"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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  9.564 - L'uomo di Jabnia e la fine di Ermasteo. Rimprovero ai samaritani che mancano di carità.

  5.562 - The Man of Jabneel.


vendredi 1er mars 30 (8 -Adar)
Éphraïm


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 Guérison de l'âme et du corps de l'home de Jabnia

 Récit de la mort d'Hermastée


- Jésus va par les champs 202

- Une fillette lui apporte des fleurs 203

- Il dépose la fillette et salue les femmes 204

- Il découvre un paquet de chiffons et d'os 204

- C'est un malheureux chassé du village voisin 205

- Jésus demande du lait à un berger 205

- Fait boire le malheureux 205

- Qui reprend des forces 206

- Et raconte sa quête du Rabbi 206

- Grâce à Hermastée il croit en Jésus Fils de Dieu 207

- Il pense parler à un disciple de Jésus 208

- Il est guéri et reconnaît Jésus 208

- Jésus l'investit de deux missions 209

- Le miraculé fait à Judas l'éloge d'Hermastée 210

- Le blé et la terre sont meilleurs que les hommes 211

- Discours (L'amour fraternel est sans distinction de race et de fortune) 211

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8

 

8.25
Jésus et l'homme de
Jabnia


202> Il s'est passé plusieurs jours. Je dis cela car je vois que les grains, qui dans les dernières visions mesuraient à peine un empan, après les dernières pluies et le beau soleil qui leur a succédé, ont beaucoup grandi et se préparent à former des épis. Un vent léger fait onduler les tiges encore tendres des blés. La brise joue avec les frondaisons nouvelles des arbres fruitiers les plus précoces qui, à peine les fleurs sont-elles tombées ou alors que des pétales voltigent et tombent, ont déjà ouvert leurs petites feuilles d'émeraude clair, tendres, brillantes, belles comme tout ce qui est vierge et nouveau. Plus tardives, les vignes sont encore nues et noueuses, mais sur les sarments enchevêtrés, d'un tronc à l'autre, les bourgeons ont déjà rompu la sombre enveloppe qui les enserrait et, encore clos, ils font voir déjà le duvet gris argent, nid des futurs pampres et des vrilles nouvelles. Les festons ligneux et serpentins des vignobles semblent s'assouplir et prendre une grâce nouvelle. 203> Le soleil, déjà chaud, commence son travail de coloris et de distillation des arômes végétaux, et pendant qu'il peint de teintes plus vives ce qu'hier était encore pâle, il échauffe, et ainsi dégage des sillons, des prés en fleurs, des champs de céréales, des jardins et des vergers, des bosquets, des murs, du linge étendu à sécher, les nuances diverses des odeurs, pour en faire une unique symphonie olfactive qui durera tout l'été pour s'éteindre dans une violente odeur de moût dans les cuves où les raisins pressés se changent en vin [1]. Tout un concert de chants d'oiseaux dans les feuillages, des moutons et des béliers qui brament doucement dans les troupeaux. Des chants d'hommes sur les pentes, les rires des enfants et les sourires des femmes. C'est le printemps. La nature aime, et l'homme jouit de l'amour de la nature qui demain le rendra plus riche, et il jouit de ses amours qui s'allument plus vifs dans ce réveil serein. Plus aimée lui paraît son épouse, plus protecteur paraît l'homme à sa compagne et plus chers à tous les deux les enfants qui, maintenant sourire et travail, seront demain dans la vieillesse, sourire encore et protection pour les vieux qui déclinent.

Jésus passe à travers les champs qui montent et descendent en suivant les dénivellations de la montagne. Il est seul. Vêtu de lin, car il a donné à Samuel son dernier vêtement de laine, mais avec un léger manteau d'un bleu plutôt vif, jeté sur une seule épaule puis mollement enroulé sur le corps et qu'il retient avec son bras sur la poitrine. Le pan jeté sur le bras ondule légèrement sous le vent très doux qui parcourt la terre et sur sa tête ondule sa chevelure qui brille au soleil. Il passe, et là où il y a des enfants, il se penche pour caresser les petites têtes innocentes et écouter leurs petites confidences, pour admirer ce qu'ils accourent pour Lui montrer comme si c'était un trésor.

