"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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  9.560 - Colloquio nella notte, presso Gofenà, con Giuseppe d'Arimatea, Nicodemo e Mannaen.

  5.558 - The Secret Meeting with Joseph of Arimathea and Nicodemus.


Vendredi 22 février 30 (1 -Adar)
Goféna


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 Les samaritains n'ont pas à défendre des intérêts de caste

 Le Messie n'est pas le Dieu Vengeur

 Jésus sait que "l'heure est venue"

 Je serai prêtre pour l'éternité


- Manaën guide de nuit Jésus vers la grotte 171

- Joseph et Nicodème attendaient déjà 172

- Vous ne savez pas pardonner 173

- Discours (La pensée fixe d'un Messie temporel) 173

- Tes ennemis savent où tu es et sont satisfaits 174

- Les femmes disciples viendront bientôt 175

- Nécessité de se détacher des richesses 176

- Jésus sera à Jérusalem pour la Pâque 177

- Discours (Viser une plus grande justice) 177

- Départ des deux synhédristes 178

- Discours de Manaën (Pourquoi je ne suis plus hérodien) 179

- C'est Dieu qui oindra Jésus 180

- Jésus comme un aigle dans l'aurore 180

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8

 

8.21
Ce qui arrive en Judée et en particulier à Jérusalem


171> C'est un chemin bien difficile que celui pris par Manaën pour conduire Jésus à l'endroit où on l'attend. Un chemin de montagne, étroit, couvert de pierres, dans le maquis et les bois. La lumière très claire de la lune à son premier quartier arrive difficilement à traverser l'enchevêtrement des branches et parfois disparaît tout à fait et Manaën y supplée avec des torches qu'il a préparées et emportées avec lui en bandoulière comme des armes sous son manteau. Lui devant, suivi de Jésus, ils avancent en silence dans le grand silence de la nuit. Deux ou trois fois un animal sauvage, en courant à travers les bois, imite un bruit de pas qui fait arrêter Manaën aux aguets. Mais à part cela, rien ne vient troubler la marche déjà si fatigante.

"Voici, Maître, là se trouve Goféna. Maintenant nous tournons, je compterai trois cent pas et je serai aux grottes où ils nous attendent depuis le coucher du soleil. Le chemin t'a paru long ? Et pourtant nous sommes allés par des raccourcis qui, je crois, respectent la distance légale." [1]

Jésus fait un geste comme pour dire : "On ne pouvait faire autrement."

Manaën ne parle plus, attentif à compter les pas. Maintenant ils sont dans un couloir rocheux et nu, ressemblant à une caverne qui monte entre les parois de la montagne qui se touchent presque. 172> On dirait une fracture produite par quelque cataclysme, tant elle est étrange : un énorme coup de couteau dans la masse de la montagne qui l'aurait coupée sur un bon tiers à partir du sommet. Au-dessus, là-haut, au-delà des parois perpendiculaires, au-delà de l'agitation bruyante des arbres qui ont poussé sur les bords de l'énorme entaille, resplendissent les étoiles, mais la lumière de la lune ne descend pas ici, dans ce gouffre. La lumière fumeuse de la torche réveille des oiseaux de proie qui crient en agitant leurs ailes sur les bords de leurs nids au milieu des crevasses.

Manaën dit : "Voilà !" et à l'intérieur d'une fente de la paroi rocheuse, il jette un cri qui ressemble à la plainte d'un gros hibou.

Venant du fond, une lueur rougeâtre s'avance par un autre corridor rocheux, qui pourtant est fermé en haut. Joseph survient : "Le Maître ?" demande-t-il car il ne voit pas Jésus qui est un peu en arrière.

"Je suis ici, Joseph. Paix à toi."

"À Toi, la paix. Viens ! Venez. Nous avons fait du feu pour voir les serpents et les scorpions et pour mettre en fuite le froid. Je vous précède."

Il se retourne, et par les détours du sentier dans les entrailles de la montagne, il les conduit vers un endroit éclairé par des flammes. Là, près du feu, se trouve Nicodème qui jette des branches de genévrier sur le feu. [2]

"Paix à toi aussi, Nicodème. Me voici parmi vous. Parlez."

"Maître, personne ne s'est aperçu de ta venue ?"

"Et qui donc, Nicodème ?"

"Mais tes disciples ne sont pas avec Toi ?"

