"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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  8.524 - A Gerico. In casa di Zaccheo con i peccatori convertiti.

  4.522 - In Zacchaeus' House with the Converts. The Soul and the Error of Reincarnation.


Dimanche 4 novembre 29 (9 Kisleu)
Jéricho


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 Conversion de Démétès le proxénète

 Zachée découvre sa vocation

 Le pardon est possible pour les grands pécheurs

 Le chemin de sainteté du jeune voleur

 L'âme n'est pas la pensée mais l'esprit

 Réincarnation : les âmes ne reviennent plus jamais sur terre


- Zachée s'est procuré un domaine pour les convertis 432

- Comment il a converti Démétes et d'autres 433

- Les remords de plusieurs d'entre eux 434

- Jésus s'approche d'un entremetteur converti 435

- Il invite un jeune homme à pardonner 436

- Le remercie de n'avoir pas comploté contre lui 437

- Discute avec Démétes de l'âme humaine 438

- Discours (La réincarnation n'est pas accordée 440

- Mais la conversion est toujours possible) 441

- Jalousie des apôtres 441

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7

 

7.221.
dans la maison de Zachée avec les convertis


432> Ils sont tous rassemblés dans une pièce vaste et dépouillée. Autrefois, certainement, elle était belle. Maintenant, ce n'est plus qu'un grand local. Ils ont apporté les sièges et les lits pris dans les salles à manger ou dans les chambres à coucher, et ils se sont tous assis autour du Maître qu'ils ont fait asseoir sur une sorte de fauteuil tout en bois sculpté couvert d'un tapis de haute lice. Le meuble le plus luxueux de la maison.

Zachée parle d'un domaine acheté avec l'argent recueilli entre eux : "Nous devions pourtant faire quelque chose ! L'oisiveté n'est pas un bon remède pour ne pas pécher. C'est un terrain encore peu fertile car il avait été négligé, comme nous, et comme nous plein de ronces, de pierres, de places arides et d'herbes nuisibles, Nike nous a prêté ses serviteurs paysans pour nous apprendre comment faire pour dégager les puits négligés, pour nettoyer les champs, et tailler le peu d'arbres qu'il y avait et en planter des jeunes. Nous savions tant de choses... mais pas les saints travaux de l'homme. Mais dans ce travail, si nouveau pour nous, nous trouvons vraiment une vie nouvelle. 433> Rien ne rappelle le passé autour de nous. Seule la conscience les rappelle, mais c'est bien... Nous sommes des pécheurs... Viendras-tu le voir ?"

"Nous sortirons ensemble d'ici pour nous diriger vers le Jourdain, et je m'arrêterai en cet endroit. Tu me dis qu'il est justement sur le chemin qui va au fleuve..."

"Oui, Maître, mais c'est en mauvais état. La maison tombe en ruines, et elle est vide de meubles. Nous n'avions pas d'argent pour tout... après avoir, dans la mesure où on a pu le faire, réparé nos manquements au prochain. Ceux-ci, sauf Démétes, Valens et Lévi, trop âgés pour certaines privations et qui dorment ici, se contentent du foin, Seigneur."

"Bien des fois, je n'ai pas même cela. Je dormirai sur le foin, Moi aussi, Zachée. J'y ai dormi mes premiers sommeils et ils étaient doux car l'amour les veillait. Je puis y dormir aussi ce sommeil et il ne sera pas tourmenté car je le prendrai parmi des hommes chez qui est revenue la bonne volonté."

Et il regarde d'un regard qui est une caresse ces prémices des rachetés de tous pays. Et eux le regardent... Ce ne sont pas des hommes qui ont les larmes faciles. Qui sait même combien de pleurs ils ont fait verser. Leurs visages sont autant de livres sur lequel est écrit leur passé malheureux, et si maintenant leur nouvelle vie voile la brutalité de ces paroles, on peut cependant encore assez les déchiffrer pour permettre de voir de quels gouffres ils remontent vers la Lumière. Et pourtant leurs visages s'éclairent, s'illuminent, leurs regards prennent de l'assurance, une lueur d'espérance surnaturelle, de satisfaction morale y brille quand ils entendent le Maître leur dire qu'ils sont revenus à la bonne volonté.

