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"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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.6.366 - Verso il Getsemani con Simone Zelote, Marziam e la nuova discepola Anastatica. Lettere da Antiochia.

 3.365 - Letters from Antioch.

 4.366 - Anastática entre las discípulas. Las cartas de Antioquía.

 6.413 - Die Briefe aus Antiochia.



Jeudi 8 mars 29
(6 Adar II 3789)
Gethsémani.


   Vers l'index des thématiques

 La conversion des pécheurs.

 Mouvement lent vers la perfection.

 L'orgueil est la pierre qui sert de piédestal à Satan.

 Ce n'est pas parce que je vous ai appelés que vous serez saints.

 Jésus est présent chaque nuit à l’esprit de Jean d'Endor à Antioche.

 Religions mêlées d’Antioche.

 L'onguent miraculeux de Marie.


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- Comment Margziam a cessé de haïr .......................... 395

- Jésus parle au Zélote du progrès spirituel .......... 397

- Et de l'épreuve à venir 398

- L'accueil chaleureux à Gethsémani ................. 399

- Le retrait au rocher de l'agonie ......................... 401


- Lettre de Jean d'Endor (Reconnaissance et pardon) ........................................ 401

- Pierre insiste pour que Jésus lise tout ......................... 402

- Suite de la lettre (Présence sensible de Jésus ...... 402

- Le travail de pédagogue) ........................................ 403

- Lettre de Sintica (Son école de broderie .................. 404

- L'usage qu'elle fait de l'onguent de Marie ..... 405


- La grâce de Jean et la sienne propre ........................... 405

- Nicolaï, la première conquête ........................................ 406

- Jean d'Endor décline malgré tous les soins) ............. 406

- Margziam sait pourquoi Marie pleure ........................... 406

 

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5


Tome 5, chapitre 56.

366.
Lettres d’Antioche.


 

Vision du mardi 22 janvier 1946

395> Jésus a quitté Béthanie avec ceux qui étaient avec Lui, c'est-à-dire Simon le Zélote et Margziam. Mais à eux s'est jointe Anastasica qui toute voilée chemine à côté de Margziam, alors que Jésus est un peu en arrière avec Simon. Les deux groupes marchent tout en parlant, chacun pour son compte, et de ce qui lui tient le plus à cœur.          

396> Anastasica dit à Margziam, en continuant une conversation déjà commencée : "J'ai hâte de la rencontrer." Peut-être la femme parle d'Élise de Bethsur. "Crois bien que je n'étais pas si émue quand je me suis mariée, ou quand on me déclara lépreuse. Comment vais-je la saluer ?"    

Et Margziam, avec un sourire doux et sérieux : "Oh ! par son vrai nom ! Mère
[1] !"       

"Mais moi, je ne la connais pas ! N'est-ce pas trop de familiarité ? Qui suis-je, enfin, pour elle ?"          

"Ce que j'étais l'an dernier. Et même toi, tu es bien plus que moi ! Moi, j'étais un pauvre orphelin sale, apeuré, grossier. Et pourtant elle m'a toujours appelé fils, dès le premier instant
[2], et elle a toujours été pour moi une vraie mère. L'an dernier c'était moi qui éprouvais une agitation craintive en attendant de la voir. Mais ensuite rien que de la voir, je n'ai plus eu de crainte. Elle est disparue toute cette épouvante qui m'était restée dans le sang depuis que j'avais vu avec mes yeux d'enfant, d'abord la fureur de la nature qui avait tout détruit de ma maison et de ma famille, et puis... et puis, de mes yeux d'enfant j'avais pu, j'avais dû voir comment l'homme est un fauve plus cruel que le chacal et le vampire... Toujours trembler... toujours pleurer... sentir ici un nœud qui vous serre durement, un nœud douloureux de peur, de peine, de haine, de tout... En quelques mois, j'ai connu tout le mal et toute la souffrance et la férocité qui existe dans le monde... Et je ne pouvais croire qu'il y avait encore de la bonté, encore de l'amour, encore de la protection..."      

"Mais comment ! Quand le Maître t'a pris ?!... Et quand tu as été parmi ses disciples, si bons !?"       

