"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta
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  6.365 - L'insidia dell'Iscariota all'innocenza di Marziam. Un nuovo discepolo, fratello di latte di Gesù. À Betania, da Lazzaro malato.

  3.364 - At Gethsemane and Bethany.


mercredi 7 mars  29 (3 Nisan)
Jérusalem


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 Homélie et prêtres 

 Fais servir au bien jusqu'au mal que tu vois 

 Ne pas donner prise à l’accusation d’autrui, l’encourager 

 Destin hors du commun et hérésies 

 Dons surnaturels 


- Jésus enseigne à Margziam le respect des prêtres 383

- Le mélange en l'homme du bien et du mal 384

- À propos de Judas Margziam s'enfuit 385

- L'accueil fait à Jésus à Gethsémani 386

- Marie s'inquiète de l'absence de Margziam 386

- Margziam se console à l'idée d'aller à Béthanie 387

- Le service rendu autrefois par Marie à Noémi 387

- Le fils guéri de Noémi devient disciple 389

- Jésus avec le Zélote et Margziam vont à Béthanie 390

- Les deux sœurs désirent la guérison de Lazare 390

- Lazare, très malade, sera guéri plus tard 391

- Deux lettres et la présence d'Anastasica 392

- Discussion sur le comportement de Judas 393

- Discours (Judas comparé à Gamaliel) 394

- Les auditeurs se posent des questions 395

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5

 

5.55.
Jésus au Gethsémani et à Béthanie


383> Jésus entre dans la verdure tranquille du Jardin des Oliviers. Margziam est toujours à côté de Lui, et il rit en pensant à la course haletante que certainement Pierre fera pour les rejoindre. Il dit : "Oh ! Maître ! Qui sait ce qu'il va dire ! Et si tu avais continué pour Béthanie sans t'arrêter ici, il serait vraiment dans un triste état."

Jésus sourit Lui aussi en regardant le garçon et il lui répond : "Oui, il va m'ensevelir sous ses lamentations. Mais cela lui servira la prochaine fois à être plus attentif. Je parlais. Lui se distrayait en jasant avec l'un ou l'autre..."

"Ils l'interrogeaient, Seigneur" dit pour l'excuser Margziam qui ne rit plus.

 "On fait signe avec bonne grâce que l'on répondra après, quand la Parole du Seigneur se tait. Souviens-toi de cela pour ton avenir. Pour quand tu seras prêtre. Exige le plus grand respect aux heures et dans les lieux où l'on donne l'instruction."

"Mais alors, Seigneur, ce sera le pauvre Margziam qui parlera..."

"N'importe. C'est toujours Dieu qui parle par les lèvres de ses serviteurs, aux heures de leur ministère. Et en tant que tels on doit les écouter en silence et avec respect."

Margziam fait une grimace significative pour commenter son raisonnement intérieur.

Jésus qui l'observe lui dit : "Tu n'en es pas persuadé ? Pourquoi ce visage ? Parle, fils, sans crainte."

384>  "Mon Seigneur, je me demandais si Dieu est aussi sur les lèvres des prêtres de maintenant... et... avec terreur je me demandais s'ils seront pareils ceux de l'avenir... Et j'en concluais que... beaucoup de prêtres font faire au Seigneur une piètre figure... J'ai sûrement péché... Mais ils ont le cœur tellement mauvais, et avare, et sec... que..."

"Ne juge pas. Mais rappelle-toi cependant ce sentiment de dégoût. Qu'il te soit présent dans l'avenir, et tends de toutes tes forces à ne pas être tel que ceux qui te dégoûtent. Et que ne le soient pas ceux qui dépendront de toi.  Fais servir au bien jusqu'au mal que tu vois. Toute action et toute connaissance doit se changer en bien en passant par un jugement et une volonté droits."

"Oh ! Seigneur ! Avant d'entrer dans la maison que l'on voit déjà, réponds encore à une question ! Tu ne nies pas que le sacerdoce actuel soit défectueux. Tu me dis à moi de ne pas juger. Mais Toi, tu juges et tu peux le faire. Et tu juges avec justice. Maintenant, Seigneur, écoute ce que je pense. Quand les prêtres actuels parlent de Dieu et de la religion, étant tels qu'ils sont en plus grande partie, et je parle maintenant des plus mauvais d'entre eux, faut-il encore les écouter comme s'ils disaient la vérité ?"

