"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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 7.477. - A colloquio con la Madre nel bosco di Matatia. Le sofferenze morali di Gesù e di Maria.

 4.475. - Jesus and His Mother in the Wood of Mattathias.


Mercredi 5 septembre 29 (8 Tisri)

Près de Jiphtaël


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 Il n’y a rien de plus grand que les adorations de Marie

 Marie évangélise les cœurs

 Marie voudrait suivre Jésus sur les routes

 Marie est dépositaires des secrets intimes du Verbe


- Jésus attend seul au pied d'un chêne 106

- Jean laisse Marie seule avec Jésus 108

- Marie déballe ce qu'elle a apporté 108

- L'attitude d'adoration de Marie pour son fils 109

- Après un bref repas, un bref repos 109

- Dialogue de Jésus avec Marie : - Joseph d'Alphée a changé 110

- Elle a appris la tentative de couronnement 111

- Il y a ceux qui progressent et les autres 112

- Le désir de Marie d'être toujours avec Jésus 113

- Elle s'établira près de Jérusalem 113

- Un rendez-vous à transmettre au cousin Joseph 114

- Apporte-moi mon vêtement le plus beau 114

- Pas de retour en Galilée avant l'accomplissement 115

- Adieu à Marie 115

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7

 

7.172.
Jésus et sa mère dans les bois de Mathatias


106> Jésus est seul. Seul sur un plateau un peu en forme de cuvette qui, par une légère ondulation, pourtant continue, monte par le versant des collines qui entourent certainement le lac de Galilée, car je le vois en bas, à droite, qui assombrit son azur splendide à cause de l'arrivée du coucher du soleil qui enlève à une grande partie du lac la fulguration des rayons solaires. En arrière de la cuvette, au nord, la montagne d'Arbela et, au-delà, plus élevées, celles d'au-delà du lac où s'élèvent Meieron et Giscala, et au nord-est, lointain, mais puissant et royal, le Grand Hermon dont le soleil à son coucher frappe bizarrement son pic le plus élevé, en le faisant d'un topaze rosé à l'occident, et en lui laissant sa couleur opaline, qui tend à cette indéfinissable nuance d'un azur neigeux que j'ai vu quelquefois sur les cimes de nos Alpes de la frontière.

107> Je regarde vers le nord, et c'est ce que je vois, comme je vois sans difficulté, à droite, tout en-bas, le lac, à gauche, et plus élevées, les collines qui empêchent de voir la plaine de la côte. Mais si je me tourne vers le midi, je vois le Thabor, au-delà des collines en pente douce qui sont certainement celles qui entourent Nazareth. Il y a une petite ville, tout en bas, près d'une route de grande circulation où les gens se hâtent pour gagner les lieux de repos entre les étapes.

Jésus ne regarde rien de ce que moi, je regarde. Il cherche seulement un endroit pour s'asseoir, et le choisit au pied d'un énorme chêne vert dont le feuillage a protégé de la canicule l'herbe du sol, et qui est encore fraîche et touffue comme si la chaleur n'était pas passée en brûlant tout.

Jésus se trouve ainsi avoir en face de Lui le lac, à côté de Lui le sentier parmi les arbres par lequel il est monté, et de l'autre côté les ondulations qui entourent au nord la cuvette de prés et de bois où il se trouve, et qui est toute verte grâce aux chênes verts et à d'autres arbres au feuillage persistant que l'automne ne touche pas. Ça et là seulement on y voit une tache rouge sang : c'est celle d'une feuille qui change de couleur avant de tomber, pour céder la place à une feuille naissante qui naît déjà tout près de celle qui meurt.

