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"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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       I:\Maria Valtorta\SiteWeb\Publication\TOME 09\BaliseNoire.jpg  10.616 - Il mattino della Risurrezione. Preghiera di Maria.

       I:\Maria Valtorta\SiteWeb\Publication\TOME 09\BaliseNoire.jpg  5.612 - The Morning of the Resurrection.

       I:\Maria Valtorta\SiteWeb\Publication\TOME 09\BaliseNoire.jpg Concordance avec l'Évangile : Matthieu 28,1


dimanche 7 avril 30 (16 Nisan)
Au Cénacle,
à l'aube


RÉSUMÉ

- Pierre ne se pardonne pas ......................................... 7

- Marie-Madeleine pointe son orgueil ............................ 7

- Le repentir doit se traduire par des actes ............................... 8

-
Celle qui croit le plus après Marie ......................................... 9

- Elle est pleine d'attentions pour Marie ............................. 10

- Les femmes achèvent les préparatifs .................... 10

- Ne veulent pas que Marie vienne au tombeau................... 11

- Pierre s'enfuit et Jean reste avec Marie ............................. 11

- Discours de Marie-Madeleine :(Je le ferai avec tout l'amour que j'ai pour lui) ........................ 11

- Marie envoie Jean évangéliser Pierre ............................ 12

- Elle reste seule à prier avec le voile de Nique ............. 13

Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 10

 

10.1.
Le matin de la résurrection de Jésus


 

7> Les femmes reprennent leurs travaux aux huiles qui, dans la nuit, à la fraîcheur de la cour, se sont solidifiées en une lourde pâte.

Jean et Pierre pensent à ranger le Cénacle, en lavant la vaisselle, mais remettent tout dans l’état où c’était dès la fin de la Cène.

"Lui l’a dit" dit Jean.  

"Il avait dit aussi : 'Ne dormez pas !' Il avait dit : 'Ne sois pas orgueilleux, Pierre. Ne sais-tu pas que l’heure de l’épreuve va venir ?' Et... et il a dit : 'Tu me renieras...' " Pierre pleure de nouveau en disant avec un sombre chagrin : "Et moi, je l’ai renié !"   

"Assez, Pierre ! Maintenant tu es revenu. Assez de ce tourment !"     

"Jamais, jamais assez. Si je devenais vieux comme les premiers patriarches, si je vivais les sept ou les neuf cents années d’Adam et de ses premiers descendants, je ne cesserai jamais d’avoir ce tourment."  

"Tu n’espères pas dans sa Miséricorde ?"     

"Si. Si je n’y croyais pas, je serais comme l’Iscariote : un désespéré. Mais même si Lui me pardonne du sein du Père où il est retourné, moi, je ne me pardonne pas. Moi ! Moi ! Moi qui ai dit : " Je ne le connais pas " parce qu'à ce moment-là il était dangereux de le connaître, parce que j’ai eu honte d’être son disciple, parce que j’ai eu peur de la torture... Lui allait à la mort, et moi... moi, j’ai pensé à me sauver la vie. Et pour la sauver je l’ai repoussé, comme une femme qui a péché repousse, après l’avoir enfanté, le fruit de son sein, qu’il est dangereux d’avoir près d’elle, avant que revienne le mari ignorant. Je suis pire qu’une adultère.., pire que..."           

Marie-Magdeleine entre, attirée par ses cris. "Ne crie pas ainsi. Marie t’entend. Elle est tellement épuisée ! Elle n’a plus aucune force, et tout lui fait mal. Tes cris inutiles et désordonnés la ramènent à se tourmenter de ce que vous avez été..."          

"Tu vois ? Tu vois, Jean ? Une femme peut m’imposer le silence. Et elle a raison, parce que nous, les mâles consacrés au Seigneur, nous avons su seulement mentir ou nous éloigner. Les femmes ont été braves. Toi, un peu plus qu’une femme, tant tu es jeune et pur, tu as su rester. Nous, nous, les forts, les mâles, nous nous sommes enfuis. Oh ! quel mépris doit avoir le monde pour moi ! Dis-le-moi, dis-le-moi, femme ! Tu as raison ! Mets ton pied sur cette bouche qui a menti. Sur la semelle de ta sandale il y a peut-être un peu de son Sang. Et seul ce Sang, mêlé à la boue du chemin, peut donner un peu de pardon, un peu de paix à celui qui a renié. Je dois pourtant m’habituer au mépris du monde ! Que suis-je ? Mais dites-le : que suis-je ?"         

