"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

© Centro Editoriale Valtortiano



aucun accent

Se repérer

Consulter la Bible en ligne

Aller sur le forum

Qui sommes-nous

 1.74. - All'albergo di Betlem sulle macerie della casa di Anna.

 1.74. - Jesus Goes to the Hotel in Bethlehem and Preaches from the Ruins of Anne's House.


lundi 7 juin 27 (14 Siwan)
Bethléem de Judée



Le massacre des innocents - Guido Reni (1575-1642) - Pinacothèque de Bologne

 


Vers l'index des thématiques

 L'appât du gain

 Les mages de la Nativité

 Le massacre des innocents


- Le réveil près du petit ruisseau 183

- Jésus accepte le plan de Judas 184

- Judas s'informe d'Anne 185

- L'aubergiste raconte le passage de la sainte famille 187

- Il leur montre les ruines causées par Hérode 187

- Sur les ruines de la maison d'Anne 188

- Jésus se prépare à parler 188

- Discours (Rachel et les mères éprouvées) 189

- Tu es le Messie ? Va-t-en ! 190

- Judas devient la cible de la foule 191

- Il est secouru par des soldats romains 191

- Il rejoint les siens et essuie ses blessures 192

- En route vers Hébron 192

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 2

 

2.38.
Jésus à l’auberge de Bethléem et prédication sur les ruines de la maison d’Anne


183> Les premières heures d'un lumineux matin d'été. Le ciel se colore de rose sur quelques petits nuages qui semblent des effilochures de gaze tombées sur un tapis de satin couleur de turquoise. Il se fait tout un concert d'oiseaux déjà ivres de lumière... Passereaux, merles, rouges-gorges babillent, gazouillent, se bagarrent pour une tige, une chenille, une brindille à porter à leurs nids, pour se remplir le bec, ou pour prendre comme perchoirs. Des hirondelles piquent du ciel dans le petit ruisseau pour laver leurs plastrons de neige teints au sommet de rouille, et une fois rafraîchies, après avoir piqué un moucheron encore endormi sur une tige, s'envolent vers les hauteurs avec leurs ailes qui frappent l'air comme des lames d'acier bruni, en gazouillant gaiement.

Deux bergeronnettes vêtues de soie cendrée se promènent gracieusement comme deux demoiselles le long de la rive du ruisseau. Elles relèvent leur longue queue ornée de velours noir, se mirent, se trouvent belles et reprennent leur promenade, raillées par un merle, qui leur siffle par derrière, avec son long bec jaune, vrai gamin du bois. 184> Dans un pommier sauvage à l'abondante frondaison, près des ruines, un rossignol appelle avec insistance, son compagnon, et ne se tait que lorsqu'il le voit arriver avec une longue chenille qui se tord sous l'étreinte du bec très fin. Deux bisets, probablement échappés de colombiers de la ville et qu'ont élu domicile dans les crevasses d'une tour en ruines, s'abandonnent à leurs effusions, lui séducteur, elle roucoulant pudiquement.

Jésus, les bras croisés, regarde toutes ces joyeuses petites bestioles et sourit.

"Déjà prêt, Maître ?" lui demande par derrière Simon.

"Déjà prêt. Les autres dorment-ils encore ?"

"Encore."

"Ils sont jeunes... Je me suis lavé à ce ruisseau... Une eau fraîche qui éclaircit les idées..."

"Maintenant, j'y vais."

Pendant que Simon vêtu seulement d'une courte tunique se lave et puis s'habille, Judas et Jean se lèvent.

"Dieu te garde, Maître. Nous sommes en retard ?"

"Non, c'est tout juste le matin, mais maintenant, faites vite et partons."

Les deux se lavent et puis revêtent leur tunique et leur manteau. Jésus, avant de se mettre en route, cueille des fleurettes qui ont poussées dans les fentes de deux rochers et les met dans une petite boîte de bois où se trouvent déjà d'autres choses que je ne distingue pas bien. Il explique : "Je les porterai à la Mère. Elles lui seront chères... Partons."

"Où, Maître ?"

"À Bethléem."

