"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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 4.242 - Discorso sulla Verità al romano Crispo, unico ascoltatore di Gesù a Tiberiade.

 2.241 - Knowledge Is not Corruption if it Is Religion.

 3.242 - Jesús habla sobre la Verdad al romano Crispo, el único que lo escucha de Tiberíades.

 4.284 - Wissen ist nicht Verderben, wenn es Religion ist.



Romains à Tibériade d'après une interprétation d'un dessin de Henri Dimpre.


Jeudi 8 juin 28
(28 siwan 3788)
Tibériade, puis vers Cana.


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 La douceur de Marie en réponse à sa douleur de voir son fils rejeté.   

 Trouver la Vérité "Il n’y a pas de doctrine sans défaut que celle de Dieu".

 Amour et sensualité.


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- La foule cosmopolite, élégante et oisive ......... 96

- Marie-Magdeleine est reconnue........................ 97


- On se moque de sa nouvelle vie.................................... 97

- Un vieux romain prend sa défense .......................... 98


- Accrochage de Jésus avec un scribe .............................. 98

- Jésus prend la défense de Marie-Magdeleine ........ 99

- Crispus, le vieux romain, suit Jésus ............................... 99

- Marie console Marie-Magdeleine ................. 100

- Crispus demande à Jésus de l'instruire ....................... 101

- Discours (La recherche le la Vérité) ........................... 102

- Crispus remercie Jésus et Marie-Magdeleine ...... 104

- La joie de la Madeleine 104.


Les références à l'Ancien testament sont de David Amos.

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 4


Tome 4, chapitre 105.

242.
"Le savoir n’est pas corruption quand il est religion"


 

Vision du vendredi 3 août 1945

96> 1Quand la barque s'arrête dans le petit port de Tibériade, accourent pour les voir quelques désœuvrés qui se promènent près du petit môle. Il y a des gens de toutes classes et de toutes nationalités. Ainsi les vêtements longs et de toutes les couleurs des hébreux, les tignasses et les barbes imposantes des israélites se mêlent aux habits de laine blanche plus courts et sans manches, et aux visages glabres, aux cheveux courts des romains robustes, et aux vêtements encore plus réduits qui couvrent les corps agiles et efféminés des grecs. Ces derniers semblent avoir assimilé jusque dans leurs poses l'art de leur nation lointaine, ils ressemblent à des statues de dieux descendus sur la terre en des corps d'hommes, enveloppés dans leurs tuniques souples, figures classiques sous des chevelures frisées et parfumées, bras chargés de bracelets qui scintillent dans leurs mouvements étudiés.           

De nombreuses courtisanes se mêlent à ces deux dernières catégories de gens car les romains et les grecs n'hésitent pas à afficher leurs amours sur les places et dans les rues, alors que les palestiniens s'en abstiennent, quitte ensuite à se livrer au libre amour avec les courtisanes à l'intérieur de leurs maisons. Ceci est bien visible car les courtisanes, malgré les gros yeux que leur font ceux qu'elles interpellent, appellent familièrement par leurs noms divers hébreux parmi lesquels se trouve un pharisien enrubanné.         

2Jésus se dirige vers la ville précisément là où la foule la plus élégante se rassemble en plus grand nombre. La foule élégante, c'est-à-dire romaine et grecque en majorité, avec une poignée de courtisans d'Hérode et d'autres individus que je crois de riches marchands de la côte phénicienne, vers Sidon et Tyr, car ils parlent de ces villes et de magasins et de bateaux.       

Les thermes ont leurs portiques extérieurs remplis de cette foule élégante et oisive qui perd ainsi son temps à discuter sur des sujets de très petite importance tels que le discobole ou l'athlète le plus agile et le plus harmonieux dans la lutte gréco-romaine; ou bien ils parlent de modes et de banquets et prennent des rendez-vous pour des promenades joyeuses en allant inviter les plus belles courtisanes ou les dames qui, parfumées et frisées, sortent des thermes ou des palais, en se dispersant dans ce centre de Tibériade, tout de marbre, décoré artistement comme un salon.    

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97> Naturellement le passage du groupe provoque une curiosité intense et qui devient tout à fait extraordinaire quand quelqu'un reconnaît Jésus pour l'avoir vu à Césarée ou quand quelqu'un reconnaît
Marie-Magdeleine. Pourtant elle marche toute enveloppée dans son manteau et avec un voile blanc qui lui tombe très bas sur le front et sur les joues, de sorte qu'ainsi voilée et de plus la tête baissée, on voit bien peu son visage.          

