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"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\italiano.gif 6.406 - A Joppe. Predica inutile a Giuda di Keriot e dialogo sull'anima con alcuni Gentili.

I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\English.gif 3.404 - At Joppa Jesus Speaks to Judas of Kerioth and to Some Gentiles.


 4.406 - En Joppe. Palabras inútiles a Judas de Keriot y diálogo sobre el alma con algunos Gentiles.

 7.452 - Jesus spricht in Joppe zu Judas Iskariot und zu den Heiden.


Jeudi 3 mai 29
(3 Lyar ou Ziv 3789)
Joppé.


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I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\BaliseBleue.gif Judas, un instant ému par l'amour de Jésus…

I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\BaliseBleue.gif s'enferme dans son péché.

I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\BaliseBleue.gif La philosophie de Socrate.

I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\BaliseBleue.gif Il n'y a qu'une seule vie.


I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\BaliseBleue.gif L'omniscience de Jésus.


I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Resume.gif

- Les colombes sont meilleures que les hommes ........ 110

- Dialogue avec Judas : Il y a plus qu'un triomphe humain ........................................ 112

- Discours (Pense à ta mère et à la mienne ..................... 113

- Il n'y a pas de faute que je ne pardonne) .................... 113

- Tu ne me dis pas ton chagrin ?) ........................................ 114

- Des étrangers ont donné un sac d'argent ................. 115

- Ils viennent pour écouter Jésus ........................................ 116

- Jésus rejoint ces juifs et ces gentils ........................... 116

- Dialogue : (Socrate et l'âme humaine ....................... 117

- Le Dieu inconnu et l'âme humaine ....................... 118

- Le sacrifice rédempteur et la sainteté ......................... 119

- L'Évangile parcourra la terre) ........................................ 120

- [Commentaire de Jésus : Une lourde dictée] .............. 121

- [Commentaire de MV : Le lieu de la rencontre] ........... 121

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 6


Tome 6, chapitre 95.

406.
À Joppé Jésus parle à Judas de Kériot et à des gentils.


Vision du mercredi 20 septembre 1944

110> Je vois Jésus assis dans la cour intérieure d'une maison d'aspect convenable sans être luxueuse. Il paraît très fatigué. Il est assis sur un banc de pierre situé près d'un puits aux rebords peu élevés, que recouvre l'arceau d'une tonnelle verte. Les grappes de raisin commencent à se former.     

111> La fleur doit être tombée depuis peu et les grains semblent être des grains de mil suspendus à des pédoncules verts. Jésus tient sur son genou droit la pointe du coude droit et il appuie son menton dans le creux de la main. Parfois, comme pour trouver une position plus confortable, il appuie son bras replié sur le rebord du puits et sa tête repose sur son bras, comme s'il voulait dormir. Alors ses cheveux voilent son visage fatigué, qui autrement apparaît pâle et sérieux entre les boucles d'un blond roux.    

Une femme va et vient les mains enfarinées, en passant d'une pièce de la maison à un cagibi situé du côté opposé de la cour et où doit se trouver le four. A chaque fois, elle regarde Jésus, mais elle ne trouble pas son repos. Le soir doit être proche car le soleil effleure à peine le haut de la terrasse au-dessus du toit, de moins en moins, jusqu'à ce qu'il la quitte.       

Une dizaine de colombes descendent en roucoulant dans la cour pour leur dernier repas. Elles tournoient autour de Jésus comme pour voir quel est cet inconnu et, défiantes, elles n'osent se poser sur le sol. Jésus quitte ses réflexions, il sourit, tend une main, la paume en dessus, et il dit : "Vous avez faim ? Venez" comme s'il parlait à des humains. La plus audacieuse se pose sur cette main et, après elle, une autre et une autre. Jésus sourit. "Je n'ai rien, Moi" dit-il devant leur roucoulement insistant. Et puis il appelle à haute voix: "Femme ! Tes colombes ont faim. As-tu du grain pour elles ?"          

"Oui, Maître. Il est dans un sac sous le portique. J'arrive."     