Une fillette qui trébuche encore en courant, tant elle est petite, et s'empêtre dans une robe trop longue pour elle qu'elle a héritée, peut-être d'un petit frère un peu plus âgé, s'amène. C'est tout un sourire qui éclaire ses yeux et découvre les petites incisives entre ses lèvres rosés. Elle tient un bouquet de marguerites [2], un gros bouquet dans ses deux mains, autant que peuvent en tenir des menottes si tendres et si petites, et elle lève son trophée en disant  : "Tiens ! C'est pour Toi. Pour maman, ce sera après. Un baiser, ici !" et elle frappe avec ses menottes, désormais libérées du bouquet que Jésus a pris avec des paroles d'admiration et de remerciements, la petite bouche. 204> Elle se tient, la tête renversée, se tendant sur ses pieds déchaussés jusqu'à en perdre presque l'équilibre, dans la vaine tentative d'allonger sa minuscule personne jusqu'au visage de Jésus. Il rit en la prenant dans ses bras et va avec elle, accroupie là-haut, comme un oiseau sur un grand arbre, vers un groupe de femmes qui lavent des toiles neuves dans les eaux limpides d'un ruisseau afin de les étendre ensuite pour qu'elles blanchissent au soleil.

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Les femmes penchées sur l'eau se redressent pour saluer, et l'une d'elles dit en souriant : "Tamar t'a dérangé... Mais elle est là depuis l'aurore à cueillir des fleurs avec la secrète espérance de te voir passer. Elle ne m'en a pas donné une seule, car elle voulait d'abord te les donner."

"Elles me sont plus chères que les trésors des rois, car elles sont innocentes comme les petits et données par une petite, innocente comme les fleurs." Il donne un baiser à la fillette en la déposant par terre et la salue : "Que vienne à toi la grâce du Seigneur." Il salue les femmes et continue son chemin en saluant les agriculteurs ou les bergers qui le saluent depuis les champs ou les prés.

Il semble se diriger vers en bas, du côté qui mène vers Jéricho, mais ensuite il revient en arrière pour prendre un autre sentier qui monte de nouveau vers les montagnes au nord d'Éphraïm. Ici le sol, bien exposé et à l'abri des vents du nord, a des moissons plus belles. Le sentier entre les deux champs a d'un côté des arbres à fruits à des distances presque régulières et les bourgeons des prochains fruits sont déjà comme autant de perles le long des branches.

Une route qui descend du nord vers le midi coupe le sentier. Ce doit être une route assez importante car, au croisement, elle a une de ces pierres miliaires dont les romains se servent avec une inscription sur la face septentrionale : "Neapoli" [3] et sous ce nom — gravé en grand avec les caractères lapidaires des latins, forts comme eux-mêmes — et en caractères beaucoup plus petits à peine marqués dans le granit : "Sichem"; sur la face occidentale : "Silo-Jérusalem"; et sur le côté tourné vers le midi : "Jéricho". Du côté du levant, il n'y a pas de nom. Mais on pourrait dire que s'il n'y a pas de nom de ville, il y a un nom de malheur humain. En effet, par terre, entre la pierre miliaire et le fossé qui côtoie la route, comme pour toutes les routes entretenues par les romains, creusé pour l'écoulement des eaux dans les temps de pluies, il y a un homme tout recroquevillé, un paquet de chiffons et d'os, peut-être mort.

Jésus se penche sur lui quand il le découvre au milieu des herbes du bord de la route que les ondées de printemps ont rendues luxuriantes. Il le touche et l'appelle : "Homme, qu'as-tu ?"

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205> Un gémissement Lui répond. Mais le tas de chiffons remue, se tourne, et un visage squelettique, qui pourrait être celui d'un mort, apparaît. Deux yeux fatigués, souffrants et languissants, regardent avec étonnement Celui qui est penché sur sa misère. Il cherche à s'asseoir en s'appuyant au sol avec ses mains squelettiques, mais il est si faible que sans l'aide de Jésus il ne le pourrait pas.

Jésus l'aide en appuyant son dos contre la pierre miliaire et il lui demande : "Qu'as-tu ? Es-tu malade ?"

"Oui." Un "oui" très faible.

"Mais comment as-tu pu te mettre en voyage, tout seul, dans cet état ? N'as-tu personne ?"

L'homme fait signe que si, mais il est trop faible pour répondre.