 Zachée dit : "Alors tu approuves tout ce que j'ai fait ? Vois, Maître, j'avais dit ce jour-là : "Je te suivrai" et je voulais vraiment te suivre matériellement. Mais justement ce soir-là vint chez moi Démétes pour une de celles… pour un de ses infâmes marchés... et il avait besoin d'argent. Il venait de Jérusalem... parce qu'on la dit sainte, mais il n'y a pas de honte qu'on y trouve, et les premiers à vouloir cette honte ce sont des gens qui ensuite nous lapident comme si nous étions lépreux... Mais ce sont nos péchés que je dois dire et non les leurs. Je n'avais plus d'argent, je te l'avais donné, tout. Même celui qui était encore dans ma maison c'était comme s'il était déjà donné, car j'en avais déjà fait les parts que je devais rendre à ceux à qui je l'avais soutiré par l'usure. Je lui ai dit : 434> "Je n'ai pas d'argent, mais je possède ce qui vaut plus que tous les trésors". Et je lui ai raconté ma conversion, tes paroles, la paix qui était en moi... J'ai tant parlé que la lumière du jour nouveau est entrée pour blanchir les visages et rendre les lampes inutiles pendant que je parlais encore. Ce que j'ai dit exactement, je ne sais pas. Je sais que lui a donné un grand coup de poing sur la table à laquelle nous étions assis, et s'est écrié : "Mercure a perdu un de ses fidèles et les satyres un compagnon. Prends aussi cet argent : il n'y en avait pas assez pour le crime, mais assez pour donner du pain à un mendiant, et prends-moi avec toi. Je veux connaître un parfum après tant de puanteurs". Et il est resté.

 Nous sommes allés ensemble à Jérusalem, moi pour vendre des objets, lui pour se libérer de tout... engagement. Et en revenant j'ai dit... — j'avais prié au Temple, depuis si longtemps, avec le cœur pur et pacifié d'un enfant — je me suis dit à moi-même : "Est-ce que cela ce n'est pas suivre le Maître et peut-être le suivre mieux de rester à Jéricho où mes amis publicains, malheureux comme moi, tenanciers de tripots, ruffians, usuriers, surintendants de galériens et de forçats, d'esclaves, tortionnaires de toutes les misères, soldats sans loi ni pitié, noceurs pour oublier leurs remords dans l'ivresse, viennent me trouver pour employer leur argent maudit, ou me proposer des affaires, ou m'inviter à des banquets et autres souillures infâmes ? La ville me méprise. Les hébreux me tiennent toujours pour pécheur, mais eux, non. Eux sont comme moi. Eux sont immondes, mais peuvent avoir en eux quelque chose qui les pousse au bien et ils ne trouvent personne pour leur tendre une main secourable. Moi, je les ai aidés dans le mal. Peut-être ont-ils péché aussi à cause de mes conseils, de ce que je leur ai demandé parfois. J'ai le devoir de les aider pour venir au bien. De même que j'ai rendu à ceux à qui j'avais fait tort, de même que j'ai réparé pour mes concitoyens, de même je dois chercher à réparer avec eux". Et je suis resté ici. Ils sont venus, tantôt l'un, tantôt l'autre, de cette ville ou d'une autre, et je leur ai parlé. Ce ne sont pas tous qui ont été comme Démétes. Certains se sont enfuis après m'avoir méprisé, d'autres ont tergiversé, d'autres se sont arrêtés, mais après quelque temps sont retournés à leur enfer. Ceux-ci sont restés. Et désormais je sens que je dois te suivre ainsi, que nous devons te suivre ainsi, pour lutter avec nous-mêmes, pour supporter les mépris du monde qui ne sait pas nous pardonner. Il ne nous manque pas les larmes du cœur quand nous voyons que le monde ne pardonne pas, quand les souvenirs nous reviennent... et ils sont si nombreux et si pénibles... Chez certains, ils sont..."

