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Une messe du pape Marcel dans l’église des catacombes du bienheureux martyr Valence, et l’ordination sacerdotale de Valentin.


Croquis réalisé par Maria Valtorta en marge de la vision.


Le Pape Marcel Ier

*****

RETOURS AUX FICHES

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11> À 6 h. du matin. 

J’écris à la lumière de la petite lampe à cire, et je ne sais ce que cela va donner. Mais je ne veux pas subir ce que j’ai souffert hier. J’étais en train de réciter le "Veni Sancte Spiritus" quand la vision suivante se présente à mes yeux, si irrésistiblement que je comprends l’inutilité d’insister pour prier. Je la suis donc. Et, comme je la vois complexe, je l’écris comme je le peux à cette lumière.     

 Je suis certainement dans les catacombes. Laquelle? En quel siècle? Je l’ignore. Je me trouve dans une église des catacombes de cette forme (Cf. croquis ci-joint) : En gros, il s’agit d’un rectangle qui donne sur une vaste salle circulaire au milieu de laquelle se trouve l’autel: une table rectangulaire, loin des murs, couverte d’une vraie nappe, c’est-à-dire d’une toile de lin avec de larges ourlets sur les quatre côtés, mais sans dentelles ni broderies.       

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12> Une scène évangélique est représentée sur la paroi de l’abside: le Bon Pasteur. Certes, ce n’est pas un chef-d’œuvre: une route de campagne qui ressemble à de la boue jaune; une tache verdâtre au-delà, à gauche du spectateur, doit représenter le pré; sept brebis, assemblées au point de paraître ne faire qu’un seul bloc - on voit le museau uniquement des premières, tandis que les autres ressemblent à des paquets ventrus -, marchent sur le chemin en direction du spectateur, aux bords du pré. Le Bon Pasteur est à côté d’elles, au fond, vêtu de blanc; son manteau est d’un rouge décoloré. Il porte sur les épaules une agnelle qu’il tient par les pattes. Le peintre ou l’auteur de la mosaïque a fait de son mieux... mais l’on ne peut vraiment pas dire que Jésus soit beau. Il a le visage inexpressif - plus large que long car vu de face -, les cheveux qui pendent, poisseux, trop sombres et opaques, qui caractérisent les peintures et les mosaïques des premiers chrétiens. Il n’a même pas de barbe. Malgré sa laideur, il garde cependant un regard triste et plein d’amour qui attire et sur la bouche une esquisse de sourire douloureux qui laisse songeur.   

À l’endroit indiqué par une petite croix, il y a une ouverture basse. Elle est si basse que seul un enfant pourrait y passer sans se heurter la tête. Au-dessus, une pierre tombale de la longueur d’un homme indique une niche. Il y est écrit "Pax", mot alors en usage, et, dessous, en latin : « Ossements du bienheureux martyr Valens ». De chaque côté de l’épigraphe, une burette et une feuille de palme sont gravées.            

Au fond de l’église, là où j’ai marqué un rond, il y a une autre ouverture basse, auprès de laquelle je vois quatre robustes fossoyeurs armés de pelles et de pioches. Ils se tiennent à côté de deux tas de grès qu’ils ont déblayé. Je suppose qu’ils vivent une époque de persécutions et qu’ils sont prêts à provoquer l’effondrement de la paroi pour dissimuler l’église, en s’aidant des tas de grès déjà prêts.         

On retrouve dans l’église l’habituelle clarté tremblotante jaune-rouge des petites lampes à huile. Cette lumière est plus vive vers l’autel. Au fond, c’est tout juste s’il y a quelque lueur, dans laquelle se perdent les silhouettes des personnes, qui plus est vêtues de sombre.       