"Avec Moi se trouvent Jean et Judas de Simon. Les autres évangélisent depuis le lendemain du sabbat jusqu'au crépuscule du vendredi. Mais j'ai quitté la maison avant sexte en disant que l'on ne m'attende pas avant l'aube du lendemain du sabbat. Et désormais ils sont habitués à mes absences de plusieurs heures pour que cela donne des soupçons à quelqu'un. Soyez donc tranquilles. Nous avons tout le temps de parler sans aucune crainte d'être surpris. Ici... le lieu est commode."

"Oui. Une tanière de serpents et de vautours... et de larrons à la belle saison, quand ces montagnes sont remplies de troupeaux. Mais maintenant les larrons préfèrent d'autres lieux où ils tombent plus rapidement sur les bercails et les caravanes. Nous regrettons de t'avoir amené jusqu'ici, mais de cet endroit nous pourrons repartir par des chemins différents sans attirer l'attention de personne. Car, Maître, là où il soupçonne de l'amour pour Toi, le Sanhédrin fixe son attention."

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173> "Voilà, sur ce point je suis en désaccord avec Joseph. Il me semble à moi que maintenant c'est nous qui voyons des ombres où il n'y en a pas. Il me semble encore que depuis quelques jours la chose s'est beaucoup apaisée..." dit Nicodème.

"Tu te trompes, mon ami. C'est moi qui te le dis. La chose s'est apaisée en ce qu'ils ne s'efforcent plus de rechercher le Maître, car ils savent désormais où il se trouve. Aussi c'est Lui et non pas nous qu'ils surveillent. À cause de cela, j'ai recommandé de ne dire à personne que nous nous serions rencontrés, pour qu'il n'y ait quelqu'un prêt... à n'importe quelle choses dit Joseph.

"Je ne crois pas que ceux d'Éphraïm..." objecte Manaën.

"Pas ceux d'Éphraïm ni personne de Samarie. Seulement pour agir différemment de ce que nous faisons de l'autre côté..."

"Non, Joseph, ce n'est pas pour cela. C'est parce qu'eux n'ont pas dans le cœur ce serpent méchant que vous avez. Eux ne craignent pas d'être dépouillés d'aucune prérogative.  Ils n'ont pas à défendre des intérêts de secte ou de caste. Ils n'ont rien, hormis un besoin instinctif de se sentir pardonnés et aimés par Celui qu'ont offensé leurs ancêtres et qu'eux continuent à offenser en restant en dehors de la Religion parfaite. En dehors, parce qu'eux étant orgueilleux et vous de même, on ne sait pas des deux côtés renoncer à la rancune qui sépare et se tendre la main au nom de l'Unique Père. Et même, s'il y avait chez eux tant de bonne volonté, vous la briseriez, car vous, vous ne savez pas pardonner. Vous ne savez pas dire, en foulant aux pieds toute sottise : "Le passé est mort, car s'est levé le Prince du Siècle à venir qui nous rassemble tous sous son Signe". En fait, je suis venu et je rassemble. Mais vous ! Oh ! pour vous est toujours anathème même ce que j'ai pensé qu'il méritait d'être rassemblé !"

"Tu es sévère pour nous, Maître."

"Je suis juste. Pouvez-vous peut-être dire que vous ne m'avez pas reproché en votre cœur certaines de mes actions ? Pouvez-vous dire que vous approuvez ma miséricorde qui est la même pour les juifs et les galiléens que pour les samaritains et les gentils, et même encore plus grande pour eux et pour les grands pécheurs, justement parce qu'ils en ont davantage besoin ? Pouvez-vous dire que vous n'attendriez pas de Moi des actes d'une violente majesté pour manifester mon origine surnaturelle et surtout, faites bien attention, ma mission de Messie, d'après l'idée que vous avez du Messie ?

