"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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  7.476. - Lezione sulla cura delle anime e perdono ai due peccatori divenuti lebbrosi.

  4.474. - Jesus with the Leprous Sinners of Bethlehem in Galilee.


Mercredi 5 septembre 29 (8 Tisri)

Près de Jiphtaël


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 Dans les conversions, il faut avoir de la constance 

 Les œuvres de charitables

 Les âmes ! C'est ce qu'il y a de plus varié

 Le livre qu’il faut étudier ce sont les âmes elles-mêmes

 Soigner les âmes par l'amour

 Un jour vous serez prêtres de mon Église


- Des lépreux intéressés à la nourriture du corps 97

- Discours (Les oeuvres de miséricorde corporelle

- La variété des térébinthes et celle des âmes 98

- Les devoirs du directeur spirituel 99

- L'importance de l'amour) 100

- Les deux lépreux se montrent, implorant le pardon 101

- Ont-ils avantage à guérir ? 102

- Promesse de guérison et demande de réparation 103

- Directives données à Abel 104

- Abel obtient d'aller voir la mère d'Aser 105

- Mission confiée à Jean 105

- Repas, repos et départ 106

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7

 

7.171.
Jésus chez les pécheurs lépreux de Bethléem de Galilée


97> Le massif escarpé de Jiphtaël domine au nord en fermant l'horizon. Mais là où commencent les pentes éboulées de ce groupe de montagnes, et surplombent presque à pic, la route des caravanes qui de Ptolémaïs va vers Sephoris et Nazareth, il y a de nombreuses cavernes entre les blocs de roches qui débordent de la montagne, suspendus sur les abîmes, établis pour servir de toits et de bases à ces antres.

Comme toujours, près des routes les plus importantes, isolés, mais en même temps assez proches pour être vus et secourus par les voyageurs, se tiennent des lépreux. Une petite colonie de lépreux qui jettent leurs cris d'avertissement et d'appel en voyant Jésus passer avec Jean et Abel. Abel lève son visage vers eux en disant : "Celui-ci est Celui dont je vous ai parlé. Je le conduit aux deux que vous savez. N'avez-vous rien à demander au Fils de David ?"

"Ce que nous demandons à tout le monde : du pain, de l'eau, pour nous rassasier pendant que passent les pèlerins. Après, en hiver, c'est la faim..."

"Je n'ai pas de nourriture aujourd'hui, mais j'ai avec moi le Salut..." Mais l'invitation suggestionnante de recourir au Salut n'est pas accueillie. Les lépreux quittent la pente, tournent le dos et font le tour de l'éperon de la montagne pour voir si d'autres pèlerins arrivent par l'autre route.

"Je crois que ce sont des marins gentils ou tout à fait idolâtres. Ils sont venus depuis peu, chassés de Ptolémaïs. Ils venaient d'Afrique. Je ne sais pas comment ils sont tombés malades. 98> Je sais que, partis sains de leurs pays, et après avoir fait un long parcours autour des côtes africaines pour charger de l'ivoire, et aussi je crois, des perles pour les vendre aux marchands latins, ils sont arrivés ici malades. Les magistrats du port les ont isolés et ils ont même brûlé leur bateau. Les uns sont allés vers les routes de la Syro-Phénicie, les autres ici. Ces derniers sont les plus malades, car ils ne marchent quasi plus. Mais ils ont l'âme encore plus malade. J'ai essayé de leur donner un peu de foi... Ils ne demandent que de la nourriture..."

 "Dans les conversions, il faut avoir de la constance. Ce qui ne réussit pas en une année, réussit en deux ou davantage. Il faut insister pour leur parler de Dieu, même s'ils ressemblent aux rochers qui les abritent."

"Je fais mal alors de penser à leur nourriture ?... Je m'étais mis à leur apporter toujours de la nourriture avant le sabbat car, pendant le sabbat, les hébreux ne voyagent pas et personne ne pense à eux..."

"Tu as bien fait. Tu l'as dit. Ce sont des païens, par conséquent plus soucieux de la chair et du sang que de l'âme. L'affectueux souci que tu as de leur faim, éveille leur affection envers l'inconnu qui pense à eux. Et quand ils t'aimeront, ils t'écouteront même si tu parles d'autre chose que de la nourriture. L'amour dispose toujours à suivre celui que l'on a appris à aimer. Ils te suivront un jour sur les chemins de l'esprit.