"Laisse-moi faire. Je vais le donner. Cela me plaît."   

"Elles ne viendront pas. Elles ne te connaissent pas."           

"Oh ! J'en ai sur les épaules et jusque sur la tête !..."

Jésus, en fait, marche avec son étrange plumet fait d'une colombe à la poitrine couleur de plomb qui semble une cuirasse précieuse aux reflets changeants.     

La femme, incrédule, se montre et dit : "Oh !"           

"Tu le vois ? Les colombes sont meilleures que les hommes. Elles comprennent qui les aime. Les hommes... non."   

"Ne pense pas, Maître, à ce qui est arrivé. Il y en a peu ici qui te haïssent. Les autres, à peu près tous, t'aiment, te respectent au moins."

"Oh ! Je ne me trouble pas pour cela. Je le dis pour te faire remarquer que souvent les bêtes sont meilleures que les hommes."       

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112> Jésus a ouvert le sac, y a plongé sa longue main et il en a sorti du grain blond qu'il a mis dans un repli de son manteau. Il referme le sac et revient au milieu de la cour en se défendant contre l'invasion des colombes qui veulent se servir elles-mêmes. Il ouvre le pli de son manteau et jette le grain sur le sol, et il rit de voir la lutte et les rixes des oiseaux goulus. Le repas est vite consommé, et les colombes boivent à un plat creux qui est près du puits, en regardant encore Jésus.            

"Allez maintenant, il n'y a plus rien."  

Les bestioles volettent encore un peu sur les épaules et les genoux de Jésus, et puis elles retournent à leurs nids. Jésus retombe dans sa méditation.   

Des coups violents à la porte. La femme court ouvrir: ce sont les disciples.  

"Venez" dit Jésus. "Avez-vous distribué l'argent aux pauvres ?"        

"Oui, Maître."            

"Jusqu'à la dernière piécette ? Rappelez-vous que ce qui nous est donné n'est pas pour nous, mais pour la Charité. Nous sommes pauvres et nous vivons de la pitié d'autrui. Malheureux l'apôtre qui exploite sa mission à des fins humaines !"      

"Et si un jour on se trouve sans pain et que l'on est accusé de violer la Loi parce qu'on égrène des épis comme font les moineaux ?"
[1]        

"As-tu jamais manqué de quelque chose, Judas ? De quelque chose d'essentiel depuis que tu es avec Moi ? Es-tu quelquefois tombé de langueur sur la route ?"           

"Non, Maître."           

"Quand je t'ai dit : "Viens" t'ai-je promis du confort et des richesses ? Et dans mes paroles à ceux qui m'écoutent ai-je jamais dit que je donnerai aux "miens" des avantages sur la Terre ?"        

"Non, Maître."           

"Et alors, Judas ? Pourquoi es-tu à ce point changé ? Ne sais-tu pas, ne sens-tu pas que ton mécontentement, ta froideur me donnent de la douleur ? Ne vois-tu pas que ce mécontentement se communique à tes frères ? Pourquoi, Judas, ami, toi appelé à un pareil sort, toi venu avec tant d'enthousiasme à mon amour et à ma Lumière, m'abandonnes-tu maintenant ?"           

"Maître, moi je ne t'abandonne pas. Je suis celui qui se soucie le plus de Toi, de tes intérêts, de ta réussite. Je voudrais te voir triompher partout, crois-le."          

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113> "Je le sais. Humainement tu veux cela. C'est déjà beaucoup. Mais ce n'est pas cela que je veux, Judas, mon ami... Je suis venu pour bien autre chose qu'un triomphe humain et une royauté humaine... Je suis venu, non pas pour donner à des amis des bribes d'un triomphe humain, mais pour vous donner une récompense large, bien tassée, abondante, une récompense qui n'est plus une récompense tellement elle est pleine: c'est, une participation à mon Règne éternel, c'est une union dans les droits des fils de Dieu... Oh ! Judas ! Pourquoi ce sublime héritage ne t'exalte-t-il pas ? On y accède par le renoncement, mais il ne connaît pas de crépuscule. Viens encore plus près, Judas.           