Jésus regarde autour de Lui. Il n'y a personne dans les champs, c'est un endroit vraiment désert. Au nord, presque au sommet d'une colline, une poignée de maisons; à l'ouest, dans la verdure de la pente qui en gravissant d'autres mamelons se change de champs en prairies et bosquets, il y a des pâtres au milieu d'un troupeau de chèvres agitées. Jésus abaisse de nouveau les yeux sur l'homme. Il lui demande : "Si je t'aidais, te sens-tu capable d'aller à ce village ?"

L'homme secoue la tête et deux larmes coulent sur ses joues si flétries qu'elles en paraissent rugueuses comme s'il était âgé, alors que sa barbe noire montre qu'il est jeune encore. Il rassemble ses forces pour dire : "Ils m'ont chassé... Peur de la lèpre... Je ne suis pas... Et je meurs... de faim." Il meurt de faiblesse. Il se met un doigt dans la bouche et il en sort une bouillie verdâtre : "Regarde... J'ai mastiqué du grain... mais il est encore en herbe."

"Je vais trouver ce berger. Je vais t'apporter du lait tiède. J'aurai vite fait." Et en courant presque, il se dirige là où se trouve le troupeau, à environ deux cents mètres au-dessus de la route.

Il rejoint le berger, lui parle, lui indique où se trouve l'homme. Le berger se tourne pour regarder, indécis, se demandant s'il doit écouter la demande de Jésus. Puis il se décide. Il détache de sa ceinture l'écuelle de bois qu'il porte comme tous les bergers, et il trait une chèvre pour donner une tasse pleine à Jésus, qui descend avec précaution la pente, suivi d'un enfant qui était avec le berger.

Le voici de nouveau près de l'affamé. Il se met à genoux près de lui, lui passe un bras derrière les épaules pour le soutenir et approche le bol, où le lait écume encore, de ses lèvres. Il lui fait boire de petites gorgées, puis il pose le bol sur le sol en disant : "Pour l'instant, c'est assez. Tout en une fois cela te ferait du mal. Laisse ton estomac se ranimer en absorbant le lait que je t'ai donné."

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206> L'homme ne proteste pas. Il ferme les yeux et se tait, observé par l'enfant tout étonné.

Après un moment, Jésus lui offre de nouveau le bol pour qu'il boive plus longuement, et il fait ainsi avec des pauses de plus en plus courtes, jusqu'à ce que le lait soit fini. Il rend le bol à l'enfant et le congédie.

L'homme se ranime lentement. Il cherche avec des mouvements encore incertains à se rendre présentable. Il a un sourire de reconnaissance en regardant Jésus qui s'est assis sur l'herbe près de lui. Il s'excuse : "Je te fais perdre du temps."

"Ne t'afflige pas ! Ce n'est jamais du temps perdu le temps que l'on emploie à aimer ses frères. Quand tu iras mieux, nous parlerons."

"Je vais mieux. La chaleur revient dans mes membres, et la vue... J'ai cru que j'allais mourir ici... Mes pauvres enfants ! J'avais perdu tout espoir... Et jusqu'à présent, j'en avais eu tant !... Si tu n'étais pas venu, Toi, je serais mort... ainsi... sur une route ..."

"Cela aurait été très triste, c'est vrai. Mais le Très-Haut a regardé son fils et l'a secouru. Repose-toi un peu."

L'homme obéit pendant un moment, puis il rouvre les yeux et dit : "Je me sens revivre. Oh ! si je pouvais aller à Éphraïm !"

"Pourquoi ? As-tu là quelqu'un qui t'attend ? Es-tu de là ?"