"J'ai encore tremblé, ma sœur... et j'ai encore haï. Oh ! il a fallu du temps pour me persuader de ne pas avoir peur... Et il m'en a fallu encore davantage pour arriver à ne pas haïr ceux qui ont fait souffrir mon âme en lui faisant connaître ce que peut être un homme : un démon qui se présente comme un fauve. On ne souffre pas sans en subir longtemps les conséquences surtout quand on est enfant... La trace en demeure parce que notre cœur est encore tendre et encore tiède des baisers de la mère, affamé de baisers plus encore que de pain. Et au lieu de baisers il se voit donner des coups..."       

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397> "Pauvre enfant !"          

"Oui. Pauvre. Tellement pauvre ! Je n'avais même plus l'espoir en Dieu ni le respect de l'homme... J'avais peur de l'homme. Même près de Jésus, même dans, les bras de Pierre, j'avais peur... Je me disais : "Est-ce possible ? Oh ! cela ne durera pas. Eux aussi se lasseront d'être bons..." Et je soupirais après
Marie. Une mère est toujours une mère, n'est-ce pas ? Et en effet, quand je l'ai vue, quand j'ai été dans ses bras, je n'ai plus craint. J'ai compris que vraiment tout le passé était fini et que de l'enfer j'étais passé au paradis... La dernière souffrance fut de voir qu'on me laissait de côté... Je soupçonnais toujours du mal. J'ai beaucoup pleuré. Oh ! alors... Avec quel amour elle m'a pris ! Non. Je n'ai plus pleuré ma mère à partir de ce moment-là, je n'ai plus tremblé.... Marie est la douceur et la paix des malheureux..."        

"Et de douceur et de paix, j'ai besoin moi aussi..." soupire la femme.           

"Et bientôt tu l'auras. Tu vois cette verdure là-bas ? Elle est cachée là, dans la maison du Gethsémani."           

"Et y aura-t-il aussi Élise ? Mais que vais-je leur dire ? Que me diront-elles ?"            

"Je ne sais pas si Élise sera là. Elle était malade."    

"Oh ! Ne mourra-t-elle pas ?! Qui alors me prendrait pour fille ?"        

"Ne crains pas. Lui a dit : "Tu auras une mère et une maison". Et il en sera ainsi. Avançons un peu vite. Moi, je ne sais pas ralentir quand je suis proche de Marie."        

Ils se hâtent, et je n'entends plus leur conversation.  

Le Zélote les voit qui courent presque sur la route très fréquentée, et il fait observer à Jésus : "On dirait des frères. Regarde comme ils sont bons amis."   

"Margziam sait se faire à tous. C'est une vertu difficile et si nécessaire pour sa future mission
[3]. Je prends soin de faire grandir en lui cette heureuse disposition parce qu'elle lui servira beaucoup."   

"Lui, tu le façonnes à ton goût, n'est-ce pas, Maître ?"          

"Oui. Son âge me le permet."           

"Et pourtant même le vieux Jean Félix, tu as pu le façonner..."          

"Oui. Parce qu'il s'est laissé détruire et recréer complètement par Moi."         

 "C'est vrai. J'ai remarqué que les plus grands pécheurs quand ils se convertissent nous dépassent en justice, nous hommes d'une culpabilité relative. Pourquoi cela ?"         

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398> "Parce que, en eux, la contrition est en proportion de leur péché. Immense. Pour cela elle les brise sous le poids de la souffrance et de l'humilité. "Mon péché est toujours contre moi" dit le psalmiste[4]. Cela garde l'esprit dans l'humilité. C'est un bon souvenir, quand il est joint à l'espérance et à la confiance dans la Miséricorde. Les perfections moyennes, ou celles qui sont encore moins que moyennes, bien souvent s'arrêtent parce qu'elles n'ont pas l'aiguillon du remords d'avoir péché gravement et de devoir réparer pour avancer vers la vraie perfection. Elles s'arrêtent comme des eaux stagnantes. Elles se regardent comme satisfaites d'être limpides. Mais même l'eau la plus limpide, si par le mouvement elle ne se purifie pas des poussières, des débris que le vent lui apporte, finit par devenir fangeuse et corrompue."            

"Et les imperfections que nous laissons exister et persister en nous, sont-elles des poussières et des détritus ?"            