 Les œuvres de miséricorde corporelle aplanissent le chemin pour celles spirituelles, et elles le rendent tellement libre et aplani que l'entrée de Dieu en un homme, préparé de cette manière à la divine rencontre, arrive à l'insu de l'individu lui-même. Il trouve Dieu en lui-même, et il ne sait pas par où Il est entré. Par où ! Parfois derrière un sourire, derrière une parole de pitié, derrière un pain a commencé l'ouverture de la porte d'un cœur fermé à la Grâce et a commencé le chemin de Dieu pour entrer dans ce cœur.  Les âmes ! C'est ce qu'il y a de plus varié. Aucune matière, et elles sont si nombreuses les matières qui existent sur la Terre, n'est aussi variée dans ses aspects que le sont les âmes dans leurs tendances et leurs réactions.

Voyez-vous ce térébinthe puissant ? Il est au milieu de tout un bois d'arbres qui lui ressemblent, étant de la même espèce. Combien il y en a-t-il ? Des centaines et des centaines, mille peut-être, peut-être davantage. Ils couvrent ce flanc abrupt de la montagne, écrasant de leur parfum âpre et salutaire de résine toutes les autres odeurs de la vallée et de la montagne. Mais regardez. 99> Il y en a mille et plus et il n'y en a pas un qui pour la grosseur, la hauteur, la puissance, l'inclinaison, la disposition, soit pareil à un autre, si on observe bien. L'un est droit comme une lame, d'autres tournés vers le nord, le midi, l'orient ou l'occident. L'un a poussé en pleine terre, un autre sur une saillie dont on ne sait comment elle peut le porter et comment lui peut tenir ainsi suspendu dans le vide, formant presque un pont avec l'autre versant, élevé au-dessus de ce torrent, maintenant à sec mais si tourbillonnant aux époques de pluie. L'un est tordu comme si un homme cruel l'avait accablé alors qu'il était un arbuste encore tendre, un autre est sans défauts. L'un est couvert de feuilles presque jusqu'à la base, un autre en a tout juste une houppette à la cime. L'un n'a des branches qu'à droite, un autre est feuillu tout en bas et brûlé à son sommet, calciné par la foudre. Tel autre qui est mort revit dans un surgeon obstiné, unique, qui a poussé presque à la racine, recueillant le reste de sève qui ne montait plus au sommet. Et celui-là que je vous ai montré pour commencer, beau comme il ne pourrait l'être davantage, a-t-il une branche, une ramille, une feuille - que dis-je en parlant d'une seule feuille sur les milliers qu'il porte - qui soit semblable à une autre ? Il semble que les feuilles soient semblables, mais elles ne le sont pas. Regardez cette branche, la plus basse. Observez-en l'extrémité, seulement l'extrémité de la branche. Combien peut-il s'y trouver de feuilles ? Peut-être deux cents aiguillettes vertes et fines. Et pourtant, regardez. Y en a-t-il une semblable à une autre pour la couleur, la robustesse, la fraîcheur, la flexibilité, l'allure, l'âge ? II n'y en a pas.

Ainsi pour les âmes. Aussi nombreuses qu'elles soient, aussi grande est leur différence de tendances et de réactions. Et n'est pas un bon maître ni un bon médecin des âmes celui qui ne sait pas les connaître et les travailler selon leurs diverses tendances et réactions. Ce n'est pas un travail facile, mes amis.  Il faut une étude continue, l'habitude de la méditation qui éclaire plus qu'une longue lecture de textes fixés. Le livre que doit étudier un maître et un médecin des âmes, ce sont les âmes elles-mêmes. Autant de feuilles que d'âmes, et dans chaque feuille, beaucoup de sentiments et de passions passées, présentes et embryonnaires. Il faut pour cela une étude continue, attentive, méditative, une patience constante, du courage pour savoir soigner les plaies les plus putrides, pour les panser sans montrer un dégoût qui humilie celui qui en est affligé, et sans une fausse pitié qui, pour ne pas mortifier en découvrant la pourriture et ne pas purifier, par crainte de faire souffrir la partie corrompue, la laisse se gangrener en corrompant l'être tout entier; de la prudence en même temps pour ne pas exacerber par des manières trop rudes les blessures des cœurs et pour ne pas s'infecter à leur contact, en voulant montrer qu'on ne craint pas de s'infecter en entrant en relation avec les pécheurs.