Jésus, très fatigué, s'appuie contre le tronc puissant et il reste un moment, les yeux clos, comme pour se reposer. Mais, ensuite, il prend sa pose habituelle, en se séparant du tronc, penché un peu en avant, les coudes sur les genoux, les avant-bras en avant, les mains jointes, les doigts entrelacés. Et il pense. Il prie certainement. De temps à autre, à cause de quelque bruit qui Lui arrive - oiseaux qui se battent en cherchant une place pour la nuit, quelque animal dans l'herbe qui fait tomber une pierre le long de la pente, une branche qui en heurte une autre par suite d'un coup de vent - il lève les yeux, et d'un regard pensif qui sûrement ne voit pas, il les tourne dans la direction du bruit, surtout si c'est dans la direction du sentier qui monte à travers les chênes verts. Puis il baisse de nouveau les yeux pour se concentrer en Lui-même. Par deux fois il regarde avec attention le lac qui est déjà dans l'ombre, et puis il tourne la tête pour regarder vers l'occident où le soleil est disparu derrière les collines boisées, et la seconde fois il se lève et va vraiment sur le sentier, pour regarder s'il monte quelqu'un, puis il retourne à sa place.

108> Enfin voilà un bruit de pas et deux figurés qui pointent : Marie vêtue de bleu foncé, et Jean chargé de sacs. Et Jean crie deux fois : "Maître !" et dès que Jésus se tourne, il ajoute : "Voilà ta Mère" et il l'aide à franchir un petit ruisseau et des cailloux mis sur le sentier dans le but de le consolider et de le rendre pratique pour la montée ou la descente, en réalité avec le résultat d'en faire de vrais pièges pour les pieds à demi-chaussés.

Jésus se lève immédiatement pour aller à la rencontre de sa Mère et il l'aide avec Jean à monter la masse éboulée qui devrait retenir le plateau, mais en réalité seules les racines des chênes remplissent cette charge. Maintenant Marie est soutenue par son Fils qui l'observe et lui demande : "Tu es fatiguée ?"

"Non, Jésus" et elle Lui sourit.

"Il me semble au contraire que tu l'es. Je regrette de t'avoir fait venir. Mais Moi, je ne pouvais pas venir..."

"Oh ! ce n'est rien, mon Fils. Je suis un peu en sueur, mais ici, on est bien... C'est plutôt Toi qui es fatigué et aussi le pauvre Jean..."

Mais Jean secoue la tête en riant et en déposant le sac neuf et bien plein de Jésus et le sien sur l'herbe, au pied du chêne, et il se retire en disant : "Je vais plus bas. J'ai vu une petite source et je vais me rafraîchir un peu dans cette eau. Mais j'entendrai, si vous m'appelez" et il se retire pour laisser liberté aux Deux.

Marie desserre son manteau et enlève son voile pour essuyer la sueur qui perle à son front. Elle regarde Jésus et Lui sourit, et elle boit son sourire car Lui aussi lui sourit en caressant sa main et en la passant sur sa joue pour en avoir la caresse. Tellement "fils" en cet acte que je Lui ai vu faire autre fois ! Marie dégage sa main et remet en ordre les cheveux de Jésus, Lui enlevant un petit morceau, d'écorce d'arbre resté dans les mèches des cheveux, et chaque mouvement de ses doigts est une caresse, si grand est l'amour avec lequel elle le fait. Elle parle : "Tu es tout en sueur, Jésus. Ton manteau sur les épaules est humide comme s'il avait plu dessus, mais maintenant tu vas pouvoir en prendre un autre. Celui-ci, je le retire. Il est déteint par le soleil et la poussière. J'avais tout préparé, et... Attends ! Je sais que tu as à peine mangé : une croûte de pain rassis avec une poignée d'olives salées au point de te mordre le gosier. C'est Jean qui me l'a dit. Il ne faisait que boire à son arrivée. Mais je t'ai apporté du pain frais. Je venais de le défourner, et un rayon de miel que j'avais enlevé hier pour le donner aux enfants de Simon. Mais pour eux, j'ai d'autres rayons. Prends-le, mon Fils. 109> Il vient de notre maison..." et elle se penche pour ouvrir le sac, qui contient par dessus tout le reste, un petit panier d'osier plein de fruits, avec au-dessus un rayon de miel enveloppé dans de longues feuilles de vigne et elle offre le tout à son Fils avec du pain frais et croustillant.

