visage dans ses mains et pleure. C’est bien la réalité. Son espérance est bien déçue. Le Rabbi n'est pas là. Il n'est même pas venu les réconforter. Et pourtant il aurait pu être là maintenant. Marthe pleure, elle ne sait plus que pleurer.        

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46> Marie aussi pleure. Elle aussi est en face de la réalité. Elle a cru, elle a espéré au-delà de ce qui est croyable... mais rien n'est arrivé et déjà les serviteurs enlèvent la pierre de l'entrée du tombeau car le soleil commence à descendre, et le soleil descend vite en hiver, et c'est vendredi, et tout doit être fait à temps de façon que les hôtes ne doivent pas transgresser les lois du sabbat qui va bientôt commencer. Elle a tant espéré, toujours, trop espéré. Elle a consumé ses puissances dans cette espérance. Et elle est déçue.      

Canania insiste : "Tu ne me réponds pas ? Es-tu convaincue à présent que Lui est un imposteur qui vous a exploitées et méprisées ? Pauvres femmes !" et il hoche la tête parmi ses comparses qui l'imitent, en disant eux aussi : "Pauvres femmes !"          

Maximin s'approche : "C'est l'heure. Donnez l'ordre. C'est à vous de le faire."           

Marthe s'écroule. On la secourt et on l'emporte à bras au milieu des cris des serviteurs qui comprennent que l'heure est venue de la descente dans le tombeau et qui entonnent les lamentations.           

Marie se tord convulsivement les mains. Elle supplie : "Encore un peu ! Encore un peu ! Envoyez des serviteurs sur la route vers
Ensémès et la fontaine, sur toutes les routes. Des serviteurs à cheval. Qu'ils voient s'il vient..."

"Mais, tu espères encore, ô malheureuse ? Mais que te faut-il pour te persuader qu'il vous a trahies et trompées ? Il vous a haïes et méprisées..."            

C'en est trop ! Le visage baigné de larmes, torturée et pourtant fidèle, dans le demi-cercle de tous les hôtes rassemblés pour voir sortir la dépouille, Marie proclame : "Si Jésus de Nazareth a ainsi agi, c'est bien, et c'est un grand amour que le sien pour nous tous de Béthanie. Tout pour la gloire de Dieu et la sienne ! Il a dit que de cela il en viendra de la gloire pour le Seigneur parce que la puissance de son Verbe resplendira complètement. Exécute, Maximin. Le tombeau n'est pas un obstacle au pouvoir de Dieu..."

Elle s'écarte, soutenue par
Noémi qui est accourue, et elle fait un signe... La dépouille, dans ses bandelettes, sort de la maison, traverse le jardin entre deux haies de gens, au milieu des cris de deuil. Marie voudrait la suivre, mais elle chancelle. Elle se joint quand déjà tous sont vers le tombeau. Elle arrive juste pour voir disparaître la longue forme immobile dans la nuit du tombeau où rougissent les torches que tiennent haut les serviteurs pour éclairer les marches pour ceux qui descendent avec le mort. En effet le tombeau de Lazare est plutôt enterré, peut-être pour utiliser des couches de roches souterraines.     

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47> Marie crie... Elle est déchirée... Elle crie... Et avec le nom de son frère il y a celui de Jésus. Ils semblent lui arracher le cœur. Mais elle ne dit que ces deux noms, et elle les répète jusqu'au moment où la lourde rumeur de la fermeture, remise à l'entrée de la tombe, lui dit que Lazare n'est plus sur la terre même avec son corps. Alors elle cède et perd complètement connaissance. Elle s'abat sur celle qui la soutient et soupire encore, pendant qu'elle s'abîme et s'anéantit dans son évanouissement : "Jésus ! Jésus !" On l'éloigne.

Maximin reste pour congédier les hôtes et les remercier au nom de toute la parenté. Il reste pour s'entendre dire par tous qu'ils reviendront chaque jour pour le deuil...    

La foule s'écoule lentement. Les derniers à partir sont Joseph, Nicodème, Eléazar, Jean, Joachim, Josué. Au portail ils trouvent Sadoc avec
Uriel qui rient méchamment en disant : "Son défi ! Et nous l'avons craint !"  

"Oh ! Il est bien mort. Comme il puait malgré les aromates ! Il n'y a pas de doute, non ! Il n'y avait pas besoin d'enlever le suaire. Je crois qu'il y avait déjà les vers." Ils sont heureux.

Joseph les regarde. Un regard si sévère qu'il leur coupe la parole et les rires. Tout le monde se hâte de repartir pour être dans la ville avant la fin du crépuscule.  

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[1] Sans doute Simon Carmit, un ancien grand-prêtre.

[2] Genèse 49, 7 : Maudite soit leur colère, car elle est violente, et leur fureur, car elle est dure ! Je les démembrerai en Jacob, je les disperserai en Israël.

[3] La résidence de Joseph d'Arimathie à Jérusalem est située près de la piscine de Bézéta (piscine probatique) au nord du Temple. (Voir le plan schématique)

[4] Sexte = midi. Lazare est mort au petit matin

[5] La prophétie sur la résurrection faite à Bethléchi. Les scribes demandaient une résurrection à partir d'un corps putride (Cf. Tome 7, chapitre 222)

[6] Le signe de Jonas dit à Cédès. Cf. Tome 5, chapitre 30.

[7] Il s'agit de la Porte Dorée. La route se sépare entre la direction de Jéricho et celle de Béthanie. Voir le plan schématique.

[8] Peut-être ce Jacob que l'on voit apparaître dans la délégation de scribes qui vient examiner le cas de Sabéa de Bethléchi. Ce Jacob reste à écouter Jésus en compagnie de Joël Alamot. (Cf. Tome 7, chapitre 222)