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"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\italiano.gif 5.331 - La fede della donna cananea e altre conquiste. Arrivo ad Aczib.

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\English.gif 3.330 - The Cananean Mother.

 4.331 - La fe de la mujer cananea y otras conquistas. Llegada a Akcib.

 6. 37 - Die Kananäische Mutter.

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\CarrePP.jpg Évangile:
- Matthieu 15,21-28.
- Marc 7,24-30.



Vendredi 19 janvier 29
(18 Scébat 3789)
environs de
Cédès


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 I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Resume.gif

- Une femme attend Jésus ........................................ 123

- Les grands d'Israël en campagne contre lui.. 123

- Repas et départ ........ 124

- Une femme implore en vain Jésus pour sa fille ...... 125

- Les apôtres ne comprennent pas la dureté de Jésus 126

- Guérison de la fille de la Cananéenne ............... 127

- Les brebis d'Anna sont guéries ........................................ 128

- Guérie, la fille de la femme qui cherchait Jésus........... 129

- Et qui raconte comment elle l'a cherché ........................ 130

- La foi d'une mère hébraïque mariée à un romain... 131

- Elle présente à Jésus sa famille exemplaire..... 133


- Il faut arriver à la domination de l'esprit ...................... 133



La mère cananéenne.


Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5


Tome 5, chapitre 19.

331.
La mère cananéenne.


Vision du jeudi 15 novembre 1945

123> 1"Le Maître est-il avec toi ?" demande le vieux paysan Jonas à Jude Thaddée qui entre dans la cuisine. Déjà le feu est allumé pour chauffer le lait et réchauffer la pièce, car il fait un peu froid dans ces premières heures d'une matinée de fin janvier, je crois, ou de début février. La matinée est très belle mais le froid est un peu piquant.     

"Il doit être sorti pour prier. Il sort souvent à l'aube, quand il sait qu'il peut être seul. Il va bientôt arriver. Pourquoi le demandes- tu ?"  

"Je l'ai demandé aussi aux autres, qui maintenant se sont dispersés pour le chercher, car il y a une femme à côté, avec mon épouse, C'est une femme d'un village d'au-delà de la frontière et je ne sais pas vraiment dire comment elle a su que le Maître est ici, mais elle le sait et elle veut Lui parler."    

"C'est bien. Elle Lui parlera. Peut-être est-elle celle qu'il attend, avec une fillette malade. C'est son esprit qui l'aura conduite ici."         

"Non. Elle est seule, elle n'a pas d'enfant avec elle : Je la connais bien, parce que les villages sont si voisins. ...et la vallée appartient à tous. Et puis, moi je pense qu'il ne faut pas être cruel avec les voisins, même phéniciens, pour servir le Seigneur. Je peux me tromper mais..."       

"C'est aussi ce que dit toujours le Maître, qu'il faut avoir pitié de tous."         

"C'est ce qu'il fait, n'est-ce pas ?"     

"Oui."           

"Anna m'a dit aussi, que même maintenant on le traite mal. Mal, toujours mal !... En Judée, comme en Galilée, partout. Pourquoi donc Israël est-il si mauvais avec son Messie ? Je veux parler des plus grands parmi nous d'Israël, car le peuple l'aime."          

"Comment sais-tu ces choses ?"      

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124> "Oh ! je vis ici, au loin, mais je suis un fidèle israélite.
   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif Il me suffit d'aller au Temple pour les fêtes d'obligation pour savoir tout le bien et tout le mal ! Et le bien on le connaît moins que le mal, parce que le bien est humble et ne fait pas de réclame. Les bénéficiaires devraient le proclamer, mais peu nombreux sont ceux qui sont reconnaissants après avoir reçu des grâces. L'homme reçoit le bienfait et il l'oublie... Le mal, au contraire, fait résonner ses trompettes et il fait retentir ses paroles, même aux oreilles de ceux qui ne veulent pas entendre. Vous, qui êtes ses disciples, ne savez-vous pas à quel point, au Temple, on dénigre et on accuse le Messie ? Les scribes ne font plus d'instructions que sur son compte. Je crois qu'ils se sont fait un recueil d'instructions sur la manière d'accuser le Maître et de faits qu'ils présentent comme des motifs valables d'accusation. Et il faut avoir la conscience très droite et ferme et libre, pour savoir résister et juger avec sagesse. Lui, est-il au courant de ces manœuvres ?"          