"C'est le Nazaréen qui a guéri la petite de Valeria
[1]" dit un romain.      

"J'aimerais bien voir un miracle" lui répond un autre romain.  

"Moi, je voudrais l'entendre parler. On dit que c'est un grand philosophe. Est-ce que nous Lui disons de parler ?" demande un grec.     

"Ne t'en occupe pas,
Théodate. Il ne prêche que du vent. Il aurait convenu au tragédien pour une satire" répond un autre grec.          

"Ne t'inquiète pas, Aristobule. Il semble qu'il descend des nuées et s'en va sur la terre ferme. Tu vois qu'il a une escorte de femmes jeunes et belles ?" plaisante un romain.

3"Mais celle-là c'est Marie. de Magdala !" crie un grec et puis il appelle : "Lucius ! Cornelius ! Titus ! Mais regardez, c'est Marie !"         

"Mais ce n'est pas elle ! Marie en cette tenue ! Tu es ivre ?"   

"C'est elle, je te dis. Je ne puis me tromper même si elle est ainsi déguisée."            

Les romains et les grecs se rassemblent du côté du groupe apostolique qui traverse de biais la place remplie de portiques et de fontaines. Même des femmes se joignent aux curieux et c'est justement une femme qui va presque sous le voile de Marie pour mieux la voir et qui reste stupéfaite en voyant que c'est bien elle. Elle demande: "Que fais-tu ainsi mise ?" et elle rit avec mépris.          

Marie s'arrête, se redresse, lève la main et découvre son visage en rejetant son voile en arrière. C'est Marie de Magdala, dame souveraine sur tout ce qui est méprisable et maîtresse, déjà maîtresse de ses impressions, qui apparaît, "C'est moi, oui" dit-elle de sa splendide voix et avec des éclairs dans ses yeux très beaux. "C'est moi, et j'enlève mon voile pour que vous ne pensiez pas que j'ai honte d'être avec ces saints."    

"Oh ! Oh ! Marie avec des saints ! Mais laisse-les ! Ne t'humilie pas toi-même !" dit la femme.        

"Humiliée, je l'ai été jusqu'à présent. Maintenant, je ne le suis plus."  

"Mais tu es folle ? Ou c'est un caprice ?" dit-elle. Un romain dit d'un ton méprisant et en lui jetant un coup d’œil.

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98> "Viens avec moi. Je suis plus beau et plus gai que cette pleureuse moustachue qui mortifie la vie et en fait un enterrement. La vie est belle ! Un triomphe ! Une orgie de joie ! Viens. Je saurai les surpasser tous pour te rendre heureuse" dit un jeune homme un peu brun, au visage pointu et pourtant agréable, et il va la toucher.          

"Arrière ! Ne me touche pas. Tu as bien dit : la vie que vous menez est une orgie et des plus honteuses. J'en ai la nausée."   

"Oh ! Oh ! Il y a peu de temps, c'était pourtant ta vie" répond le grec.           

"Maintenant elle fait la vierge" raille un hérodien.       

"Tu ruines les saints ! Ton Nazaréen perdra son auréole avec toi. Viens avec nous" insiste un romain.    

"Vous, venez avec moi à sa suite. Cessez d'être des animaux et devenez au moins des hommes."    

Un chœur d'éclats de rire et de railleries lui répond.   

Seul, un vieux romain dit : "Respectez une femme. Elle est libre de faire ce qu'elle veut. Moi, je la défends."  

"Le démagogue ! Tu l'entends ! Il t'a fait mal, le vin d'hier soir ?" demande un jeune.  

"Non, il est hypocondriaque, parce qu'il a mal au dos" lui répond un autre.    

"Va vers le Nazaréen pour qu'il te le gratte."  

"J'y vais pour qu'il me gratte la boue que j'ai prise à votre contact" répond le vieillard.

"Oh ! Crispus s'est débauché à soixante ans !" plaisantent un grand nombre en formant un cercle autour de lui.  

4Mais l'homme appelé Crispus ne se préoccupe pas des railleries et se met à marcher derrière Marie-Magdeleine qui rejoint le Maître qui s'est mis à l'ombre d'un très bel édifice qui s'étend en forme d'exèdre[2] sur les deux côtés d'une place.        