Tu le vois ? Nous sommes seuls. Les autres ont compris que je voulais te parler, à toi, distributeur de mes... richesses, des aumônes que le Fils de l'Homme, que le Fils de Dieu reçoit pour les donner au nom de Dieu et de l'Homme à l'homme. Ils sont rentrés. Nous sommes seuls, Judas, dans cette heure si douce du soir dans laquelle nos cœurs volent vers nos maisons lointaines, vers nos mères qui certainement, en préparant leur souper solitaire, pensent à nous et caressent de la main la place où nous nous assoyions avant cette heure de Dieu en laquelle le Vouloir très Saint nous a pris pour le faire aimer en esprit et en vérité.  

Nos mères ! La mienne, si sainte et si pure, qui vous aime tant et prie pour vous, amis de son Jésus... La mienne, qui n'a que cette paix dans l'angoisse de sa Maternité de Mère du Christ: celle de me savoir entouré de votre affection... Ne décevez pas, ne blessez pas ce cœur de Mère, amis. Ne le brisez pas par une seule mauvaise action ! Ta mère, Judas. Ta mère, la dernière fois que nous sommes passés par Kériot, elle n'en finissait pas de me bénir et elle voulait me baiser les pieds parce qu'elle est heureuse que son Judas soit dans la Lumière de Dieu, et elle me disait : "Oh ! Maître ! Rends-le saint mon Judas ! Que veut un cœur de mère, sinon le bien de son enfant ? Et quel bien qui soit plus grand que le Bien éternel ?" En effet quel bien plus grand, Judas, que celui auquel je veux vous amener et auquel on arrive en suivant mon Chemin ? C'est une sainte femme que ta mère, Judas, une vraie fille d'Israël. Je n'ai pas voulu qu'elle me baise les pieds, car vous êtes mes amis et parce que dans toutes vos mères, dans toute mère bonne, je vois la mienne, Judas. Et je voudrais que vous, dans la vôtre, vous voyiez la mienne dans son redoutable destin de Corédemptrice, et vous ne voudriez pas, non, vous ne voudriez pas la tuer parce que... parce qu'il vous semblerait tuer la vôtre.       

Judas, ne pleure pas. Pourquoi pleurer ? Si tu n'as rien sur le cœur qui soit un remords envers ta mère et la mienne, pourquoi répandre ces larmes ? Viens ici, mets ta tête sur mon épaule et dis à ton Ami ton angoisse. Tu as manqué ? Tu te sens près de manquer ?

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114> I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif Oh ! ne reste pas seul ! Triomphe de Satan avec l'aide de Celui qui t'aime. Je suis Jésus, Judas. Je suis le Jésus qui guérit les malades et qui chasse les démons. Je suis le Jésus qui sauve... et qui t'aime tant, et qui se tourmente de te voir ainsi affaibli. Je suis le Jésus qui enseigne à pardonner soixante-dix fois sept fois. Mais Moi, Moi, en ce qui me concerne, ce n'est pas soixante-dix fois, mais sept cent fois, sept mille fois sept fois que je vous pardonne... et il n'y a pas de faute. Judas, il n'y a pas de faute. Judas, il n'y a pas de faute. Judas, que Moi je ne pardonne, que Moi je ne pardonne, que Moi je ne pardonne si le coupable repentant me dit : "Jésus, j'ai péché". Moins encore : s'il dit seulement: "Jésus !". Encore moins : s'il me regarde seulement, suppliant. Et les premières fautes que je pardonne, sais-tu, ami, à qui je les pardonne ? Aux plus coupables et aux plus repentis. Et les toutes premières que je pardonne, sais-tu quelles elles sont : celles faites contre Moi.