"Il les connaît toutes. Et nous, plus ou moins, nous sommes aussi au courant, mais Lui ne s'en frappe pas. Il continue son travail et le nombre des disciples ou des croyants augmente chaque jour."        

"Que Dieu veuille qu'ils tiennent jusqu'à la fin, mais l'homme est instable dans ses pensées. Il est faible...            
2Voici le Maître qui vient vers la maison avec trois disciples."            

Et le vieillard sort, suivi de Jude Thaddée, pour vénérer
Jésus qui, plein de majesté, se dirige vers la maison.           

"La paix soit avec toi, aujourd'hui et toujours, Jonas."           

"Gloire et paix avec Toi, Maître, toujours."     

"La paix à toi, Jude. André et Jean ne sont-ils pas encore revenus ?"            

"Non, et je ne les ai pas entendus sortir. Personne. J'étais fatigué et j'ai dormi comme une souche."      

"Entre, Maître. Entrez. L'air est frais ce matin. Dans le bois il devait faire très froid. Il y a ici du lait chaud pour tout le monde."    

Ils sont en train de boire le lait et tous, sauf Jésus, y trempent de bons morceaux de pain, quand surviennent
André et Jean avec Anna, le berger.         

"Ah ! tu es ici ? Nous revenions pour dire que nous ne t'avions pas trouvé..." s’écrie André.

Jésus donne le salut de paix aux trois, et ajoute : "Vite, prenez votre part et partons car je veux être, avant le soir, au moins au pied de la montagne
d'Aczib. Ce soir commence le sabbat."       

"Mais, mes brebis ?"            

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125> Jésus sourit et répond : "Elles seront guéries après que je les aurai bénies."     

"Mais je suis à l'orient de la montagne ! Et Toi, pour cette femme, tu vas au couchant..."

"Laisse faire Dieu, et Lui pourvoira à tout.".   

3Le repas est fini, et les apôtres montent prendre les sacs de voyage pour le départ.

"Maître... cette femme qui est là... tu ne l'écoutes pas ?"       

"Je n'ai pas le temps, Jonas. La route est longue et, du reste, je suis venu pour les brebis d'Israël. Adieu, Jonas. Que Dieu te récompense de ta charité. Ma bénédiction est sur toi et sur tous tes parents, Allons."            

Mais le vieillard se met à crier à tue-tête : "Enfants ! Femmes ! Le Maître part ! Accourez !"

Et comme une nichée de poussins éparpillés dans un pailler accourent au cri de la mère poule qui les appelle, ainsi de tous les côtés de la maison accourent femmes et hommes occupés à leurs travaux ou encore à moitié endormis, et les enfants à moitié nus qui sourient avec leurs visages à peine éveillés... Ils se serrent autour de Jésus qui est au milieu de l'aire, et les mères enveloppent les enfants dans leurs jupes pour les garantir de l'air, ou bien les serrent dans leurs bras jusqu'à ce qu'une servante accoure avec des petits vêtements qui sont vite passés.       