Et pendant que Jésus mange, elle tire du sac les vêtements qu'elle a préparés pour les mois d'hiver, solides, chauds, capables d'abriter du froid et de l'eau, et elle les montre à Jésus qui lui dit : "Que de travail, Maman ! J'avais encore ceux de l'hiver dernier..."

"Les hommes, quand ils sont loin de leurs femmes, doivent tout renouveler, afin de ne rien avoir à réparer pour être impeccables. Mais, je n'ai rien gaspillé. Le manteau que j'ai, c'est le tien que j'ai .raccourci et reteint. Pour moi, il va encore bien, mais pour Toi, il n'allait plus. Tu es Jésus..."

Dire ce qu'il y a dans cette phrase, c'est impossible. "Tu es Jésus". Une phrase simple, mais tout l'amour de la Mère, de la disciple, de l'ancienne Israélite pour le Messie Promis et de l'israélite du temps béni qui possède Jésus, se trouve dans ces quelques mots. Si la Mère s'était prosternée en adorant son Fils comme Dieu, ce n'était encore qu'une forme bornée dans sa manifestation respectueuse. Mais en ces mots, il y a davantage qu'une adoration des genoux qui se ploient, de l'échine qui se penche, du front qui touche le sol : il y a là tout l'être de Marie, sa chair, son sang, son âme, son cœur, son esprit, son amour qui adore totalement parfaitement le Dieu-Homme.

 Je n'ai jamais rien vu de plus grand, de plus absolu, que ces adorations de Marie pour le Verbe de Dieu qui est son Fils, mais dont elle se rappelle toujours qu'il est Dieu. Aucune des créatures, guéries ou converties par Jésus, que je vois adorer leur Sauveur, pas même les plus ardentes, pas même celles qui sans le remarquer sont théâtrales dans l'impétuosité de leur amour, n'a quelque chose qui ressemble à cela. Elles aiment totalement, mais toujours en créatures auxquelles il manque quelque chose pour être parfaites. Marie aime, j'ose le dire, divinement. Elle aime plus qu'une créature. Oh ! Elle est vraiment la fille de Dieu exempte de faute ! C'est pour cela qu'elle peut aimer ainsi !... Et je pense à ce qu'a perdu l'homme avec le Péché d'origine... Je pense à ce que nous a volé Satan en entraînant les Premiers Parents. Il nous a enlevé ce pouvoir d'aimer Dieu comme l'a aimé Marie... Il nous a enlevé le pouvoir d'aimer comme il faut.

110> Pendant que je fais ces réflexions en regardant le Couple parfait, Jésus, qui a fini son repas, a glissé pour s'asseoir sur l'herbe aux pieds de sa Mère en mettant sa tête sur les genoux de Marie comme un enfant las et attristé aussi qui se réfugie auprès de la seule qui puisse le conforter. Et Marie caresse ses cheveux, effleure le front lisse de son Jésus. Elle semble vouloir mettre en fuite toutes les lassitudes et toutes les peines qui affectent son Fils, grâce à cette caresse. Jésus ferme les yeux, et Marie arrête sa caresse gardant la main sur les cheveux de Jésus, regardant devant elle, pensive, sans bouger. Elle croit peut-être que Jésus s'est endormi. Il est si las...

Mais Jésus rouvre les yeux presque tout de suite, il voit que le soir arrive, il voit qu'il ne Lui est pas permis de prolonger cette heure de réconfort. Alors il relève la tête en restant assis où il est et il parle : "Tu sais, Maman, d'où je viens ?"

"Je le sais. Jean me l'a dit. Deux âmes qui reviennent à Dieu, Une joie pour Toi et pour moi."

"Oui, avec cette joie, je descends à Jérusalem."

"Pour te réconforter de la déception que tu as eu le jour même où nous nous sommes quittés." [1]

"Comment le sais-tu ? Jean te l'a dit ? Lui seul le sait…"

"Non. Je le lui ai demandé. Mais Jean m'a répondu : "Mère,.tu vas le voir bientôt. Demande-le-Lui"."