"Encore ? Il me semble que l'air n'en est pas bon pour nous..."

"N'importe. Allons. Je vous ferai voir où descendirent les Mages et où j'étais."

"Alors, excuse-moi, Maître, mais permets-moi de parler. Nous allons faire une chose. À Bethléem et à l'auberge, permets-moi de parler et de poser des questions. Pour vous, Galiléens, on ne vous aime pas beaucoup, en Judée et ici moins qu'ailleurs. Alors faisons ainsi : Toi et Jean on vous devine Galiléens rien qu'au vêtement. Trop simple. Et puis... ces cheveux ! Pourquoi vous obstinez-vous à les porter si longs ? Moi et Simon, nous vous donnons notre manteau et vous nous donnez le vôtre : toi, Simon à Jean et moi au Maître. 185> Voilà : comme ça. Tu vois ? Vous paraîtrez tout de suite un peu plus juifs. Maintenant, ceci." Et il enlève sa coiffure : un turban à rayures jaunes, marron, rouges, vertes, comme le manteau, maintenu en place par un cordonnet jaune. Il le met sur la tête de Jésus et l'arrange le long des joues pour cacher les longs cheveux blonds. Jean prend la coiffure vert très foncé de Simon. "Oh ! maintenant, ça va mieux ! Moi, j'ai le sens pratique."

"Oui, Judas, tu as le sens pratique, c'est vrai. Prends garde, cependant, qu'il ne surpasse pas l'autre sens."

"Quel sens, Maître ?"

"Le sens spirituel."

"Oh ! non, mais, en certains cas, il faut savoir agir en politiques plus encore qu'en ambassadeurs. Et attention... sois indulgent aussi... c'est pour ton bien... Ne me contredis pas si je dis de choses... des choses... oui, voilà pas vraies."

"Que veux-tu dire ? Pourquoi mentir ? Je suis la Vérité, et je ne veux le mensonge ni en Moi, ni autour de Moi."

"Oh ! Je ne dirai que des demi mensonges. Je dirai que nous sommes tous de retour de pays lointains, d'Égypte par exemple, et que nous voulons avoir des nouvelles d'amis qui nous son chers. Nous dirons que nous sommes des Juifs, de retour d'exil... Au fond, en tout cela, il y a un peu de vrai... et puis, j'en raconte... de plus ou moins fausses."

"Mais ! Judas, pourquoi tromper ?"

"Laisse passer, Maître. Le monde se gouverne à coups de tromperies. Elles sont parfois nécessaires. Bien, pour te faire plaisir je dirai seulement que nous venons de loin et que nous somme Juifs. C'est vrai aux trois-quarts. Et toi, Jean, ne parle pas. Tu nous trahirais."

"Je resterai muet."

"Puis, si les choses tournent bien... alors, nous dirons le reste Mais j'ai peu d'espoir... Je suis rusé et je saisis les choses au vol."

"Je le vois, Judas. Mais je préférerais que tu sois simple."

"C'est peu utile. Dans ton groupe, je serai celui des missions difficiles. Laisse-moi faire."

Jésus est peu enthousiaste, mais il cède.

Ils s'en vont, tournent autour des ruines, puis longent un mur sans fenêtres derrière lequel on entend braire, mugir, hennir, bêler et les chameaux ou dromadaires aux énormes cris fantaisistes. 186> Le mur fait un angle. Ils tournent. Les voilà sur la place de Bethléem. Le bassin de la fontaine est toujours au centre de la place qu'on aperçoit avec toujours sa forme de guingois, différent et pourtant du coté opposé à l'auberge. Là, où était la petite maison - je la vois encore quand j'y pense toute d'argent pur sous le rayonnement de l’étoile - là, un grande espace libre, couvert de débris. Seul le petit escalier est encore debout avec son petit balcon. Jésus regarde et soupire.

La place est pleine de gens autour des marchands de victuailles, d'ustensiles, d'étoffes, etc. Ils ont disposés sur des nattes ou mis dans des paniers leurs marchandises, à même sur le sol, et sont pour la plupart accroupis au centre de leurs... magasins, d'autres debout, criant et gesticulant, aux prises avec quelque acheteur qui discute.