"Toujours, mon fils, par respect pour leur mission. Quand ils font des actes de leur ministère, ce n'est plus l'homme Anna ou l'homme Sadoc, et cetera, mais c'est "le prêtre". Sépare toujours du ministère la pauvre humanité."

"Mais s'ils s'en acquittent mal..."

"Dieu suppléera. Et puis!... Écoute Margziam ! Il n'y a pas d'homme complètement bon, ni d'homme complètement mauvais. Et personne n'est si complètement bon qu'il soit en droit de juger ses frères complètement mauvais. Il faut tenir compte de nos défauts, leur opposer les bonnes qualités de celui que nous voulons juger, et alors nous aurons une juste mesure de charitable jugement. Je n'ai pas encore trouvé un homme complètement mauvais."

"Pas même Doras, Seigneur ?"

"Pas même lui, car c'est un mari honnête et un père affectueux."

"Ni même le père de Doras ?"

"Lui aussi était un mari honnête et un père affectueux."

"Mais il n'était pas que cela, pourtant !"

"Il n'était pas que cela, mais en cela il n'était pas mauvais. Il n'était donc pas complètement mauvais."

"Et même Judas n'est pas mauvais ?"

"Non."

385> "Mais il n'est pas bon, cependant !"

"Il n'est pas totalement bon comme il n'est pas totalement mauvais. N'es-tu pas convaincu de ce que je dis ?"

"Je suis convaincu que Toi, tu es totalement bon et que tu es absolument exempt de méchanceté. Cela, oui. Tu l'es tellement que tu ne trouves jamais d'accusation pour personne..."

 "Oh ! mon fils ! Si je disais la première syllabe d'un mot d'accusation, vous vous jetteriez tous comme des fauves sur l'accusé !... Moi, j'évite que vous vous souilliez du péché de jugement en agissant ainsi. Comprends-moi, Margziam. Ce n'est pas que je ne vois pas le mal là où il est. Ce n'est pas que je ne vois pas le mélange de mal et de bien qu'il y a dans certains. Ce n'est pas que je ne comprends pas quand une âme monte ou descend du niveau où je l'ai amenée. Ce n'est pour rien de tout cela, mon fils. Mais c'est de la prudence pour éviter les manques de charité en vous. Et j'agirai toujours ainsi. Même dans les siècles à venir quand je devrai me prononcer sur une créature.  Tu ne sais pas, fils, que parfois une parole de louange, d'encouragement vaut mieux que mille reproches ? Tu ne sais pas que sur cent cas très mauvais, signalés comme relativement bons, au moins la moitié deviennent réellement bons parce qu'alors, après ma parole bienveillante, ne fait pas défaut l'aide des bons qui autrement fuiraient l'individu signalé comme pervers ? Il faut soutenir les âmes, ne pas les accabler. Mais si Moi, je ne suis pas le premier à les soutenir, à voiler ce qu'il y a de mauvais, à susciter en vous bienveillance et secours pour elles, jamais vous ne vous donneriez à elles avec une miséricorde active. Rappelle-toi, Margziam..."

"Oui, Seigneur... (un profond soupir). Je m'en souviendrai... (nouveau soupir)... Mais c'est bien difficile devant certaines évidences..."

Jésus le regarde fixement, mais du garçon il ne voit que le haut du front, car il baisse beaucoup le visage.

"Margziam, lève ton visage. Regarde-moi. Et réponds-moi. Quelle est l'évidence qu'il est difficile de négliger ?"

Margziam s'embrouille... Il rougit sous sa peau un peu brune... Il répond : "Mais... il y en a tant, Seigneur..."

Jésus le presse : "Pourquoi as-tu nommé Judas ? Parce que c'est une "évidence". Peut-être celle qu'il t'est le plus difficile de surmonter... Que t'a fait Judas ? En quoi t'a-t-il scandalisé ?" et Jésus met sa main sur les épaules du garçon qui maintenant est tout empourpré tant il est rouge.

386> Margziam le regarde, les yeux brillants, puis il se dégage et s'échappe en criant : "C'est un profanateur, Judas !... Mais je ne puis dire... Respecte-moi, Seigneur !..." et il va se cacher tout en larmes, appelé en vain par Jésus qui a un geste de douleur découragée.

