"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

© Centro Editoriale Valtortiano

Se repérer

Consulter la Bible en ligne

Aller sur le forum

Qui sommes-nous

 10.647 - Gamaliele si fa cristiano.

 5.642 - Gamaliel Becomes a Christian.

 7.647 - Gamaliel se hace cristiano.

 12.709 - Gamaliel wird Christ.



L'icône Marie Trône de la Sagesse (Maria Sedes Sapientiae) a été conçue à la demande du Pape Jean-Paul II pour le Jubilé de l’an 2000. Elle circule dans les universités du monde entier pour y rayonner la sagesse divine. Elle accompagne les JMJ.


Gamaliel, le rabbi d'Israël.


Dans le courant de l'année 44
Gethsémani.


Vers l'index des thématiques

 La lente évolution de Gamaliel vers la foi.

 Marie, trône de la Sagesse.




- Jean et Marie vaquent à leurs occupations ............... 261

- Arrivée de Gamaliel maintenant aveugle . 262

- Il demande à Marie de voir spirituellement .......... 263

- Discours de Marie (Comparée à celle de Judas, ta faute est bien plus petite) ...................................... 264

- Ton humilité est une échelle pour aller à Dieu ....... 264

- Gamaliel demande à Jean de le conduire à Pierre . 265

- Le vieux rabbi vénère Marie et part avec Jean ...... 266

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 10


Tome 10, chapitre 33.

647.
Gamaliel se fait chrétien.


 

Vision du jeudi 1er novembre 1951

261> Des années ont dû passer, car Jean paraît être maintenant dans toute la force de l’âge, avec des membres plus robustes, un visage plus mûr, ses cheveux, sa barbe et ses moustaches sont moins clairs[1].        

Marie est en train de filer. Jean range la cuisine de la maison du Gethsémani dont les murs ont été récemment blanchis, et vernis les objets de bois : tabourets, portes, une étagère qui sert aussi de console pour la lampe. Marie ne paraît pas du tout changée. Son aspect est frais et serein. Toute trace laissée sur son visage par la douleur de la mort de son Fils, de son retour au Ciel, des premières persécutions contre les chrétiens, est disparue. Le temps n’a pas gravé ses traces sur ce doux visage, et l’âge n’a pas eu le pouvoir d’en altérer la fraîche et pure beauté.          

Haut de page           


262> La lampe, allumée sur la console, jette sa lumière palpitante sur les mains petites et agiles de Marie, sur la filasse blanche enroulée sur la quenouille, sur le fil fin, sur le fuseau qui tournoie, sur les blonds cheveux rassemblés en un nœud pesant sur la nuque.    

Par la porte ouverte un clair rayon de lune pénètre dans la cuisine, s’étendant comme une raie d’argent de la porte jusqu’aux pieds du tabouret sur lequel Marie est assise. Elle a ainsi les pieds éclairés par le rayon de lune, les mains et la tête éclairés par la lumière rougeâtre de la lampe. Dehors, sur les oliviers qui entourent la maison du Gethsémani, des rossignols chantent leur chant d’amour.

À l’improviste ils se taisent comme s’ils étaient effrayés et, après quelques instants, un bruit de pas se fait entendre, s’approche de plus en plus, et s’arrête sur le seuil de la cuisine faisant disparaître en même temps le blanc rayon de lune qui avant couvrait d’une lueur argentée les briques grossières et sombres du pavé.    

Marie lève la tête et la tourne vers l’entrée. Jean, de son côté, regarde vers la porte et un "oh !" d’étonnement sort de leurs lèvres alors que d’un même mouvement ils accourent tous les deux vers la porte, sur le seuil de laquelle est apparu et s’est arrêté
Gamaliel. Gamaliel est maintenant très âgé, un vrai spectre tant il est maigre dans ses vêtements blancs que la lune, qui enveloppe ses épaules, rend pour ainsi dire phosphorescents. C’est un Gamaliel brisé, écrasé par les événements, par ses remords, par tant de choses plus encore que par l’âge[2].          

"Toi, ici, rabbi ? Entre ! Viens ! Et que la paix soit avec toi" lui dit Jean qui est en face de lui et très près alors que Marie est à quelques pas en arrière.     

"Si tu me conduis... Je suis aveugle..." répond le vieux rabbi d’une voix qui tremble par une plainte secrète plus que par l’âge.     