Judas ?... Tu ne trouves pas un mot à répondre à ton Maître ?... Si lourde est ton angoisse qu'elle te coupe la parole ? Crains-tu que je te dénonce ? Ne le crains pas ! Il y a si longtemps que je veux te parler ainsi, en te tenant sur mon cœur, comme deux jumeaux dans un seul berceau, enfantés ensemble, presque une seule chair, deux enfants qui ont échangé entre eux les seins tièdes et senti le goût de la salive du frère en même temps que la douceur du lait maternel. Maintenant je te possède et je ne te quitte pas jusqu'à ce que tu me dises que je t'ai guéri. Ne crains pas, Judas. C'est une confession que je veux. Mais tes compagnons penseront que c'est un colloque d'amour, tant rayonneront de paix réciproque, d'amour réciproque nos visages après ce colloque. Et je ferai en sorte qu'ils le croient de plus en plus en te tenant contre ma poitrine ce soir au souper, en trempant mon propre pain et en te le présentant comme à un préféré, et c'est à toi le premier que je donnerai la coupe après avoir rendu grâces à Dieu. Tu seras le roi du banquet, Judas, et tu le seras réellement. Épouse de l'Époux tu seras, ô âme que j'aime, si tu te rends pure et libre, en déposant ta poussière en mon sein purificateur.   

Tu ne parles pas encore pour me dire ton chagrin ?"

"Tu m'as parlé avec tant de douceur... de la mère... de la maison... de ton amour... Un moment de faiblesse... Je suis tellement las !... Et il me semblait que tu ne m'aimais plus ainsi depuis quelque temps..."          

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115> "Non. Ce n'est pas cela. Dans tes paroles il n'y a qu'une seule vérité, et c'est que tu es las. Pas de la route, de la poussière, du soleil, de la boue, de la foule. Tu es las de toi. Ton âme est lasse de ta chair et de ton esprit. Si lasse qu'elle finira par s'éteindre de lassitude mortelle. Pauvre âme que Moi j'ai appelée aux splendeurs éternelles ! Pauvre âme qui sait que je t'aime, et qui te reproche de l'arracher à mon amour ! Pauvre âme qui te reproche, inutilement, comme Moi je te caresse inutilement de mon amour, d'agir sournoisement avec ton Maître. Mais ce n'est pas toi qui agis. C'est celui qui te hait et qui me hait. C'est pour cela que je te disais : "Ne reste pas seul". Eh bien, écoute. Mes nuits, tu sais que je les passe en grande partie à prier. Si un jour tu sens en toi le courage d'être un homme et la volonté d'être mien, viens à Moi pendant que tes compagnons dorment. Les étoiles, les fleurs, les oiseaux sont des témoins prudents et bons, silencieux, pleins de pitié. Les étoiles sont saisies d'horreur devant le crime qui arrive sous leur lumière, mais elles n'ont pas de voix pour dire aux hommes: "Celui-ci est un Caïn de son frère". Tu as compris, Judas ?"      

I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif "Oui, Maître. Mais crois-moi: je n'ai rien d'autre que de la lassitude et de l'émotion. Moi je t'aime de tout mon cœur et..."          

"C'est bien. Il suffit."

"Tu me donnes un baiser, Maître ?"   

"Oui, Judas, et je t'en donnerai d'autres..."    

Jésus pousse un profond soupir, avec peine. Mais il baise Judas sur la joue. Et puis il lui prend la tête dans ses mains, et la tenant bien serrée en face de Lui à quelques décimètres, il la fixe, l'étudie, la transperce de son regard magnétique. Et Judas, ce malheureux, ne tressaille pas. Il reste en apparence imperturbable sous cet examen. Il devient seulement un peu pâle et pendant un instant il ferme les yeux.       

Et Jésus baise ses paupières abaissées, et puis sa bouche, et puis son cœur, baissant la tête pour trouver le cœur du disciple... et il dit : «Voilà : pour chasser les nuées, pour te faire sentir la douceur de Jésus, pour fortifier ton cœur." Puis il le laisse et se dirige vers la maison, suivi de Judas.        

"Tu arrives bien, Maître ! Tout est prêt, on n'attendait que Toi" dit Pierre.       

"Bien. Je parlais avec Judas de tant de choses... N'est-ce pas, Judas ? Il faudrait s'occuper de ce pauvre vieux qui a eu son fils tué."      