Son cri a pourtant attiré l'attention des gens de la maison du Gethsémani, et sur le seuil de la cuisine apparaît Jonas et la Mère de Jésus, et en arrière les femmes disciples : Marie de Cléophas, Marie Salomé et Porphyrée. Elles voient Jésus et se mettent à marcher vers Lui.

"La paix à vous toutes ! Me voici, Maman !"

"Seul ? Pourquoi ?"

"Je suis accouru en avant. Les autres, je les ai quittés au Temple... Mais j'étais avec Margziam..."

"Et où est maintenant mon fils que je ne vois pas ?" demande Porphyrée un peu inquiète.

"Il est monté là-haut... Mais il va venir. Avez-vous de la nourriture pour tout le monde ? Les autres vont arriver sous peu."

"Non, Seigneur. Tu avais dit que tu allais à Béthanie..."

"Oui... Mais j'ai pensé qu'il était bien de faire ainsi. Allez vite prendre ce qu'il faut. Moi, je reste avec ma Mère."

Les femmes disciples obéissent sans discuter.

Jésus reste seul avec Marie, et ils marchent lentement sous l'entrelacement des branches à travers lesquelles filtrent des rayons de soleil qui dessinent des cercles d'or sur l'herbe verte et fleurie.

"J'irai après le repas à Béthanie. Avec Simon."

"Simon de Jonas ?"

"Non, avec Simon le Zélote. Et j'emmènerai avec Moi Margziam..." Jésus se tait pensif.

Marie l'observe, puis elle demande : "Margziam te cause du chagrin ?"

"Non, Maman. Au contraire ! Pourquoi penses-tu cela ?"

"Pourquoi es-tu pensif ?... Pourquoi l'as-tu appelé sur un ton de commandement ? Et pourquoi lui t'a-t-il quitté ? Pourquoi s'est-il détaché de Toi comme s'il avait honte ? Il n'est même pas venu saluer sa mère et moi !"

"L'enfant s'est enfui à cause d'une question que je lui posais."

"Oh!..." Marie est dans une profonde stupeur. Elle se tait un instant, et puis elle murmure comme si elle se parlait à elle-même : "Les deux dans le Paradis Terrestre s'enfuirent, après le péché, en entendant la voix de Dieu... Mais, ô mon Fils, il faut avoir pitié de l'enfant. 387> Il commence à devenir homme... et peut-être... Mon Fils, Satan mord tous les hommes..." Marie est toute pitié et supplication...

Jésus la regarde et lui dit : "Comme tu es mère ! Comme tu es "la Mère" ! Mais ne crois pas que l'enfant ait péché. Au contraire tu dois croire qu'il souffre à cause du choc d'une révélation. Il est très pur. Il est très bon... Je vais l'emmener avec Moi aujourd'hui pour lui faire comprendre, sans paroles, que je le comprends. Toute parole serait de trop... et je n'en trouverais pas une pour excuser celui qui a violé une innocence." Jésus est sévère dans ces dernières paroles.

"Oh ! mon Fils ! Nous en sommes là ! Je ne te demande pas de nom. Mais si parmi nous quelqu'un a été capable de troubler l'enfant, il n'y en a qu'un qui a pu l'être... Quel démon !"

"Allons chercher Margziam, Maman. Il ne s'enfuira pas devant toi."

Ils vont et le découvrent derrière un buisson d'aubépine.

"Cueillais-tu des fleurs pour moi, mon fils ?" demande Marie en s'approchant de lui et en l'embrassant...

"Non, mais je te désirais" dit Margziam avec encore des larmes sur le visage.

"Et moi, je suis venue. Allons, vite ! C'est qu'aujourd'hui tu dois aller avec mon Jésus à Béthanie ! Et tu dois être en tenue comme il convient."

Le visage de Margziam s'illumine, déjà oublieux du trouble qu'il éprouvait, et il dit : "Moi seul avec Lui ?"

"Et avec Simon le Zélote."

Margziam, encore très enfant, bondit de joie et court hors de sa cachette pour aller tomber sur la poitrine de Jésus... Il se trouve confus. Mais Jésus rit et l'excite en lui disant : "Cours voir si ton père est venu."

Et pendant que Margziam part en courant, Jésus observe : "C'est un véritable enfant bien que sa pensée soit déjà mûre. Lui troubler le cœur est un grand crime, mais j'y veillerai" et tout en parlant il va vers la maison avec Marie. Mais ils ne sont pas arrivés qu'ils voient Margziam qui revient en arrière en galopant.