Jean, grandement étonné, demande d’une voix qui trahit son émotion et sa pitié : "Aveugle ? ! Depuis quand ?"  

Haut de page           

263> "Oh !... Depuis longtemps ! Ma vue commença à s’affaiblir tout de suite après.., après... Oui, après que je n’ai pas su reconnaître la vraie Lumière venue pour illuminer les hommes jusqu’au moment où le tremblement de terre déchira le voile du Temple et secoua ses puissantes murailles, comme Lui l’avait dit. C’était vraiment un double voile qui recouvrait le Saint des Saints du Temple, et le Saint des Saints encore plus vrai, la Parole du Père, son Fils unique et éternel, caché par le voile d’une chair humaine toute pure, que seulement sa Passion et sa glorieuse Résurrection révélèrent même aux plus obtus, moi le premier, pour ce qu’il était réellement : le Christ, le Messie, l’Emmanuel. A partir de ce moment les ténèbres ont commencé à descendre sur mes pupilles et à devenir toujours plus épaisses. Juste châtiment pour moi. Depuis quelque temps je suis totalement aveugle. Et je suis venu..."     

Jean l’interrompt en lui demandant : "Peut-être pour demander un miracle ?"  

"Oui, un grand miracle. Je le demande à la Mère du Dieu vrai."          

"Gamaliel, moi, je n’ai pas le pouvoir qu’avait mon Fils. Lui pouvait rendre la vie et la vue aux pupilles éteintes, la parole aux muets, le mouvement aux paralysés, mais moi, non" lui répond Marie. Et elle poursuit : "Mais viens ici, près de la table, et assieds-toi. Tu es las et âgé, rabbi. Ne te fatigue pas davantage" et avec pitié, avec Jean, elle le conduit près de la table et le fait asseoir sur un tabouret.          

Gamaliel, avant de laisser la main de Marie, la baise avec vénération, puis il lui dit : "Je ne te demande pas, ô Marie, le miracle d’y voir de nouveau. Non. Je ne demande pas cette chose matérielle. Ce que je te demande, ô Bénie entre toutes les femmes, c’est une vue d’aigle pour mon esprit, pour que je voie toute la Vérité. Je ne te demande pas la lumière pour mes pupilles éteintes, mais la lumière surnaturelle, divine, la vraie lumière qui est sagesse, vérité, vie, pour mon âme et mon cœur déchirés et épuisés par les remords qui ne me laissent pas de trêve. Je n’ai aucun désir de voir de mes yeux ce monde hébraïque, si... oui, si obstinément rebelle à Dieu, qui a eu et qui a pour lui tant de pitié qu’en vérité nous ne méritons pas d’avoir. Je suis même heureux de ne devoir plus le voir, et que ma cécité m’ait libéré de tout emploi au Temple et auprès du
Sanhédrin, tellement injustes envers ton Fils et envers ses fidèles. Ce que je désire voir par l’intelligence, le cœur, l’esprit, c’est Lui, Jésus. Le voir, en moi, dans mon esprit, le voir spirituellement, comme certainement toi, ô Sainte Mère de Dieu, et Jean si pur, et Jacques, tant qu’il a vécu[3], et les autres, pour les aider dans leur ministère difficile et tellement entravé, vous le voyez. Le voir pour l’aimer de tout moi-même et, par cet amour, pouvoir réparer mes fautes et avoir son pardon, pour avoir la Vie éternelle que je ne mérite plus d’avoir..." Il baisse la tête sur ses bras posés sur la table, et il pleure.  

Haut de page           

264> Marie lui met une main sur sa tête secouée par les sanglots et lui répond : "Non, tu n’as pas perdu la Vie éternelle ! Le Sauveur pardonne tout à celui qui se repent de ses erreurs passées. Il aurait pardonné même à celui qui l’a livré s’il s’était repenti de son horrible péché. Et la faute de Judas de Kériot est immense, comparée à la tienne. Considère. Judas était l’apôtre accueilli par le Christ, instruit par le Christ, aimé par le Christ plus que tout autre, si on pense que, tout en ignorant rien de lui, le Christ ne l’a pas chassé du groupe de ses apôtres, mais au contraire, jusqu’au dernier moment, a recouru à toutes sortes d’expédients pour qu’ils ne comprennent pas ce qu’il était et ce qu’il tramait. Mon Fils était la Vérité même, et n’a jamais menti, pour aucun motif. Mais quand il voyait que les onze autres le soupçonnaient et Lui posaient des questions sur l’Iscariote il réussissait, sans mentir, à détourner leurs soupçons et à ne pas répondre à leurs questions en leur imposant de ne pas poser de questions, à la fois par prudence et par charité envers leur frère. Ta faute est bien plus petite. Et même on ne peut l’appeler faute. Ce n’était pas de l’incrédulité, mais au contraire un excès de foi.         