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif 4Mais voilà qu'accourt une femme qui n'est pas de la maison, une pauvre femme en pleurs, honteuse... Elle marche courbée, presque en rampant et, arrivée près du groupe au milieu duquel se trouve Jésus, elle se met à crier : "Aie pitié de moi, ô Seigneur, Fils de David ! Ma fillette est toute tourmentée par le démon qui lui fait faire des choses honteuses. Aie pitié parce que je souffre tant et que je suis méprisée par tous à cause de cela. Comme si ma fille était responsable de faire ce qu'elle fait… Aie pitié, Seigneur, Toi qui peux tout. Élève ta voix et ta main et commande à l'esprit impur de sortir de Palma. Je n'ai que cette enfant et je suis veuve…Oh ! ne t’en va pas ! Pitié !…"         

En effet Jésus qui a fini de bénir les membres de la famille et qui a réprimandé les adultes d'avoir parlé de sa venue - et eux s'excusent en disant : "Nous n'avons pas parlé, crois-le, Seigneur !" - s'en va montrant une dureté inexplicable envers la pauvre femme qui se traîne sur les genoux en tendant des bras suppliants, haletante alors qu'elle dit : "C'est moi, moi qui t'ai vu hier pendant que tu passais le torrent, et j'ai entendu qu'on te disait : "Maître".

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126> Je vous ai suivis parmi les buissons et j'ai entendu leurs conversations. J'ai compris qui tu es... Et ce matin, je suis venue alors qu'il faisait encore nuit, pour rester ici sur le seuil comme un petit chien jusqu'au moment où Sara s'est levée et m'a fait entrer. Oh ! Seigneur, pitié ! Pitié ! D'une mère et d'une petite !"      

Mais Jésus marche rapidement, sourd à tout appel. Ceux de la maison disent à la femme : "Résigne-toi ! Il ne veut pas t'écouter. Il l'a dit : c'est pour ceux d'Israël qu'il est venu..."

Mais elle se lève, à la fois désespérée et pleine de foi, et elle répond : "Non. Je le prierai tant qu'il m'écoutera." Et elle se met à suivre le Maître ne cessant de crier ses supplications qui attirent sur le seuil des maisons du village tous ceux qui sont éveillés et qui, comme ceux de la maison de Jonas, se mettent à la suivre pour voir comment la chose va finir.

5Les apôtres pendant ce temps se regardent entre eux étonnés et ils murmurent : "Pourquoi agit-il ainsi ? Il ne l'a jamais fait !..."  

Et Jean dit : "À
Alexandroscène il a pourtant guéri ces deux."           

"C'étaient des prosélytes, pourtant" répond le Thaddée.        

"Et celle qu'il va guérir maintenant ?"

"Elle est prosélyte, elle aussi" dit le berger Anna.      

"Oh ! mais que de fois il a guéri aussi des gentils ou des païens ! La petite romaine, alors ? ..." dit André désolé, qui ne sait pas se tranquilliser de la dureté de Jésus envers la femme cananéenne.

"Je vais vous dire ce qu'il y a" s'exclame
Jacques de Zébédée. "C'est que le Maître est indigné. Sa patience est à bout, devant tant d'assauts de la méchanceté humaine. Ne voyez-vous pas comme il est changé ? Il a raison ! Désormais il ne vase donner qu'à ceux qu'il connaît. Et il fait bien !"

"Oui. Mais en attendant, elle nous suit en criant, avec une foule de gens à sa suite. Lui, s'il veut passer inaperçu, a trouvé moyen d'attirer l'attention même des arbres..." bougonne
Matthieu.      

"Allons Lui dire de la renvoyer... Regardez ici le beau cortège qui nous suit ! Si nous arrivons ainsi sur la route consulaire, nous allons être frais ! Et elle, s'il ne la chasse pas, ne va pas nous lâcher..." dit le Thaddée fâché, qui de plus se retourne et dit à la femme : "Tais-toi et va-t-en !" Et ainsi fait Jacques de Zébédée. Mais la femme ne s'impressionne pas des menaces et des injonctions et continue de supplier.  

"Allons le dire au Maître, qu'il la chasse, Lui, puisqu'il ne veut pas l'écouter, Cela ne peut pas durer ainsi !" dit Matthieu, alors qu'André murmure : "La pauvre !" et Jean ne cesse de répéter : "Moi, je ne comprends pas... Moi, je ne comprends pas..." Il est bouleversé, Jean, de la façon d'agir de Jésus.