Et Jésus est déjà aux prises avec un scribe qui Lui reproche d'être à Tibériade et en cette compagnie.  

"Et toi, pourquoi y es-tu ? Pourquoi me reproches-tu d'être à Tibériade ? Et même je te dis qu'à Tibériade aussi et même plus ici qu'ailleurs, il y a des âmes à sauver" lui répond Jésus.          

"Elles ne peuvent être sauvées: ce sont des gentils, des païens, des pécheurs."       

"C'est pour les pécheurs que je suis venu. Pour faire connaître le Dieu Vrai. À tous. Pour toi aussi, je suis venu."         

"Je n'ai pas besoin de maître ni de rédempteur. Je suis pur et instruit."         

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99> "Si au moins tu l'étais assez pour connaître ton état !"    

"Et Toi, pour connaître combien t'est préjudiciable la compagnie d'une prostituée."   

"Je te pardonne aussi en son nom. Elle, dans son humilité, efface son péché. Toi, par ton orgueil, tu doubles tes fautes."         

"Je n'ai pas de fautes."        

"Tu as la plus grande. Tu es sans amour."     

Le scribe dit : "Raca
[3]" et Lui tourne le dos.   

"C'est ma faute, Maître !" dit Marie-Magdeleine et, voyant la pâleur de la Vierge Marie, elle gémit : "Pardonne-moi. Je fais insulter ton Fils. Je vais me retirer..."

"Non. Toi, reste où tu es. Je le veux, Moi" dit Jésus d'une voix dominatrice et avec un tel éclair dans les yeux, et une maîtrise dans toute sa personne qui empêche presque de le regarder. Et puis, plus doucement : "Toi, reste où tu es. Et si quelqu'un ne supporte pas ton voisinage qu'il s'en aille, lui seulement."  

Et Jésus se remet en route en se dirigeant vers la partie occidentale de la ville.         

5"Maître !" crie le romain corpulent et âgé qui a défendu Marie-Magdeleine.    

Jésus se retourne.    

"Ils t'appellent Maître, et moi aussi je te donne ce nom. Je désirais t'entendre parler. Je suis à moitié philosophe, à moitié jouisseur, mais tu pourrais, Toi, peut-être faire de moi un homme honnête."     

Jésus le regarde fixement et dit : "Je quitte la ville où règne la bassesse de l'animalité humaine et où le mépris est souverain." Et il se remet à marcher.      

L'homme, derrière, suant et se fatiguant car le pas de Jésus est alerte, et lui est gros et vieillot, alourdi aussi par les vices.
Pierre qui s'est retourné en avertit Jésus.

"Laisse-le marcher. Ne t'en occupe pas."      

Peu après, c'est
l'Iscariote qui dit : "Mais cet homme nous suit. Ce n'est pas bien !"  

"Pourquoi ? Par pitié ou pour un autre motif ?"         

"Pitié de lui ? Non. C'est parce que un peu plus en arrière le scribe de tout à l'heure nous suit avec d'autres juifs."       

"Laisse-les faire. Mais il aurait mieux valu que tu aies pitié de lui que de toi."

"De Toi, Maître."       

"Non, de toi, Judas. Sois franc pour te rendre compte de tes sentiments et pour les reconnaître."

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100> "Moi, j'ai vraiment pitié de ce vieil homme. On se fatigue, sais-tu, à te suivre ?" dit Pierre tout en sueur.

"Pour suivre la Perfection, on se fatigue toujours, Simon."    

L'homme les suit infatigable, en cherchant à rester près des femmes, auxquelles pourtant il n'adresse jamais la parole.   

6Marie-Magdeleine pleure silencieusement sous son voile.     

"Ne pleure pas, Marie" lui dit
la Madone pour la réconforter en lui prenant la main. "Après, le monde te respectera, ce sont les premiers jours qui sont les plus pénibles."          

"Oh ! Ce n'est pas pour moi ! Mais pour Lui. Si je devais Lui faire du mal, je ne me le pardonnerais pas. Tu as entendu le scribe, ce qu'il a dit ? Moi, je le compromets."    