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174>  Dites vraiment la vérité : à part la joie de votre cœur pour la résurrection de l'ami, n'auriez-vous pas préféré à celle-là que j'arrive à Béthanie beau et cruel comme nos anciens avec les amorrhéens [3] et les basanites [4] et comme Josué avec ceux de Aï [5] et de Jéricho, ou mieux encore en faisant crouler avec ma voix les pierres et les murs sur mes ennemis, comme les trompettes de Josué le firent pour les murs de Jéricho, [6] ou en attirant du ciel sur mes ennemis de grosses pierres comme il arriva dans la descente de Béteron encore au temps de Josué [7] ou, comme dans des temps plus récents, en appelant des cavaliers célestes s'élançant dans l'air couverts d'or, armés de lances comme des cohortes, et un défilé de cavaliers en escadrons rangés et des attaques de part et d'autre et, une agitation de boucliers et d'armées coiffées de heaumes avec leur épée dégainée et lançant des flèches pour terroriser mes ennemis ? Oui, vous auriez préféré cela parce que, bien que vous m'aimiez beaucoup, votre amour est encore impur et nourrit pour cela, en désirant ce qui n'est pas saint, votre pensée d'Israélites, votre vieille pensée, celle qui est chez Gamaliel comme chez le dernier d'Israël, celle qui est chez le Grand Prêtre, chez le Tétrarque, chez le paysan, chez le berger, chez le nomade, chez l'homme de la Diaspora : la pensée fixe du Messie conquérant. Le cauchemar de ceux qui craignent qu'il ne les réduise à rien. L'espoir de ceux qui aiment la Patrie avec la violence d'un amour humain. Le rêve de ceux qui sont opprimés sous d'autres puissances dans d'autres terres. Ce n'est pas votre faute. La pensée pure, telle que Dieu l'a donnée sur ce que je suis, est allée en se couvrant au cours des siècles de scories inutiles. Et peu savent, par la souffrance, ramener à sa pureté initiale l'idée messianique. Maintenant, ensuite, comme sont proches les temps où sera donné le signe qu'attend Gamaliel, et avec lui tout Israël, maintenant, ensuite, que viennent les temps de ma parfaite manifestation, Satan travaille à rendre plus imparfait votre amour et à altérer davantage votre pensée. Son heure vient. Je vous le dis. Et en cette heure de ténèbres même ceux qui actuellement sont voyants, ou ont seulement la vue basse, seront complètement aveugles. Peu, bien peu, dans l'Homme abattu reconnaîtront le Messie. Peu le reconnaîtront pour le vrai Messie, justement parce qu'il sera abattu comme l'ont vu les prophètes. Moi, je voudrais, pour le bien de mes amis, que pendant qu'il fait encore jour ils sachent me voir et me connaître, pour pouvoir me reconnaître et me voir même quand je serai défiguré et dans les ténèbres de l'heure du monde... Mais dites-moi maintenant ce que vous vouliez me dire. L'heure avance rapidement et l'aube va venir. Je parle pour vous car Moi, je ne crains pas de rencontres dangereuses."

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175> "Voilà : nous voulions donc te dire que quelqu'un doit avoir dit où tu es et que ce quelqu'un n'est certainement ni Nicodème, ni Manaën, ni Lazare, ni ses sœurs, ni Nique, ni moi. Avec qui d'autres as-tu parlé du lieu choisi pour ton refuge ?"

"Avec personne, Joseph."

"Tu en es sûr ?"

"Sûr."

"Et tu as donné des ordres à tes disciples pour qu'ils n'en parlent pas ?"

"Avant le départ je ne leur ai pas parlé de l'endroit. Arrivé à Éphraïm je leur ai donné l'ordre d'aller évangéliser et d'opérer à ma place. Et je suis sûr de leur obéissance."

"Et... Tu es seul à Éphraïm ?"

"Non. Je suis avec Jean et Judas de Simon. Je l'ai déjà dit. Lui, Judas, car je lis sa pensée ne peut m'avoir nui par son irréflexion, car il ne s'est jamais éloigné de la ville, et en cette période il n'y passe pas de pèlerins d'autres lieux."

"Alors... c'est sûrement Belzébuth qui a parlé car, au Sanhédrin, on sait que tu es ici."

"Eh bien ? Comment réagissent-ils à ma conduite ?"

"De manières diverses, Maître. Très différentes les unes des autres. Certains disent que c'est logique : puisqu'ils t'ont mis au ban des lieux saints, il ne te restait qu'à te réfugier en Samarie. D'autres disent au contraire que cela te fait connaître pour ce que tu es : un samaritain d'esprit plus encore que de race, et que cela suffit pour te condamner. Tous, ensuite, se réjouissent d'avoir pu t'imposer le silence et de pouvoir t'indiquer aux foules comme ami des samaritains. Ils disent : "Nous avons déjà gagné la bataille. Le reste ne sera qu'un jeu d'enfants". Mais, nous t'en prions, fais que cela ne soit pas vrai."