435> "L'horrible Némésis [1] qui nous reproche nos crimes et qui nous promet la vengeance outre tombe" dit l'un d'eux.

"Ce sont les lamentations de ceux qui étaient épuisés et que j'ai frappés pour les faire travailler."

"Ce sont les malédictions de ceux que j'ai rendus esclaves après avoir pris par l'usure tout leur avoir."

"Ce sont les supplications des veuves et des orphelins qui ne pouvaient pas payer et auxquels j'ai confisqué, au nom de la loi, leurs dernières ressources."

"Ce sont les férocités accomplies dans les pays conquis sur des gens désarmés, terrorisés par la défaite."

"Ce sont les larmes de ma mère, de ma femme, de ma fille, mortes de privations, alors que je gaspillais tout en festins."

 "Ce sont... Oh ! pour moi, c'est le crime sans nom ! Seigneur, moi je n'ai pas de sang sur les mains, je n'ai pas dérobé d'argent, je n'ai pas imposé de gabelles exagérées, d'intérêts usuraires, je n'ai pas frappé les vaincus, mais j'ai exploité toutes les misères, je me suis enrichi sur les filles innocentes des vaincus, sur des orphelines, sur des femmes vendues pour un pain comme de la marchandise. J'ai fait le tour du monde pour saisir ces occasions, derrière les armées, là où il y avait la disette, là où le débordement d'un fleuve avait enlevé toute nourriture, là où une épidémie avait laissé des jeunes vies sans protection, et j'en ai fait une marchandise, une infâme et pourtant innocente marchandise. Infâme pour moi qui en tirais de l'argent, innocente car elle n'en connaissait pas encore l'horreur. Seigneur, j'ai sur les mains la virginité de fillettes déshonorées, et l'honneur de jeunes épouses prises dans les villes conquises. Mes magasins... et mes lupanars étaient célèbres, Seigneur. Ne me maudis pas, maintenant que tu sais !..."

Les apôtres se sont involontairement écartés du dernier qui a parlé. Jésus se lève et s'approche de lui. Il lui met la main sur l'épaule et lui dit : "C'est vrai ! Ton crime est grand. Tu as beaucoup à réparer. Mais Moi, la Miséricorde, je te dis que même si tu étais le démon en personne et si tu avais sur toi tous les crimes de la Terre, si tu le veux, tu peux tout réparer et être pardonné par Dieu, par le Dieu vrai, grand et paternel. Si tu veux. Unis ta volonté à la mienne. Moi aussi, je veux que tu sois pardonné. Unis-toi à Moi. Donne-moi ton pauvre esprit déshonoré, ruiné, couvert de cicatrices et avili, depuis que tu as quitté le péché. Je le mettrai dans mon Cœur, là où je mets les plus grands pécheurs, et je l'emmènerai avec Moi dans le Sacrifice rédempteur. 436> Le sang le plus saint, celui de mon Cœur, le dernier sang de Celui qui sera consumé pour les hommes, se répandra sur les plus grandes ruines et les régénérera. Pour le moment, aie l'espérance, une espérance plus grande que ton crime immense, dans la miséricorde de Dieu, car elle est sans bornes, Ô homme, pour qui sait se confier à elle."

L'homme voudrait bien prendre et baiser cette main posée sur son épaule, si pâle et si décharnée sur son vêtement brun, et sur son épaule robuste, mais il n'ose pas. Jésus comprend et il lui présente la main en disant : "Baise sa paume, homme. Je retrouverai ce baiser pour guérir une de mes tortures. Main baisée, main blessée. Baisée par amour, blessée par l'amour. Oh ! si tous savaient embrasser la grande Victime, et qu'Elle mourût dans son vêtement de plaies en sachant que dans chacune se trouvent les baisers, les affections de tous les hommes rachetés !" et il tient la paume de sa main appuyée sur les lèvres rasées de l'homme dont, à cause de tout son ensemble, je dirais qu'il est romain. Il l'y tient jusqu'à ce que l'homme s'en détache comme rassasié, après avoir éteint la brûlure de ses remords en buvant la Miséricorde du Seigneur dans le creux de la main divine.