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13>  Le calice, encore couvert, est posé sur l’autel. Mais la messe doit être déjà commencée. À l’autel se tient un vénérable vieillard au visage ascétique, extrêmement pâle, à le croire sculpté dans du vieil ivoire. Sa tonsure se perd dans sa calvitie qui lui laisse seulement une couronne de doux cheveux blancs autour de la tête jusqu’au-dessus des oreilles. Le reste est dégarni, et son front paraît immense. Plus bas brillent deux yeux clairs célestes, doux, tristes, mais limpides comme ceux d’un petit enfant. Il a un nez long et fin, une bouche qui porte la ride caractéristique des personnes âgées, des mâchoires fort édentées. Un vrai visage de saint, maigre et austère. Je le vois bien parce qu’il est tourné vers moi: il célèbre en effet le rite de l’autre côté de l’autel[1]. Il porte la chasuble en usage à l’époque - autrement dit en forme de cape -, et, au-dessus, le pallium et l’étole[2].       

Trois jeunes gens sont agenouillés devant l’autel (là où j’ai mis les trois points). Les deux de chaque côté portent le court vêtement des diacres, avec les manches larges qui descendent un peu plus bas que les coudes. Celui du centre porte ce qui est déjà une chasuble, dont les manches sont faites d’un mantelet qui va des côtes aux omoplates, ainsi que l’étole en bandoulière. Si je me souviens bien, je ne voyais pas cette étole lors des premières messes, et j’en déduis que je ne suis pas en présence d’une scène des tous premiers temps. Je pense me trouver à la fin du IIème siècle ou au début du IIIème[3]. Toutefois, je peux me tromper, car c’est là une réflexion personnelle et, en matière d’archéologie chrétienne et des cérémonies de cette époque, je suis analphabète.    

 Le Pape - le pallium indique que ce doit être lui - passe devant l’autel et vient se placer en face des trois jeunes agenouillés. Il impose les mains au premier et au dernier en récitant des prières en latin. Il va ensuite devant celui du centre, celui qui porte l’étole en bandoulière, et à son tour lui impose les mains sur la tête; puis, assisté par un servant en vêtement de diacre, il plonge les doigts dans un vase en argent et oint le front et les paumes des mains du jeune homme, lui souffle sur la figure - plutôt il commence par souffler puis oint ses mains - , les lie par un pan de l’étole que le servant a délié de son propre corps, et lui passe l’autre partie sur le cou comme un joug.   

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14> Enfin, il le fait se relever et, le tenant par ses mains liées, lui fait monter les trois marches qui mènent à l’autel et embrasser ce dernier puis ce qui soutient ce que je suppose être l’Évangile: un volumineux rouleau tenu par un ruban rouge. En dernier lieu, il l’embrasse à son tour, l’emmène de l’autre côté et continue la messe.  

Je comprends alors que celle-ci venait tout juste de commencer: en effet, comme elle est presque identique à la nôtre - ce qui me confirme dans l’idée que nous nous trouvons à la fin du IIe siècle au moins -, l’on en arrive à l’évangile. C’est le nouveau prêtre qui le chante - car je pense qu’il s’agissait d’une ordination sacerdotale -. Il revient devant l’autel et les deux jeunes qui étaient encore à genoux se lèvent; l’un prend une petite lampe, l’autre le rouleau de l’Évangile que lui tend celui qui servait déjà à l’autel. Le diacre déroule le rouleau et le tient ouvert au bon endroit; il est en face du nouveau prêtre, celui de la lampe se tenant à côté de lui. Ce nouveau prêtre est grand, brun, il a les cheveux plutôt ondulés et doit avoir la trentaine environ. Son visage est typiquement romain. D’une belle voix, il chante l’Évangile de Jésus, le passage du jeune homme qui lui demande ce qu’il doit faire pour le suivre[4]. Il a une voix assurée et forte, bien posée.            

Elle remplit l’église. Il chante d’une voix ferme, un sourire lumineux sur le visage et, lorsqu’il en arrive au : « Va, vends tes biens et donne-les aux pauvres. Tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, suis-moi », sa voix éclate de joie et d’amour.      

Il embrasse l’Évangile et retourne auprès du Pape qui l’a écouté debout, tourné vers le peuple, les mains jointes dans une attitude de prière. À cet instant, le nouveau prêtre s’agenouille.