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127> Mais désormais, en accélérant leur marche, ils ont rejoint le Maître qui s'en va rapidement comme si on le poursuivait. "Maître ! Mais renvoie cette femme ! C'est un scandale ! Elle crie derrière nous ! Elle nous fait remarquer de tout le monde ! La route se remplit toujours plus de passagers... et beaucoup la suivent. Dis-lui qu'elle s'en aille."

"Dites-le-lui, vous. Moi, je lui ai déjà répondu."          

"Elle ne nous écoute pas. Allons ! Dis-le-lui, Toi. Et avec sévérité."   

6Jésus s'arrête et se retourne. La femme prend cela pour un signe de grâce, et elle hâte le pas, elle élève le ton déjà aigu de sa voix et son visage pâlît car son espoir grandit.

"Tais-toi, femme, et retourne chez toi ! Je l'ai déjà dit: "Je suis venu pour les brebis d'Israël". Pour guérir les malades et rechercher celles d'entre elles qui sont perdues. Toi, tu n'es pas d'Israël."       

Mais la femme est déjà à ses pieds et les baise en l'adorant et en tenant serrées ses chevilles, comme si elle était une naufragée qui a trouvé un rocher où se réfugier, et elle gémit : "Seigneur, viens à mon secours ! Tu le peux, Seigneur. Commande au démon, Toi qui es saint... Seigneur, Seigneur, tu es le Maître de tout, de la grâce comme du monde. Tout t'est soumis, Seigneur. Je le sais. Je le crois. Prends donc ce qui est en ton pouvoir et sers-t-en pour ma fille."        

"Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants de la maison et de le jeter aux chiens de la rue."

"Moi, je crois en Toi. En croyant, de chien de la rue je suis devenue chien de la maison. Je te l'ai dit : je suis venue avant l'aube me coucher sur le seuil de la maison où tu étais, et si tu étais sorti de ce côté-là, tu aurais buté contre moi. Mais tu es sorti de l'autre côté et tu ne m'as pas vue. Tu n'as pas vu ce pauvre chien tourmenté, affamé de ta grâce, qui attendait pour entrer en rampant où tu étais, pour te baiser ainsi les pieds, en te demandant de ne pas le chasser..."     

"Il n'est pas bien de jeter le pain des enfants aux chiens" répète Jésus.         

"Mais pourtant les chiens entrent dans la pièce où le maître mange avec ses enfants, et ils mangent ce qui tombe de la table, ou les restes que leur donnent les gens de la maison, ce qui ne sert plus. Je ne te demande pas de me traiter comme une fille et de me faire asseoir à ta table : Mais donne-moi, au moins, les miettes...".           

7Jésus sourit. Oh ! comme son visage se transfigure dans ce sourire de joie !…       

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128> Les gens, les apôtres, la femme, le regardent avec admiration... sentant que quelque chose va arriver.       

Et Jésus dit : "Oh ! femme ! Grande est ta foi. Et par elle tu consoles mon esprit. Va donc, et qu'il te soit fait comme tu veux. Dès ce moment, le démon est sorti de ta petite. Va en paix. Et comme de chien perdu tu as su vouloir être chien domestique, ainsi sache à l'avenir être fille, assise à la table du Père. Adieu."   

"Oh ! Seigneur ! Seigneur ! Seigneur !... Je voudrais courir pour voir ma Palma chérie... Je voudrais rester avec Toi, te suivre ! Béni ! Saint !"     

"Va, va, femme. Va en paix."            

Et Jésus reprend sa route alors que la cananéenne, plus agile qu'une enfant, s'éloigne en courant, suivie de la foule curieuse de voir le miracle...         

"Mais pourquoi, Maître, l'as-tu faite tant prier pour ensuite l'écouter ?" demande Jacques de Zébédée.     

"À cause de toi et de vous tous. Cela n'est pas une défaite, Jacques. Ici, je n'ai pas été chassé, ridiculisé, maudit... Que cela relève votre esprit abattu. J'ai déjà eu aujourd'hui ma nourriture très douce. Et j'en bénis Dieu.       