"Maître... Mère... Il y a des personnes... de celles qui étaient dans le Temple... Les prosélytes... Il y a une femme... Une femme qui veut te voir, ô Mère... Elle dit qu'elle t'a connue à Bethléem... Elle s'appelle Noémi."

"J'en ai tant connues, alors ! Mais allons..."

388> Ils arrivent à la petite place où se trouve la maison. Un groupe de personnes attendent et dès qu'elles voient Jésus, elles se prosternent. Mais tout de suite une femme se lève et va se jeter aux pieds de Marie, en la nommant par son nom.

"Qui es-tu ? Moi, je ne me souviens pas de toi. Lève-toi."

La femme se lève et va parler quand arrivent, hors d'haleine, les apôtres.

"Mais Seigneur ! Mais pourquoi ? Nous avons couru comme des fous à travers Jérusalem. Nous croyions que tu étais allé chez Jeanne ou chez Annalia... Pourquoi ne t'es-tu pas arrêté ?" questions et informations se croisent confusément.

"Maintenant nous sommes ensemble. Inutile d'expliquer le pourquoi. Laissez cette femme parler en paix."

Tous se groupent pour écouter.

"Tu ne te souviens pas de moi, ô Marie de Bethléem. Mais moi, depuis trente et un ans, je me rappelle ton nom et ton visage comme celui de la pitié. J'étais venue, moi aussi de loin, de Pergé, pour l'Édit. Et j'étais enceinte. Mais j'espérais revenir à temps. Mon mari tomba malade en route, et à Bethléem il languit jusqu'à mourir. J'avais enfanté depuis vingt jours au moment de sa mort. Mes cris percèrent le ciel et tarirent mon lait ou le rendirent mauvais. Je me couvris de pustules et mon fils s'en couvrit aussi... Et on nous jeta dans une caverne pour y mourir... Eh bien... Toi, toi seule tu es venue avec précaution, pendant presque toute une lune, pour m'apporter de la nourriture et soigner mes plaies, pleurant avec moi, donnant du lait à mon enfant qui est vivant grâce à toi, à toi seule... Tu as risqué d'être tuée à coups de pierres parce qu'ils m'appelaient "la lépreuse"... Oh ! ma douce étoile ! Je n'ai pas oublié cela. Je suis partie après ma guérison. J'ai appris le massacre à Éphèse. Je t'ai tant cherchée ! Tant ! Tant ! Je ne pouvais croire que tu avais été tuée avec ton Fils dans cette nuit affreuse. Mais je ne t'ai jamais trouvée. L'été dernier, quelqu'un d'Éphèse a entendu ton Fils, il a su qui il était, il l'a suivi quelque temps, il a été avec d'autres à sa suite aux Tabernacles... Et à son retour, il a parlé. Moi, je suis venue pour te voir, ô Sainte, avant de mourir. Pour te bénir autant de fois que tu as donné de gouttes de lait à mon Jean, en l'enlevant à ton Fils béni..." La femme pleure en une attitude respectueuse, un peu penchée, serrant de ses mains les bras de Marie...

"Le lait, on ne le refuse jamais, ma sœur. Et..."

389> "Oh ! non. Je ne suis pas ta sœur ! Toi, Mère du Sauveur; moi, pauvre femme, perdue, loin de sa maison, veuve avec un fils sur mon sein, sur mon sein desséché comme un torrent en été... Sans toi, je serais morte. Tu m'as tout donné, et j'ai pu retourner chez mes frères, marchands à Éphèse, grâce à toi."

"Nous étions deux mères, deux pauvres mères, avec deux bébés, dans le monde. Toi, tu avais la douleur du veuvage, moi celle de devoir être transpercée en mon Fils, comme disait au Temple le vieux Siméon. Je n'ai fait que mon devoir de sœur en te donnant ce que tu n'avais plus. Et ton fils, il est vivant?"

"Il est là. Et ton Fils saint me l'a guéri ce matin. Qu'il en soit béni !" et la femme se prosterne devant le Sauveur en criant : "Viens, Jean, remercier le Seigneur."

Quittant ses compagnons, un homme de l'âge de Jésus, s'avance robuste, au visage loyal à défaut de beauté. De beau, il a l'expression de ses yeux profonds.

"La paix à toi, frère de Bethléem. De quoi t'ai-je guéri ?"