 Tu as tellement cru à l’Enfant de douze ans qui t’avait parlé au Temple qu’avec obstination, mais avec une intention droite venue de ta foi absolue en cet Enfant sur les lèvres duquel tu avais entendu des paroles d’une infinie sagesse, tu as attendu le signe pour croire en Lui et voir en Lui le Messie. Dieu pardonne à celui qui a une foi si forte et si fidèle. Il pardonne encore davantage à celui qui, étant dans le doute sur la vraie Nature d’un homme, accusé injustement, ne veut pas prendre part à sa condamnation parce qu’il la sent injuste. Ta vision spirituelle de la Vérité est allée toujours en grandissant du moment où tu as quitté le Sanhédrin pour ne pas consentir à cette action sacrilège. Et elle a encore grandi davantage quand, étant dans le Temple, tu as vu s’accomplir le signe tant attendu qui a marqué le commencement de l’ère chrétienne. Et elle a encore grandi quand, avec ces paroles puissantes, angoissées, tu as prié au pied de la croix de mon Fils, désormais glacé et éteint. Elle est devenue presque parfaite chaque fois où, par la parole ou en te retirant à part, tu as défendu les serviteurs de mon Fils et que tu n’as pas voulu prendre part à la condamnation des premiers martyrs. Crois-le, Gamaliel, chacun de tes actes de douleur, de justice, d’amour, a fait grandir en toi ta vision spirituelle."      

Haut de page           

265> "Ce n’est pas encore assez tout cela ! Voilà : moi j’ai eu la grâce rare de connaître ton Fils dès sa première manifestation publique, au moment de sa majorité. J’aurais dû voir dès ce moment ! Comprendre ! J’ai été aveugle et sot... Je n’ai pas vu et pas compris. Pas alors, et pas d’autres fois où j’ai eu la grâce de l’approcher, devenu désormais Homme et Maître, et d’entendre ses paroles toujours plus justes et plus puissantes. Entêté, j’attendais le signe humain, les pierres secouées... Et je ne voyais pas que tout en Lui était un signe certain ! Et je ne voyais pas qu’il était la Pierre angulaire prédite par les Prophètes, la Pierre qui déjà secouait le monde, le monde entier : hébreu et gentil, la Pierre qui secouait les pierres des cœurs par sa Parole, par ses prodiges ! Je ne voyais pas sur Lui le signe visible de son Père en tout ce qu’il faisait ou disait ! Comment peut-Il pardonner tant d’obstination ?"        

 "Gamaliel, peux-tu croire que moi, qui suis le Siège de la Sagesse, la Pleine de Grâce qui, par la Sagesse qui en moi a pris Chair, et qu’étant par la Grâce qu’Il m’a donnée, pleine de la connaissance des choses surnaturelles, je puis te donner un bon conseil ?"     

"Oh ! oui, je le crois ! C’est justement parce que je crois que tu es cela que je viens à toi pour avoir la lumière. Toi, Fille, Mère, Épouse de Dieu, qui certainement dès ta conception t’a comblée de ses lumières de Sagesse, tu ne peux que m’indiquer le chemin que je dois prendre pour avoir la paix, pour trouver la vérité, pour conquérir la vraie Vie. Je suis tellement conscient de mes erreurs, tellement écrasé par ma misère spirituelle, que j’ai besoin d’aide pour oser aller à Dieu."           

"Ce que tu regardes comme un obstacle est au contraire une aile pour t’élever vers Dieu. Tu t’es démoli toi-même, tu t’es humilié. Tu étais une montagne puissante, tu t’es rendu vallée profonde. Sache que l’humilité est semblable à l’engrais du terrain le plus aride pour le préparer à donner des plantes et des moissons magnifiques. C’est un escalier pour monter, ou plutôt c’est une échelle pour monter vers Dieu qui, voyant celui qui est humble, l’appelle à Lui pour l’exalter, pour l’enflammer de sa Charité et l’éclairer de ses lumières pour qu’il voie. C’est pour cela que moi je te dis que tu es déjà dans la Lumière, sur le bon Chemin, tourné vers la Vie véritable des fils de Dieu."            