8Et maintenant allons trouver cette autre qui sait croire et attendre avec une foi assurée."

"Et mes brebis, Seigneur ? Bientôt je devrai prendre une autre route que la tienne pour aller à ma pâture..."         

Jésus sourit, mais ne répond pas.    

Il est beau d'aller, maintenant que le soleil réchauffe l'air et fait resplendir comme des émeraudes les feuilles nouvelles des bois et les herbes des prairies, changeant en chaton tout calice de fleur à cause des gouttes de rosée qui brillent dans les pétales multicolores des fleurettes des champs. Et Jésus va, souriant. Et les apôtres, qui ont subitement repris courage, le suivent en souriant...      

Ils arrivent au carrefour. Le berger Anna, mortifié, dit : "C'est ici que je devrais te quitter... Tu ne viens donc pas guérir mes brebis ? Moi aussi, j'ai foi, et je suis prosélyte... Me promets-tu, au moins, de venir après le sabbat ?"      

"Oh ! Anna ! Mais tu n'as pas encore compris que tes brebis sont guéries depuis le moment où j'ai levé la main vers Lesemdan
[1] ? Va donc, toi aussi, pour voir le miracle et bénir le Seigneur"     

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129> Je crois que la femme de Loth, quand elle eut été changée en sel[2], n'a pas été différente du berger qui est resté comme il était, un peu incliné mais la tête relevée vers Jésus pour le regarder, un bras à demi tendu en l'air... Il semble être une statue. Et on pourrait lui mettre l'inscription : "Le Suppliant." Mais ensuite il se redresse et se prosterne, en disant : "Béni, sois-tu ! Toi, bon ! Toi, saint !... Mais je t'ai promis beaucoup d'argent, et ici, je n'ai que quelques drachmes... Viens, viens chez moi après le sabbat..."          

"Je viendrai, non pour l'argent mais pour te bénir encore pour ta simple foi. Adieu, Anna. La paix soit avec toi."   

Et ils se séparent...  

"Et cela aussi, n'est pas une défaite, amis ! Et ici aussi, je n'ai pas été ridiculisé, chassé et maudit !...
9Allons ! Il y a une mère qui nous attend depuis plusieurs jours..."     

Et la marche continue, avec un petit arrêt pour manger du pain et du fromage et boire à une source...      

Le soleil est au midi quand on voit apparaître le carrefour : "Voici le commencement des escales de Tyr là, au fond" dit Matthieu. Et il se réjouit à la pensée que la plus grande partie du parcours est faite.           

Justement, adossée à une borne romaine, il y a une femme. A ses pieds, sur un strapontin, une fillette sur les sept ou huit ans. La femme regarde dans toutes les directions, vers les escales dans les rochers, vers la route de
Ptolémaïs, vers celle que parcourt Jésus, et de temps à autre elle se penche pour caresser sa petite, pour lui garantir la tête du soleil avec une toile, lui recouvrir les pieds et les mains avec un châle...

"Voilà la femme ! Mais où aura-t-elle dormi pendant ces jours ?" demande André.     

"Peut-être dans cette maison tout près du carrefour. Il n'y a pas d'autres maisons dans le voisinage" répond Matthieu.

"Ou à la belle étoile" dit
Jacques d'Alphée.   

"Non. A cause de la fillette, non" répond son frère.   

"Oh ! pour obtenir la grâce !..." dit Jean.       

10Jésus ne parle pas, mais il sourit. Tous en rang, trois d'un côté, trois de l'autre, avec Lui au milieu, ils occupent la route à cette heure de pose des voyageurs, occupés à manger là où les a pris le milieu du jour.           

Jésus sourit, grand, beau, au milieu du rang. Et il semble que toute la lumière du soleil se soit concentrée sur son visage, tant il est radieux. Il semble émettre des rayons.       