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8> "Tu es un grand orgueil, répond avec calme Marie-Magdeleine. Douleur ? Cela aussi. Mais crois pourtant que sur dix parts de ta douleur cinq, pour ne pas t’offenser en disant six, viennent de la douleur d’être quelqu’un qui peut être méprisé. Mais réellement je devrai te mépriser si tu ne fais que gémir et te mettre dans tous tes états absolument comme fait une sotte femmelette ! Ce qui est fait est fait, et ce ne sont pas les cris désordonnés qui le réparent et l’annulent. Ils ne font qu’attirer l’attention et mendier une compassion qu’on ne mérite pas. Sois viril dans ton repentir. Ne crie pas. Agis. Moi... tu sais qui j’étais... Mais quand j’ai compris que j’étais plus méprisable qu’un vomissement, je ne me suis pas livrée aux convulsions. J’ai agi. Publiquement. Sans indulgence pour moi et sans demander l’indulgence. Le monde me méprisait ? Il avait raison. Je l’avais mérité. Le monde disait : "Une nouvelle fantaisie de la prostituée" ? Et il appelait blasphème mon recours à Jésus ? Il avait raison. Ma conduite passée le monde se la rappelait, et elle justifiait toutes ces remarques. Eh bien ? Le monde a dû se persuader que la pécheresse Marie n’existait plus. C’est par mes actes que j’ai persuadé le monde. Fais-en autant, et tais-toi."  

"Tu es sévère, Marie" objecte Jean.  

"Plus avec moi qu’avec les autres. Mais je le reconnais : je n’ai pas la main légère de la Mère. Elle est l’Amour. Moi.., oh ! moi ! J’ai brisé mes sens par le fouet de ma volonté. Et je le ferai davantage. Crois-tu que je me suis pardonnée d’avoir été la Luxure ? Non. Mais je ne le dis qu’à moi-même. Et toujours je me le dirai. Je mourrai consumée en ce secret regret d’avoir été ma propre corruptrice, dans l’inconsolable douleur de m’être profanée et de n’avoir pu Lui donner qu’un cœur piétiné... Tu vois.., j’ai travaillé plus que toutes aux baumes... Et avec plus de courage que les autres je le découvrirai... Oh ! Dieu ! comment sera-t-il maintenant ! (Marie de Magdala pâlit, rien que d’y penser). Et je le couvrirai de nouveaux baumes en enlevant ceux qui certainement seront tout à fait corrompus sur ses plaies sans nombre... Je le ferai, parce que les autres sembleront des liserons après une averse... Mais j’ai le regret de le faire avec ces mains qui ont donné tant de caresses lascives, de m’approcher de sa Sainteté avec ma chair souillée... Je voudrais... je voudrais avoir la main de la Mère Vierge pour faire cette dernière onction..."   

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9>        I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Balise.gif Marie pleure maintenant doucement, sans sanglots. Combien différente de la Magdeleine théâtrale qu’on nous présente toujours ! Ce sont les mêmes larmes silencieuses qu’elle avait le jour de son pardon dans la maison du Pharisien.        

"Tu dis que... les femmes auront peur ?" lui demande Pierre.

"Pas peur... Mais elles se troubleront certainement devant son Corps certainement déjà corrompu... enflé... noir. Et puis, c’est certain, elles auront peur des gardes."           

"Veux-tu que je vienne moi ? Et Jean avec moi ?"     

"Ah ! cela, non ! Nous sortons toutes parce que, comme nous étions toutes là-haut, il est juste que nous soyons toutes autour de son lit de mort. Toi et Jean, vous restez ici. Elle ne peut rester seule !... "           

"Elle ne vient pas, Elle ?"      

"Nous ne la laissons pas venir !"       

"Elle est convaincue qu’il va ressusciter... Et toi ?"    

"Moi, après Marie, je suis celle qui croit le plus. J’ai toujours cru qu’il pouvait en être ainsi. Lui le disait. Et Lui ne ment jamais... Lui !... Oh ! avant je l’appelais Jésus, Maître, Sauveur, Seigneur... Maintenant je le sens si grand que je ne sais, je n’ose plus Lui donner un nom... Que Lui dirai-je quand je le verrai ?..."           

