L'œuvre de Maria Valtorta
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 Le martyre de Flore et de Marie à Cordoue au IXème siècle sous le règne d’Abd-al-Rahman II.


Sainte Flore

 

RETOURS AUX FICHES

 Martyr

 

74> Le soir.  

Les martyrs Flore et Marie de Cordoue.

Peut-être pour me consoler de la vision perdue[1] et faire disparaître l’inquiétude qui demeure en moi quand tant de choses humaines m’empêchent de m’occuper de mon travail, une vision nette mais étrange se présente à moi : un souterrain, certainement une geôle de quelque château. C’est un château musulman, parce que je vois un individu laid à la face patibulaire vêtu comme un turc ou un arabe — plutôt un turc de l’époque antique, à ce qu’il me semble.  

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75> Il porte un long cafetan[2] marron dont sort un jupon en une étoffe brillante comme de la soie, rouge foncé, et un pantalon ample serré à la malléole[3]. Ses pieds sont chaussés de babouches sans talon en cuir rouge. Il porte sur la tête un chapeau en forme de cône tronqué marron, entouré d’un cercle d’étoffe vert émeraude enroulée en forme de turban. La prison, ou le souterrain, comme on voudra — car les fenêtres sont au niveau du sol — est agencée de la manière suivante : par un couloir bas dans lequel débouche une échelle raide, on entre par une ouverture voûtée dans une salle basse et sombre comme une cave. Au milieu de celle-ci se trouve un bloc de pierre carré portant en son centre un gros anneau en fer. Le sol est en terre battue. Voilà l’endroit, que je ne réussis absolument pas à représenter par un dessin.         

 On y conduit une adolescente, très belle, les mains liées dans le dos, et on la jette presque en bas des cinq marches qui relient cette triste pièce au couloir précédent. L’individu décrit ci-dessus l’attend en faisant les cent pas d’un air agité. J’ai d’ailleurs oublié de dire qu’il porte, à la haute ceinture qui maintient son vêtement, un long cimeterre recourbé dont la garde est ornée de pierres précieuses et le fourreau damasquiné en or.        

« Je te le demande pour la dernière fois : veux-tu abandonner la religion de ces chiens de juifs et revenir à la sainte foi du Prophète ?
[4]

- Non.          

- Fais attention. Tu sais que, sur la terre des Maures on vénère seulement Mahomet, le vrai prophète d’Allah ! Et tu sais quel sort attend les apostats.    

- Je le sais. Mais vous restez fidèles à votre foi, et moi à la mienne. Vous, à la vôtre qui est fausse, moi à la mienne, qui est la vraie.       

- Je te ferai ôter la vie sous les tortures.       

- Mais tu ne m’ôteras pas le ciel et ses joies.            

- Tu perdras la santé, la vie, la joie, tout.       

- Mais je retrouverai Dieu et sa Mère la Vierge Marie, ainsi que ma mère qui m’a engendrée à Dieu »
[5].       

L’homme tape du pied rageusement et ordonne de la fouetter avec des verges en fer.          

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76> On arrache les vêtements du corps de la jeune fille qui est dénudée jusqu’à la ceinture, on les lui retourne sur les hanches sans lui détacher les mains qui sont ainsi recouvertes par les vêtements. On lui passe une corde au cou comme s’il s’agissait d’un collier et on l’assure, après l’avoir fait agenouiller près du bloc carré, à l’anneau, de sorte qu’elle touche du menton cette pierre dure. Deux bourreaux musclés pris dans l’escorte qui l’a traînée là commencent alors à la frapper sur ses jeunes épaules, sur le cou, sur la tête, férocement. Chaque coup crée une ampoule pleine de sang sur sa chair tendre et blanche. Quand la tête est frappée, son menton bat durement sur la pierre et se blesse, les dents s’entrechoquent sûrement, provoquant la douleur. Comme elle est agenouillée loin du bloc de pierre, qu’elle a les mains liées dans le dos et qu’elle est obligée de se pencher à angle droit, elle ne peut trouver aucun soulagement et, s’ajoutant aux coups, sa position même est torture.

Le juge n’était pas encore satisfait; il surveille cette torture les bras croisés comme s’il assistait à un paisible spectacle et ordonne d’intensifier les coups sur la tête « pour qu’elle ressemble davantage à son maudit Christ », ricane-t-il.         

Et les bourreaux frappent, frappent, avec des fines verges, presque flexibles — je pense qu’elles doivent être en acier —, qui pleuvent en gerbes sur sa pauvre tête après avoir sifflé dans l’air. Les cheveux se prennent dans les verges et sont arrachés à foison; ceux qui restent deviennent rouges de sang parce que la peau se déchire et que l’os crânien se découvre
[6], tandis que le sang coule le long du cou, derrière les oreilles et descend sur la poitrine nue, s’arrêtant à la ceinture où il est absorbé par les vêtements.        