"C'est jour de marché." dit Simon.

La porte, ou plutôt, la porte cochère de l'auberge est grande ouverte, et il en sort une file d'ânes chargés de marchandises.

Judas entre le premier. Il regarde tout autour. Il appelle, hautain, un petit garçon d'écurie, sale et en bras de chemise, c'est à dire avec un seul vêtement de dessous sans manches et qui lui arrive aux genoux. "Garçon !  crie-t-il. Le patron, tout de suite. Dépêche-toi, car je n'ai pas l'habitude d'attendre."

Le garçon y court en tirant par derrière un balai de branchages, "Mais, Judas ! Quelles façons !"

"Silence, Maître. Laisse-moi faire, Il faut qu'ils nous croient très riches, et de la ville."

Le patron accourt, se cassant l'échine en inclinations devant Judas, imposant avec le manteau rouge foncé de Jésus, sur son riche vêtement jaune d'or avec sa large ceinture et ses franges.

"Nous venons de loin, homme. Juifs de la communauté asiatique. Celui-ci persécuté, bethléemite d'origine, recherche des amis d'ici qui lui sont chers. Et nous avec Lui. Arrivons de Jérusalem où nous avons adoré le Très-Haut dans sa Maison. Peux-tu nous renseigner ?"

"Seigneur ... ton serviteur ... tout à toi. Commande."

"Nous voulons avoir des renseignements sur plusieurs... et spécialement sur Anne, la femme qui avait sa maison en face de ton auberge."

"Oh ! malheureuse ! Anne vous ne la trouverez plus que dans le sein d'Abraham et ses fils avec elle."

187> "Morte ? Pourquoi ?"

"Vous n'êtes pas au courant du massacre d'Hérode ? Tout le monde en a parlé et César le traita de "porc altéré de sang" [1]. Oh ! qu'ai-je dit ? Ne me dénonce pas. Es-tu un vrai juif ?"

"Voilà l'insigne de ma tribu. Alors, parle."

"Anne a été tuée par les soldats d'Hérode avec tous ses enfants, sauf une fille."

"Mais pourquoi ? Elle était si bonne !"

"Tu la connaissais ?"

"Très bien." Judas ment impudemment.

"Elle fut tuée pour avoir donné l'hospitalité à ceux qu'on disait père et Mère du Messie... Viens ici... dans cette pièce... les murs ont des oreilles, et parler de certaines choses... c'est dangereux."

Ils entrent dans une petite pièce obscure et basse. Ils s'assoient sur un divan très bas.

"Voici... j'ai eu le nez creux. Je ne suis pas aubergiste pour rien ! Je suis né ici, fils et petit fils d'aubergistes. J'ai la malice dans le sang, et je n'ai pas voulu d'eux. Peut-être je leur aurais trouvé un coin. Mais... galiléens... pauvres... inconnus... eh ! non, Ézéchias ne s'y laisse pas prendre ! Et puis... je sentais... je sentais qu'ils n'étaient pas comme les autres... cette femme... des yeux... un je ne sais quoi... non, non, elle devait avoir en elle le démon qui lui parlait. Et elle nous l'a apporté ici, à moi non, mais à la ville. Anne était plus innocente qu'une brebis et elle les a logés quelques jours après et avec le Bébé. On disait que c'était le Messie... Oh ! que d'argent j'ai fait en ces jours ! Bien autrement qu'au recensement ! Il venait des gens, même qui n'avaient pas besoin de venir pour le recensement. Il en venait même de la mer, même de l'Égypte, pour voir... et cela pendant des mois ! Quels gains j'ai réalisés !... Pour finir, il est venu trois rois, trois hommes puissants, trois mages... que sais-je ? Un cortège qui n'en finissait plus ! Ils m'ont pris toutes les écuries et ont payé en or autant de foin qu'il en eut fallu pour un mois, et puis ils sont partis, laissant tout ici, le jour suivant. Et quels cadeaux aux garçons, aux femmes de service ! Et à moi ! Oh ! ...Pour moi, du Messie, qu'il fût vrai ou faux, je ne puis dire que du bien. Il m'a fait gagner de l'argent à pleins sacs. Je n'ai pas essuyé d'ennuis graves. Pas de morts, non plus, car je venais tout juste de prendre femme. Alors... Mais les autres !"