"Mais crois-tu vraiment qu’il ressuscite ?..."   

"Un autre ! Oh ! à force de vous dire que je crois et de vous entendre dire que vous ne croyez pas, je finirai par ne plus croire moi non plus ! J’ai cru et je crois. J’ai cru et je Lui ai depuis longtemps préparé son vêtement. Et pour demain, car demain c’est le troisième jour, je l’apporterai ici, prêt..."           

"Mais si tu dis qu’il sera noir, enflé, laid ?"    

"Laid, jamais. Laid est le péché. Mais.., mais oui ! Il sera noir. Eh bien ? Lazare n’était-il pas déjà pourri ? Et pourtant il est ressuscité et sa chair fut guérie. Mais, mais si je le dis !... Taisez-vous, incroyants ! En moi aussi la raison humaine dit : "Il est mort et il ne ressuscitera pas". Mais mon esprit, "son" esprit, Car j’ai eu de Lui un nouvel esprit, crie, et il semble que retentissent des trompettes d’argent : "Il ressuscite ! Il ressuscite ! Il ressuscite !" Pourquoi me battez-vous comme une nacelle sur les écueils de votre doute ? Je crois ! Je crois, mon Seigneur ! Lazare a obéi, malgré son déchirement, au Maître et il est resté à Béthanie... Moi qui sais qui est Lazare de Théophile : un homme courageux, pas un levraut craintif, je puis mesurer son sacrifice de rester dans l’ombre et non près du Maître. Mais il a obéi. Plus héroïque dans cette obéissance que s’il l’avait arraché par les armes aux hommes armés. Moi, j’ai cru, et je crois. Et je reste ici, à l’attendre, comme Elle. Mais laissez-moi aller. Le jour se lève et à peine y verrons-nous suffisamment que nous irons au Tombeau... "            

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10> Et la Magdeleine s’en va, le visage brûlé par les pleurs, mais toujours courageuse. Elle rentre chez Marie.     

"Qu’avait Pierre ?"    

"Une crise de nerfs. Mais c’est passé."         

"Ne sois pas dure, Marie. Il souffre."

"Moi aussi. Mais tu vois que je ne t’ai pas même demandé une caresse. Lui a déjà été soigné par toi... Et moi, au contraire, je pense que toi seule, ma Mère, tu as besoin de baume. Ma Mère, sainte, aimée ! Mais prends courage... Demain, c’est le troisième jour. Nous nous enfermerons ici à l’intérieur, nous deux : ses énamourées. Toi, l’Enamourée sainte, moi, la pauvre énamourée... Mais c’est comme je puis que je le suis, avec tout moi-même. Et nous l’attendrons... Eux, ceux qui ne croient pas, nous les enfermerons à côté, avec leurs doutes. Et ici, je mettrai tant de roses... Aujourd’hui, je vais faire apporter le coffre... Je vais passer au palais et je vais donner des ordres à Lévi. Au loin toutes ces horribles choses ! Il ne doit pas les voir, notre Ressuscité... Tant de roses... Et tu te mettras un habit neuf... Il ne doit pas te voir ainsi. Je vais te peigner, je vais laver ce pauvre visage que tant de pleurs ont défiguré. Éternelle enfant, je vais te servir de mère... J’aurai enfin la joie de donner des soins maternels à une enfant plus innocente qu’un nouveau-né ! Aimée !" et avec son affection exubérante, la Magdeleine serre contre sa poitrine la tête de Marie qui est assise, la baise, la caresse, remet en ordre les légères boucles des cheveux dépeignés derrière les oreilles, essuie les nouvelles larmes qui descendent encore, encore, toujours, avec l’étoffe de son vêtement...       

Les femmes entrent avec des lampes et des amphores et des vases aux larges becs. Marie d’Alphée porte un lourd mortier.        

"On ne peut rester dehors. Il y a un peu de vent et il éteint les lampes" explique-t-elle.         