 "Oui, Simon. Vous êtes trop stagnants encore. Votre mouvement vers la perfection est presque imperceptible. Ne savez-vous pas que le temps passe vite ? Ne pensez-vous pas que dans le court espace de temps qui vous reste, vous devriez vous efforcer de devenir parfaits ? Si vous ne possédez pas la force de la perfection, conquise par une volonté résolue dans ce temps qui avance, comment pourrez-vous résister à la tempête que Satan et ses fils vont déchaîner contre le Maître et sa Doctrine ? Un jour va venir où vous vous demanderez : "Mais comment avons-nous pu être bouleversés, nous qui avons été avec Lui pendant trois années ?" Oh ! la réponse est en vous, dans votre manière d'agir ! Plus quelqu'un s'efforcera de devenir parfait dans ce temps qui reste, plus il sera capable d'être fidèle."         

"Trois ans... Mais alors... Oh ! mon Seigneur !... C'est donc au printemps prochain que nous allons te perdre ?"        

"Ces arbres ont leurs petits fruits et moi, je les goûterai quand ils seront mûrs. Mais jamais plus je ne goûterai, après les fruits de cette année, les nouvelles récoltes... Ne te désole pas, Simon. La désolation est stérile. Sache te fortifier dans la justice et en avoir la préoccupation pour pouvoir être fidèle au moment redoutable."        

"Oui, je le ferai. Avec toutes mes forces. Puis-je dire cela aux autres pour qu'ils se préparent eux aussi ?"          

"Tu peux le dire. Mais tiendra celui qui aura une forte volonté."          

"Et les autres ? Perdus ?"     

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399> "Non, mais ils seront durement éprouvés par leur conduite. Ils seront comme quelqu'un qui se croyait fort et qui se trouve terrassé et vaincu. Étonnés. Humiliés. Humbles finalement ! Parce que, crois-le Simon, s'il n'y a pas d'humilité, on n'avance pas.

 L'orgueil est la pierre qui sert de piédestal à Satan. Pourquoi la garder dans le cœur ? Est-ce un maître agréable cet être horrible ?"

"Non, Maître."           

"Et pourtant vous gardez dans votre cœur son point d'appui, la chaire pour ses instructions. Vous êtes pétris d'orgueil. Vous en avez pour tout et pour tous les motifs. Même d'être "miens" c'est pour vous de l'orgueil. Mais, sots que vous êtes, n'êtes-vous pas guéris en comparant ce que vous êtes avec Celui qui vous a choisis ?
 Ce n'est pas parce que je vous ai appelés que vous serez saints. C'est parce que vous le serez devenus après mon appel. La sainteté est une construction que chacun élève par lui-même. La Sagesse peut en indiquer la méthode et le plan. Mais le travail matériel, c'est vous que cela concerne."    

"C'est vrai. Alors, pourtant, nous ne nous perdrons pas ? Après l'épreuve, nous serons plus saints parce que humbles ?..."  

"Oui." Le oui est sec et sévère.         

"C'est ainsi que tu le dis, Maître ?"    

"C'est ainsi."

"Tu voudrais pour nous la sainteté avant l'épreuve..."            

"Oui, c'est ce que je voudrais. Et pour tous."            

"Pour tous ! Nous ne serons pas pareils dans l'épreuve ?"    

"Pas pareils, ni avant, ni pendant, ni après. Et pourtant à tous j'ai donné la même parole..."

"Et le même amour, Maître. Nous sommes grandement coupables envers Toi..."       

Jésus soupire...       

Le Zélote, après un silence plutôt long, va parler. Mais presque en courant arrivent à leur rencontre les apôtres et les disciples qui ont rencontré Margziam sur les premières pentes du Gethsémani. Simon se tait alors que Jésus répond à toutes les salutations et se dirige ensuite à côté de Pierre vers l'oliveraie et la maison.

Pierre annonce que dès l'aube ils étaient sur le qui-vive, qu'Élise est encore souffrante dans la maison de Jeanne, que le soir précédent des pharisiens étaient venus, que... que... que... tout un tas de nouvelles embrouillées d'où sort finalement la question : "Et Lazare ?" à laquelle Jésus répond en détail.     

Pierre, très curieux, ne peut s'empêcher de demander : "Et... rien, Seigneur ? Aucune... nouvelle..."   

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400> "Si. Tu les sauras au moment voulu. Où est Margziam avec la femme ? Déjà à la maison."      