 Jésus revient à sa place et, en passant, pose sa main sur la chevelure bouclée d'un tout jeune homme. Je lui donnerais à peine vingt ans, si encore il n'est pas plus jeune. Lui n'a jamais parlé. Il est certainement de race hébraïque. Jésus l'interroge : "Et toi, mon fils, tu ne dis rien à ton Sauveur ?"

Le jeune homme lève la tête et le regarde... Ce regard est tout un discours. C'est une histoire de douleur, de haine, de repentir, d'amour.

Jésus, un peu penché sur lui, les yeux dans les yeux du jeune, y lit quelque histoire muette et il dit : "C'est pour cela que je t'ai appelé "fils". Tu n'es plus seul. Pardonne à tous ceux de ton sang et aux étrangers, comme Dieu te pardonne. Et aime l'Amour qui t'a sauvé. Viens un moment avec Moi, je veux te dire un mot en particulier."

Le jeune homme se lève et le suit. Quand ils sont seuls, Jésus lui dit : "Je veux te dire ceci, fils. Le Seigneur t'a beaucoup aimé bien que cela n'apparaisse pas à un jugement superficiel. La vie t'a beaucoup éprouvé. Les hommes t'ont grandement nui. L'une et les autres pouvaient faire de toi une ruine irréparable. Derrière eux il y avait Satan qui était envieux de ton âme, mais sur toi il y avait l'œil de Dieu et cet œil béni a arrêté tes ennemis. 437> Son amour a envoyé Zachée sur ton sentier, et avec Zachée, Moi qui te parle. Maintenant Moi qui te parle, je te dis que tu dois trouver dans cet amour tout ce que tu n'as pas eu, tu dois oublier tout ce qui t'a aigri, et pardonner, pardonner à ta mère, pardonner à ton maître infâme, te pardonner à toi-même. N'aie pas pour toi une mauvaise haine, fils. Aie de la haine pour le temps où tu as péché, mais pas pour ton esprit qui a su quitter ce péché. Que ta pensée soit pour ton esprit une bonne amie et qu'ensemble ils atteignent la perfection."

"Parfait, moi !"

"Tu as entendu ce que j'ai dit à cet homme ? Et pourtant lui a été au fond de l'abîme !... Et merci, fils !"

"De quoi, mon Seigneur ? C'est moi qui dois te dire merci..."

"De n'avoir pas voulu aller chez ceux qui achètent des hommes pour me trahir."

"Oh ! Seigneur, et pouvais-je le faire sachant que tu ne nous méprises pas, même nous les voleurs ? J'étais moi aussi parmi ceux qui t'ont apporté l'agneau au Carit. L'un de nous a été pris par les romains — c'est du moins ce que l'on dit; ce qui est certain, c'est que bien avant des Tabernacles on ne l'a plus vu dans les refuges de voleurs — cet homme-là m'a dit tes paroles dans une vallée près de Modin... Car moi alors je n'étais pas encore avec les voleurs. J'y suis allé à la fin du dernier Adar et je les ai quittés au commencement d'Etanim. Mais je n'ai rien fait qui mérite ton merci. Tu étais bon. J'ai voulu être bon. Et avertir un de tes amis... puis-je l'appeler ainsi Zachée ?"

"Oui, tu peux. Tous ceux qui m'aiment sont mes amis. Toi aussi, tu l'es."

"Oh !... j'ai voulu avertir pour que tu fasses attention à Toi. Mais un avertissement ne mérite pas un merci..."

"Je te le répète : c'est parce que tu ne t'es pas vendu contre Moi que je te remercie. C'est cela qui a de la valeur."

"Et l'avertissement, non ?"

"Mon fils, rien ne pourra empêcher la Haine de m'assaillir. As-tu jamais vu un torrent qui déborde ?"

"Oui, j'étais près de Jabès Galaad et j'ai vu la ruine produite par le fleuve sorti de son lit avant d'arriver au Jourdain."