100>  Et toutes ces vertus nécessaires au maître et médecin des âmes, où  trouvent-elles leur lumière pour voir et comprendre, leur patience parfois héroïque, pour persévérer, malgré les froideurs, parfois les offenses, leur courage pour soigner sagement, leur prudence pour ne pas nuire au malade et à eux-mêmes ? Dans l'amour, toujours dans l'amour. C'est lui qui donne la lumière pour tout, qui donne la sagesse, le courage et la prudence. Il préserve des curiosités qui peuvent prendre les fautes qui ont été guéries. Quand quelqu'un est tout amour, il ne peut entrer en lui un autre désir et une autre science qui n'est pas celle de l'amour. Voyez-vous ? Les médecins disent que quand quelqu'un a failli mourir d'une maladie, il ne la contracte jamais plus que difficilement car désormais son sang l'a reçue et l'a vaincue. L'idée n'est pas parfaite mais elle n'est pas non plus complètement erronée. Mais l'amour, qui est santé au lieu d'être maladie, fait ce que disent les médecins, et pour toutes les passions qui ne sont pas bonnes. Celui qui aime fortement Dieu et ses frères ne fait rien qui puisse causer de la douleur à Dieu et à ses frères, pour cela même en approchant des malades de l'esprit, et en ayant connaissance des choses que jusque là l'amour avait tenues cachées, il ne se corrompt pas, car il reste fidèle à l'amour et le péché n'entre pas. Que voulez-vous que soient les sens pour quelqu'un qui a vaincu les sens par la charité ? Les richesses, pour celui qui trouve tout son trésor dans l'amour de Dieu et des âmes ? La gourmandise, l'avarice, l'incrédulité, la paresse, l'orgueil, pour celui qui ne désire que Dieu, pour celui qui se donne lui-même, jusqu'à lui-même pour servir Dieu, pour celui qui dans sa Foi trouve tout son bien, pour celui qu'aiguillonne la flamme toujours active de la charité et qui travaille inlassablement pour procurer de la joie à Dieu, pour celui qui connaît Dieu - l'aimer, c'est le connaître - et ne peut plus s'enorgueillir parce qu'il sait ce qu'il est par rapport à Dieu.

 Un jour vous serez prêtres de mon Église. Vous serez donc les médecins et les maîtres de l'esprit. Rappelez-vous ces paroles que je vous dis. Ce ne sera pas le nom que vous porterez, ni votre habit, ni les fonctions que vous exercerez, qui vous feront prêtres, c'est-à-dire ministres du Christ, maîtres et médecins des âmes, mais ce sera l'amour que vous posséderez qui vous fera tels. 101> Il vous donnera tout ce qu'il faut pour l'être, et les âmes, toutes différentes entre elles, arriveront à une unique ressemblance: celle du Père, si vous savez les travailler avec l'amour."

"Oh ! quelle belle leçon, Maître !" dit Jean.

"Mais nous, arriverons-nous jamais à être ainsi ?" ajoute Abel.

Jésus regarde l'un et l'autre, puis il passe un bras au cou des deux et les attire à Lui, l'un à droite, l'autre à gauche, et il dépose un baiser sur les cheveux en disant : "Vous y arriverez car vous avez compris l'amour."

Ils marchent encore pendant quelque temps, de plus en plus difficilement à cause des difficultés du chemin taillé presque au bord de la montagne. Au-dessous, tout au loin, il y a une route sur laquelle on voit cheminer les gens.

"Arrêtons-nous là, Maître. Là-bas, tu vois, de cette plate-forme rocheuse, les deux descendent avec une corde un panier aux passants, et au-delà de cette plate-forme se trouve leur grotte. Maintenant je les appelle." Et, s'avançant, il jette un cri, alors que Jésus et Jean restent en arrière, cachés par des arbres touffus.

Quelques instants, et puis un visage... appelons-le visage parce qu'il est au sommet d'un corps, mais cela pourrait aussi s'appeler museau, monstre, cauchemar... se montre au-dessus d'un bouquet de mûries.

"Toi ? Mais tu n'étais pas parti pour les Tabernacles ?"

"J'ai trouvé le Maître, et je suis revenu en arrière. Il est ici !"

Si Abel avait dit : Jéhovah est suspendu sur votre tête" très probablement aurait été moins soudain et moins respectueux le cri, le geste, l'élan des deux lépreux - car pendant qu'Abel parlait, l'autre aussi s'était amené - en se jetant dehors, sur la plate-forme, en plein soleil, et en se prosternant le visage contre terre, tout en criant : "Seigneur, nous avons péché. Mais ta miséricorde est plus grande que notre péché !" Ils le crient sans même s'assurer si Jésus est vraiment là, ou s'il est encore loin, en train de venir vers eux. Leur foi est telle qu'elle leur fait voir, même ce que leurs yeux à cause des plaies des paupières et de la rapidité de leur prosternement, n'ont certainement pas vu.