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130> La femme lève les yeux... Ils sont désormais à une cinquantaine de mètres. Peut-être Jésus a attiré son attention, distraite par une plainte de la fille, par son regard fixé sur elle. Elle regarde... Elle porte les mains à son cœur par un mouvement involontaire, provoqué par l'angoisse, elle sursaute.

Jésus épanouit son sourire. Et ce sourire resplendissant, inexprimable, doit dire tant de choses à la femme qui, non plus anxieuse mais souriante, comme si déjà elle éprouvait son futur bonheur, se penche pour prendre sa petite et la levant de son strapontin, la portant les bras tendus, comme si elle l'offrait à Dieu, elle s'avance et quand elle est arrivée aux pieds de Jésus, elle s'agenouille en levant le plus qu'elle peut la fillette allongée qui regarde, extasiée, le très beau visage de Jésus.         

La femme ne dit pas un mot. Et que doit-elle dire de plus profond que ce qu'elle dit par toute son attitude ?…           

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif Et Jésus ne dit qu'une seule parole, petite, mais puissante, mais béatifiante comme le "Fiat" de Dieu dans la création du monde : "Oui." Et il pose sa main sur la petite poitrine de l'enfant étendue.       

Et l'enfant, avec un cri d'alouette libérée de la cage, crie : "Maman !" et elle s'assied tout d'un coup, glisse à ses pieds, et embrasse sa mère qui, épuisée, vacille et va tomber à la renverse, s'évanouissant par suite de la fatigue, de l'angoisse subitement apaisée, de la joie qui dépasse les forces du cœur déjà affaibli par tant de souffrances passées.         

Jésus la soutient promptement. Son intervention est plus efficace que celle de la fillette qui, alourdissant de son poids les bras maternels, ne l'aide pas précisément à la soutenir. Jésus la fait asseoir et fait passer la force en elle...            

Et il la regarde pendant que des larmes muettes descendent sur le visage à la fois fatigué et bienheureux de la femme.

11Puis viennent les paroles : "Merci, mon Seigneur ! Merci et bénédictions ! Mon espérance a été couronnée... Je t'ai tant attendu... Mais maintenant je suis heureuse..."

La femme, après avoir surmonté son évanouissement, se remet à genoux, adorant, tenant devant elle la fillette que Jésus caresse. Elle explique : "Il y a deux ans que dans l'échine un os se détériorait la paralysant et l'amenant à la mort lentement et en la faisant beaucoup souffrir. Nous l'avions fait voir à des médecins
d'Antioche, de Tyr, de Sidon et même de Césarée et de Panéade, faisant tant de dépenses pour les médecins et les remèdes que nous avons dû vendre la maison que nous avions en ville et nous retirer dans celle de campagne, et congédier les serviteurs de la maison pour ne garder que ceux de la campagne, vendre nos productions qu'auparavant nous consommions...      

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131> Et rien ne servait ! Je t'ai vu. Je savais ce que tu fais ailleurs. J'ai espéré ta grâce aussi pour moi... Et je l'ai eue ! Maintenant je retourne à la maison, légère, joyeuse... et à mon époux, je donnerai la joie... A mon Jacques, lui qui m'a mis au cœur l'espérance, en me racontant ce qui était arrivé par ta puissance en Galilée et en Judée. Oh ! si nous n'avions pas craint de ne pas te trouver, nous serions venus avec la fillette. Mais tu es toujours en route"     

"En cheminant, je suis venu vers toi... Mais où as-tu séjourné pendant ces jours ?"   

"Dans cette maison... Mais la nuit, la fillette seule y restait. il y a là une brave femme : elle en prenait soin à ma place pendant la nuit. Moi, je suis restée toujours ici, par crainte de te manquer si tu passais de nuit."         

Jésus lui met la main sur la tête : "Tu es une bonne mère. Dieu t'aime à cause de cela. Tu vois qu'il t'a aidée en tout."   