"Non. Je suis des campagnes de Jabnia, près de la Grande Mer, mais je suis allé en Galilée, le long du rivage, jusqu'à Césarée. Je suis allé ensuite à Nazareth car je suis malade ici (il se frappe l'estomac) d'un mal que personne n'a su guérir et qui m'empêche de travailler la terre. Et je suis veuf avec cinq enfants... Quelqu'un de nos régions, car je suis originaire de Gaza, né d'un père philistin et d'une mère syro-phénicienne. Un des nôtres, qui suivait le Rabbi de Galilée, est venu avec un autre parmi nous, pour nous parler de ce Rabbi. Moi aussi je l'ai entendu et quand je me suis senti si malade, j'ai dit : "Je suis syrien et philistin, une ordure pour Israël. Mais Hermastée disait que le Rabbi de Galilée est bon autant que puissant, et moi, je le crois et je vais le trouver". Et à peine venu un meilleur temps, j'ai laissé les enfants à la mère de ma femme, j'ai rassemblé le peu de ressources que j'avais, car la maladie en avait absorbé beaucoup, et je suis venu pour chercher le Rabbi. Mais l'argent s'épuise vite en voyage, surtout quand on ne peut pas manger de tout... et séjourner dans les auberges quand les douleurs m'empêchaient de marcher. 207> À Sephoris j'ai vendu mon âne car je n'avais plus d'argent pour moi et pour donner au Rabbi ce qui Lui est dû. Je pensais qu'une fois guéri, j'aurais pu manger de tout en route et revenir bientôt à la maison et là, par le travail dans mes champs et d'autres, refaire ma situation... Mais le Rabbi n'est pas à Nazareth, ni à Capharnaüm. Sa Mère me l'a dit. Elle m'a dit : "Il est en Judée. Cherche-le chez Joseph de Sephoris à Bézéta ou au Gethsémani. Ils sauront te dire où il est". Je suis revenu en arrière à pied. Le mal grandissait et l'argent diminuait. À Jérusalem, où l'on m'avait envoyé, j'ai trouvé des hommes mais pas le Rabbi. Ils m'ont dit : "Oh ! ils l'ont chassé depuis longtemps. Il est maudit par le Sanhédrin. Il s'est enfui, nous ne savons où". Moi... je me suis senti mourir... comme aujourd'hui. Et même plus qu'aujourd'hui. Je suis allé demander à des centaines de gens à travers la ville et dans les campagnes. Personne ne savait. Certains pleuraient avec moi. Plusieurs m'ont frappé. Puis un jour que je m'étais mis à mendier en dehors des murs du Temple, j'ai entendu deux pharisiens qui disaient : "Maintenant que l'on sait que Jésus de Nazareth est à Éphraïm..." Je n'ai pas perdu de temps et, faible comme j'étais, je suis venu jusqu'ici en mendiant mon pain, de plus en plus déchiré et de plus en plus malade. Et n'étant pas au courant, je me suis trompé de route... Aujourd'hui je viens d'ici, de ce village. Il y avait deux jours que je ne mangeais que du fenouil sauvage [4] et que je mâchais de la chicorée [5] et du grain en herbe. Ils m'ont cru lépreux à cause de ma pâleur et m'ont chassé à coups de pierres. Je ne demandais que du pain et que l'on m'indique la route pour Éphraïm... Je suis tombé ici... Mais je voudrais aller à Éphraïm. Je suis si près du but ! Peut-il se faire que je ne l'atteigne pas ? Je crois au Rabbi. Je ne suis pas Israélite, mais Hermastée ne l'était pas non plus, et Lui l'aimait pareillement. Est-il possible que le Dieu d'Israël appesantisse sa main sur moi pour se venger des fautes de ceux qui m'ont engendré ?"

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"Le Dieu vrai est le Père des hommes, juste, mais bon. Il récompense celui qui a la foi et ne fait pas payer aux innocents des fautes qui ne sont pas les leurs. Mais pourquoi as-tu dit que quand tu as entendu dire que la demeure du Rabbi était inconnue, tu t'es senti mourir plus qu'aujourd'hui ?"

"C'est parce que j'ai dit : "Je l'ai perdu avant de l'avoir trouvé"."

"Ah ! à cause de ta santé !"

"Non. Pas pour cela seulement. Mais parce que Hermastée disait de Lui certaines choses, et il me semblait que si je l'avais connu, je n'aurais plus été une ordure."

208> "Tu crois donc que Lui est le Messie ?"

"Je le crois. Je ne sais pas bien ce que c'est que le Messie, mais je crois que le Rabbi de Nazareth est le Fils de Dieu."

Jésus a un sourire tout lumineux quand il demande : "Et es-tu certain que s'il l'est, il va t'exaucer toi, incirconcis ?"

"J'en suis certain car Hermastée le disait. Il disait : "Lui est le Sauveur de tous. Pour Lui, il n'est pas question d'hébreux ou d'idolâtres, mais seulement de créatures à sauver, car le Seigneur Dieu i'a envoyé pour cela". Plusieurs riaient. Moi, j'ai cru. Si je peux Lui dire : "Jésus, aie pitié de moi" il m'exaucera. Oh ! si tu es d'Éphraïm, conduis-moi à Lui. Peut-être es-tu un de ses disciples..."