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116> "Ah !" Judas saisit au vol l'occasion pour achever de se remettre et pour détourner, si jamais ils existaient, les soupçons des autres. "Ah ! Sais-tu, Maître ? Aujourd'hui nous avons été arrêtés par un groupe de gentils mêlés à des juifs des colonies romaines de Grèce. Ils voulaient savoir beaucoup de choses. Nous avons répondu comme nous avons pu. Mais nous ne les avons sûrement pas convaincus. Pourtant ils ont été bons et ils nous ont donné beaucoup d'argent. Le voilà, Maître. Nous pourrons faire beaucoup de bien." Et Judas met un gros sac de peau luxueuse sur la table et en tombant il émet un son argentin. Il est gros comme la tête d'un enfant.           

"C'est bien, Judas, tu distribueras l'argent avec équité. Que voulaient savoir ces gentils ?"         
"Des choses de la vie future... si l'homme a une âme et si elle est immortelle. Ils donnaient des noms de leurs maîtres. Mais nous... que pouvions-nous dire ?"  

"Vous deviez leur dire de venir."       

"Nous le leur avons dit. Ils viendront, peut-être."       

Le repas se poursuit.            

Jésus a pour voisin Judas et il lui donne du pain trempé dans la sauce qui se trouve sur le plat de la viande rôtie. Ils sont en train de manger des petites olives noires, quand on entend frapper à la porte. Et peu après la maîtresse de maison entre et elle dit : "Maître, c'est Toi qu'ils veulent."        

"Qui est-ce ?"           

"Des étrangers."       

"Mais c'est impossible !"

"Le Maître est fatigué !"        

"C'est toute la journée qu'il marche et qu'il parle !"     

"Et puis ! Des gentils dans la maison ! Allons donc !" Les douze sont en émoi comme un essaim que l'on a dérangé.   

"Chut ! Paix ! Ce n'est pas une fatigue pour Moi d'écouter qui me cherche. C'est mon repos."         

"Ce pourrait être un piège, à cette heure !..."

"Non. Ce ne l'est pas. Restez tranquilles et reposez-vous. Moi, je me suis déjà reposé en vous attendant. J'y vais. Je ne vous demande pas de venir avec Moi... bien que... bien que je vous le dis : c'est justement parmi les gentils que vous devrez porter votre judaïsme qui ne sera plus que christianisme. Attendez-moi ici."     

"Tu y vas seul ? Ah ! cela jamais !" dit Pierre, et il se lève.     

"Reste où tu es. J'y vais seul."         

Il sort. Il se présente à la porte qui donne sur la route. Dans le crépuscule, il y a une quantité d'hommes qui attendent.      

"La paix soit avec vous. Vous voulez me voir ?"       

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117> "Salut, Maître !" C'est un vieillard imposant qui parle enveloppé dans un vêtement romain qui dépasse d'un petit manteau rond avec un capuchon relevé sur la tête. "Nous avons parlé aujourd'hui avec tes disciples, mais ils n'ont pas su nous donner beaucoup d'explications. Nous voudrions parler avec Toi."       

"Vous êtes ceux de la riche obole ? Merci pour les pauvres de Dieu." Jésus s'adresse à la maîtresse de maison et lui dit : "Femme, je sors avec eux. Dis aux miens qu'ils viennent me retrouver près de la rive car, si je vois juste, ces gens sont des commerçants des magasins..."

"Et des navigateurs, Maître. Tu as vu juste."  

Ils sortent tous ensemble sur la route illuminée par un beau clair de lune.       

"Vous venez de loin ?" Jésus est au milieu du groupe avec, à côté de Lui, le vieillard qui a parlé le premier, un beau vieillard avec un net profil latin. De l'autre côté se trouve un autre d'un certain âge, au visage nettement hébraïque, et puis autour deux ou trois plutôt maigres au teint olivâtre, aux yeux éveillés et un peu ironiques, et d'autres plus robustes d'âges variables. Une dizaine de personnes.            