"Ce ne sera pas vrai. Laissez-les parler. Ceux qui m'aiment ne se troubleront pas à cause des apparences. Laissez tomber le vent tout à fait. C'est un vent de terre. Puis viendra le vent du Ciel, et il s'ouvrira le voile pour qu'apparaisse la gloire de Dieu. Avez-vous autre chose à me dire ?"

"Non, pour ce qui te concerne. Veille, sois prudent, ne sors pas d'où tu es. Et de te dire encore que nous te ferons savoir..."

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176> "Non. Pas besoin. Restez où vous êtes. Je vais avoir bientôt avec Moi les femmes disciples et, cela oui, dites à Élise et à Nique de rejoindre les autres, si elles le veulent. Dites-le aussi aux deux sœurs. Comme le lieu où je me trouve est désormais connu, ceux qui ne craignent pas le Sanhédrin peuvent désormais venir pour notre réconfort mutuel."

"Les deux sœurs ne peuvent venir jusqu'au retour de Lazare. Il est parti en grande pompe et Jérusalem toute entière a su qu'il allait à ses propriétés lointaines et on ne sait pas quand il reviendra. Mais son serviteur est déjà revenu de Nazareth et il a dit, cela aussi nous devions le dire, que ta Mère sera ici avec les autres avant la fin de cette lune. Elle se porte bien et de même Marie d'Alphée. Le serviteur les a vues, mais elles tardent un peu car Jeanne veut venir avec elles, et elle ne le peut qu'à la fin de cette lune. Et puis, voilà, si tu nous le permets, nous voudrions venir en ton aide... en amis fidèles même si imparfaits, comme tu le dis."

"Non. Les disciples qui vont évangéliser apportent la veille de chaque sabbat ce qu'il faut pour eux et pour nous qui restons à Éphraïm. Il ne faut pas autre chose. L'ouvrier vit de son salaire. Cela est juste. Le reste serait du superflu. Donnez-le à quelques malheureux. C'est ce que j'ai imposé aussi à ceux d'Éphraïm et à mes apôtres eux-mêmes. J'exige qu'à leur retour ils n'aient pas la moindre piécette en réserve et que toute obole soit donnée en route en ne prenant pour nous que ce qu'il faut pour notre nourriture très frugale de la semaine."

"Mais pourquoi, Maître ?"

"Pour leur enseigner le détachement des richesses et la nécessité pour l'esprit de dominer les préoccupations du lendemain. C'est pour cela et pour mes autres bonnes raisons de Maître que je vous prie de ne pas insister."

"Comme tu veux. Mais nous regrettons de ne pouvoir te servir."

"L'heure viendra où vous le ferez... N'est-ce pas une première clarté de l'aube ?" dit-il en se tournant vers l'orient, c'est-à-dire du côté opposé à celui par lequel il est venu, et en montrant une lueur timide qui apparaît par une ouverture sur des fonds lointains. [8]

"Oui. Nous devons nous quitter. Moi, je retourne à Goféna où j'ai laissé ma monture et Nicomède, par cet autre côté, descendra vers Bérot et de là à Rama, une fois le sabbat fini."

"Et toi, Manaën ?"

"Oh ! moi, j'irai ouvertement par les grandes routes vers Jéricho, où se trouve maintenant Hérode. J'ai mon cheval dans une maison de pauvres gens qui pour une obole n'ont honte de rien, pas même d'un samaritain qu'ils croient que je suis. Mais pour le moment je reste avec toi. Dans mon sac, j'ai des vivres pour deux."

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177> "Alors saluons-nous. À Pâque nous nous retrouverons."

"Non ! Tu ne voudras pas t'exposer à ce danger ! disent Joseph et Nicodème. Ne le fais pas, Maître !"

"En vérité, vous êtes de mauvais amis car vous me conseillez le péché et la lâcheté. Pourriez-vous ensuite m'aimer en réfléchissant à ma conduite ? Dites-le. Soyez sincères. Où devrais-je aller adorer le Seigneur à la Pâque des Azymes ? Peut-être sur le mont Garizim ? Ne devrais-je pas paraître devant le Seigneur dans son Temple de Jérusalem comme le doit tout homme d'Israël dans les trois grandes fêtes annuelles ? Ne vous souvenez-vous pas que déjà on m'accuse de violer le sabbat bien que — Manaën est ici pour en témoigner — bien que même aujourd'hui, pour me plier à votre désir, j'ai pris mon départ le soir à un endroit pouvant concilier votre désir avec la loi sabbatique ?"