"Et est-ce que quelque chose a pu arrêter les eaux ?"

"Non, elles ont tout couvert et ruiné, elles ont renversé jusqu'à des maisons."

438> "Ainsi en est-il de la Haine. Mais elle ne me renversera pas. J'en serai submergé, mais non détruit. Et à l'heure très amère, l'amour de celui qui n'a pas voulu haïr l'Innocent sera mon réconfort, ma lumière dans les ténèbres de cette heure de Ténèbres, ma douceur dans le calice de vin mélangé de fiel et de myrrhe."

"Toi ?... Tu parles de Toi comme si... C'est pour les voleurs ce calice, pour celui qui va à la mort de la croix. Mais, tu n'es pas un voleur ! Tu n'es pas coupable ! Tu es..."

"Le Rédempteur. Donne-moi un baiser, fils."

II lui prend la tête dans ses mains et dépose un baiser sur son front et puis il se penche pour recevoir le baiser du jeune homme. C'est un baiser timide qui effleure tout juste la joue décharnée... Et puis le jeune tombe en pleurant sur la poitrine de Jésus.

"Ne pleure pas, mon fils ! Je suis sacrifié par l'amour. Et c'est toujours un doux sacrifice, même si c'est un tourment pour la nature humaine."

Il le tient dans ses bras jusqu'à ce qu'il ait fini de pleurer, et puis il revient en le tenant près de Lui, par la main, à la place qu'avait Pierre auparavant.

Il recommence à parler : "Pendant que nous prenions notre nourriture, l'un d'entre vous, qui n'est pas d'Israël, a dit qu'il voulait demander une explication. Qu'il le fasse maintenant parce que bientôt nous devrons retourner parmi les gens et ensuite nous quitter."

"C'est moi qui ai dit cela. Mais plusieurs désirent le savoir. Zachée ne sait pas bien l'expliquer ni non plus d'autres d'entre nous qui sont de ta religion. Nous l'avons demandé à tes disciples quand ils sont passés par ici, mais ils ne nous l'ont pas dit avec clarté."

"Que veux-tu donc savoir ?"

"Nous ne savions même pas que nous avions une âme. C'est-à-dire... nous au moins aurions dû le savoir car nos anciens... Mais nous ne lisions plus les anciens. Nous étions des bêtes... Et nous ne savions plus ce qu'est cette âme. Maintenant même nous ne le savons pas. Qu'est-ce que l'âme ? La raison peut-être ? Nous ne le croyons pas, parce que, dans ce cas, nous aurions été sans elle et nous avons entendu dire que sans l'âme il n'y a pas de vie. Qu'est donc l'âme que l'on nous dit incorporelle, que l'on nous dit immortelle, si ce n'est pas la raison ? La pensée est incorporelle, mais elle n'est pas immortelle car elle cesse avec notre vie. Même l'homme le plus sage ne pense plus après la mort."

439>  "L'âme n'est pas la pensée, homme. L'âme, c'est l'esprit, le principe immatériel de la vie, le principe impalpable, mais vrai, qui anime tout l'homme et dure après l'homme. C'est pour cela qu'elle est dite immortelle. C'est une chose tellement sublime que la pensée, même la plus puissante, n'est rien en comparaison. La pensée a une fin, mais l'âme, bien qu'elle ait un commencement n'a pas de fin. Bienheureuse ou damnée, elle continue d'exister. Bienheureux ceux qui savent la garder pure ou la rendre pure après l'avoir rendue impure, pour la rendre à son Créateur comme Lui l'a donnée à l'homme pour animer son humanité."

"Mais est-elle en nous, ou au-dessus de nous, comme l'œil de Dieu ?"

"En nous."

"Prisonnière jusqu'à la mort, alors ? Esclave ?"