"Nous sommes des colonies romaines de Grèce et d'Asie. En partie des juifs et en partie des gentils... Nous n'osions pas venir à cause de cela... Mais on nous a assuré que tu ne méprises pas les gentils... comme font les autres... Les juifs scrupuleux, je veux dire, ceux d'Israël, car ailleurs il y a aussi des juifs... moins rigides. Si bien que moi, romain, j'ai pour épouse une juive de Lycaonie, alors que lui a pour épouse une romaine, lui hébreux d'Éphèse."   

"Je ne méprise personne, mais il faut être indulgent envers ceux qui ne savent pas encore penser que : le Créateur étant un, tous les hommes sont d'un même sang."    

"Nous savons que tu es grand parmi les philosophes. Et ce que tu dis le confirme : grand et bon."        

"Est bon celui qui fait le bien, non celui qui parle bien."         

"Tu parles bien et tu agis bien. Tu es donc bon."       

"Que voulez-vous savoir de Moi ?"   

"Aujourd'hui, Maître, pardonne-nous si nous te fatiguons par notre curiosité. Mais il y a une curiosité qui est bonne parce qu'elle cherche la Vérité... Aujourd'hui nous voulions savoir des tiens la vérité sur une doctrine déjà ébauchée par les philosophes de l'Antiquité grecque et que Toi, nous dit-on, tu reviens enseigner plus vaste et plus belle.
Eunique, mon épouse, a parlé avec des juifs qui t'ont entendu, et elle m'a répété ces paroles. Tu sais, Eunique qui est grecque, est cultivée et elle connaît les paroles des sages de sa patrie. Elle a trouvé des correspondances entre tes paroles et celles d'un grand philosophe grec, et même les paroles que tu as dites sont arrivées à Éphèse.        

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118> Aussi, venus dans ce port, les uns pour le commerce, les autres pour les rites, nous nous sommes retrouvés entre amis et nous avons parlé. Les affaires n'empêchent pas de penser aussi à des choses plus élevées. Ayant rempli les magasins et chargé les bateaux, nous avons le temps de résoudre ce doute. Tu dis que l'âme est éternelle. Socrate a dit qu'elle est immortelle. Connais-tu les paroles du maître grec ?"         

"Non. Je n'ai pas étudié dans les écoles de Rome et d'Athènes, mais parle. Je te comprends quand même. Je n'ignore pas la pensée du philosophe grec."    

I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif "Socrate, contrairement à ce que nous de Rome croyons, et contrairement aussi à ce que croient vos sadducéens, admet et soutient que l'homme a une âme et qu'elle est immortelle. Il dit que l'âme étant telle, la mort n'est pour elle qu'une libération et le passage d'une prison à un lieu libre où elle rejoint ceux qu'elle a aimés, et là elle connaît les sages, de la pensée desquels elle a entendu parler, et les grands, les héros, les poètes, et elle n'y trouve plus d'injustices ni de douleur, mais une félicité éternelle dans un séjour de paix, ouvert aux âmes immortelles qui ont vécu avec justice. Toi, Maître, qu'en dis-tu ?"         

"En vérité je te dis que le maître grec, tout en étant dans l'erreur d'une religion qui n'est pas vraie, était dans la vérité en disant l'âme immortelle. En quête du Vrai et pratiquant la Vertu, il sentait au fond de son esprit murmurer la Voix du Dieu inconnu, du Vrai Dieu, du Dieu Unique : le Père très Haut, d'où je viens pour amener les hommes à la Vérité. L'homme a une âme, Une, Vraie, Éternelle, Maîtresse, capable de mériter la récompense ou le châtiment. Toute sienne, créée par Dieu, destinée dans la Pensée Créatrice à retourner à Dieu. Vous, gentils, vous vous adonnez trop au culte de la chair, œuvre admirable en vérité, sur laquelle se trouve la marque du Pouce éternel. Vous admirez trop l'intelligence, joyau renfermé dans l'écrin de votre tête et faisant couler de là ses rayons sublimes. Grand don, don supérieur du Dieu Créateur qui vous a formés selon sa Pensée et conforme à elle, et donc œuvre parfaite d'organes et de membres, et vous a donné la ressemblance avec sa Pensée et avec son Esprit. Mais la perfection de la ressemblance se trouve dans l'esprit. Car Dieu n'a pas les membres et l'opacité de la chair, comme Il n'a pas les sens et le foyer de la luxure. Mais c'est un Esprit très pur, éternel, parfait, immuable, infatigable en son action, se renouvelant sans cesse dans ses œuvres qu'il adapte paternellement au chemin d'ascension de sa créature. L'esprit, créé pour tous les hommes à partir d'une même Source de puissance et de bonté, ne connaît pas de différence de perfection initiale. Il n'y a qu'un seul Esprit Incréé, parfait et resté tel. Il y a trois esprits créés parfaits..."  