"Oh ! non ! La femme n'a pas osé avancer. Elle s'est assise sur un talus et elle t'attend. Margziam... Margziam... il est disparu. Il a dû courir à la maison."      

"Hâtons le pas."       

Mais malgré leur hâte, ils n'arrivent pas à la maison avant que Marie et sa belle-sœur, Salomé, Porphyrée, les femmes de Barthélemy et de Philippe, n'en soient sorties pour le vénérer. Jésus les salue de loin et se dirige vers l'endroit où Anastasica se tient humblement, il la prend par la main pour la conduire vers sa Mère et les femmes.     

"Voici: c'est la fleur de cette Pâque, Mère. Une seule cette année. Mais qu'elle te soit douce parce que c'est Moi qui te l'amène."   

La femme s'est agenouillée.

Marie se penche et la relève en disant : "Les filles restent sur le cœur, pas aux pieds des mères. Viens, ma fille. Connaissons nos visages comme déjà nos esprits se connaissent. Voici les sœurs qui sont présentes, d'autres viendront. Et que ce soit une douce famille toute amour entre ses membres et toute sainteté pour la gloire de Dieu."      

Des baisers affectueux s'échangent entre les femmes disciples et elles se dévisagent entre elles. Elles entrent dans la maison et montent sur la terrasse entourée de la couleur glauque de centaines d'oliviers. Les groupes se séparent : Jésus avec les hommes, les femmes à part, autour de la nouvelle venue. Revient Suzanne qui était allée avec son mari en ville. Jeanne arrive avec les enfants. Avec son visage angélique, apparaît Annalia. Jaïre, qui s'était mêlé aux disciples pendant qu'ils couraient vers Jésus, revient avec sa fille qui va dans le groupe des femmes, auprès de Marie qui la caresse.       

C'est la paix et l'amour dans l'accueil des personnes. Puis le soleil descend. Avant de congédier ceux qui retournent dans leurs propres maisons, ou celles qui les logent, Jésus les réunit tous pour la prière et il les bénit. Puis il congédie tout le monde. Il reste avec ceux qui préfèrent s'entasser dans la maison du Gethsémani ou passer la nuit sous les oliviers plutôt que de s'éloigner de là. Il reste ainsi Marie, Marie d'Alphée, Salomé, Anastasica, Porphyrée, pour les femmes; et pour les hommes, Jésus, Pierre, André, Jacques et Jude d'Alphée, Jacques et Jean de Zébédée, Simon le Zélote, Mathieu, Margziam.    

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401> Le souper est vite consommé. Et ensuite Jésus invite sa Mère et Marie d'Alphée à venir avec Lui et les disciples dans l'oliveraie silencieuse. Peut-être les autres femmes iraient-elles aussi volontiers, mais Jésus ne les appelle pas et il dit même à Salomé et à Porphyrée : "Conversez saintement avec la nouvelle sœur et puis couchez-vous sans nous attendre. La paix soit avec vous." Et les trois se résignent à leur sort. Pierre est un peu maussade alors que tout le monde parle, alors qu'en groupe ils vont justement vers le futur rocher de l'agonie. Ils s'assoient sur le talus, tournés vers Jérusalem qui s'apaise lentement après les bruits confus de la journée.           

"Allume des branches, Pierre" commande Jésus.      

"Pourquoi ?"

"Parce que je veux vous lire ce qu'ont écrit
Jean et Sintica. C'est pour cela, sache-le, toi qui es mécontent, c'est pour cela que je n'ai pas fait venir les trois femmes."            

"Mais il y avait ma femme ce soir-là !..."       

"Mais exclure seulement Salomé, des anciennes disciples, aurait été peu convenable... Du reste, cela te donnera l'occasion de t'épancher avec ta prudente épouse en lui racontant ce que tu vas entendre maintenant."      

Pierre, tout fier de l'éloge qui est fait de
Porphyrée et de la permission de pouvoir la mettre au courant du secret, perd du coup son humeur maussade et se met à allumer un joyeux flambeau duquel s'élèvent des flammes toutes droites, immobiles dans l'air tranquille.         

Jésus tire de sa ceinture les deux lettres, les déroule et les lit au milieu du cercle attentif des onze visages.    

 "À Jésus de Nazareth, honneur et bénédiction. À Marie de Nazareth, bénédiction et paix. Aux frères saints, paix et salut. Au bien-aimé Margziam, paix et caresses.     