"Pauvre fille ! Mais ne sais-tu pas que ces paroles sifflent comme autant de serpents autour de Lui, avant même que tu n'aies pensé à venir vers Lui ? Simon m'a dit qu'ils l'accusaient de cela dès l'an dernier parce qu'il avait guéri une lépreuse, autrefois pécheresse
[4], qu'il avait vue au moment du miracle et puis plus jamais par la suite, une femme plus âgée que moi, qui suis sa mère. Mais, ne sais- tu pas qu'il a dû s'enfuir de "La Belle Eau" parce qu'une de tes sœurs, malheureuse, y était allée pour se racheter[5] ? Comment veux-tu qu'ils l'accusent si Lui est sans péché ? Par des mensonges. Et en quoi les trouver ? Dans sa mission parmi les hommes. Un acte bon, on le présente comme preuve d'une faute. Et quelque chose que fasse mon Fils, ce serait toujours une faute pour eux. S'il se renfermait dans un ermitage, il serait coupable de négliger le peuple de Dieu. Il descend dans le peuple de Dieu et il est coupable de le faire. Pour eux, il est toujours coupable."   

"Ils sont odieusement méchants, alors !"       

"Non, ils sont obstinément fermés à la Lumière. Lui, mon Jésus, est l'Éternel Incompris et il le sera toujours et toujours plus."      

"Et tu n'en souffres pas ? Tu me parais tellement sereine."    

 "Tais-toi. C'est comme si mon cœur était enveloppé d'épines piquantes. À chaque respiration, elles me blessent, mais que Lui ne le sache pas ! Je me fais voir ainsi pour le soutenir par ma sérénité. Si sa Mère ne le réconforte pas, où pourra-t-il trouver du réconfort, mon Jésus ? Sur quel sein pourra-t-il pencher sa tête sans se trouver blessé ou calomnié parce qu'il le fait ? Il est donc bien juste que moi, sans égard pour les épines qui déjà me déchirent le cœur, et pour les larmes que je bois aux heures de solitude, je mette un délicat manteau d'amour, que je donne un sourire, à n'importe quel prix pour le laisser plus tranquille, plus tranquille...         

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101>
jusqu'au moment où le flot de la haine sera tel que rien ne servira plus, pas même l'amour de la Mère..." Deux larmes sillonnent le visage pâle de Marie.           

Les deux sœurs la regardent, vivement émues. "Mais il a nous, qui l'aimons. Et les apôtres..." dit Marthe pour la consoler.         

"Il a vous, oui. Il a les apôtres... encore bien inférieurs à leur tâche... Et ma douleur est plus forte, parce que je sais que Lui n’ignore rien..."         

"Alors, il doit savoir aussi que je veux Lui obéir jusqu'à l'immolation, s'il le faut ?" demande Marie-Magdeleine.    

"Il le sait. Tu es une grande joie sur son dur chemin."            

"Oh ! Mère !" et Marie-Magdeleine prend la main de Marie et la baise avec effusion.  

7Tibériade finit dans les jardins du faubourg. Au-delà, il y a la route poussiéreuse qui mène à Cana, bornée d'un côté par des vergers, de l'autre par une suite de prés et de champs brûlés par le soleil de l'été.   

Jésus pénètre dans un verger et s'arrête à l'ombre des arbres touffus. Les femmes le rejoignent et ensuite le romain essoufflé qui vraiment n'en peut plus. Il se place un peu à l'écart, ne parle pas, mais regarde.   

"Pendant que nous nous reposons, prenons de la nourriture" dit Jésus. "Ici il y a un puits et tout près un paysan. Allez lui demander de l'eau."     

Jean et Thaddée y vont. Ils reviennent avec une cruche remplie d'eau jusqu'au bord, suivis du paysan qui offre des figues magnifiques.            

"Dieu t'en récompense dans ta santé et dans ta récolte."      

"Dieu te protège. Tu es le Maître, n'est-ce pas ?"      

"Je le suis."  

"Tu parles ici ?"        

"Il n'y a personne qui le désire."        

"Moi, Maître. Plus que l'eau qui est si bonne quand on a soif" crie le romain.

"Tu as soif ?"           

"Tellement. Je t'ai suivi depuis la ville."         

"Il ne manque pas, à Tibériade, de fontaines d'eau fraîche."  

"Ne te méprends pas, Maître, ou ne fais pas semblant. Je t'ai suivi pour t'entendre parler."

"Mais pourquoi ?"     

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102> "Je ne sais pas pourquoi ni comment. En la voyant (et il montre Marie-Magdeleine). Je ne sais pas. Quelque chose qui m'a dit: "Il va te dire des choses que tu ne sais pas encore". Et je suis venu."      

"Donnez à l'homme de l'eau et des figues. Qu'il restaure son corps."            