"De la cécité, Seigneur. Un œil perdu, et l'autre presque. J'étais chef de la synagogue, mais je ne pouvais plus lire les rouleaux sacrés."

"Maintenant tu les liras avec une plus grande foi."

"Non, Seigneur. Maintenant c'est Toi que je lirai. Je veux rester comme disciple, et sans faire valoir les droits pour les gouttes de lait que j'ai sucées au sein qui t'a nourri. Ce ne sont rien les jours d'une lune pour créer un lien, mais c'est tout que la pitié de ta Mère alors, et que la tienne ce matin."

Jésus se tourne vers la femme : "Et toi, qu'en penses-tu?"

"Que mon fils t'appartienne deux fois. Accepte-le, Seigneur, et le rêve de la pauvre Noémi sera réalisé."

"C'est bien. Tu seras du Christ. Vous, recevez ce compagnon au nom du Seigneur" dit-il en s'adressant aux apôtres.

Les prosélytes s'exaltent par l'émotion. Les hommes voudraient rester tout de suite. Tous. Mais Jésus dit avec fermeté : "Non. Vous, restez ce que vous êtes. Retournez à vos maisons en conservant la foi et en attendant l'heure de l'appel. Et que le Seigneur soit toujours avec vous. Allez."

"Pourrons-nous encore te trouver ici ?" demandent-ils.

"Non. Comme un oiseau qui vole de branche en branche, j'irai sans m'arrêter. Vous ne me trouverez pas ici. Je n'ai pas d'itinéraire ni de demeure fixe. Mais, s'il est juste, nous nous verrons et vous m'entendrez. Allez. Que la femme reste avec le nouveau disciple."

390> Et il entre dans la maison suivi des femmes et des apôtres qui commentent avec émotion l'épisode jusqu'alors ignoré et la charité profonde de Marie.

Jésus, d'un pas rapide, se rend à Béthanie. Il a à ses côtés Simon le Zélote et Margziam, heureux d'avoir été tous les deux choisis pour cette visite. Margziam, complètement rasséréné, pose mille questions sur la femme venue d'Ephèse. Il demande si Jésus connaissait ce fait, et cetera.

"Je ne le connaissais pas. Les bontés de ma Mère sont infinies et accomplies avec un si doux silence que la plupart restent ignorées."

"Il est très beau, pourtant, l'épisode" dit le Zélote.

"Oui. Tellement que je veux le faire connaître à Jean d'Endor. Que dis-tu, Maître ? Trouverons-nous ses lettres à Béthanie ?"

"J'en suis presque certain."

"Nous devrions trouver aussi la femme guérie de la lèpre" [1] observe le Zélote.

"Oui, elle a fidèlement observé les préceptes, mais maintenant le temps de la purification doit être accompli."

Béthanie apparaît sur son plateau.

Ils passent devant la maison où autrefois il y avait des paons et des flamants. Maintenant elle est abandonnée et fermée [2]. Simon le remarque, mais son observation est interrompue par le joyeux salut de Maximin qui débouche hors du portail.

"Oh ! Maître saint ! Quel bonheur dans une si grande douleur !"

"Paix à toi. Pourquoi douleur?"

"Parce que Lazare souffre à cause de ses jambes ulcérées, et nous ne savons que faire pour soulager cette souffrance. Mais en te voyant, il ira mieux, au moins pour l'esprit."

Ils entrent dans le jardin, et alors que Maximin court en avant, eux avancent lentement vers la maison.

Marie de Magdala accourt dehors avec son cri d'adoration : "Rabbouni" et elle est suivie par Marthe qui est plus calme. Toutes les deux sont pâles comme des personnes qui ont souffert et veillé.

"Levez-vous. Allons tout de suite voir Lazare."

"Oh! Maître! Maître qui peux tout, guéris mon frère!" dit Marthe suppliante.

"Oui, bon Maître! Il souffre plus qu'il ne peut supporter ! Il s'épuise, il gémit. Il va certainement mourir si cela continue. Aie pitié de lui, Seigneur !" insiste Marie.

391> "Je suis toute pitié. Mais ce n'est pas pour lui l'heure du miracle. Qu'il soit courageux, et vous avec lui. Aidez-le à faire la volonté du Seigneur."

"Ah ! Tu veux dire qu'il doit mourir ?!" gémit et demande Marthe toute en larmes.