Ce sont des larmes et des sourires qui sont dans mon cœur, alors que je m'assois afin d'écrire cette lettre pour vous tous. Souvenirs nostalgiques, espérance et paix du devoir accompli, tout cela me remplit. Tout le passé qui pour moi a de la valeur, c'est-à-dire celui qui a commencé il y a douze mois, est devant moi, et un psaume de reconnaissance pour Dieu, qui a eu trop de pitié pour le coupable, jaillit de mon cœur. Que Tu sois béni et avec Toi la Sainte qui t'a donné au monde, et l'autre mère dont je me souviens comme de la compassion incarnée, et avec Toi les bénis Pierre, Jean, Simon, Jacques et Jude et l'autre Jacques, et André et Mathieu, et enfin, en le prenant sur mon cœur pour le bénir, mon très cher Margziam, pour tout ce que vous m'avez donné depuis le moment où je vous ai connus jusqu'à celui où je vous ai quittés ! Oh ! ce n'était pas par ma volonté !         

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402> Que Dieu pardonne à ceux qui m'ont arraché à vous ! Que Dieu leur pardonne, et qu'il augmente en moi la capacité de le faire, de moi-même. Pour le moment, avec son secours, je puis le faire avec Lui. Mais par moi seul, non, je ne pourrais encore le faire, parce qu'elle est trop vive la blessure qu'ils m'ont faite en m'arrachant à ma vraie Vie, à Toi, Très Saint. Trop vive encore bien que tes réconforts soient une pluie continuelle et balsamique sur moi ..."   

Jésus parcourt plusieurs lignes sans les lire, et il reprend : "Ma vie..." mais Pierre, pour permettre au Maître d'y voir clair, a pris un rameau embrasé et le tient élevé, en restant près du Maître et en allongeant le cou pour voir ce qui est écrit, dit : "Non, ce n'est pas cela ! Pourquoi ne lis-tu pas, Maître ? Il y a autre chose au milieu ! Je suis bête, mais pas au point de ne pas savoir lire du tout. Moi, je lis : "Tes promesses ont dépassé les espérances..."          

"Mais tu es terrible ! Pire qu'un enfant !" dit Jésus en souriant.          

"Bien sûr ! Je suis presque un vieillard ! C'est pourquoi j'ai plus de malice qu'un enfant."

"Tu devrais aussi avoir davantage de prudence."      

"C'est bon avec les ennemis. Ici, nous sommes entre amis. Ici Jean dit de belles choses de Toi. Je voudrais les savoir, pour me guider moi aussi quand tu m'expédies ailleurs comme une marchandise. Allons, lis tout ! Mère, dis-lui qu'il n'est pas juste de nous donner les nouvelles en les triant comme autant de petits poissons. Dehors ! Dehors ! Les algues, la boue, le menu fretin, les poissons de choix. Tout ! Aidez-moi, vous autres ! Vous semblez autant de statues. Vous me dépitez ! Et ils rient !"   

Il est difficile de ne pas rire devant l'agitation de Pierre qui saute ça et là comme un poulain emballé, en secouant son rameau flamboyant sans se préoccuper des étincelles qui lui pleuvent dessus.      

Jésus doit céder pour le calmer et avancer dans la lecture.   

 "Tes promesses ont dépassé les espérances que j'avais dans tes promesses. Oh ! Maître saint ! Quand dans cette triste matinée d'hiver tu m'as promis que tu serais venu consoler ton triste disciple, je n'ai pas compris la véritable portée de ta promesse. La souffrance et les limites de l'homme accablaient les facultés de l'esprit et il était fermé à la compréhension de la portée de ta promesse.           

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403> Sois béni, spirituel Visiteur de mes nuits qui ainsi ne sont pas désolation et souffrance comme je le prévoyais, mais attente de Toi, ou joyeuse rencontre avec Toi. La nuit, horreur des malades, des exilés, des esseulés, des coupables, pour moi Félix, vraiment heureux de faire ta volonté et de te servir, est devenue l'attente des vierges sages pour l'arrivée de l'époux. Ma pauvre âme a même davantage encore. Elle a la béatitude d'être l'épouse attendant son Amour, qui vient dans la chambre nuptiale pour lui donner chaque fois la joie de la première rencontre et l'extase fortifiante de la fusion.          