"Et l'esprit ?"            

"L'esprit se restaure dans la Vérité."  

"C'est pour cela que je t'ai suivi. J'ai cherché la vérité dans la science. J'ai trouvé la corruption. Dans les doctrines, même les meilleures, il y a toujours quelque chose qui n'est pas bon. Je me suis avili jusqu'à en avoir la nausée et devenir un homme nauséabond sans autre avenir que l'heure où je vis."         

Jésus le regarde fixement, tout en mangeant le pain et les figues que Lui ont apportés les apôtres.       

Le repas est vite terminé.      

8Jésus, resté assis, commence à parler comme s'il faisait une simple instruction à ses apôtres. Le paysan aussi reste tout près.      

 "Nombreux sont ceux qui cherchent la Vérité pendant toute leur vie sans arriver à la trouver. Ils semblent des fous qui veulent voir tout en tenant une plaque de bronze sur leurs yeux et ils tâtonnent convulsivement de sorte qu'ils s'éloignent toujours plus de la Vérité, ou bien ils la cachent en renversant sur elle des choses que leur recherche folle déplace et fait tomber. Il ne peut leur arriver que cela, parce qu'ils cherchent la Vérité où elle ne peut être.       

Pour trouver la Vérité, il faut unir l'intelligence et l'amour, et regarder les choses non seulement avec des yeux sages, mais avec des yeux bons, car la bonté a plus de valeur que la sagesse. Celui qui aime arrive toujours à avoir un chemin vers la Vérité.
 Aimer ne signifie pas jouir de la chair et par la chair. Cela, ce n'est pas de l'amour, c'est de la sensualité. L'amour est une affection d'âme à âme, de partie supérieure à partie supérieure. Par elle, dans la compagne, on ne voit pas une esclave mais celle qui donne le jour aux enfants, seulement cela, c'est-à-dire la moitié qui forme avec 1'homme un tout capable de créer une vie, plusieurs vies; c'est-à-dire la compagne qui est mère et sœur et fille de 1'homme, qui est faible plus qu'un nouveau-né ou plus forte qu'un lion, suivant les cas, et qui comme mère, sœur, fille doit être aimée avec un respect confiant et protecteur. Ce qui n'est pas ce que je dis, ce n'est pas de l'amour, c'est du vice. Il ne mène pas en haut mais en bas, pas vers la Lumière mais vers les ténèbres, pas vers les étoiles mais vers la boue. Aimer la femme pour savoir aimer le prochain. Aimer le prochain pour savoir aimer Dieu.

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103>
9Voilà trouvée la route de la Vérité. La Vérité est ici, hommes qui la cherchez. La Vérité est Dieu. C'est là la clef pour comprendre la science.  

Il n'y a de doctrine sans défaut que celle de Dieu. Comment l'homme peut-il donner des réponses à ses pourquoi, s'il n'a pas Dieu pour lui répondre ? Qui peut dévoiler les mystères de la création, même seulement et simplement ceux-ci, sinon le Suprême Ouvrier qui a fait toute cette création ? Comment comprendre le prodige vivant qu'est l'homme, en qui se fondent la perfection animale et la perfection immortelle qu'est l'âme, par laquelle nous sommes des dieux si nous avons en nous une âme vivante, c'est-à-dire libre des fautes qui aviliraient la brute et que pourtant l'homme accomplit et se vante d'accomplir ?

Je vous dis les paroles de Job, ô chercheurs de la Vérité : "Interroge les bêtes de somme et elles t'instruiront, les oiseaux et ils te feront comprendre
[6], Parles, à la terre et elle te répondra, aux poissons et ils te feront savoir[7]".       

Oui, la terre, cette terre verdoyante et fleurie, ces fruits qui se gonflent sur les arbres, ces oiseaux qui prolifèrent, ces courants de vents qui répartissent les nuages, ce soleil qui ne se trompe pas dans son lever depuis des siècles et des millénaires, tout parle de Dieu, tout explique Dieu, tout dévoile et découvre Dieu. Si la science ne s'appuie pas sur Dieu, elle devient l'erreur qui n'élève pas mais avilit. Le savoir n'est pas corruption s'il est religion. Qui connaît en Dieu ne tombe pas, car il a le sentiment de sa dignité, parce qu'il croit en son avenir éternel. Mais il faut chercher le Dieu réel. Pas les fantômes qui ne sont pas des dieux mais des délires des hommes encore enveloppés dans les langes de l'ignorance spirituelle, pour lesquels il n'y a pas ombre de sagesse dans leur religion ni ombre de vérité dans leur foi.   