Elles se placent sur un côté. Sur une table, étroite mais longue, elles placent tout leur matériel et puis elles donnent un dernier apprêt à leurs baumes, en mêlant dans le mortier, avec une poussière blanche qu’elles sortent à poignées d’un sachet, la pâte déjà lourde des essences. Elles mélangent en travaillant énergiquement et puis emplissent un vase au large bec. Elles le placent sur le sol et répètent avec un autre la même opération. Parfums et larmes tombent sur les résines.        

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11> Marie-Magdeleine dit : "Cela n’était pas l’onction que j’espérais pouvoir te préparer." En effet la Magdeleine, plus habile que toutes, a toujours réglé et dirigé la composition du parfum, si aigu, qu’elles se décident à ouvrir la porte et à entrouvrir la fenêtre sur le jardin qui commence juste à blanchir.         

Toutes pleurent plus fort après l’observation à voix basse de la Magdeleine.

Elles ont fini. Tous les vases sont pleins.     

Elles sortent avec les amphores vides, le mortier désormais inutile, et plusieurs lampes. Il en reste seulement deux dans la petite pièce et elles tremblent, semblent sangloter elles aussi avec les palpitations de leur lumière...  

Les femmes rentrent et ferment de nouveau la fenêtre car l’aube est un peu froide. Elles se revêtent de leurs manteaux et prennent de larges sacs où elles placent les vases de baume.         

Marie se lève et cherche son manteau, mais toutes se pressent autour d’elle pour la persuader de ne pas venir.   

"Tu ne tiens pas debout, Marie. Cela fait deux jours que tu ne prends pas de nourriture, un peu d’eau seulement."          

"Oui, Mère, nous ferons vite et bien. Et nous reviendrons tout de suite."       

"Ne crains pas. Nous l’embaumerons comme un roi. Tu vois quel baume précieux nous avons composé ! Et combien !..."    

"Nous ferons attention aux membres et aux blessures et nous le mettrons en place avec nos mains. Nous sommes fortes et nous sommes mères. Nous le mettrons comme un enfant dans son berceau. Et aux autres il ne restera qu’à fermer sa place."    

Mais Marie insiste : "C’est mon devoir" dit-elle. "C’est moi qui l’ai toujours soigné. Ce n’est que pendant ces trois années qu’il a appartenu au monde que j’ai cédé à d’autres de prendre soin de Lui quand il était loin de moi. Maintenant que le monde l’a repoussé et renié, il m’appartient de nouveau, et je redeviens sa servante."          

Pierre, qui avec Jean s’était approché de la porte, sans être vu par les femmes, s’enfuit en entendant ces paroles. Il s’enfuit dans quelque coin caché pour pleurer sur son péché. Jean reste près du seuil, mais il ne dit rien. Il voudrait bien y aller lui aussi, mais il fait le sacrifice de rester près de la Mère.     

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12> Marie-Magdeleine ramène Marie à son siège. Elle s’agenouille devant elle, embrasse ses genoux en levant vers elle son visage douloureux et énamouré et elle lui promet : "Lui, avec son Esprit, sait et voit tout. Mais à son Corps, avec des baisers, je Lui dirai ton amour, ton désir. Je sais ce que c’est que l’amour. Je sais quel aiguillon, quelle faim c’est d’aimer, quelle nostalgie d’être avec celui qui est l’amour pour nous. Et ceci existe aussi dans les vils amours qui semblent de l’or et qui sont de la boue. Quand ensuite la pécheresse peut savoir ce qu’est l’amour saint pour la Miséricorde vivante que les hommes n’ont pas su aimer, alors elle peut mieux comprendre ce qu’est ton amour, Mère. Tu sais que je sais aimer. Et tu sais que Lui l’a dit, en cette soirée de ma vraie naissance, là-bas sur les rives de notre lac serein, que Marie sait beaucoup aimer. Or cet amour exubérant qui est le mien, comme l’eau qui déborde d’un bassin incliné, comme le rosier en fleurs qui passe par dessus un mur, comme la flamme qui trouvant sa nourriture prend et s’élève davantage, s’est tout entier déversé sur Lui, et a tiré de Lui-Amour une nouvelle puissance... Oh ! pourquoi ma puissance d’aimer n’a-t-elle pas pu se substituer à Lui sur la Croix !... Mais ce que je n’ai pas pu faire pour Lui — souffrir, verser mon sang, et mourir à sa place au milieu des mépris de tout le monde, heureuse, heureuse, heureuse de souffrir à sa place, et, j’en suis certaine, le cours de ma pauvre vie en aurait été brûlé plus par l’amour triomphal que par le gibet infâme, et serait sortie des cendres la fleur nouvelle, candide de la vie nouvelle, pure, vierge, ignorante de tout ce qui n’est pas Dieu — tout cela que je n’ai pas pu faire pour Lui, pour toi je puis le faire encore... Mère que j’aime de tout mon cœur. Fie-toi à moi. Moi qui ai su, dans la maison de Simon le pharisien, caresser si doucement ses pieds saints, maintenant avec mon âme qui s’ouvre de plus en plus à la Grâce, je saurai encore plus doucement caresser ses membres saints, soigner ses plaies, les embaumer plus avec mon amour, plus avec le baume tiré de mon cœur sous l’action de l’amour et de la douleur, qu’avec l’onguent. Et la mort n’abîmera pas ces chairs qui ont donné tant d’amour et en ont tant reçu. La Mort fuira, car l’Amour est plus fort qu’elle. L’Amour est invincible. Et moi, Mère, avec ton amour parfait, avec mon amour total, j’embaumerai par l’amour mon Roi d’Amour."     