Oh ! mon Maître et Seigneur, tout en te bénissant du si grand don que tu me fais, je te prie de te rappeler les deux autres promesses que tu m'as faites. La plus importante, pour l'homme trop faible que je suis, est de ne pas me laisser en vie pour l'heure de ta souffrance. Tu connais ma faiblesse ! Ne fais pas que celui qui pour ton amour s'est dépouillé de la haine doive, à cause de la haine envers les hommes tes bourreaux, vêtir de nouveau les épineux et brûlants uniformes de la haine. La seconde promesse, c'est pour ton pauvre disciple, encore trop faible et inachevé dans la perfection : sois près de moi, comme tu me l'as dit, à l'heure de ma mort. Maintenant que je sais comment pour Toi n'existent pas les distances, les mers, les montagnes, les fleuves et que les desseins des hommes ne t'empêchent pas de donner à ceux qui t'aiment le réconfort de ta présence sensible, je ne doute plus de pouvoir te posséder à mon dernier soupir. Viens, Seigneur Jésus ! Et viens vite pour m'introduire dans la paix.  

Et maintenant que je t'ai parlé de mon esprit, je vais te donner des nouvelles de mon travail.          

J'ai beaucoup d'élèves, de toutes races et de tous pays. Pour ne pas blesser les uns ou les autres, je leur ai réparti les jours, en alternant un jour pour les païens, un pour les fidèles, avec grand profit, étant donné l'absence ici de pédagogues. Le gain je le donne aux pauvres, et ainsi je les attire au Seigneur. J'ai repris mon ancien nom. non parce que je l'aime, mais par prudence. Aux heures où j'appartiens au monde, je suis 'Félix'. Aux heures où j'appartiens à Jésus, je suis seulement 'Jean' : la grâce de Dieu. J'ai expliqué à Philippe que mon vrai nom était Félix et que l'on ne m'appelait Jean que pour me distinguer parmi les frères. Et la chose n'a produit aucune surprise étant donné la facilité avec laquelle nous changeons de nom ou nous nous appelons par des surnoms. J'espère faire ici beaucoup de travail pour préparer la voie aux frères saints.      

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404> Si j'avais plus de force, je voudrais me répandre dans ces campagnes pour faire connaître ton Nom. Mais peut-être le pourrai-je au début de l'été ou aux fraîches journées de l'automne. Et il me suffira de le pouvoir pour le faire. L'air pur d'Antigonea, ces jardins si tranquilles et si beaux, les fleurs, les enfants, les poulettes, l'affection des jardiniers, et surtout cette grande, sage filiale Sintica me donnent beaucoup de joie. Je dirais que je vais mieux. Ce n'est pas l'avis de Sintica, bien que sa pensée ne se manifeste que par les soins empressés et continuels dont elle m'entoure, pour ma nourriture, pour mon repos, pour m'empêcher de prendre froid... Mais je me sens mieux. Ce n'est peut-être qu'une impression qui me vient du devoir héroïquement accompli ? C'est ce que dit Sintica. Et je voudrais savoir si elle a raison. Car le devoir c'est une chose morale alors que la maladie c'est chose charnelle.           

Et je voudrais aussi savoir si c'est bien Toi qui viens réellement ou si tu n'apparais qu'aux sens spirituels, mais si parfaitement que cela ne me permet pas de savoir où finit la réalité matérielle de ta Présence.     

Maître chéri et béni, ton Jean s'agenouille pour te demander ta bénédiction.  

À la Mère, à Marie, aux frères saints, paix et bénédiction. À Margziam un baiser pour qu'il se souvienne de m'envoyer les saintes paroles, pain des exilés qui travaillent dans la vigne du Seigneur".           

C'est la lettre de Jean... Qu'en dites-vous ?"

Les impressions s'entrecroisent... Mais domine celle de la Présence de Jésus. Ils l'accablent de questions... sur la manière dont cela peut se produire, sur sa possibilité, sur une participation de Sintica, et cetera.          

 Jésus fait signe que l'on se taise et il ouvre le rouleau de Sintica. Il lit : "Sintica au Seigneur Jésus, avec tout l'amour dont elle est capable. À la Mère bénie, vénération et louange. Aux frères dans le Seigneur, reconnaissance et bénédiction. À Margziam, l'embrassement de sa sœur lointaine.           