Jésus sourit toujours plus et lui conseille : "Essaie de me demander à Moi, que je te guérisse..."

"Tu es bon, homme. Près de toi, il y a tant de paix. Oui, tu es bon comme... comme le Rabbi Lui-même, et certainement Lui t'aura donné le pouvoir du miracle car pour être bon comme tu l'es, tu ne peux être que l'un de ses disciples. Je les ai tous trouvés bons ceux qui se sont donnés pour tels. Mais qu'il ne soit pas offensant pour Toi, si je te dis que tu pourras même guérir les corps, mais pas les âmes. Et je voudrais que celle-là aussi fût guérie, comme c'est arrivé à Hermastée. Devenir un juste... Et cela, le Rabbi seul peut le faire. Je suis pécheur en plus que d'être malade. Je ne veux pas voir mon corps guéri pour le voir mourir un jour, et l'âme avec lui. Je veux vivre. Hermastée disait que le Rabbi est la Vie de l'âme et que l'âme qui croit en Lui vit pour toujours dans le Royaume de Dieu. Conduis-moi au Rabbi. Sois bon ! Pourquoi souris-tu ? Peut-être penses-tu que je suis audacieux de vouloir la guérison sans pouvoir donner une obole ? Mais une fois guéri je pourrai encore cultiver la terre. J'ai de très beaux fruits. Que le Rabbi vienne à la saison des fruits et je le paierai en Lui donnant l'hospitalité aussi longtemps qu'il voudra."

"Qui t'a dit que le Rabbi veut de l'argent ? Hermastée ?"

"Non. Au contraire, lui disait que le Rabbi a pitié des pauvres et qu'il les secourt les premiers. Mais c'est ce qu'on fait avec tous les médecins et ... et avec tous, en somme."

"Mais pas avec Lui, je te l'assure. Et je te dis que si tu sais pousser ta foi jusqu'à demander ici le miracle, et à le croire possible, tu l'auras."

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209> "Tu dis la vérité ?... En es-tu certain ? Bien sûr, si tu es un de ses disciples, tu ne peux mentir ni te tromper. Et bien que je regrette de ne pas voir le Rabbi... je veux t'obéir... Peut-être Lui, persécuté comme il l'est... ne veut pas qu'on le voie... il ne se fie plus à personne. Il a raison, mais ce ne sera pas nous qui serons sa ruine. Ce seront les vrais hébreux... Pourtant, voilà. Je dis ici (il se met à genoux avec beaucoup de peine) : 'Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi !' "

 "Et qu'il te soit fait comme ta foi le mérite" dit Jésus en faisant son geste de commandement sur les maladies.

L'homme a une sorte d'éblouissement, c'est-à-dire une lumière imprévue. Il comprend — je ne sais si c'est par ouverture de son intelligence ou par une sensation physique, ou par les deux choses en même temps — il comprend qui est Celui qu'il a devant lui et il pousse un cri si aigu que le pâtre, descendu vers la route, peut-être pour voir, hâte sa marche.

L'homme est par terre, le visage dans l'herbe, et le pâtre dit en le montrant avec sa houlette : "Il est mort ? Il faut autre chose que du lait quand quelqu'un est fini !" et il hoche la tête.

L'homme entend et il se dresse debout, fort, en bonne santé. Il crie : "Mort ? Je suis guéri ! Je suis ressuscité. C'est Lui qui l'a fait. Je ne souffre plus de la faim, ni des douleurs de la maladie. Je suis comme au jour de mes noces ! Oh ! Jésus béni ! Et comment ne t'ai-je pas reconnu plus tôt ?! Ta pitié aurait dû me dire ton nom ! La paix que je sentais près de Toi ! J'ai été sot. Pardonne à ton pauvre serviteur !" et il se jette de nouveau par terre en adorant.

Le pâtre abandonne ses chèvres et s'en va en courant et en sautant vers le petit village.

Jésus s'assoit près de l'homme guéri et lui dit : "Tu m'as parlé d'Hermastée comme d'un mort. Tu connais donc sa fin. Je ne veux qu'une chose de toi : que tu viennes avec Moi à Éphraïm et que tu racontes sa fin à quelqu'un qui est avec Moi. Puis je t'enverrai à Jéricho chez une femme disciple pour qu'elle t'aide pour le voyage de retour."