 Le Pape, lui, fait son homélie : « Baptisé le jour de la naissance[5] du martyr Valens[6], le nouveau fils de l’Église apostolique romaine, et notre frère, a voulu prendre le nom du bienheureux martyr, mais en lui apportant une modification que l’humilité tirée de l’Évangile lui dictait - car l’humilité est l’une des racines de la sainteté -: il n’a pas voulu s’appeler Valens, mais Valentin[7].         

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15> En fait, c’est un vrai Valens. Voyez le chemin qu’a parcouru le païen dont l’unique religion était le vice et la violence. Vous savez ce qu’il est devenu au sein de l’Église. Certains d’entre vous - en particulier ceux qui lui ont servi de pères et de mères pour un véritable engendrement, ceux dont la parole et l’exemple ont suscité sa conception par notre sainte Mère l’Église et son accouchement pour l’autel et le ciel -, ceux-là donc savent qui était Valens à l’époque où il n’était pas encore chrétien mais ce païen dont lui comme nous ne voulons même pas nous souvenir du nom.   

Le païen est mort; par l’eau lustrale, le chrétien est ressuscité. Il est désormais votre prêtre. Que de chemin! Que de chemin! Des orgies aux jeûnes, des tricliniums à l’église, de la dureté, de l’impureté, de l’avarice à l’amour, à la chasteté, à la générosité absolue.   

Il était le jeune homme riche; or, un jour, il a rencontré Jésus, notre Seigneur béni, qui lui était porté par le cœur des saints, qui le représentent sans mot dire - il rayonne en effet de leur âme -. Les doux yeux du Maître se sont fixés sur le visage du païen, et le païen en a éprouvé une séduction qu’aucun plaisir ne lui avait encore procuré, une nouvelle émotion au nom inconnu, une sensation indescriptible, un je-ne-sais-quoi de doux comme la caresse d’une mère, d’honnête comme une odeur de pain à peine sorti du four, de pur comme une aurore printanière, de sublime comme un songe céleste.     

Vous disparaissez comme des fantômes du monde et de l’Olympe païen quand Jésus, le Soleil, embrasse l’un de ses appelés. Vous vous dissolvez comme des nuages. Vous fuyez comme des cauchemars démoniaques. Que reste-t-il de vous, alors que vous paraissiez être si splendides? Un sale monceau de détritus mal réduits en cendres et à l’odeur de corruption encore fétide.           

« Bon Maître, que dois-je faire pour te suivre et avoir la vie éternelle? », demandait-il. Le doux Maître divin lui donna alors l’enseignement de Vie par ces quelques mots : « Observe ses commandements ». Oh, il ne pouvait pas dire : « Suis la Loi! » Le païen ne la connaissait pas. Il lui dit donc: « Tu ne tueras pas. Tu ne commettras pas d’adultère. Tu ne voleras pas. Tu ne porteras pas de faux témoignage. Honore ton père et ta mère. Et: tu aimeras Dieu et ton prochain comme toi-même ». Des paroles neuves! Des buts auxquels on n’avait jamais pensé! D’infinis horizons baignés de lumière, de sa lumière.  

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16> Le païen ne pouvait pas répondre comme le jeune homme riche. Il n’était pas en mesure de le faire. En effet, le paganisme renferme tous les péchés, et il les avait tous au fond du cœur. Mais il a désiré pouvoir le faire. Il vint donc trouver un pauvre vieillard, le Pape persécuté, et lui dit en pleurant: « Donne-moi la Lumière, donne-moi la Science, donne-moi la Vie! Donne-moi une âme dans mon corps de brute! »           

Le pauvre vieillard que je suis, prit alors l’Évangile, et y puisa la Lumière, la Science, la Vie pour ce mendiant en larmes. J’ai tout trouvé pour lui dans l’Évangile de notre Seigneur Jésus. C’est ainsi que j’ai pu lui donner une âme, appeler son âme morte à la vie et lui dire: « Voici ton âme. Garde-la pour la vie éternelle ».      