"Nous aussi nous nous sommes arrêtés à Goféna pour cette raison... et nous ferons un sacrifice pour expier une transgression involontaire pour un motif qui s'imposait. Mais Toi, Maître !... Ils te verront tout de suite..."

"Même s'ils ne me voyaient pas, je ferai en sorte qu'ils me voient."

"Tu veux te ruiner ! C'est comme si tu te tuais..."

 "Non. Votre esprit est tout enveloppé de ténèbres. Ce n'est pas comme si je voulais me tuer, mais c'est uniquement obéir à la voix de mon Père qui me dit : "Va. C'est l'heure". J'ai toujours essayé de concilier la Loi avec la nécessité, même le jour où j'ai dû m'enfuir de Béthanie et me réfugier à Éphraïm parce que ce n'était pas encore l'heure qu'on me prenne. L'Agneau du Salut ne peut être immolé que pour la Pâque des Azymes. Voudriez-vous que si j'ai agi ainsi pour la Loi, je n'agisse pas de même pour obéir à mon Père ? Allez, allez ! Ne vous affligez pas ainsi. Et pourquoi suis-je venu sinon pour être proclamé roi de toutes les nations ? Car cela veut dire "Messie", n'est-ce pas ? Oui, cela. Et cela veut dire aussi "Rédempteur". Seulement que le vrai sens de ces deux mots ne correspond pas à ce que vous vous figurez. Mais Moi je vous bénis en implorant qu'un rayon céleste descende sur vous avec ma bénédiction, car je vous aime et vous m'aimez. Car je voudrais que votre justice soit toute lumineuse. En effet vous n'êtes pas mauvais mais vous êtes vous aussi le "Vieil Israël", et vous n'avez pas la volonté héroïque de vous dépouiller du passé et vous rendre nouveaux.

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178> Adieu, Joseph. Sois juste. Juste comme celui qui fut mon tuteur pendant tant d'années et qui fut capable de se renouveler complètement pour servir le Seigneur son Dieu. S'il était ici parmi nous, oh ! comme il vous enseignerait à savoir servir Dieu parfaitement, à être justes, justes, justes. Mais il est bien qu'il soit déjà dans le  sein d'Abraham !... Pour ne pas voir l'injustice d'Israël. Saint serviteur de Dieu !... Nouvel Abraham lui, le cœur transpercé, mais avec une volonté parfaite, il ne m'aurait pas conseillé la lâcheté, mais m'aurait dit la parole dont il avait l'habitude de se servir quand quelque chose de pénible pesait sur nous : "Élevons notre esprit. Nous rencontrerons le regard de Dieu et nous oublierons que ce sont les hommes qui nous donnent la douleur, et faisons tout ce qui est pénible comme si c'était le Très-Haut qui nous le présentait. De cette façon nous sanctifierons même les plus petites choses, et Dieu nous aimera". Oh ! c'est ainsi qu'il aurait parlé aussi en m'encourageant à subir les plus grandes douleurs... Il nous aurait réconfortés... Oh ! ma Mère !..."

Jésus laisse Joseph qu'il tenait embrassé et il baisse la tête en silence, en contemplant certainement son prochain martyre et celui de sa pauvre Mère... Puis il lève la tête et embrasse Nicodème en disant : "La première fois que tu es venu à Moi comme disciple secret, je t'ai dit que pour entrer dans le Royaume de Dieu et pour avoir le Royaume de Dieu en vous, il est nécessaire que votre esprit renaisse et que vous aimiez la Lumière plus que le monde ne l'aime. [9] Aujourd'hui, et c'est peut-être la dernière fois que nous nous rencontrons en secret, je te répète les mêmes paroles. Renais en ton esprit, Nicodème, pour pouvoir aimer la lumière que je suis et pour que j'habite en toi comme Roi et Sauveur. Allez, et que Dieu soit avec vous."

Les deux synhédristes s'en vont par le côté opposé à celui par lequel est venu Jésus. Quand le bruit de leurs pas s'est éloigné, Manaën, qui s'était mis à l'entrée de la grotte pour les voir s'éloigner, revient en arrière pour dire d'un air très expressif : "Et pour une fois ceux qui violeront la distance sabbatique ce seront eux ! Et ils n'auront pas de paix tant qu'ils n'auront pas réglé leur dette avec l'Éternel par le sacrifice d'un animal ! Ne vaudrait-il pas mieux pour eux de sacrifier leur tranquillité en se disant ouvertement "tiens". Ne serait-ce pas plus agréable au Très-Haut ?"