"J'irai si tu le veux, mais maintenant que je suis sain je n'ai plus peur de mourir en route. Même l'herbe peut me nourrir et je n'ai pas honte de tendre la main car ce n'est pas d'une manière crapuleuse mais pour une juste fin que j'ai dépensé mon avoir."

"Je le veux. Tu lui diras que tu m'as vu et que je l'attends ici, que désormais elle peut venir et que personne ne l'importunera. Sauras-tu dire cela ?"

"Je le saurai. Ah ! pourquoi te haïssent-ils. Toi, si bon ?"

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210> "Parce que beaucoup d'entre eux ont en eux un esprit qui les y pousse. Allons."

Jésus se met en route pour Éphraïm, et l'homme le suit avec assurance. Seule sa grande maigreur rappelle sa maladie et ses privations passées.

Pendant ce temps du petit village descendent beaucoup de personnes qui crient et gesticulent. Elles appellent Jésus, Lui disent de s'arrêter. Jésus ne les écoute pas, mais au contraire il marche plus vite, et eux le suivent...

Le voilà de nouveau dans le voisinage d'Éphraïm. Les cultivateurs qui se préparent à rentrer dans leurs maisons, car le soleil va se coucher, le saluent en regardant l'homme qui est avec Jésus.

D'un sentier débouche Judas de Kériot. Il sursaute, surpris, en Voyant le Maître. Mais Jésus ne manifeste aucune surprise. Seulement il s'adresse à l'homme et lui dit : "C'est un de mes disciples. Parle-lui d'Hermastée."

 "Eh ! c'est vite dit. Il était infatigable pour annoncer le Christ, même après qu'il voulut se séparer de son compagnon pour rester chez nous. Il disait que nous avions plus que tous besoin de te connaître, ô Rabbi, et qu'il voulait te faire connaître à sa patrie, et qu'il serait retourné à Toi quand il aurait proclamé ton Nom dans tous les plus petits villages. Il vivait comme un pénitent. Si par pitié une personne lui donnait un pain, il la bénissait en ton nom. Si on lui jetait des pierres, il se retirait en bénissant aussi, et il se nourrissait de fruits sauvages et de mollusques marins qu'il arrachait des rochers ou tirait du sable. Plusieurs le traitaient de "fou", mais personne au fond ne le haïssait. Tout au plus on le chassait comme s'il était de mauvais augure. Un jour on l'a trouvé mort sur le chemin, justement près de mon village, sur la route qui entre en Judée, presque à la frontière. On n'a jamais su de quoi il est mort, mais on dit tout bas qu'il a été tué par quelqu'un qui ne voulait pas que l'on prêche le Messie. Il avait une blessure profonde à la tête. On dit qu'il a été renversé par un cheval, mais je n'y crois pas. Il souriait, étendu dans la poussière. Oui, il paraissait sourire aux dernières étoiles de la plus sereine nuit d'elul [6] et au premier soleil du matin. Il fut trouvé par des jardiniers qui allaient, au point du jour, à la ville avec leurs légumes, et ils me l'ont dit quand ils sont passés pour prendre mes concombres. J'ai couru voir : il était dans une grande paix."

"Tu as entendu ?" demande Jésus à Judas. [7]

"J'ai entendu. Mais ne lui avais-tu pas dit qu'il t'aurait servi et qu'il aurait eu une longue vie ?"

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211> "Ce n'est pas exactement cela que j'ai dit. Le temps qui s'est passé offusque ta pensée. Mais ne m'a-t-il pas peut-être servi en évangélisant en pays de mission et n'a-t-il pas eu une longue vie ? Quelle plus longue vie que cette conquête de celui qui meurt au service de Dieu ? Longue et glorieuse."

Judas a ce petit rire étrange qui me choque tellement et il ne réplique rien.

Pendant ce temps ceux du petit village se sont joints à plusieurs d'Éphraïm et parlent avec eux en montrant Jésus.

Jésus commande à Judas : "Accompagne l'homme à la maison et finis de le restaurer. Il partira après le sabbat qui commence déjà."

Judas obéit et Jésus reste seul et il marche lentement en se penchant pour observer les tiges des blés qui commencent à former des épis.