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119> "Tu es l'un d'eux, Maître."         

"Pas Moi. Moi, dans ma chair, j'ai l'Esprit qui n'a pas été créé, mais qui a été engendré par le Père, par exubérance d'Amour."    

"Qui donc ?"

"Les deux premiers parents d'où vient la race, créés parfaits et puis tombés, volontairement, dans l'imperfection. Le troisième, créé pour la joie de Dieu et de l'Univers, est trop au-dessus des possibilités de pensée et de foi du monde de maintenant pour que Moi je vous l'indique. Les esprits, disais-je, créés, venant d'une même Source avec une égale mesure de perfection, subissent ensuite, d'après leur mérite et leur volonté, une double métamorphose."       

"Alors tu admets une seconde vie ?"

I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif "Il n'y a qu'une seule vie. En elle, l'âme, qui a eu la ressemblance initiale avec Dieu, passe, grâce à la justice fidèlement pratiquée en toutes choses, à une plus parfaite ressemblance, je dirais à une seconde création d'elle-même, par laquelle elle évolue vers une double ressemblance avec le Créateur, en se rendant capable de posséder la sainteté qui est perfection de justice et ressemblance des fils avec le Père. Elle se trouve chez les bienheureux, c'est-à-dire en ceux dont votre Socrate dit qu'ils habitent l'Hadès. Mais je vous dis que quand la Sagesse aura dit ses paroles et les aura confirmées par le sang, ils seront les bienheureux du Paradis, du Royaume, c'est-à-dire, de Dieu."       

"Et où sont-ils maintenant ?"

"Dans l'attente."       

"De quoi ?"  

"Du Sacrifice, du Pardon, de la Libération."  

"On dit que le Messie sera le Rédempteur et que c'est Toi... C'est vrai ?"      

"C'est vrai. Je le suis, Moi qui vous parle."    

"Alors, tu devras mourir ? Pourquoi, Maître ? Le monde a tant besoin de Lumière, et tu veux le quitter ?"   

"C'est toi, grec, qui me demande cela ? Toi, en qui trônent les paroles de Socrate ?"
"Maître, Socrate était un juste. Toi, tu es saint. Regarde quel besoin de sainteté a la Terre."

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120> "Elle croîtra de dix mille puissances pour chaque douleur, pour chaque blessure, pour chaque goutte de mon Sang."          

"Par Jupiter ! Jamais stoïque ne fut plus grand que Toi, qui ne te bornes pas à prêcher le mépris de la vie, mais qui t'apprêtes à t'en débarrasser."      

"Je ne méprise pas la vie. Je l'aime comme la chose la plus utile pour acheter le salut du monde."       

"Mais tu es jeune, Maître, pour mourir !"        

"Ton philosophe dit qu'il est cher aux dieux celui qui est saint, et tu m'as appelé saint. Si je suis saint, je dois avoir soif de retourner à la Sainteté d'où je suis venu. On n'est jamais assez jeune, par conséquent, pour n'avoir pas cette soif. Socrate dit aussi que celui qui est saint aime à faire des choses agréables aux dieux. Quelle chose plus agréable que de rendre à l'embrassement du Père les enfants que la faute a éloignés et de donner à l'homme la paix avec Dieu, source de tout bien ?"      

"Tu dis que tu ne connais pas les paroles de Socrate. Comment alors sais-tu ce que tu dis ?"      