Marie a les yeux noyés de larmes et qui brillent de passion, d'une double passion pour Jésus et pour son frère : "Oh ! Maître, mais en agissant ainsi, tu m'empêches de te suivre et de te servir, et tu empêches mon frère de jouir de ma résurrection. Ne veux-tu donc pas que dans la maison de Lazare on jouisse pour une résurrection ?"

Jésus la regarde avec un fin et bon sourire et il dit : "Pour une ? Une seule ? Allons ! Vous me croyez bien peu de chose, si vous croyez que je ne puisse qu'une seule chose ! Soyez bonnes et courageuses. Allons. Et ne pleurez pas ainsi. Vous l'accableriez de soupçons pénibles." Et il s'éloigne le premier.

Lazare, certainement pour faciliter les soins, a été transporté dans une salle près de la bibliothèque, en face de la grande salle réservée aux banquets. Maximin Lui indique la porte, mais il laisse Jésus entrer seul.

"Paix à toi, Lazare, mon ami !"

"Oh ! Maître saint ! Paix à Toi. Pour moi, dans mes membres, il n'y a plus de paix. Mon esprit est accablé. Je souffre tant, Seigneur ! Donne-moi ton cher commandement : "Lazare, viens dehors" et je me lèverai guéri pour te servir..."

"Je te le donnerai. Mais pas maintenant" répond Jésus en l'embrassant.

Lazare est très maigre, jaune, les yeux enfoncés. Il est visiblement très malade et très affaibli. Il pleure comme un enfant en montrant ses jambes enflées, bleuâtres, avec des plaies que j'appellerais variqueuses, ouvertes en plusieurs endroits. Il espère peut-être qu'en montrant à Jésus cette ruine Jésus sera ému et fera un miracle. Mais Jésus se borne à replacer délicatement sur les plaies les linges enduits de baume.

"Tu es venu pour rester ?" demande Lazare déçu.

"Non, mais je viendrai souvent."

"Comment ? Tu ne fais pas la Pâque avec moi, même cette année ? Je me suis fait porter ici exprès. Tu m'avais promis aux Tabernacles que tu serais resté si longtemps avec moi après les Encénies..."

"Et j'y resterai, mais pas maintenant. Je te gêne à rester ici assis sur le bord de ton lit ?"

"Oh ! non. La fraîcheur de ta main semble adoucir l'ardeur de ma fièvre. Pourquoi ne restes-tu pas, Seigneur ?"

392> "Parce que comme tu es tourmenté par tes plaies, Moi je le suis par mes ennemis. Bien que Béthanie soit compris dans les limites pour la Cène, et pour tous, pour Moi, on considérerait comme un péché de consommer la Pâque ici. Pour le Sanhédrin et les pharisiens, tout ce que je fais est chameau et poutre..."

"Ah ! les pharisiens ! C'est vrai ! Mais dans une de mes maisons, alors... Cela au moins !"

"Cela, oui. Mais, par prudence, je le dirai au dernier moment."

"Oh! oui. Ne te fies pas. Tout s'est bien passé avec Jean. Tu sais? Hier Ptolmaï est venu avec d'autres, et il m'a apporté des lettres pour Toi. Ce sont mes sœurs qui les ont. Mais où sont restées Marthe et Marie ? Elles ne se préoccupent pas de te faire honneur ?" Lazare est irrité comme beaucoup de malades.

"Sois tranquille ! Elles sont dehors avec Simon et Margziam. Je suis venu avec eux et je n'ai besoin de rien. Je vais les appeler." Et en effet il appelle ceux qui, prudents, étaient restés dehors.

Marthe sort et revient avec deux rouleaux qu'elle donne à Jésus. Marie rapporte que le serviteur de Nicodème a dit qu'il précédait son maître qui vient avec Joseph d'Arimathie. Et, en même temps, Lazare se souvient d'une femme "qui s'est présentée hier en ton nom" dit-il.

"Ah ! oui ! Tu sais qui c'est ?"

"Elle nous l'a dit. C'est la fille d'un riche de Jéricho, qui est parti en Syrie tout jeune, depuis des années. Il l'a appelée Anastasica, en souvenir de la fleur du désert. Cependant elle n'a pas voulu faire connaître le nom de son mari" explique Marthe.

"Il n'en est pas besoin. Il l'a répudiée, et elle est donc uniquement "la disciple". Où est-elle?"

"Elle est bien fatiguée et elle dort. Ces derniers jours et nuits elle a vécu bien mal. Si tu veux, je vais l'appeler."