"Ce le serait certainement, mais ne les juge pas. Ce sont des pâtes qui lèvent lentement mais, le moment venu, quand tant qui se croient meilleurs qu'eux, crouleront, eux se dresseront contre tout un monde."

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179> "Le dis-tu pour moi, Seigneur ? Enlève-moi plutôt la vie, mais fais que je ne te renie pas."

"Tu ne renieras pas. Mais en toi il y a déjà des éléments différents des leurs pour t'aider à être fidèle."

 "Oui. Je suis... l'hérodien, ou plutôt j'étais l'hérodien. En effet, comme je me suis détaché du Conseil, je me suis détaché du parti quand je l'ai vu lâche et injuste comme les autres envers Toi. Être hérodien !... Pour les autres castes, c'est être un peu moins que païen. Je ne dis pas que nous soyons des saints. C'est vrai. Pour une fin impure nous avons commis l'impureté. Je parle comme si j'étais encore l'hérodien d'autrefois, avant que je sois à Toi. Nous sommes donc doublement impurs, selon le jugement humain, parce que nous nous sommes alliés aux romains et parce que nous l'avons fait dans un but intéressé. Mais dis-moi, Maître, Toi qui dis toujours la vérité et qui ne t'en abstiens pas par crainte de perdre un ami. Entre nous, qui sommes alliés avec Rome pour... avoir encore d'éphémères triomphes personnels, et les pharisiens, les chefs des prêtres, les scribes, les sadducéens qui s'allient à Satan pour t'abattre, quels sont les plus impurs ? Moi, tu le vois, maintenant que j'ai vu que le parti des hérodiens se range contre Toi, je les ai quittés. Je ne le dis pas pour que tu m'en loues, mais pour te dire ma pensée. Et eux, je parle des pharisiens et des prêtres, des scribes et des sadducéens, croient tirer profit de cette alliance imprévue des hérodiens avec eux ! Les malheureux ! Ils ne savent pas que les hérodiens le font pour avoir plus de mérite et par conséquent plus de protection de la part des romains, et après... une fois éclaircie et terminée la cause et le motif qui les unit présentement, pour abattre ceux qu'ils prennent maintenant comme alliés. C'est ainsi que l'on joue des deux côtés. Tout se base sur le mensonge et cela me répugne tellement que je me suis rendu indépendant de tout. Toi... Tu es un grand fantôme qui les effraie. Tous ! Et tu es aussi un prétexte pour le louche jeu des intérêts des divers partis. Le motif religieux ? L'indignation sacrée pour "le blasphémateur", comme ils t'appellent ? Tout cela n'est que mensonge ! L'unique motif est, non pas la défense de la Religion, ni le zèle sacré pour le Très-Haut, maïs leurs intérêts, cupides, insatiables. Ils me dégoûtent comme des choses immondes. Et je voudrais... Oui, je voudrais plus audacieux le peu de gens qui ne sont pas immondes. Ah ! cela me pèse désormais d'avoir une double vie ! Je voudrais te suivre Toi seul. Mais je te sers ainsi plus que si je te suivais. 180> Cela me pèse... Mais tu dis que ce sera bientôt... Comment... Mais tu seras réellement immolé parce que tu es l'Agneau ? N'est-ce pas un langage figuré ? La vie d'Israël est un tissu de symboles et de figures..."

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"Et tu voudrais qu'il en fût ainsi pour Moi... Mais pour Moi, ce n'est pas une figure."

"Pas une figure ? En es-tu sûr ? Je pourrais... En grand nombre, nous pourrions répéter les gestes antiques et te faire oindre comme Messie et te défendre. Il suffirait d'un mot, et au nombre de milliers et de dizaines de milliers se lèveraient les défenseurs du vrai Pontife, saint et sage. Je ne parle plus d'un roi terrestre, puisque je sais maintenant que ton Royaume est tout spirituel. Mais puisque humainement parlant nous ne serons jamais plus forts et libres, qu'il y ait au moins ta sainteté pour soutenir et guérir Israël corrompu. Personne, et Toi tu le sais, n'aime le sacerdoce actuel et ceux qui le soutiennent. Veux-tu, Seigneur ? Commande et j'agirai."