Jésus sourit en disant : "Jean est fidèle jusqu'au scrupule." Unie pause. Puis Jésus demande : "Qui donc t'en a parlé ?"

"Pas à moi. Il est venu des... des hommes chez Joseph, ton frère. Et... lui est venu chez moi. Il était encore un peu... Oui, mon Fils, il vaut mieux dire la vérité, un peu fâché après ta rencontre avec lui à Capharnaüm [2], et particulièrement après la conversation avec Jude et Jacques. Ils se sont vus en ton absence, et aussi Jacques, ou pour mieux dire : surtout Jacques fut sévère... Très... Je dirais trop. Cependant l'Éternel, toujours bon, a tiré un bien de ce léger désaccord. Certainement parce que c'était un désaccord venu de deux sources d'amour. Différentes, c'est vrai, mais c'est toujours de l'amour. Imparfaites, c'est vrai, car si elles avaient été parfaites, au moins chez l'un des deux, il n'aurait pas provoqué la colère... Parler de colère c'est peut-être un peu trop fort pour donner un nom à l'état d'âme de Jacques, mais certainement lui fut sévère, très sévère... Tu l'aurais certainement rappelé à la charité. Moi... je ne l'ai pas approuvé, mais j'ai compati, car j'ai compris ce qui rendait si fâché Jacques, qui est toujours patient. On ne peut demander qu'il soit parfait... C'est un homme. Il est encore très homme lui aussi. Oh ! il y a encore du chemin à parcourir pour que Jacques arrive à être un juste comme l’était mon Joseph ! 111> Lui … savait toujours se dominer... et être toujours bon... Mais moi, je divague !  Je parlais de l'amour imparfait des deux pour Toi - en effet ils t'aiment, oh ! tellement.. Même Joseph, bien que cela ne paraisse pas à première vue. Mais c'est de l'amour pour Toi, tous les soins qu'il prend de cette pauvre femme. Et c'est de l'amour pour Toi, sa manière de penser en vieil Israélite attaché à ses idées comme son père. Que ne donnerait-il pas pour te voir aimé de tous ! A sa façon... sûrement... - Mais, pour venir au fait, je dois te dire que Joseph, auquel n'a pas fait de mal l'attitude tranchante de Jacques, s'est mis à venir chez moi, chaque jour, et sais-tu pourquoi ? Pour que je lui explique les Écritures "comme toi et ton Fils vous les comprenez" m'a-t-il dit. Expliquer les Écritures à la lumière de la Vérité !... C'est difficile quand celui qui écoute est un Joseph d’Alphée, c'est-à-dire quelqu'un qui croit fermement au règne temporel du Messie, à sa naissance royale et à tant d'autres choses !

Mais pour lui faire accepter l'idée que le Roi d'Israël doit être de souche royale, descendant de David, oui, mais qu'il n'est pas nécessaire qu'il soit né dans un palais royal, son orgueil lui-même m'a servi. Lui... oh ! comme il tient à être de la race de David ! Je lui ai dit doucement tant de choses... et cette idée, je l'ai redressée en lui. Il admet maintenant, conformément aux prophéties, que tu es celui qu'elles ont annoncé. Mais je n'aurais pas réussi, oh ! non, je n'aurais pas réussi, à le convaincre que Toi, que ta vraie grandeur c'est justement le fait d'être le Roi de l'esprit, la seule chose qui puisse te rendre le Roi universel et éternel, s'il n'était venu à reprises des gens pour le chercher... Les premiers, ceux de Capharnaüm et d'autres avec eux, après l'avoir de nouveau séduit par des promesses éblouissantes de grandeur pour toute la maison, le voyant moins disposé à céder en leur faveur - ils prétendaient qu'il te force et me force à te faire accepter une couronne - ils se sont trahis en passant à des menaces... Les habituelles menaces Voilées dont ils se servent. Couteaux tranchants enveloppés de laine soyeuse pour les faire paraître inoffensifs... Et Joseph a réagi en leur disant : "Je suis le plus âgé, mais Lui est majeur et, dans notre famille, il ne me semble pas qu'il y ait jamais eu des sots ou des fous. Comme il est majeur depuis déjà quatre lustres, Lui sait ce qu'il fait. Allez donc l'interroger, et si Lui refuse, laissez-le tranquille. Il est responsable de ses actes".