"Non, laisse-la dormir. Je m'en occuperai demain."

Lazare regarde Margziam avec admiration. Et Margziam est sur les épines. Il voudrait bien savoir ce qu'il y a sur les rouleaux.

Jésus le comprend et les ouvre. Lazare dit : "Comment ? Il est au courant ?"

"Oui. Lui et les autres, excepté Nathanaël, Philippe, Thomas et Judas..."

"Tu as bien fait de le lui tenir caché à lui !" interrompt Lazare. "Moi, j'ai beaucoup de soupçons..."

393> "Je ne suis pas imprudent, mon ami" interrompt Jésus, et il lit les rouleaux en rapportant ensuite les principales nouvelles, à savoir que les deux se sont bien acclimatés, que l'école est prospère et que, sans l'affaiblissement de Jean, tout irait bien. Mais il ne peut en dire davantage parce qu'on annonce l'arrivée de Nicodème et de Joseph.

"Dieu te garde, ô Maître ! Toujours, comme ce matin !"

"Merci, Joseph. Et toi, Nicodème, tu n'étais pas là ?"

"Non. Mais ayant su que tu étais arrivé, j'ai pensé à venir chez Lazare, presque certain de te trouver. Et Joseph est venu avec moi."

Ils parlent des événements de la matinée autour du lit de Lazare qui s'y intéresse tellement qu'il semble oublier sa souffrance.

"Mais ce Gamaliel, Seigneur ! Tu as entendu ?" dit Joseph d'Arimathie.

"J'ai entendu."

Nicodème dit : "Moi, par contre, je dis : ce Judas de Kériot, Seigneur ! Après ton départ, je l'ai trouvé, vociférant comme un démon, au milieu d'un groupe d'élèves des rabbis. Il t'accusait et te défendait à la fois. Et je suis certain qu'il était vraiment convaincu de bien faire. Eux voulaient te trouver en défaut, poussés à cela par leurs maîtres. Lui combattait leurs accusations avec une fougue attristée en disant : "II n'a qu'un tort, mon Maître ! C'est de faire trop peu éclater sa puissance. Il laisse passer l'occasion. Il fatigue les bons par son excessive douceur. Il est Roi : Et il doit agir en Roi. Vous le traitez en serviteur parce qu'il est doux. Et Lui se ruine à n'être que doux. Pour vous, lâches et cruels, il n'y a que le fouet d'un pouvoir absolu et violent. Oh ! pourquoi ne puis-je faire de Lui un violent Saül!"

Jésus hoche la tête sans parler.

"Et pourtant il t'aime" observe Nicodème.

"Quel homme déconcertant !" dit Lazare.

"Oui, tu as bien dit. Moi, je ne le comprends pas encore, depuis deux ans que je suis avec lui" confirme le Zélote.

Marie de Magdala se lève avec la majesté d'une reine, et de sa voix splendide elle proclame : "Moi, je l'ai compris mieux que tous: c'est l'opprobre à côté de la Perfection. Et il n'y a rien d'autre à dire" et elle sort pour quelque occupation, en emmenant avec elle Margziam.

"Peut-être Marie a-t-elle raison" dit Lazare.

"Moi aussi, je le pense" dit Joseph.

"Et Toi, Maître, qu'en dis-tu ?"

394> "Je dis que Judas c'est "l'homme". Comme Gamaliel. L'homme borné près du Dieu infini. L'homme est si étroit dans sa pensée, tant qu'on ne lui fait pas respirer le surnaturel qu'il ne peut accueillir qu'une seule idée, l'incruster en lui, s'incruster en elle et s'en tenir à elle. Même en dépit de l'évidence. Têtu. Obstiné. Pour la foi, peut-être, à la chose qui l'a le plus frappé. Au fond Gamaliel a une foi, comme peu de gens en Israël, dans le Messie qu'il a entrevu et reconnu dans un enfant. Et il est fidèle à la parole de cet Enfant... Et de même Judas. Saturé de l'idée messianique telle que la plus grande partie d'Israël la cultive, confirmé en elle par la première manifestation qu'il a vue de Moi [3], il voit, il veut voir dans le Christ le roi. Le roi temporel et puissant... et il est fidèle à l'idée qu'il s'est faite.