I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif "Moi, je sais tout. La pensée des hommes, en tant que pensée bonne, n'est que la réflexion d'une de mes pensées. Ce qui n'est pas bon n'est pas de Moi, mais je l'ai lu dans la succession des temps, et j'ai su, je sais et je saurai quand cela a été, est, et sera dit. Moi, je sais."            

"Seigneur, viens à Rome, phare du monde. Ici la haine t'environne. Là-bas la vénération t'environnera."          

"Elle entourera l'homme, pas le Maître du surnaturel. Moi, je suis venu pour le surnaturel. Je dois l'apporter aux fils du Peuple de Dieu, bien qu'ils soient les plus durs avec le Verbe."

"Rome et Athènes ne te posséderont pas, alors ?"    

"Elles me posséderont, ne craignez pas. Elles me posséderont. Ceux qui me voudront me posséderont."          

"Mais s'ils te tuent..."            

"L'esprit est immortel. Celui de tout homme. Ne le sera-t-il pas le mien, l'Esprit du Fils de Dieu ? Je viendrai par mon Esprit qui agira... Je viendrai... Je vois les foules sans nombre, et les Maisons que l'on élève en mon Nom... Je suis partout... Je parlerai dans les cathédrales et dans les cœurs... Mon évangélisation ne connaîtra pas de répit... L'Évangile parcourra la Terre... Tous les bons vers Moi... Et voilà... Je passe à la tête de mon armée de saints et je les amène au Ciel. Venez à la Vérité..."           

"Oh ! Seigneur ! Nous avons l'âme enveloppée de formules et d'erreurs. Comment ferons-nous pour lui ouvrir les portes ?"      

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121> "Moi, je desserrerai les portes de l'Enfer. J'ouvrirai les portes de votre Hadès et de mes Limbes. Et je ne pourrai pas ouvrir les vôtres ? Dites : "Je veux" et comme une serrure faite d'ailes de papillons, elles tomberont en poussière au passage de mon Rayon."

"Qui viendra en ton Nom ?"   

"Vous voyez cet homme qui vient en ce moment avec un autre un peu plus qu'adolescent ? Ils viendront à Rome et à la Terre. Et avec eux, beaucoup d'autres. Empressés, comme maintenant, à cause de mon amour qui les pousse et ne leur fait trouver de repos qu'à côté de Moi, ils viendront, pour l'amour de ceux qui sont rachetés par mon Sacrifice, vous chercher, vous rassembler, vous amener à la Lumière. Pierre ! Jean ! Venez. J'ai fini, je crois, et je suis à vous. Avez-vous autre chose à me dire ?"  

"Rien d'autre, Maître. Nous partons emmenant avec nous tes paroles."         

"Qu'elles germent en vous et poussent avec des racines éternelles. Allez. La paix soit avec vous."          

"Salut à Toi, Maître."

Et la vision se termine...

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Mais Jésus dit encore : "Tu es épuisée ? Une lourde dictée, plutôt dictée que vision. Mais c'est un exposé que certains désirent. Qui ? Tu le sauras en mon Jour. Maintenant va en paix toi aussi."         

J'ajoute de moi-même que la conversation entre Jésus et les gentils avait lieu le long d'un quai d'une ville maritime. Bien visibles au clair de lune les flots tranquilles qui venaient mourir avec leur ressac sur les écueils de la digue avancée d'un grand port rempli de navires. Je n'ai pas pu en parler auparavant car le groupe n'a pas cessé de parler, et si j'avais décrit l'endroit j'aurais perdu le fil des paroles. Ils parlaient en allant et venant sur une partie du rivage, près du port. La route est solitaire, car il n'y a pas de passagers et les navigateurs sont tous revenus à leurs navires dont on voit les fanaux rouges briller dans la nuit comme des étoiles de rubis. Je ne sais quelle ville c'est. Elle est sûrement belle et importante.   

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[1] Cf. l’interpellation de Jonathas, le pharisien de la plaine d’Ascalon (Tome 3, chapitre 79) : le sabbat est fait pour l’homme…