Jean t'a dit, ô Maître, notre vie. Il t'a dit très en abrégé ce qu'il fait et ce que moi je fais, en qualité de femme. J'ai ma petite école pleine de fillettes, et je gagne beaucoup spirituellement, parce que je te les gagne, ô mon Seigneur, en parlant du vrai Dieu, à l'occasion du travail lui-même.
 Ici, dans cette région où tant de races se sont mélangées, il y a un écheveau embrouillé de religions. Tellement embrouillé que... ce ne sont plus que des religions impraticables, des effilochures de religions qui ne servent plus à rien. Au milieu, rigide et intransigeante, la religion juive qui, par son poids, brise les fils déjà usés des autres sans rien obtenir.         

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405> Jean, qui a des élèves, doit se comporter avec prudence. Moi, avec les fillettes, j'y vais plus librement. Etre femme est toujours une infériorité si bien que pour des familles de religions différentes il est sans importance que les fillettes soient mélangées dans une école unique. Il suffit qu'elles apprennent l'art fructueux de la broderie. Et que soit bénie l'idée méprisante que le monde a de nous les femmes, car il me permet d'élargir toujours plus mon cercle d'influence. Les broderies se vendent comme des petits pains, leur réputation s'étend, il vient de loin des acheteuses. À toutes j'ai la possibilité de parler de Dieu... Oh ! comme les fils eux-mêmes qui, sur le métier ou sur la toile deviennent des fleurs, des animaux, des étoiles, servent, dès qu'on le veut, à diriger les âmes vers la Vérité. Connaissant plusieurs langues, je peux me servir du grec avec les grecs, du latin avec les romains, de l'hébreu avec les hébreux. Même pour celui-ci je me perfectionne de plus en plus grâce à l'aide de Jean.  

 Un autre moyen de pénétration c'est l'onguent de Marie. J'en ai fait une quantité de nouveau avec les essences qui existent ici et j'y ai mêlé une parcelle de l'onguent primitif pour le sanctifier. Ulcères et douleurs, blessures et mal de poitrine, disparaissent. Il est vrai qu'en faisant les pansements avec le baume, je répète sans arrêt les deux noms saints : Jésus-Marie. Et même, en jouant sur le nom grec du Christ, j'ai appelé ce baume 'Oint Myrrhe'. N'est-ce pas ainsi ? N'y a-t-il pas en lui l'essence salutaire de la Myrrhe de Dieu qui t'a engendré, ô Huile précieuse qui nous fais des rois ? Je dois rester bien souvent levée pour pouvoir en préparer du nouveau, et je prierais la Sainte de m'en préparer encore et de m'en envoyer pour les Tabernacles pour pouvoir le mélanger à l'autre fabriqué par l'infime servante de Dieu. Pourtant, si je fais mal d'agir ainsi, dis-le moi, Seigneur, et je ne le ferai jamais plus.  

Le cher Jean me loue beaucoup, et moi que devrais-je dire de lui, alors ? Il endure des souffrances aiguës. Mais il a un courage merveilleux. Si je ne connaissais pas son secret, j'en serais étonnée. Mais depuis cette nuit où revenant d'auprès d'un malade je l'ai trouvé extatique et transfiguré, et que j'ai entendu ses paroles et que prosternée, je me suis rendu compte que Tu étais présent à ton serviteur, je ne peux plus m'étonner. Peut-être, au contraire, que quelque frère s'étonnera d'apprendre que je ne regrette pas de ne t'avoir pas vu moi aussi. Pourquoi devrais-je le regretter ?         

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406>
Tout est bien, tout est suffisant de ce que Tu donnes. Chacun reçoit la part qu'il mérite et qui lui est nécessaire. Il est donc bien que Jean te possède visiblement et que moi je ne te possède qu'en esprit.    