"Oh ! oui ! Je l'ai bien senti pendant que je venais. J'étais venue de la maison à la ville, croyant t'y trouver, par conséquent avec peu d'argent et seule. Puis, suivant le conseil de l’homme
[3], j'ai poursuivi ma route pour ce lieu. J'ai envoyé prévenir à la maison et je suis venue... et il ne m'a rien manqué. Ni pain, ni abri, ni force."   

"Toujours avec ce fardeau dans les bras ? Ne pouvais-tu pas louer un char ?.." demande peiné Jacques d'Alphée.      

"Non. Elle aurait trop souffert, à en mourir. C'est dans les bras de sa mère que ma Jeanne est venue à la Grâce."          

Jésus caresse leurs cheveux à toutes les deux : "Maintenant partez et soyez toujours fidèles au Seigneur. Que le Seigneur soit avec vous et qu'avec vous soit ma paix."  

Jésus reprend sa marche sur la route qui va à Ptolémaïs.      

"Et cela aussi n'est pas une défaite, amis. Et ici aussi, je n'ai été ni chassé, ni ridiculisé, ni maudit"        

12En suivant la route directe, ils ont vite fait de rejoindre la maréchalerie, près du pont. Le maréchal romain se repose au soleil, assis contre le mur de la maison. Il reconnaît Jésus et le salue. Jésus lui rend son salut et il ajoute : "Me permets-tu de rester ici, pour reposer un peu et manger un peu de pain ?"      

"Oui, Rabbi. Ma femme voulait te voir... car je lui ai dit ce que j'avais entendu de ton discours de l'autre fois. Esther est hébraïque. Mais je n'osais te le dire, moi je suis romain. Je te l'aurais envoyée..."       

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132> "Appelle-la donc." Et Jésus s'assoit sur le banc qui est contre le mur, alors que Jacques de Zébédée distribue le pain et le fromage...          

Une femme d'environ quarante ans sort, confuse, rouge de honte.    

"La paix à toi, Esther. Il t'est venu le désir de me connaître ? Pourquoi ?"      

"À cause de ce que tu as dit... Les rabbins nous méprisent, nous, qui avons épousé un romain... Mais mes enfants je les ai tous portés au Temple et les garçons sont tous circoncis. Je l'ai dit d'avance à Titus, quand il voulait m'épouser... Et lui est bon... Il me laisse toujours faire avec les enfants. Coutumes, rites, tout est hébraïque ici !... Mais les rabbins, les chefs de synagogues, nous maudissent. Toi, pas... Tu as des paroles de pitié pour nous... Oh ! sais-tu ce que c'est pour nous ? C'est comme sentir autour de soi les bras du père et de la mère qui nous ont répudiées et maudites, ou qui sont sévères avec nous... C'est comme remettre les pieds dans la maison que l'on a quittée et ne plus s'y sentir étrangère... Titus est bon. Pendant nos fêtes, il ferme la maréchalerie en perdant ainsi beaucoup d'argent et il m'accompagne avec les enfants au Temple, car il dit que l'on ne peut rester sans religion. Lui dit que la sienne est celle de la famille et du travail, comme auparavant c'était celle du devoir de soldat... Mais moi ? Seigneur... j'ai voulu te demander une chose... Tu as dit que ceux qui suivent le vrai Dieu doivent prélever un peu de leur levain saint et le mettre dans la bonne farine pour la faire fermenter saintement. Je l'ai fait avec mon époux. J'ai cherché, pendant ces vingt années que nous sommes ensemble, de travailler son âme qui est bonne avec le levain d'Israël. Mais lui ne se décide jamais... et il est âgé... Je le voudrais avec moi dans l'autre vie... Unis par la foi, comme nous le sommes par l'amour... Je ne te demande pas la richesse, le bien-être, la santé. Ce que nous avons nous suffit, Dieu en soit loué ! Mais cela, je le voudrais... Prie pour mon époux ! Qu'il appartienne au vrai Dieu..."   