Mais ensuite, et précisément la veille du sabbat, il est venu de tes disciples... Tu me regardes, Fils ? Permets-moi de ne pas te dire leurs noms, mais permets-moi de te dire de leur pardonner… [3] 112> Un fils qui aurait levé la main sur les cheveux blancs de son père, un lévite qui aurait profané l'autel et craindrait la colère de Jéhovah, ne seraient pas comme ils étaient... Ils venaient de Capharnaüm où ils t'avaient cherché... Ils avaient fait les routes du lac, de Capharnaüm à Magdala, et puis à Tibériade, espérant te trouver, et ils s'étaient rencontrés avec Hermas et Etienne qui descendaient avec d'autres à Jérusalem, après, avoir été quelques jours les hôtes de Gamaliel. Je ne veux pas dire ce qu'eux ont dit, ce qu'ils veulent te dire, et brûlent de te dire. Mais leurs paroles avaient augmenté encore plus la douleur des disciples qui furent égarés au point de s'unir à ceux qui voulaient te trahir par une onction trompeuse. Quand ils sont venus, Joseph était chez moi, et cela tombait bien. Oh ! Joseph n'est pas encore arrivé à la Lumière, mais il en est déjà à la naissance de son aurore. Joseph a compris le piège et... il t'aime maintenant beaucoup, notre Joseph. Il t'aime, je n'ose pas dire justement, mais au moins, comme un aîné qui souffre de ta souffrance, qui veille sur ta sauvegarde, qui connaît tes ennemis...

Voilà pourquoi je sais ce qu'ils t'ont fait, mon Fils. Une douleur... Et une joie, parce que plus d'un t'a reconnu pour ce que tu es. Pour Toi et pour moi, cette douleur et cette joie. Et nous pardonnons à tous, n'est-ce pas ? Moi, j'ai déjà pardonné à ceux qui se sont repentis, dans la mesure où cela m'était permis."

"Maman, tu pouvais donner tout pardon, même pour Moi, car Moi, j'avais déjà pardonné en voyant leurs cœurs. Ce sont des hommes... Tu l'as bien dit !... Mais j'ai aussi la joie de voir Joseph avancer vers l'aurore de la vraie Lumière..."

"Oui, lui espérait te voir. C'était bien que tu le voies. Aujourd'hui, il était absent jusqu'au coucher du soleil, et il sera peiné de ne pas te voir. Mais il pourra le faire à Jérusalem."

"Non, Mère. Je ne resterai pas à Jérusalem de manière à être vu. J'ai besoin d'évangéliser la Cité et les alentours, et on m'en chasserait tout de suite si l'on me découvrait. Je devrai donc agir comme quelqu'un qui fait le mal alors que je ne veux faire que du bien... Mais c'est ainsi."

"Alors tu ne verras pas Joseph ? Il part demain pour les Tabernacles. Vous pouviez faire le voyage ensemble..."

"Je ne puis..."

"C'est à ce point qu'ils te persécutent déjà, mon Fils ?" Quelle angoisse il y a dans la voix de la Mère !

113> "Non, Mère, non. Pas plus qu'auparavant. Rassure-toi. Et même... de bons esprits viennent à Moi. D'autres, qui ne sont pas bons, s'arrêtent à réfléchir, alors qu'auparavant ils frappaient sans raison; les disciples augmentent, les anciens se forment de plus en plus, les apôtres se perfectionnent. Je ne parle pas de Jean : il a toujours été une grâce que le Père m'a faite, mais je parle de Simon de Jonas et des autres Simon, dont je puis dire que de jour en jour il change, d'homme qu'il était en apôtre, et tu sais ce que je veux dire. Et il me donne tant de Joie. Et Nathanaël et Philippe qui se détachent des liens de leurs idées. Et Thomas et... Mais que dis-je ! Tous. Oui, crois-le. Tous à cette heure sont bons : ma joie. Tu dois être tranquille, me sachant avec eux : amis, consolateurs, défenseurs de ton Fils. Puisse-tu être ainsi défendue et aimée !"