Jésus avance pendant qu'ils répètent : "Seigneur, notre péché ne mérite pas le pardon, mais tu es la Miséricorde ! Seigneur Jésus, par ton Nom, sauve-nous. Tu es l'Amour qui peut vaincre la Justice."

"Je suis l'Amour. C'est vrai. Mais au-dessus de Moi, il y a le Père. Et Lui est la Justice" dit avec sévérité Jésus, en s'avançant avec Jean sur le sentier.

102> Les deux lèvent leurs visages défigurés, et ils le regardent à travers les larmes qui coulent mêlées à la pourriture. Horrible la vue de ces visages ! Vieux ? Jeunes ? Qui est le serviteur ? Qui est Aser ?

Impossible de le dire. La maladie les a rendus égaux, en en faisant deux formes horribles et nauséabondes.

Comment doit leur apparaître Jésus, debout au milieu du sentier, avec le soleil qui l'enveloppe de ses rayons et fait resplendir ses blonds cheveux, je ne sais. Je sais qu'ils le regardent et puis se couvrent le visage en gémissant : "Jéhovah ! La Lumière !" Mais ensuite, ils crient encore : "Le Père t'a envoyé pour sauver. Lui t'appelle sa dilection. Lui se complaît en Toi. Lui ne refusera pas que tu nous donnes le pardon."

"Le pardon ou la santé ?"

"Le pardon" crie l'un. Et l'autre : "...et puis la santé. Ma mère meurt de chagrin à cause de moi."

"Si Moi je vous pardonne, il reste toujours la justice des hommes, pour toi, surtout. Que vaut alors mon pardon pour rendre ta mère heureuse ?" tente Jésus pour faire dire les paroles qu'il attend pour opérer le miracle.

"Il vaut. Elle est une vraie Israélite. Elle veut pour moi le sein d'Abraham. Et il n'est pas pour moi ce lieu où l'on attend le Ciel, car j'ai trop péché."

"Trop, tu l'as dit."

"Trop !... C'est vrai... Mais Toi... Oh ! ce jour-là, il y avait ta Mère... Où est ta Mère maintenant ? Elle avait pitié de la mère d'Abel. Je l'ai vu. Et si maintenant elle entendait, elle aurait pitié de la mienne. Jésus, Fils de Dieu, pitié au nom de ta Mère !..."

"Et que feriez-vous après ?"

"Après ?" Ils se regardent effrayés. "Après" c'est la condamnation des hommes, c'est le mépris ou la fuite, l'exil. Devant la perspective de la guérison, ils tremblent comme s'ils perdaient le salut.

Comme l'homme tient à la vie ! Les deux, pris dans le dilemme de guérir et d'être condamnés par la loi humaine, ou de vivre lépreux, préfèrent presque vivre lépreux. Ils le disent, ils l'avouent par ces paroles : "Le supplice est horrible !" Il le dit surtout celui que je comprends qu'il est Aser, l'un des deux homicides...

"C'est horrible. Mais, au moins ce n'est que justice. Vous, vous le donniez à cet innocent, toi, pour quelle fin louche, toi, pour une poignée d'argent."

"C'est vrai ! Ô mon Dieu ! Mais lui nous a pardonné. Pardonne Toi aussi. Eh bien, nous mourrons, mais notre âme sera sauvée."

103> "La femme de Joël fut lapidée comme adultère. Les quatre enfants vivent dans la gêne avec sa mère, car les frères de Joël les ont chassés comme bâtards, pour s'emparer des biens de leur frère. Vous le savez ?"

"Abel nous l’a dit..."

"Et qui remédie à leur malheur ?" La voix de Jésus est un tonnerre, c'est vraiment la voix du Dieu Juge, et elle est effrayante. Seul, dans le soleil, debout et raide, c'est vraiment une figure d'épouvante. Les deux le regardent effrayés. Bien que le soleil doive exacerber leurs plaies, ils ne bougent pas, comme ne bouge pas Jésus qui en est tout enveloppé. Les éléments perdent leur puissance dans ces heures des âmes...