 Oh ! combien, même dans l'avenir, se ruineront à cause d'une idée erronée de la foi, rebelle à toute raison ! Mais vous, que croyez-vous ? Qu'il soit facile de suivre la vérité et la justice en toutes choses ? Que croyez-vous ? Qu'il soit facile de se sauver parce qu'on est un Gamaliel ou un Judas apôtre ? Non. En vérité, en vérité je vous dis qu'il est plus facile de se sauver pour un enfant, un fidèle du commun, que pour quelqu'un qui est élevé à une charge spéciale, à une mission spéciale. Généralement ceux qui sont appelés à un destin extraordinaire laissent entrer en eux l'orgueil de leur vocation, et cet orgueil ouvre les portes à Satan, en chassant Dieu. Les chutes des étoiles arrivent plus facilement que celles des cailloux. Le Maudit cherche à éteindre les astres et il s'insinue, il s'insinue sournoisement pour servir de levier à ceux qui sont choisis afin de les faire tomber. Si mille et dix mille hommes tombent dans les erreurs communes, leur chute n'entraîne qu'eux mêmes. Mais si celui qui tombe est quelqu'un qui a été choisi pour un destin extraordinaire, et devient un instrument de Satan au lieu de l'être pour Dieu, sa voix au lieu d'être "ma" voix, son disciple au lieu d'être "mon" disciple, alors la ruine est bien plus grande et peut même donner naissance à des hérésies profondes qui blessent d'innombrables esprits.

Le bien que je donne à quelqu'un produira beaucoup de bien s'il tombe sur un terrain humble et qui sait rester tel. Mais s'il tombe sur un terrain orgueilleux ou qui devient tel à cause du don reçu, alors de bien il devient mal. À Gamaliel fut accordée une des premières manifestations du Christ. Ce devait être pour lui un précoce appel vers le Christ. C'est la raison de sa surdité à l'appel de ma Voix qui l'appelle. 395> À Judas il a été accordé d'être apôtre : un des douze apôtres parmi les milliers d'hommes d'Israël. Cela devait être sa sanctification. Mais qu'en sera-t-il ?... Mes amis, l'homme est l'éternel Adam... Adam avait tout, tout sauf une chose. Il voulut l'avoir.  Et pourvu que l'homme reste Adam ! Mais bien souvent il devient Lucifer. Il a tout moins la divinité. Il veut celle-là. Il veut le surnaturel pour étonner, pour être acclamé, craint, connu, célébré... Et pour avoir quelque chose de ce que seul Dieu peut donner gratuitement, il s'agrippe à Satan, qui est le singe de Dieu, et donne de prétendus dons surnaturels. Oh ! quel horrible sort que celui de ses insatanisés !

Je vous quitte, mes amis. Je me retire pour quelque temps. J'ai besoin de me recueillir en Dieu..." Jésus sort très troublé...

Ceux qui sont restés : Lazare, Joseph, Nicodème et le Zélote, se regardent.

"Tu as vu comme il était troublé ?" demande à mi-voix Joseph à Lazare.

"Je l'ai vu. Il semblait voir un spectacle horrible."

"Que peut-il avoir dans le cœur ?" demande Nicodème.

"Il n'y a que Lui et l'Éternel qui le sachent" répond Joseph.

"Tu ne sais rien, Simon ?"

"Non. Il est certain que depuis des mois, il est très angoissé."

"Que Dieu le sauve ! Mais il est certain que la haine grandit."

"Oui, Joseph, la haine grandit... Je crois que bientôt la Haine va vaincre l'Amour."

"Ne dis pas cela, Simon ! S'il devait en être ainsi, je ne demanderai plus de guérir ! Il vaut mieux mourir que d'assister à la plus horrible des erreurs."

"Des sacrilèges, devrais-tu dire, Lazare..."

"Et pourtant... Israël est capable de cela. Il est mûr pour répéter le geste de Lucifer, en faisant la guerre au Seigneur béni" soupire Nicodème.

Il se fait un silence pénible, comme une morsure qui leur serre la gorge... La nuit descend dans la pièce où quatre honnêtes hommes pensent aux futurs criminels.

 



[1] Anastasica, Rose de Jéricho Cf. 5.50.

[2] Maison occupée par une romaine en faveur auprès de Ponce Pilate mariée à un Juif. Elle mène des fêtes auxquelles assiste le Tout-Jérusalem. Elle s’entourait d’oiseaux réputés impurs pour les juifs. Cf. 2.102.

[3] Jésus chassant les marchands du Temple. Cf. 2.16