"Oh ! moi, j'ai Marie, j'ai les épouses de Joseph et de Simon et eux-mêmes et leurs enfants. J'ai le bon Alphée. Et puis, à Nazareth, qui n'aime pas Marie de Nazareth ? Tu dois être tranquille... Tout un village aime ta Mère."

"Mais ils ne m'aiment pas encore, sauf quelques-uns. Je le sais, et je sais que leur amour pour toi est imprégné de ta compassion que l'on a pour la mère d'un fou et d'un vagabond. Mais tu sais que je ne le suis pas et que je t'aime. Tu sais que me séparer de toi c'est l'obéissance, je ne dis pas la plus grande, mais la plus affectueusement douloureuse que me demande le Père..."

 "Oui, mon Fils ! Oui. je le sais. Moi, je ne me plains de rien. Certainement je voudrais, je préférerais être avec Toi, dans la boue, dans le vent, à la belle étoile, persécutée, lasse, sans toit ni feu, sans pain, comme Toi tant de fois, au lieu d'être dans ma maison, pendant que tu es au loin et que je ne sais pas comment tu es quand je pense à Toi. Toi avec moi, et moi avec Toi, tu souffrirais moins, et moi, je souffrirais moins... Parce que tu es mon Fils et que je pourrais toujours te prendre dans mes bras et te défendre du froid, de la dureté des pierres et surtout de la dureté des cœurs, par mon amour, sur ma poitrine, dans mes bras. Tu es mon Fils. Je t'ai tant gardé sur mon cœur dans la grotte, dans le voyage en Égypte, et au retour, toujours, quand les traîtrises de la saison et des hommes pouvaient te nuire. Pourquoi ne pourrais-je pas le faire maintenant ? Ne suis-je peut-être plus ta Mère, parce que maintenant tu es l'Homme ? Une mère ne peut-elle donc plus être tout pour son Fils parce qu'il n'est plus petit ? Je pense que si je suis avec Toi, ils ne pourront pas te faire du mal... car personne... Non. Je suis sotte... Tu es le Rédempteur... et les hommes, je l'ai vu, n'ont pas pitié, même de leur propre mère... Mais laisse-moi venir près de Toi. Tout vaut mieux pour moi que d'être au loin."

114> "Si les hommes étaient meilleurs, je serais revenu encore à Nazareth. Mais même Nazareth... N'importe. Ils viendront à Moi. Pour le moment, je vais vers les autres... et je ne peux t'emmener avec Moi. Je ne reviendrai plus ici que quand ils sauront qui je suis. Maintenant je vais en Judée... Je monte au Temple... Puis je resterai dans ces contrées... Je parcourrai encore une fois la Samarie. Je travaillerai là où il y a le plus à faire. Aussi, ô Mère, je te conseille de te préparer à me rejoindre au début du printemps et de t'établir près de Jérusalem. Nous nous verrons plus facilement. Je remonterai jusqu'à la Décapole encore quelques fois et nous nous verrons encore... Je l'espère. Mais je resterai généralement en Judée. Jérusalem est la brebis qui a le plus besoin de soins car, en vérité, elle est plus têtue qu'un vieux mouton et plus querelleuse qu'un bouc sauvage. Je vais y répandre la Parole comme une rosée qui ne se lasse pas de tomber sur son aridité..."

Jésus se lève, s'arrête, regarde sa Mère qui le fixe attentivement. Il ouvre la bouche, puis il secoue la tête en disant : "Il y a encore cela à dire, avant la dernière chose... Mère, si Joseph veut me parler, qu'il soit vers l'aube d'après-demain sur la route qui de Nazareth va à Jezraël par le Thabor. J'y serai seul ou avec Jean."