 "Ta pensée, Manaën, a déjà fait beaucoup de chemin. Mais tu es encore aussi loin du but que la Terre l'est du soleil. Je serai Prêtre, et pour l'éternité, Pontife immortel dans un organisme que je vivifierai jusqu'à la fin des siècles. Mais je ne serai pas oint avec l'huile d'allégresse, ni proclamé et défendu par la violence d'actes voulus par une poignée de fidèles pour jeter la Patrie dans le schisme le plus féroce et la rendre plus esclave qu'elle ne l'a jamais été. Et tu crois qu'une main d'homme puisse oindre le Christ ? En vérité, je te dis que non. La véritable Autorité qui me oindra Pontife et Messie c'est celle de Celui qui m'a envoyé. Personne, qui ne serait pas Dieu, ne pourrait oindre Dieu comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs, pour l'éternité."

"Alors, rien !? Rien à faire !? Oh ! quelle douleur pour moi !"

"Tout. M'aimer. Tout revient à cela. Aimer non pas la créature qui a pour nom Jésus, mais ce qu'est Jésus. M'aimer avec l'humanité et avec l'esprit, comme Moi je vous aime avec l'Esprit et l'Humanité, pour être avec Moi au-delà de l'Humanité. Regarde cette belle aurore. La lumière paisible des étoiles n'arrivait pas ici à l'intérieur, mais celle triomphante du soleil, si. Ainsi en adviendra-t-il dans les cœurs de ceux qui arriveront à m'aimer avec justice. Viens dehors. Dans le silence de la montagne dont les voix rauques des intérêts humains n'altèrent pas la pureté. Regarde là-haut ces aigles comment, en leur larges vols, s'éloignent pour chercher leur proie [10]. La voyons-nous cette proie ? Non, Mais eux, si. 181> Car l'œil de l'aigle est plus puissant que le nôtre et des hauteurs où il se déplace il voit un large horizon et sait choisir. Moi aussi, je vois ce que vous autres ne voyez pas, et des hauteurs où plane mon esprit je sais choisir mes douces proies, non pas pour les dévorer comme font les vautours et les aigles, mais pour les emporter avec Moi. Nous serons si heureux là-haut, dans le Royaume de mon Père, nous qui nous aimons !.."

Jésus tout en parlant est sorti pour s'asseoir au soleil sur le seuil de la grotte. Il a Manaën à côté de Lui et l'attire sans parler à Lui, en souriant à je ne sais quelle vision...

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[1] La distance légale est de 1.100 m (2.000 coudées ou 6 stades).

[2] Le genévrier de Phénicie (Juniperus phoenicea) est un arbuste à feuille persistante qui pousse dans les rocailles, les maquis, surtout sur sol calcaire. On le rencontre sur tout le bassin méditerranéen.

[3] Les Amoréens, était une peuplade très puissante de Canaan. Ils furent voués à l’anéantissement, à cause de leur méchanceté, lorsque la patience de Dieu fut à son terme (Genèse 15,16)

[4] Le pays de Basan était occupé par un peuple de haute stature, très fort, les Rephaïm. Le dernier roi de cette race de géants fut Og, que les Israélites vainquirent et tuèrent à l’époque de Moïse. (Nombres 21,33-35)

[5] Aï est une des villes anéanties par Josué au moment de la conquête de la Terre Promise (Josué 7,1-8,35). Elle se trouvait à l'est de Béthel et au nord de Mikmas, c'est-à-dire dans la région où se trouve actuellement Jésus (cf. Google maps)

[6] Josué 6,1-21

[7] Bataille de Bet-Hôron contre les cinq rois amorrhéens (Josué 10,10-11)

[8] Cette indication peut situer Goféna à l'est d'Ephraïm. Pour notre part, nous interprétons qu'elle concerne l'orientation du chemin menant à la grotte. Notre hypothèse situe Goféna au sud d'Ephraïm.

[9] Cf. Tome 2, chapitre 83

[10] L'aigle est cité 35 fois dans la Bible. C'est donc un oiseau familier de Palestine. Les aigles les plus communs actuellement sont : l’aigle impérial (Aquila heliaca), l’aigle royal (Aquila chrysaetos) et le circaète jean-le-blanc (Circaetus gallicus). (Voir l'article source).