Aser dit après un moment : "Si Abel veut m'aimer tout à fait, qu'il aille trouver ma mère et qu'il lui dise que Dieu m'a pardonné et..."

"Moi, je ne t'ai pas pardonné encore."

"Mais tu vas le faire parce que tu vois mon cœur... Et il lui dira que tout ce qui m'appartient aille aux enfants de Joël, de par ma volonté. Que je meure ou que je vive, je renonce à la richesse qui m'a rendu vicieux."

Jésus sourit. Il se transfigure en son sourire qui le fait passer d'un visage sévère à un visage plein de pitié, et c'est d'une voix toute changée qu'il dit : "Je vois votre cœur. Levez-vous, et élevez votre esprit vers Dieu pour le bénir. Séparés comme vous l'êtes du monde, vous pouvez vous en aller, sans que le monde s'enquière de vous. Et le monde vous attend pour vous donner la possibilité de souffrir et d'expier."

"Tu nous sauves, Seigneur ?! Tu nous pardonnes ?! Tu nous guéris ?!"

"Oui. Je vous laisse la vie car la vie est une souffrance surtout pour qui a des souvenirs comme les vôtres. Mais maintenant vous ne pouvez sortir d'ici. Abel doit venir avec Moi, il doit aller comme tous les hébreux à Jérusalem. Attendez son retour : il coïncidera avec votre guérison. Il s'occupera de vous amener au prêtre et de prévenir ta mère. Je dirai à Abel ce qu'il doit faire et comment il doit le faire. Pouvez-vous croire à mes paroles, même si je m'en vais sans vous guérir ?"

"Oui, Seigneur. Cependant, répète-nous que tu pardonnes à notre esprit. Cela, oui. Ensuite, tout viendra quand tu voudras."

104> "Je vous pardonne. Renaissez avec un esprit nouveau et ayez la volonté de ne plus pécher. Souvenez-vous qu'en plus de vous abstenir du péché, vous devez accomplir des actes de justice destinés à annuler complètement votre dette aux yeux de Dieu, et que par conséquent votre pénitence doit être continue parce que grande, bien grande, est votre dette ! Les tiennes en particulier concernent tous les commandements du Seigneur. Penses-y et tu verras qu'il n'en faut exclure aucun. Tu as oublié Dieu, tu as fait de tes sens ton idole, tu as fait des jours de fête des délires d'oisiveté, tu as offensé et déshonoré ta mère, tu as contribué au meurtre et à la volonté du meurtre, tu as volé l'existence et as voulu voler un fils à sa mère, et tu as privé quatre enfants de père et de mère, tu as été luxurieux, tu as fait de faux témoignages, tu as désiré impudiquement la femme qui était fidèle à son époux défunt, tu as désiré ce qui appartenait à Abel, au point de vouloir supprimer Abel pour t'emparer de ses biens."

Aser gémit à chaque affirmation : "C'est vrai, c'est vrai !"

"Comme tu vois, Dieu aurait pu te réduire en cendres sans recourir aux châtiments des hommes. Il t'a épargné pour que Moi, je puisse en sauver un de plus. Mais l’œil de Dieu te surveille et son Intelligence se souvient. Allez" et il se tourne pour revenir dans le bois près dAbel et de Jean qui s'étaient mis à l'abri sous les arbres de la pente.

Et les deux, encore défigurés, souriants peut-être - mais qui peut dire quand sourit un lépreux ? - avec la voix particulière des lépreux, stridente, métallique, discontinue, avec de brusques changements de ton, pendant que Lui descend la montagne par le sentier effrayant, entonnent le psaume 114°... [1]

"Ils sont heureux !" dit Jean.

"Moi aussi" dit Abel.

"Je croyais que tu allais les guérir tout de suite" dit encore Jean.

"Moi aussi, comme tu fais toujours."

"C'étaient de grands pécheurs. Cette attente est juste pour qui a tant péché. Maintenant écoute, Ananias..."

"Je m'appelle Abel, Seigneur" dit le jeune homme étonné et il regarde Jésus comme pour se demander: "Pourquoi se trompe-t-il ?"