Suis-je heureuse ? Comme femme, j'ai regretté le temps où j'étais avec Toi et Marie. Mais, comme âme, je suis très heureuse car je pense que c'est maintenant seulement que je te sers, mon Seigneur. Je pense que le temps n'est rien. Je pense que l'obéissance est la monnaie qui paie l'entrée dans ton Royaume. Je pense que de t'aider c'est une grâce que la pauvre esclave ne pouvait rêver même dans une heure de délire, et que Tu m'as accordé de t'aider. Je pense que, séparée maintenant, je te posséderai à la fin pendant toute l'éternité. Et je chante la chanson de Jean, comme fait l'alouette au printemps sur les champs dorés de l'Hellade. Mes fillettes la chantent parce qu'elles disent qu'elle est belle, et je les laisse chanter au rythme du métier qui ressemble tant à celui de la rame en ce jour lointain, car je pense que dire ton nom, ô Mère, c'est se disposer à la Grâce.            

Jean me prie d'ajouter la nouvelle qu'il t'a envoyé un citoyen distingué d'Antioche, du nom de Nicolaï
[5]. C'est sa première conquête pour ton troupeau. Nous espérons beaucoup que Nicolaï ne déçoive pas l'estime que nous avons de lui dans notre cœur.       

Bénis ta servante, Seigneur. Bénis-la, ô Mère, bénissez-moi tous, vous les saints et toi, enfant béni, qui grandis en sagesse près du Seigneur".        

C'est ce qu'écrit Sintica et elle a ajouté une note à l'insu de Jean. Elle y dit : "Jean n'en gagne que pour son esprit. Pour le reste, il décline malgré tous les soins. Il compte beaucoup sur le début de l'été. Je pense qu'il ne pourra pas faire ce qu'il dit. Je pense que l'hiver étouffera ce qu'il lui reste de vie... Mais il est en paix. Il se sanctifie par le travail et la souffrance. Garde-lui la force par ta présence, ô mon Seigneur ! Je te demande de me soumettre à toutes sortes de peines en échange de ce don pour ton disciple. J'envoie ces lettres à Lazare par Ptolmaï, et je te supplie de vouloir dire à lui et à ses sœurs que nous nous rappelons leurs bontés pour nous et que nous prions constamment et ardemment à leur intention"           

Tout le monde échange de nouvelles impressions.    

André se penche pour demander quelque chose à Marie, et il reste étonné de voir des larmes sur son visage. "Tu pleures ?" demande-t-il.   

"Pourquoi pleures-tu ? Mais comment ? Mère !" disent plusieurs.      

"Moi, je sais pourquoi elle pleure" dit Margziam.       

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407> "Pourquoi, alors?"        

"Parce que Jean a rappelé la mort du Seigneur."       

"Ah ! C'est vrai ? Et comment la connaît-il puisqu'il n'était plus ici quand tu l'as prédite ?"

"Parce qu'il l'a apprise de Moi pour son réconfort."   

"Hum ! Réconfort !..."

"Oui, son réconfort. La promesse qu'il n'attendra pas longtemps pour avoir le Royaume. Lui le mérite car il vous a tous surpassés par la volonté et l'obéissance. Retournons à la maison. Préparons les réponses pour les donner à Ptolmaï, et toi, Margziam, tu joindras tes livres."    

"Ah ! je comprends ! je comprends ! C'est pour eux qu'il écrivait!..."  

"Oui. Allons. Demain nous irons au Temple..."          

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[1] La jeune Anastasica, lépreuse guérie, est confiée à Élise de Bethsour, une veuve ayant perdu récemment ses deux fils. Mais auparavant, elle va rencontrer "la Mère" : la Vierge Marie.

[2] Margziam est confié à Porphyrée, l'épouse stérile de Pierre. Elle accueille l'orphelin par ce cri d'affection : "Oh ! mon chéri ! Viens mon trésor, que je t'embrasse !" (Tome 4, chapitre 89). Margziam avait d'abord été accueilli par la Vierge Marie qui lui avait donné le nom qu'il porte actuellement (Tome 3, chapitre 59). La rencontre avec la Vierge Marie a bien eu lieu le 25 mars 28, il y a donc presque un an, mais la rencontre avec Porphyrée, n'a eu lieu que le 30 mai.

[3] Margziam, sous le nom de Martial, deviendra un évangélisateur de la Gaule, notamment de la région du Limousin. Martial fut déclaré "apôtre de l’Aquitaine" par le pape Clément VI (XIVème siècle). Un homonyme du IIIème siècle est malencontreusement venu perturber cette tradition reléguée de ce fait au rang de légende par certains.

[4] Psaume 50 (51), 5.

[5] Un des sept futurs diacres.