« Assez ! », ordonne le juge.            

Ils la détachent, la rhabillent et, comme elle est presque évanouie, ils l’étendent sur le sol.    

Le juge lui donne des coups de pied et, lorsque la jeune fille ouvre les yeux (un regard doux et douloureux d’agneau torturé), il lui demande:        

« Tu apostasies ?     

« - Non." Ce n’est plus le "non" triomphal d’avant, mais malgré sa faiblesse, il est assuré.     

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77> « Ton frère s’en occupera[7]. Et il sera pire que moi. Qu’on l’appelle et qu’on la lui donne ! » Puis, sur un dernier coup de pied, le juge s’en va...          

 … et la vision s’achève dans un nouvel endroit, certainement encore une prison car il y a des cours avec des fenêtres aux grilles solides, et on entend des voix qui blasphèment et disent des choses triviales se mêler à des chants chrétiens qui en proviennent.         

La jeune fille se trouve maintenant en compagnie d’une autre de son âge
[8], et elles sont conduites dans une salle pompeuse où je revois le juge d’avant, entouré d’autres musulmans, des serviteurs ou des juges d’un rang inférieur.         

« Il me faut donc encore vous interroger ! C’est la dernière fois. Mais que voulez-vous donc ?

« - Mourir pour Jésus Christ
[9].           

« - Mourir pour Jésus Christ ! Mais toi, Flore, tu sais ce que veut dire la torture !       

« - Je sais ce que veut dire Jésus.    

« - Vous savez bien que je pourrais vous garder pendant votre vie entière chez les... (je dis : les femmes de mauvaise vie, mais il a employé un vilain mot) comme vous l’avez été ces jours derniers ? Dans ce cas, qu’emporterez-vous au ciel ? Boue et ordure ».            

L’autre jeune fille parle : « Tu te trompes. Cela reste ici, avec toi. Je crois fermement que, par grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, de Marie sa Mère dont je porte le nom, de tous les saints du paradis parmi lesquels, dernièrement, mon frère diacre martyrisé par toi
[10], une fois montées au ciel nous pourrons faire éclore la semence jetée en tant de pauvres cœurs enfermés en une chair infâme, et sauver ainsi les malheureuses sœurs au nombre desquelles tu nous as mises dans l’espoir qu’elles nous corrompent et qu’elles brisent en nous la fermeté de la foi; mais, sache-le, nous en sommes sorties encore plus pures et plus fermes, plus désireuses que jamais de mourir pour ajouter notre sang à celui du Christ et sauver nos malheureuses compagnes.   

« - Appelez les bourreaux. Qu’elles soient décapitées !         

« - Que le vrai Dieu te récompense de nous ouvrir le ciel et qu’il touche ton cœur. Viens, Flore! Allons-y en chantant ».           

Et elles sortent en chantant le magnificat...

78> Jésus me dit : « Tu as appris l’histoire des vierges et martyres Flore et Marie de Cordoue, à l’époque où l’Espagne était aux mains des Maures, au neuvième siècle. Ce sont de saintes martyres, quasiment ignorées, mais comme elles sont bienheureuses au ciel ! ».  

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[1] Dans le paragraphe qui précède (Cf. Tome 4, chapitre 88), l’écrivain explique qu’elle est obligée de résumer une vision en quelques lignes « à cause du remue-ménage qu’il y avait ce matin à la maison, je n’ai pu écrire en même temps que je voyais ».

[2] Cafetan = Long tunique orientale d’apparat.

[3] À la cheville.

[4] Abd-al-Rahman II ordonna l’apostasie obligatoire pour les enfants issus de couples mixtes islamo-chrétiens.

[5] La mère de Flore était chrétienne et son père musulman. Selon la loi islamique, elle était considérée comme musulmane. Sa foi chrétienne était donc une apostasie entraînant la mort.

[6] Détail confirmé par les chroniques de sa mort.

[7] Son frère était musulman.

[8] La jeune fille est Marie. Flore réussit à tromper la vigilance de son frère et à s'échapper. Elle trouva refuge à Ossaria, chez une sœur où elle put reprendre des forces. Après quelques jours, elle retourna à Cordoue pour aller prier publiquement dans l'église Saint-Ascicle, un martyr des premiers siècles. Là, elle rencontra Marie, chrétienne, sœur du diacre Valabonsus, récemment martyrisé. Les deux vierges, emplies de zèle, décidèrent de se présenter ensemble devant le juge pour confesser leur foi. Elles furent immédiatement emprisonnées dans un cachot obscur peuplé de femmes grossières et de prostituées.

[9] L’obligation d’apostasier décrétée par Abd-al-Rahman II, provoqua une vague de protestations, durement réprimée.

[10] Valabonse, martyrisé le 7 juin (voir note ci-dessus). Nous sommes le 24 novembre 851. Abd-al-Rahman II mourut l’année suivante, le 22 septembre 852.