"Mais pour avoir la Grâce je dois entrer dans l’Église, avoir le Baptême qui purifie de la faute et nous rend de nouveau fils adoptifs de Dieu. Je n’y suis pas opposé, au contraire. J’ai détruit en moi le fils de la Loi, je ne puis plus avoir d’estime et d’amour pour le Temple. Mais je ne veux pas être rien. Je dois donc réédifier sur les ruines de mon passé l’homme nouveau, et la foi nouvelle. Je pense pourtant que les apôtres et les disciples sont méfiants et prévenus à mon égard, à l’égard du grand rabbi à la nuque raide..."          

Haut de page           


266> Jean l’interrompt pour lui dire : "Tu te trompes, ô Gamaliel. Moi, tout le premier, je t’aime et je marquerais comme un jour de très grande grâce celui où tu pourrais te dire agneau du troupeau du Christ. Je ne serais pas son disciple si je ne mettais pas en pratique ses enseignements. Et Lui nous a commandé l’amour et la compréhension pour tous, et spécialement pour les plus faibles, les malades, les égarés. Il nous a ordonné d’imiter ses exemples. Et nous le voyions toujours tout amour pour les coupables repentis, ou les fils prodigues qui revenaient au Père, ou les brebis égarées. De la Magdeleine à la Samaritaine, d’Aglaé au larron, combien il en a rachetés par miséricorde ! Il aurait pardonné même à Judas pour son crime suprême, s’il s’était repenti. Il lui avait pardonné tant de fois ! Moi seul je sais à quel point il l’a aimé, connaissant pourtant toute sa conduite. Viens avec moi, je ferai de toi un fils de Dieu et un frère pour le Christ Sauveur."        

"Tu n’es pas le Pontife. Le Pontife c’est
Pierre. Et Pierre sera-t-il bon comme toi ? Lui, je le sais, est très différent de toi."          

"Il l’était. Mais depuis qu’il a vu combien il a été faible, jusqu’à être lâche et à renier son Maître, il n’est plus ce qu’il était, et il est miséricordieux pour tous et avec tous."       

"Alors, conduis-moi tout de suite à lui. Je suis âgé, et j’ai déjà trop tardé. Je me sentais trop indigne, et je craignais que tous les serviteurs du Christ me jugent de la même façon. Maintenant que les paroles de Marie et les tiennes m’ont réconforté, je veux entrer tout de suite au Bercail du Maître, avant que mon vieux cœur, brisé par tant de choses, s’arrête. Conduis-moi, car j’ai congédié le serviteur qui m’a conduit ici pour qu’il n’entende rien. Il va revenir à l’heure de prime. Mais alors je serai déjà loin, et de deux manières. De cette maison et du Temple. Pour toujours. J’irai d’abord, moi, fils rebelle, à la maison du Père, moi, brebis perdue, au vrai Bercail du Pasteur éternel. Puis je retournerai dans ma maison lointaine
[4], pour y mourir dans la paix et dans la grâce de Dieu."       

Marie, d’un mouvement spontané, l’embrasse et lui dit : "Que Dieu te donne la paix. La paix et la gloire éternelle parce que tu l’as mérité, en montrant ta vraie pensée aux puissants chefs d’Israël sans craindre leurs réactions. Que Dieu soit avec toi, toujours. Que Dieu te donne sa bénédiction."         

267> Gamaliel cherche de nouveau les mains de Marie. Il les prend dans les siennes, les baise, et s’agenouille en la priant de poser ces mains bénies sur sa vieille tête lasse.

Marie le satisfait. Elle fait même davantage. Elle trace un signe de croix sur sa tête inclinée puis, avec Jean, elle l’aide à se mettre debout, l’accompagne à la porte et reste à le regarder s’éloigner, conduit par Jean vers la vraie Vie, lui, homme humainement fini, mais surnaturellement recréé.        

Haut de page           

 



[1] Il doit avoir 35/36 ans environ.

[2] Il doit avoir 70 ans environ.

[3] Jacques de zébédée, au tempérament si fougueux, vient d'être tué par Hérode Agrippa 1er. C'était le frère de Jean, présent dans cette scène.

[4] Probablement à Giscala, là où est enterré son grand-père, plutôt qu'à Gamala de Judée une résidence peut-être trop proche de Jérusalem