Devenu pur grâce au bain baptismal, il s’est alors adonné à la recherche du bon Maître, l’a trouvé encore et lui a dit : « Je peux maintenant t’annoncer que je fais ce que tu m’as dit. Que me manque-t-il pour te suivre? » Le bon Maître lui répondit : « Va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres. Alors tu seras parfait et tu pourras me suivre ».          

Oh! À cet instant, Valentin a dépassé le jeune homme de Palestine ! Il n’est pas parti, incapable de se séparer de tous ses biens. Au contraire, il m’a apporté ces biens pour les pauvres du Christ et, libre du joug des richesses, ce joug pesant qui empêche de suivre Jésus, il m’a demandé le joug lumineux, sublime, paradisiaque du sacerdoce.          

Le voici. Vous l’avez vu monter à son autel sous ce joug, les mains liées, prisonnier du Christ. Désormais, il rompra pour vous le Pain éternel et vous désaltèrera par le Vin divin. Mais, pour devenir parfaits aux yeux du bon Maître, lui comme moi désirons quelque chose de plus: faire de nous-mêmes du pain et du vin, nous immoler, nous rompre, nous presser jusqu’à la dernière goutte, nous réduire en farine pour devenir hosties. Vendre enfin l’ultime, l’unique richesse qui nous reste: la vie. Pour moi, ma vie déclinante de vieillard. Pour lui, sa vie florissante de jeune homme.

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17>  Oh, ne nous déçois pas, Pontife éternel ! Accorde-nous le bienheureux martyre ! C’est avec notre sang que nous voulons écrire ton Nom : Jésus notre Sauveur. Nous désirons un autre baptême, pour notre étole que l’imperfection humaine ne cesse de corrompre: celle du sang. Pour monter vers toi avec des étoles immaculées et te suivre, ô Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, qui nous les a enlevés par ton sang! Bienheureux martyr Valens, nous nous trouvons dans ton église: implore pour ton Pape Marcel et pour ton frère prêtre les mêmes palmes et couronnes que toi ».[8]    

Rien d’autre. 

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[1] Comme on le fait depuis la réforme liturgique de Vatican II. Ce n’était pas l’usage à l’époque de Maria Valtorta : le prêtre célébrait dos à l’assistance.

[2] Les deux bandes d’étoffe sont différentes dans leur signification. Le pallium est un collier d’étoffe marqué de la croix. Il est réservé au souverain Pontife ou aux évêques métropolitains. L’étole est un châle étroit signe de la prêtrise. Selon Maria Valtorta leur usage serait ancien.

[3] Il s’agit de l’année 309, soit le tout début du IVème siècle.

[4] Cf. Matthieu 19, 16-30 - Marc 10, 17-27 - Luc 18, 18-30

[5] Dies natalis : périphrase qui désigne le jour de la mort et de la naissance au Ciel.

[6] Compagnon de Pamphile qu’il secondait, Valens était un diacre de Jérusalem alors appelée Aelia Capitolina. Il pouvait citer de mémoire de longs passages de l’Ecriture sainte. Il fut arrêté à Césarée Maritime avec ses compagnons en 307 lors de la grande persécution de Maximien Daïa. Deux ans plus tard ils furent décapités et leurs corps laissés en pâture aux animaux. Si l’on rapproche les dates, la scène décrite ici se déroule peu de temps après le martyre de Valens.

[7] Trois saints martyrs se nomment Valentin, dont Valentin de Terni et Valentin de Rome, martyrisés dans le milieu du IIIème siècle sur l’ordre de l’empereur Claude II le gothique. On ne connait rien du troisième. Le Pape Gélase Ier décida de les fêter à la même date : le 14 février. Le personnage évoqué dans cette scène est plus sûrement Valentin martyrisé avec le diacre Hilaire, au tout début du IVème siècle. Ils furent jetés dans le Tibre avec une grosse pierre au cou. Ils ne périrent pas noyés mais achevés par décapitation.

[8] Le Pape Marcel 1er succéda à saint Marcellin de 308 à 309. Il dut gérer le cas des chrétiens qui apostasièrent sous le coup des persécutions violentes de l’empereur Dèce.