"Non. Reine. Dans la pensée éternelle, l'âme, l'esprit, est la chose qui règne dans l'homme, dans l'animal créé que l'on appelle : homme. Elle est venue du Roi et Père de tous les rois et pères, son souffle et son image, son don et son droit, et elle a pour mission de faire de la créature appelée homme, un roi du grand royaume éternel, de faire de la créature appelée homme un dieu au-delà de la vie, un "vivant" dans la Demeure du très sublime, unique Dieu, elle a été créée reine, et avec l'autorité et le destin d'une reine. Ses servantes ce sont toutes les vertus et facultés de l'homme, son ministre la bonne volonté de l'homme, son serviteur la pensée, servante et élève la pensée de l'homme. C'est par l'esprit que la pensée acquiert puissance et vérité, acquiert justice et sagesse, et peut s'élever à une perfection royale. Une pensée privée de la lumière de l'esprit aura toujours des lacunes et des ténèbres, et ne pourra jamais comprendre les vérités. En effet pour celui qui est séparé de Dieu pour avoir perdu la royauté de l'âme, ces vérités sont plus incompréhensibles que des mystères. La pensée de l'homme sera aveugle, elle sera hébétée, s'il lui manque le point d'appui du levier indispensable pour comprendre, pour s'élever en quittant la Terre et en s'élançant vers les hauteurs, à la rencontre de l'Intelligence, de la Puissance, de la Divinité en un mot. C'est à toi que je parle ainsi, Démétes, parce que tu n'as pas toujours été seulement un changeur, et tu peux comprendre, et expliquer aux autres."

"Tu es vraiment un voyant, Maître. Non, je n'ai pas été seulement un changeur... Cela a même été le dernier degré de ma descente... Dis-moi, Maître. Mais si l'âme est reine, pourquoi alors ne règne-t-elle pas et ne dompte-t-elle pas la pensée mauvaise et la chair mauvaise de l'homme"

440> "Dompter ne serait ni liberté ni mérite, ce serait oppression."

"Mais la pensée et la chair accablent souvent l'âme, je parle de moi, de nous, et la rendent trop souvent esclave. C'est pour cela que je disais qu'elle était en nous esclave. Comment Dieu peut-il permettre qu'une chose si sublime — tu l'as définie "souffle de Dieu et son image" — soit avilie par ce qui est inférieur ?"

"La Pensée divine était que l'âme ne connût pas l'esclavage. Mais oublies-tu l'ennemi de Dieu et de l'homme ? Les esprits inférieurs vous sont connus à vous aussi."

"Oui, et tous avec des désirs cruels. Pour mon compte, je puis dire en me rappelant l'enfant que j'étais, que c'est seulement à ces esprits infernaux que je puis attribuer l'homme que je suis devenu et que j'ai été jusqu'au seuil de la vieillesse. Maintenant je retrouve l'enfant égaré d'alors. Mais pourrai-je me rendre assez enfant pour revenir à la pureté d'alors ? La marche à rebours est-elle peut-être permise ?"

"Pas besoin de revenir en arrière. Tu ne pourrais le faire. Le temps écoulé ne revient plus. On ne peut le faire revenir et on ne peut y revenir. Mais ce n'est pas nécessaire.

 Certains d'entre vous sont de lieux où on connaît la théorie de l'école pythagoricienne. C'est une théorie erronée. Les âmes, une fois passé leur séjour sur la Terre, ne reviennent plus jamais sur la Terre dans aucun corps. Pas dans un animal, car il ne convient pas qu'une chose aussi surnaturelle qu'elle est, habite dans une brute. Pas dans un homme, car comment le corps serait-il récompensé une fois réuni à l'âme au jugement dernier si cette âme avait été revêtue de plusieurs corps ? On dit chez ceux qui croient à cette théorie que c'est le dernier corps qui a la jouissance, parce qu'au cours des purifications successives, pendant les vies successives, c'est seulement dans la dernière réincarnation que l'âme atteint une perfection qui mérite une récompense. C'est une erreur et une offense ! Une erreur et une offense envers Dieu puisque c'est admettre que Lui n'a pu créer qu'un nombre limité d'âmes. Erreur et offense envers l'homme en le jugeant si corrompu qu'il mérite difficilement une récompense. Il ne sera pas tout de suite récompensé, il devra subir une purification après la vie quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, mais la purification prépare à la joie. Aussi celui qui se purifie est déjà quelqu'un de sauvé. Et une fois sauvé, il jouira avec son corps après le dernier Jour. Il ne pourra avoir qu'un corps seul pour son âme, qu'une seule vie ici-bas, et c'est avec le corps que lui ont fait ceux qui l'ont procréé, et avec l'âme que le Créateur lui a créée pour vivifier sa chair, qu'il jouira de la récompense.