Des hommes d'Éphraïm Lui demandent : "Il est beau ce blé, n'est-ce pas ?"

"Beau, mais pas différent de celui des autres régions."

"Certainement, Maître. C'est toujours du blé ! Et il doit forcément être pareil."

"Vous le dites ? Alors le blé est meilleur que les hommes. En effet, pourvu qu'il soit semé comme il faut, il donne le même fruit ici qu'en Judée ou en Galilée, ou, disons, dans les plaines le long de la Grande Mer. Les hommes au contraire ne donnent pas le même fruit. Et la terre aussi est meilleure que les hommes. Parce que, quand on lui confie une semence, elle est bonne pour elle, sans faire de différence que la semence vienne de la Samarie ou de la Galilée."

 "C'est vrai. Mais pourquoi dis-tu que la terre et le blé sont meilleurs que les hommes ?"

"Pourquoi ?... Tout à l'heure, un homme a demandé un pain, par pitié, aux portes d'un village. Et on l'a chassé, les gens, le croyant de quelque endroit de Judée. Chassé à coups de pierres et au cri de "lépreux" qu'on lui attribuait à cause de sa maigreur, mais qui était dit à cause de sa provenance. Et cet homme a failli mourir de faim sur la route. Donc les gens de ce village, ces gens-là qui vous ont envoyé pour m'interroger et qui voudraient venir à la maison où je réside pour voir le miraculé, sont plus mauvais que le blé et la terre parce qu'ils n'ont pas su, bien que je les travaille depuis longtemps, donner le même fruit qu'a donné cet homme qui n'est ni juif, ni samaritain, qui ne m'avait jamais vu ni entendu, mais qui a accueilli les paroles d'un de mes disciples et a cru en Moi sans me connaître. 212> Et parce qu'ils sont plus mauvais que ces terres, puisqu'ils ont repoussé l'homme parce qu'il était d'une autre semence. Maintenant ils voudraient venir pour satisfaire leur faim de curiosité, eux qui n'ont pas su satisfaire la faim de quelqu'un qui n'en pouvait plus. Dites à ces gens que le Maître ne satisfera pas cette curiosité inutile. Et apprenez tous la grande loi de l'amour, sans laquelle vous ne pourriez jamais me suivre. Ce n'est pas l'amour pour Moi, ce n'est pas cela seulement qui sauvera vos âmes, mais l'amour de ma doctrine. Et ma doctrine enseigne l'amour fraternel sans distinction de race, ni de fortune. Qu'ils s'en aillent donc ces gens au cœur dur qui ont affligé mon cœur, et qu'ils se repentent s'ils veulent que je les aime. Car, rappelez-vous-le tous, si je suis bon je suis juste aussi, si je ne fais pas de différence et si je vous aime autant que les autres de Galilée et de Judée, cela ne doit pas vous rendre sottement orgueilleux d'être des préférés, et la permission de faire le mal en ne craignant pas mes reproches. Je donne des louanges ou je fais des reproches, selon que la justice le veut, à mes parents et à mes apôtres comme à toute autre créature, et dans mes reproches il y a de l'amour. Car je le fais parce que je veux la justice dans les cœurs pour pouvoir récompenser un jour celui qui l'a pratiquée. Allez-le-leur rapporter et que la leçon donne ses fruits en tous."

Jésus s'enveloppe dans son manteau et se dirige rapidement vers Éphraïm en laissant ses interlocuteurs qui s'en vont, plutôt penauds, répéter les paroles du Maître aux gens du petit village qui n'ont pas eu pitié.

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[1] À noter que Maria Valtorta sent aussi les odeurs.

[2] Fleurs attestées en Palestine

[3] Selon Maria Valtorta, Sichem serait donc déjà rebaptisée "Neapolis" (Nouvelle ville) avant sa destruction puis sa recontruction en 72.

[4] Le fenouil sauvage abondant dans ces régions, a des particularité sédative, mais aussi diurétique et laxative qui ont du accentuer la maigreur de l'homme de Jabnia.

[5] Il peut s'agir de deux sortes de chicorée : la chicorée épineuse (Cichorium spinosum), plutôt maritime ou la chicorée sauvage (Cichorium intybus)

[6] Eloul = Août pour l'année 29

[7] Judas avait remis en cause la fidélité d'Hermastée : Tome 8, Chapitre 17, Page 147/148