"Nous voudrions voir les lieux du carnage."

188> "Les lieux ? Mais ce furent toutes les maisons. C'est par milliers que l'on compta les morts à Bethléem. Venez avec moi."

Ils prennent un escalier, montant sur une terrasse. D'en haut, on voit une grande étendue de campagne et Bethléem toute entière qui s'étend en éventail sur ses collines."

"Vous voyez où sont les ruines ? Ici, aussi furent brûlées des maisons parce que les pères défendirent leurs enfants les armes à la main. Vous voyez là cet espèce de puits couvert de lierre ? C'est ce qui reste de la synagogue. On la brûla avec le chef de la synagogue qui avait affirmé que c'était le Messie. Elle fut brûlée par des survivants, fous de rage à cause du meurtre de leurs enfants. Nous en avons eu des ennuis, depuis... Et ici, et là et là... Vous voyez ces tombeaux ? Ce sont des victimes... On dirait des brebis, couchées dans la verdure, à perte de vue. Tous innocents avec leurs pères et leurs mères... Vous voyez ce bassin ? Son eau était rougie de sang lorsque les sicaires y eurent lavé leurs armes et leurs mains. Et ce ruisseau, ici derrière, l'avez-vous vu ? ... Il était rougi par le sang qui lui était venu des égouts... Et ici, voyez, ici, en face. C'est tout ce qui reste de Anne."

Jésus pleure.

"Tu la connaissais bien ?"

Judas répond : "C'était comme une sœur pour sa Mère ! Pas vrai, ami ?"

Jésus répond seulement : "Oui."

"Je comprends" fait l'aubergiste, et il reste pensif. Jésus se penche pour parler doucement à Judas.

"Mon ami voudrait aller sur ces ruines" dit Judas. 

"Eh ! qu'il y aille ! Elles sont à tout le monde !"

Ils descendent, saluent, s'en vont. L'aubergiste reste déçu. Peut-être il espérait un pourboire.

Ils traversent la place et montent le petit escalier, le seul qui est resté.

"C'est d'ici, dit Jésus, que ma Mère me fit saluer les Mages et que nous sommes descendus pour gagner l'Égypte."

Des gens regardent les quatre parmi les ruines. Quelqu'un demande : "Parents de la morte ?"

"Amis".

Une femme crie : "Ne faites pas de mal, vous du moins, à la morte, comme ses autres amis, alors qu'elle était vivante et qui s'échappèrent ensuite sains et saufs."

189> Jésus est debout sur la plate forme contre le muret qui la limite dominant donc la place de deux mètres à peu près, avec le vide en arrière. C'est un vide lumineux, qui le nimbe tout entier, rendant encore plus blanc son vêtement de lin très blanc qui seul le couvre, maintenant que son manteau s'est envolé de sur ses épaules faisant à ses pieds une sorte de piédestal multicolore. En arrière, encore, le fond de verdure et de broussailles de ce qui était le jardin et le domaine d'Anne, maintenant désolés et couverts de ruines.

Jésus étend les bras. Judas qui voit le geste dit : "Ne parle pas Ce n'est pas prudent !"

Mais Jésus remplit la place de sa voix puissante : "Hommes de Juda ! Hommes de Bethléem, écoutez ! Écoutez, ô vous, femmes de la terre qui fut sacrée pour Rachel ! Écoutez un descendant de David, qui a souffert, persécuté. Rendu digne de vous adresser la parole, il vous parle pour vous donner lumière et réconfort. Écoutez."

Les gens cessent de crier, de se disputer, de faire des achats et s'attroupent.

"C'est un rabbi !"

"Il vient sûrement de Jérusalem."

"Qui est-ce ?"

"Quel bel homme !"

"Quelle voix !"

"Quelles façons !"

"Eh ! s'il est de la race de David !"

"De la nôtre, alors !"

"Écoutons, écoutons !" Toute la foule s'est groupée autour de l'escalier qui paraît une tribune.