10Tout âge est bon pour devenir sage. Cela aussi est encore dit dans Job : "Sur le soir, il se lèvera pour toi une lumière qui ressemble à celle du midi et, quand tu te croiras fini, tu te lèveras comme l'étoile du matin[8]. Tu seras plein de confiance par l'espérance qui t'attend[9]".

Il suffit de la bonne volonté de trouver la Vérité, et tôt ou tard elle se laissera découvrir. Mais une fois qu'elle est trouvée, mal- heur à qui ne la suit pas, imitant les gens têtus d'Israël qui, ayant déjà en mains le fil conducteur pour trouver Dieu: toutes les choses qui sont dites de Moi dans le Livre, ne veulent pas se rendre à la Vérité et la haïssent, accumulant sur leur intelligence et sur leur cœur les sécheresses de la haine et des formules.     

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104>
Ils ne savent pas que par leur pesanteur la terre s'ouvrira sous leurs pas qu'ils prennent pour une marche triomphale et qui n'est que la démarche asservissante des formalismes, de la rancœur, des égoïsmes. Ils seront engloutis, en tombant là où vont les coupables conscients d'un paganisme plus coupable encore que celui que des peuples se sont donnés par eux-mêmes pour avoir une religion sur laquelle régler leur conduite.

Pour Moi, comme je ne repousse pas ceux qui se repentent parmi les enfants d'Israël, ainsi je ne repousse pas non plus ces idolâtres qui croient à ce qu'on leur a donné à croire et qui au-dedans, dans leur intérieur, disent en gémissant : "Donnez-nous la Vérité !"    

11J'ai dit. Maintenant, reposons-nous dans cette verdure si l'homme le permet. Ce soir, nous irons à Cana."  

"Seigneur, je te quitte. Mais comme je ne veux pas profaner la science que tu m'as donnée, je partirai ce soir de Tibériade. Je quitte cette terre. Je vais me retirer avec mon serviteur sur les côtes de la Lucania
[10]. J'ai là-bas une maison. Tu m'as beaucoup donné. Je comprends que tu ne puisses donner davantage au vieil épicurien. Mais avec ce que tu m'as donné, j'ai déjà de quoi reconstruire ma pensée. Et... Toi, prie ton Dieu pour le vieux Crispus, ton unique auditeur de Tibériade. Prie pour qu'avant l'étreinte de Libitina[11] je puisse t'entendre de nouveau et, avec les ressources que je crois pouvoir créer en moi avec tes paroles, te comprendre mieux et comprendre mieux la Vérité. Salut, Maître."

Et il salue à la romaine. Mais ensuite, en passant près des femmes assises un peu à part, il s'incline devant Marie de Magdala et lui dit: "Merci, Marie, cela a été un bien que je te connaisse. À ton vieux compagnon de festins tu as donné le trésor qu'il cherchait. Si j'arrive où tu es déjà, c'est à toi que je le devrai. Adieu."

Et il s'en va. Marie-Magdeleine serre ses mains sur son cœur, avec un visage étonné et radieux. Puis, à genoux, elle se traîne devant Jésus. "Oh ! Seigneur ! Seigneur ! C'est donc vrai que je puisse amener au Bien ? Oh ! mon Seigneur ! C'est trop de bonté !" Et se baissant, le visage dans l'herbe, elle baise les pieds de Jésus, les lavant de nouveau des pleurs, maintenant reconnaissants, de la grande amante de Magdala.

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[1] Faustina. Cf. Tome 3, chapitre 15.

[2] Bâtiment en hémicycle, muni de sièges pour la conversation.

[3] Insulte araméenne équivalente à crétin, imbécile, vaurien. Cf. Matthieu 5. 22.

[4] La Belle de Corozaïn, il y a un an en effet (juillet-août). Cf. Tome 2, chapitre 59.

[5] Aglaé. Cf. Tome 2, chapitre 100.

[6] Job 12, 7.

[7] Job 12, 8.

[8] Job 11, 17.

[9] Job 11, 18.

[10] Entre la Campanie (Naples) et le golfe de Tarente, au-dessus de la Calabre.

[11] Périphrase pour signifier "la mort". Libitina est la déesse romaine des funérailles.