Marie embrasse cette passionnée qui, finalement, a su trouver qui mérite tant de passion et elle cède à sa prière.            

Les femmes sortent en emportant une lampe. Dans la pièce il n’en reste qu’une. La Magdeleine sort la dernière après un dernier baiser à la Mère qui reste.         

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13>
La maison est toute sombre et silencieuse. Le chemin est encore obscur et solitaire.         

Jean demande : "Vous ne voulez vraiment pas de moi ?"      

"Non. Tu peux être utile ici. Adieu."   

Jean revient trouver Marie. "Elles n’ont pas voulu de moi..." dit-il doucement.            

"Ne t’en mortifie pas. Elles sont à Jésus, toi à moi. Jean, prions un peu ensemble. Où est Pierre ?"       

"Je ne sais pas. Dans la maison. Mais je ne le vois pas. C’est... Je le croyais plus fort... Moi aussi, j’ai de la peine, mais lui..."           

"Lui a deux douleurs, toi une seule. Viens, prions aussi pour lui."      

Et Marie dit lentement le "Pater noster". Puis elle caresse Jean : "Va trouver Pierre. Ne le laisse pas seul. Il a été tellement dans les ténèbres en ces heures, qu’il ne supporte même pas la légère lumière du monde. Sois l’apôtre de ton frère égaré. Commence par lui ta prédication. Sur ton chemin, et il sera long, tu en trouveras toujours qui lui ressemblent. Commence ton travail avec ton compagnon..."         

"Mais que dois-je dire ?... Moi, je ne sais pas... Tout le fait pleurer..."           

"Dis-lui Son précepte d’amour. Dis-lui que celui qui seulement craint ne connaît pas encore Dieu suffisamment, car Dieu est Amour. Et s’il te dit : "J’ai péché" réponds-lui que Dieu a tant aimé les pécheurs que pour eux Il a envoyé son Fils Unique. Dis-lui qu’à tant d’amour il faut répondre par l’amour. Et l’amour donne la confiance dans le Seigneur très bon. Cette confiance ne nous fait pas craindre son jugement parce que, avec elle, nous reconnaissons la Sagesse et la Bonté divine et nous disons : "Je suis une pauvre créature, mais Lui le sait, et Il me donne le Christ comme garantie de pardon et colonne de soutien. Ma misère est vaincue par mon union avec le Christ". C’est au nom de Jésus que tout est pardonné... Va, Jean, dis-lui cela. Je reste ici avec mon Jésus..." et elle caresse le Suaire.    

Jean sort en fermant la porte derrière lui.      

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Marie se met à genoux, comme le soir précédent, visage contre Visage avec le voile de Véronique et elle prie et parle avec son Fils. Forte pour donner de la force aux autres, quand elle est seule elle ploie sous son écrasante croix. Et pourtant de temps en temps, comme une flamme qui n’est plus étouffée par le boisseau, son âme s’élève vers une espérance qui en elle ne peut mourir, qui croît au contraire avec l’écoulement des heures, et elle dit aussi au Père son espérance. Son espérance et sa demande.