"Il est dit dans la Genèse : "Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme... Elle t'écrasera la tête et tu essaieras de lui blesse le talon" [2]. Il est encore dit : "Je multiplierai tes souffrances et tes grossesses... et la terre produira des ronces et des épines". C'est la condamnation de l'homme, de la femme et du serpent.

Venu de loin pour vénérer la tombe de Rachel, j'ai entendu dans la brise du soir, dans la rosée de la nuit, dans la plainte matinale du rossignol, l'écho du sanglot de Rachel [3] l'ancienne, répété de bouche en bouche par les mères de Bethléem dans le secret des tombeaux ou dans le secret des cœurs. 190> J'ai entendu le rugissement de douleur de Jacob dans les veufs, qui n'ont plus d'épouses car la douleur les a tuées... Je pleure avec vous. Mais écoutez, frères de la même terre. Bethléem, terre bénie, la plus petite des cités de Juda, mais là plus grande aux yeux de Dieu et de l'humanité parce que berceau du Sauveur, comme le dit Michée [4], précisément parce que telle, parce que destinée à être le tabernacle sur lequel reposerait la gloire de Dieu, le Feu de Dieu, son Amour Incarné, a déchaîné la haine de Satan.

"Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme. Elle t'écrasera sous son pied et tu l'attaqueras à son talon". Quelle inimitié plus grande que celle qui s'en prend aux enfants, le cœur du cœur de la femme ? Et quel pied est plus puissant que celui de la Mère du Sauveur ? Voilà pourquoi fut bien naturelle la vengeance de Satan vaincu, ce n'est pas vers le talon de la Mère mais vers le cœur des mères qu'il dirigea son attaque.

Oh ! angoisses innombrables des mères de perdre les enfants après les avoir engendrés ! Oh ! tribulation effroyable d'avoir semé et sué pour ses enfants de rester père sans plus avoir de descendance. Mais, réjouis-toi, Bethléem ! Ton sang pur, le sang des innocents a ouvert un chemin de flamme et de pourpre au Messie..."

La foule, dont le murmure s'accroît toujours plus depuis que Jésus a nommé le Sauveur et sa Mère, marque maintenant plus clairement son agitation.

"Tais-toi, Maître, dit Judas, et partons."

Mais Jésus ne l'écoute pas. Il continue : "...au Messie que la Grâce du Père-Dieu a sauvé des tyrans afin de le conserver au peuple, pour le sauver et ..."

Une voix stridente de femme crie : "Cinq, cinq, que j'en avais enfantés, et plus personne dans ma maison ! Misérable que je suis !" et elle crie comme une hystérique.

C'est le commencement de la bagarre.

Une autre se roule dans la poussière, déchire ses vêtements, montre son sein mutilé et crie : "Là, là, sur cette mamelle ils ont égorgé mon premier né ! L'épée a tranché la tête en même temps que mon sein. Oh ! mon Élisée !"

"Et moi ? et moi ? Voici ma maison ! Trois tombeaux en un seul que veille le père. Le mari et les enfants, tous ensemble. Voilà, voilà !... Si c'est le Sauveur, qu'il me rende mes enfants, qu'il me rende mon époux, qu'il me sauve du désespoir, qu'il me sauve de Béelzéboul."

191> Ils crient tous : "Nos fils, nos maris, nos pères, rendez-nous-les si c'est Lui le Sauveur !"

Jésus remue les bras, imposant le silence. "Frères de ma terre je voudrais vous rendre vos enfants, en vie, oui, en vie, Mais, je vous le dis : soyez bons, résignés. Pardonnez, espérez, réjouissez-vous dans l'espérance, jubilez dans la certitude. vous ne tarderez pas de retrouver vos enfants, anges dans, le Ciel, car le Messie va ouvrir les portes du Ciel, et si vous êtes justes, la mort sera pour vous la Vie qui arrive et l'Amour qui revient..."

"Ah ! Tu es le Messie ? Au nom de Dieu, dis-le." Jésus abaisse les bras de son geste si doux, si affectueux qu'il semble vouloir embrasser et il dit : "Je le suis."