441> La réincarnation n'est pas accordée, comme il n'est pas donné de faire marche arrière dans le temps. Mais se recréer par un mouvement d'une libre volonté, oui, c'est accordé, et Dieu bénit cette volonté et l'aide. Vous tous l'avez eue. Voilà alors que l'homme pécheur, vicieux, souillé, criminel, voleur, corrompu, corrupteur, homicide, sacrilège, adultère, sous le bain du repentir, renaît spirituellement, détruit la substance corrompue du vieil homme, disperse le moi mental encore plus corrompu, comme si la volonté de se racheter était un acide qui attaque et détruit l'enveloppe malsaine où se cache un trésor, et met à nu le propre esprit purifié, redevenu sain, revêtu d'une nouvelle pensée, d'un nouveau vêtement pur, bon, enfantin. Oh ! un vêtement qui peut s'approcher de Dieu, qui peut couvrir dignement l'âme recréée, et la garder et l'aider jusqu'à sa supercréation qui est la sainteté achevée qui demain — dans un demain peut-être lointain, si on le voit avec l'esprit et la mesure du temps humain, très proche si on le contemple par la pensée de l'éternité — sera glorieuse dans le Royaume de Dieu.

Et tous peuvent, en le voulant, recréer en eux-mêmes le pur enfant des jours de l'enfance, l'enfant affectueux, humble, franc, bon, que sa mère serrait sur son sein, que son père regardait avec fierté, que l'ange de Dieu aimait et que Dieu contemplait avec amour. Vos mères ! Elles étaient peut-être des femmes de grande vertu... Dieu ne laissera pas leur vertu sans récompense. Faites donc en sorte d'en avoir une pareille pour vous réunir à elles, quand il y aura pour tous les vertueux une seule chose : le Royaume de Dieu pour les bons. Peut-être elles n'étaient pas bonnes, et ont contribué à votre ruine. Mais si elles ne vous ont pas aimés, si vous ne connaissez pas l'amour, si cette absence d'amour vous a rendus mauvais, maintenant qu'un Amour divin vous a recueillis, soyez saints, pour pouvoir dans une joie céleste jouir de l'Amour qui surpasse tout amour.

Avez-vous autre chose à demander ?"

"Non, Seigneur. Nous avons tout à apprendre, mais pour le moment nous ne voyons pas autre chose..."

"Je vais vous laisser Jean et André pour quelques jours. Ensuite je vous enverrai des disciples bons et sages. Je veux que les poulains sauvages connaissent les voies du Seigneur et ses pâturages, comme ceux d'Israël, car je suis venu pour tous et je les aime tous de la même manière. Levez-vous et allons."

442> Et il sort le premier dans le jardin défriché, suivi de près par les siens qui se plaignent doucement; "Maître, tu leur as parlé comme peu souvent tu parles à ceux que tu as choisis..."

"Et vous vous en plaignez ? Ne savez-vous pas que c'est ainsi que l'on fait aussi dans le monde quand on veut conquérir quelqu'un que l'on aime ? Mais avec ceux dont nous savons qu'ils nous aiment de tout eux-mêmes, et sont désormais de notre famille, il n'est pas besoin de l'art de la conquête. Il suffit de se voir pour être les uns dans les autres, dans la joie et la paix" dit Jésus avec un sourire divin, vraiment divin tant il communique de joie. Et les apôtres ne se plaignent plus, et même ils le regardent bienheureux en se perdant dans l'allégresse de l'amour mutuel.

 



[1] Déesse de la Vengeance dans la mythologie grecque.