"Oui, il aura cette grâce. Sois-en assurée. Tu demandes une chose sainte et tu l'auras. Tu as compris les devoirs de la femme envers Dieu et envers son époux. Il faudrait qu'il en fût ainsi de toutes les épouses ! En vérité je te dis que beaucoup devraient t'imiter. Continue d'être ainsi, et tu auras la joie d'avoir ton Titus à tes côtés, dans la prière et au Ciel.  
13Fais-moi voir tes enfants."  

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133> La femme appelle ses nombreux enfants : "Jacob, Judas, Lévi, Marie, Jean, Anne, Élise, Marc" et puis elle entre dans la maison et en revient avec un enfant qui marche à peine et une autre de trois mois, au plus : "Et lui est Isaac, et la toute petite c'est Judith" dit-elle en terminant la présentation.       

"Abondance !" dit en riant Jacques de Zébédée.       

Et Jude s'écrie : "Six garçons ! Et tous circoncis ! Et avec des noms purs ! Bravo !"

La femme est heureuse et elle fait l'éloge de Jacob, Judas et Lévi qui aident leur père "tous les jours sauf le sabbat, jour où Titus travaille seul pour mettre les fers faits d'avance" dit-elle. Et elle loue Marie et Anne "qui aident leur mère." Mais elle ne se fait pas faute de louer les quatre plus petits "bons et sans caprices. Titus m'aide à les éduquer, lui qui a été un soldat discipliné" dit-elle en regardant affectueusement l'homme qui, adossé à l'huisserie, une main sur la hanche, a écouté tout ce qu'a dit sa femme avec un franc sourire sur son visage ouvert et qui maintenant se rengorge en entendant rappeler ses mérites de soldat.

   I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif "Très bien. La discipline des armes n'est pas odieuse à Dieu quand se fait avec humanité le propre devoir du soldat. Le tout c'est d'être toujours moralement honnête, dans tout travail, pour être toujours vertueux. Cette discipline d'autrefois; que tu fais passer dans tes enfants, doit te préparer à un service plus haut : à celui de Dieu. Maintenant nous te quittons. J'aurai bien juste le temps d'arriver à Aczib avant la fin du crépuscule. Paix à toi, Esther, et à toute ta maison. Appartenez, bientôt, tous au Seigneur."            

La mère et les enfants s'agenouillent pendant que Jésus lève la main pour les bénir. L'homme, comme s'il était de nouveau le soldat de Rome devant son empereur, se met au garde-à-vous, en saluant à la romaine.          

14Et ils s'en vont... Après quelques mètres, Jésus met la main sur l'épaule de Jacques: "Et encore une fois, la quatrième de la journée, je te fais remarquer que ce n'est pas une défaite, ce n'est pas être chassé, ridiculisé, maudit... Et maintenant, qu'en dis-tu ?"  

"Que je suis un sot, Seigneur" dit impétueusement Jacques de Zébédée.

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134> "Non. Toi et vous tous, vous êtes encore et toujours trop humains, et vous éprouvez toutes les sautes d'humeur de celui qui est plus dominé par l'humanité que par l'esprit. L'esprit, quand il est souverain, ne change pas à tout souffle de vent qui ne peut être toujours une brise parfumée... Il pourra souffrir, mais sans s'altérer. Je ne cesse de prier pour que vous arriviez à cette domination de l'esprit. Mais vous devez m'aider par votre effort... Eh bien ! Le voyage est terminé. Pendant ce temps, j'ai semé ce qu'il faut pour préparer le travail pour le temps où ce sera vous qui serez les évangélisateurs. Maintenant nous pouvons aller au repos du sabbat avec la conscience d'avoir fait notre devoir. Et nous attendrons les autres... puis nous irons... encore... toujours... jusqu'à ce que tout soit accompli…" 

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[1] Lesemdan (Qyriat Shemona de Dan) Situé au nord du lac de Méron. Qyriat (Kyriat) Shmona est située dans la vallé de la Houla en contrebas du Golan et de la frontière libanaise.

[2] Cf. la destruction de Sodome : Genèse 19, 1-29.

[3] Anna le berger