"Je le dirai, mon Fils."

Un silence, un silence profond, car les oiseaux ont fini de se quereller dans les feuillages et le vent aussi se tait, alors que le crépuscule s'assombrît. Puis Jésus, qui semble avoir cherché péniblement les dernières paroles à dire, dit : "Maman, la pause est finie... Un baiser, Maman, et ta bénédiction." Ils s'embrassent et se bénissent mutuellement.

Puis Jésus, se penchant pour ramasser le voile de sa Mère, appelle Jean comme pour rendre moins solennelles ses paroles, et il dit : "Quand tu viendras en Judée, apporte-moi mon vêtement le plus beau, celui que tu m'as tissé pour les fêtes solennelles. A Jérusalem, je dois être le "Maître" au sens le plus large, et même plus sensiblement humain, puisque ces esprits fermés et hypocrites regardent davantage l'extérieur : le vêtement, que l'intérieur : la doctrine. Et ainsi même Judas de Kériot sera content... et content aussi Joseph qui me verra vraiment en vêtement royal. Oh ! ce sera un triomphe ! Et le vêtement que tu as tissé y contribuera..." et il sourit en hochant la tête pour atténuer la vérité cruelle que cachent ces paroles.

Mais Marie ne s'y trompe pas. Elle se lève et s'appuie au bras de Jésus en s'écriant : "Fils !" avec un déchirement qui me fait souffrir.

115> Jésus la serre sur son cœur, et elle pleure sur ce cœur...

 "Maman, j'ai voulu te parler en cette heure de paix pour ceci... Je te confie mon secret et ce que j'ai de plus cher ici-bas. Aucun des disciples ne sait que nous ne reviendrons plus de ce côté, que quand tout sera accompli. Mais toi... Pour toi, il n'y a pas de secrets... Je te l'avais promis, Maman. Ne pleure pas. Nous avons encore beaucoup d'heures à rester ensemble. C'est pour cela que je te dis : "Viens en Judée". De t'avoir près de Moi, me dédommagera de la fatigue de la plus difficile évangélisation à ces cœurs durs qui font obstacle à la Parole de Dieu. Viens avec les disciples galiléennes. Vous me serez si utiles ! Jean s'occupera de trouver un asile pour toi et pour elles. Maintenant, avant qu'il ne vienne, prions ensemble. Puis tu retourneras au village, et Moi aussi je viendrai de nuit..."

Ils prient ensemble et sont aux derniers mots du Pater quand Jean apparaît et dans la pénombre, quand il est proche, voit avec étonnement les traces de larmes sur le visage de Marie. Mais il ne dit rien à ce propos. Il salue le Maître et Lui dit : "Je serai à l'aurore sur la route, hors de Nazareth... Viens, Mère. En dehors du bois, il fait encore clair, et en bas, la route est bien éclairée par les lanternes des chars qui y circulent..."

Marie embrasse encore Jésus en pleurant dans son voile et puis, aidée par Jean qui la tient par le coude, elle descend le sentier et puis en bas, vers la vallée.

Jésus reste seul à prier, à réfléchir, à pleurer. Car Jésus pleure en regardant sa Mère qui descend. Et puis il revient où il était avant et reprend la position qu'il avait alors que l'ombre et le silence deviennent de plus en plus épais autour de Lui.

 



[1] La tentative de couronnement à l’initiative de Chouza. Jean qui a suivi Jésus est le seul à connaître la grande déception de Jésus. Cf. 7.156. et 7.157

[2] Joseph, à la suite d’une altercation avec des pharisiens, voulait absolument donner des conseils à Jésus sur la manière de se comporter avec les puissants et de conquérir le pouvoir. Cf. 6.152

[3] Il s’agit de Manaën et de Timon d’Aëra qui s’étaient fourvoyés dans le complot du couronnement.