"Va-t-en, va-t-en, c'est par ta faute, alors !" Une pierre vole au milieu des sifflets et des huées. Judas a une belle attitude... oh ! s'il avait été toujours ainsi ! Il se met devant le Maître, debout sur le mur du balcon, le manteau déployé et il reçoit sans peur les coups de pierres, il en saigne même. Il crie à Jean et à Simon : "Emmenez Jésus, derrière ces arbres. J'arrive, Allez, au nom du Ciel !" et à la foule : "Chiens enragés ! Je suis du Temple et je vous dénoncerai au Temple et à Rome."

La foule prend peur, un instant, mais bientôt elle reprend la bataille à coups de pierres, heureusement mal dirigées. Et Judas imperturbable reçoit la grêle, répondant par des injures aux malédictions de la foule. Il attrape même au vol un caillou et l'envoi sur la tête d'un petit vieux qui crie comme une pie qu'on plumerait vivante. Et, comme ils essaient de donner l'assaut à son piédestal, il attrape vivement une branche sèche par terre, car il est descendu du muret, et la fait tournoyer sur les échines, les têtes les mains, sans pitié.

Des soldats accourent et sous la menace des lances, ils s'ouvrent un chemin. "Qui es-tu ? Pourquoi cette rixe ?"

"Un juif assailli par ces gens du peuple. Il y avait avec moi un rabbi, connu des prêtres. Il parlait à ces chiens; ils se sont déchaînés et nous ont assailli."

"Qui es-tu ?"

"Judas de Kériot, précédemment au Temple, maintenant disciple du Rabbi Jésus de Galilée. Ami du pharisien Simon, du sadducéen Giocana, du conseiller du Sanhédrin, Joseph d'Arimathie, et enfin, ce que tu peux vérifier, d'Éléazar ben Anna, le grand ami du proconsul".

192> "Je vérifierai. Où vas-tu ?"

"Avec mon ami, à Keriot, puis à Jérusalem."

"Va, nous te protégerons."

Judas passe au soldat des pièces de monnaie. Ce doit être une chose défendue, mais... habituelle, car le soldat l'empoche en vitesse, et respectueux salue et sourit. Judas saute en bas de son estrade et court par bonds à travers le champ inculte et rejoint ses compagnons.

"Tu es bien blessé ?"

"Ce n'est rien, Maître, et puis, c'est pour Toi... Je leur ai riposté, aussi. Je dois être tout souillé de sang..."

"Oui, sur la joue. Il y a ici un filet d'eau."

Jean trempe un petit linge et lave la joue de Judas.

"Cela m'ennuie, Judas, mais, vois... même en leur disant que nous étions juifs, selon ton sens pratique..."

"Ce sont des bêtes. Je crois que tu en seras persuadé, Maître, et que tu n'insisteras pas."

"Oh ! non ! Pas par peur, mais parce que c'est inutile pour l'instant. Quand on ne veut pas de nous, on ne maudit pas, mais on se retire en priant pour les pauvres fous qui meurent de faim et ne voient pas le Pain. Allons par ce chemin à l'écart. Je crois qu'on pourra gagner la route d'Hébron... chez les bergers, si nous les trouvons."

"Pour nous faire attaquer à coups de pierres ?"

"Non, pour leur dire : "C'est Moi"."

"Eh ! Alors ! Ce sera la bastonnade !... Depuis trente ans qu'ils souffrent à cause de Toi !..."

"Nous verrons."

Ils passent par un bois épais, ombreux, frais, et je les perds de vue.

 



[1] L’empereur Auguste, selon ce que rapporte l’écrivain Macrobe dans ses Saturnales (II, 4.11), aurait en effet été indigné du procédé : "Ayant appris que, parmi les enfants de deux ans et au-dessous qu'Hérode, roi des Juifs, avait fait massacrer en Syrie, était compris le propre fils de ce roi, il dit – "Il vaut mieux être le porc (hys) d'Hérode que son fils (huios)." – Voir la suite sur  la fiche thématique correspondante.

[2] Genèse 3,15-18

[3] Jérémie 31,15

[4] Michée 5,2