Jésus sourit : "Pour Moi, tu es Ananias, car vraiment tu semblés né de la bonté du Seigneur. Sois-le de plus en plus et écoute. Au retour des Tabernacles, tu iras dans ta ville pour dire à la mère d'Aser de faire ce que veut son fils, et le plus rapidement possible, en donnant pour réparer tout sauf un dixième. 105> Et cela par pitié pour la vieille mère qui avec toi quittera Bethléem de Galilée et ira à Ptolémaïs rejoindre son fils qui, avec toi, la rejoindra avec son compagnon. Toi, après avoir installé la femme chez une disciple de la ville, tu iras prendre ce qu'il faut pour la purification des lépreux et tu ne les quitteras pas avant que tout soit fait. Que le prêtre ne soit pas de ceux qui connaissent le passé, mais quelqu'un d'autres endroits."

"Et ensuite ?"

"Ensuite, tu reviens chez toi ou bien tu te réunis aux disciples. Et eux, une fois guéris, prendront le chemin de l'expiation. Moi, je dis l'indispensable et je laisse ensuite l'homme libre d'agir..."

Et ils descendent, descendent, infatigables malgré les difficultés du chemin et la chaleur du soleil... Infatigables, mais silencieux pendant un long moment.

Puis Abel rompt le silence pour dire : "Seigneur, puis-je te demander une grâce ?"

"Laquelle ?"

"De me laisser aller dans ma ville. Je regrette de te quitter. Mais cette mère..."

"Va, mais ne t'attarde pas. Tu auras à peine le temps de rejoindre Jérusalem."

"Merci, Seigneur ! Je n'irai trouver qu'elle, la pauvre vieille, qui a honte de tout, depuis qu'Aser a péché. Mais elle va encore sourire. Que dois-je lui dire, en ton nom ?"

"Que ses larmes et ses prières ont obtenu grâce et que Dieu l'engage à espérer de plus en plus et la bénit. Mais avant de nous quitter, faisons la pause pendant une heure, pas plus. Ce n'est pas le moment de s'arrêter. Et puis tu iras de ton côté, Jean et Moi du nôtre, et par des raccourcis. Et toi, Jean, tu iras en avant, chez ma Mère. Tu lui porteras ce sac avec les vêtements de lin et tu viendras avec ceux de laine. Tu iras lui dire que je veux la voir et que je l'attends dans le bois de Mathatias, celui de l'épouse [2]. Tu le connais. Ne parle qu'avec elle et reviens vite."

"Je sais où est le bois. Et Toi ? Seul ? Tu restes seul ?"

"Je reste avec mon Père. Ne crains pas" dit Jésus en levant la main et en la mettant sur la tête du disciple préféré, assis sur l'herbe à coté de Lui. Et lui sourit en disant : "Mais nous devrons y être au soir..."

"Maître, quand je dois te faire plaisir, je ne sens pas la fatigue, tu le sais. Et aller chez la Mère !... C'est comme si les anges me portaient. Et puis, ce n'est pas très loin."

106> "Ce n'est jamais loin ce que l'on fait avec joie… Mais tu passeras la nuit à Nazareth."

"Et Toi ?"

"Et Moi... Je resterai avec mon Père, après avoir été avec ma Mère un peu. Et puis je me mettrai en route à l'aube, pour prendre la route du Thabor sans entrer à Nazareth. Tu sais que je dois être à Jezrael à l'aurore d'après-demain."

"Tu seras très fatigué, Maître. Tu l'es déjà."

"Nous aurons le temps de nous reposer pendant l'hiver. Ne crains pas, et n'espère pas pouvoir, en toute paix comme ici, évangéliser toujours. Nous connaîtrons beaucoup d'arrêts..." Jésus baisse la tête, pensif, en grignotant son pain, pour tenir compagnie aux deux qui, jeunes et heureux d'être avec le Maître, mangent de bon appétit, plutôt que par désir de manger. C'est au point qu'il oublie de le faire et s'absorbe dans un de ses silences que les deux respectent en se taisant, en reposant à l'ombre de la montagne, les pieds nus pour chercher la fraîcheur sur l'herbe qui a poussé aux pieds des troncs puissants, et ils somnoleraient même, mais Jésus lève la tête et dit : "Allons. Au carrefour, nous nous quitterons."

Et après avoir lacé de nouveau leurs sandales, ils se mettent en route. L'ombre du bois et le vent qui vient du nord les aident à supporter la lourdeur de l'heure encore chaude, bien qu'elle ne soit plus torride comme dans les mois de plein été.

 



[1] Psaume 115 (114) : Ce n’est pas à nous, Seigneur, non, ce n’est pas à nous que revient la gloire, mais à toi, pour ta bonté et ta fidélité…

[2] Mathatias d’Esdrelon. Son domicile est semble-t-il une halte habituelle de Jésus. Cf. 4.125