"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

© Centro Editoriale Valtortiano

Se repérer

Consulter la Bible en ligne

Aller sur le forum

Qui sommes-nous



 6.425 - A Cesarea Marittima. Romani gaudenti e parabola dei figli che hanno sorti diverse.

 4.423 - At Caesarea on the Sea. Parable of the Father Who Gives Each of His Children the Same Amount of Money.

 4.425 - En Cesárea Marítima. Romanos mundanos y parábola de los hijos con destinos distintos.

 7.473 - In Caesarea am Meer.



Le marché aux esclaves d'après Gustave Boulanger (1824-1888)


Jeudi 14 juin 29
(16 Siwan 3789)
Césarée Maritime.


      Vers l'index des thématiques

 Parabole du Père qui donne un même pécule à chacun de ses enfants.

 Le Jugement Dernier.

 Le Libre arbitre.


      I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Resume.gif

- Propos scabreux entre riches patriciens ..................... 244

- Changements de mœurs à la cour de Pilate .............. 245


- Ennius prépare une grande orgie .............................. 245

- En vue d'une défloration 246

- Ennius fuit Jésus ...... 247


- Qui parle à un groupe d'esclaves .................... 247

- Discours (Le père et son héritage : ...................... 248

- Dieu, le temps et la liberté humaine)..................... 252

- Jésus congédie les esclaves des romaines .............. 253

 

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 6


Tome 6, chapitre 116.

425.
À Césarée Maritime.


Vision du mardi 30 avril 1946

244> Césarée possède de vastes marchés où affluent les fines denrées pour les tables raffinées des romains, et près des places, où dans un kaléidoscope de visages, de couleurs, de races se trouvent les aliments plus humbles, il y a des magasins pour les aliments plus riches de toutes provenances, aussi bien des diverses colonies romaines que de la lointaine Italie pour rendre moins pénible l'éloignement de la Patrie. Il y a des commerces de vins ou de mets précieux importés d'ailleurs, sous des portiques profonds car les romains n'aiment pas être brûlés par le soleil ou mouillés par la pluie quand ils se procurent pour leurs bouches raffinées les aliments qu'ils consommeront dans les festins. C'est bien d'être épicurien pour satisfaire le palais, mais il faut aussi veiller à la protection des autres membres... et c'est pour cela que la fraîcheur des portiques ombreux et des galeries protégées de la pluie conduisent du quartier romain, groupé presque tout entier autour du palais du Proconsul, resserré entre la route littorale et la place des casernes et des impôts, aux magasins romains près du marché des juifs.           

Il y a beaucoup de gens sous les portiques, pratiques sinon beaux, à l'extrémité qui donne sur les marchés. Des gens de toutes espèces : esclaves et affranchis, et même quelque rare riche jouisseur entouré d'esclaves, qui, ayant laissé sa litière dans la rue, s'en va indolemment d'un comptoir à l'autre en faisant des emplettes que les esclaves portent vers leur maison. Les habituelles conversations oiseuses quand deux riches romains se rencontrent : le temps, l'ennui du pays qui n'offre pas les joies de l'Italie lointaine, regrets des spectacles grandioses, menus des festins et conversations licencieuses.          

Un romain, précédé d'une dizaine d'esclaves chargés de sacs et de paquets, se rencontre avec deux autres de son rang. Saluts réciproques : "Salut, ô Ennius !"          

"Salut, ô Florus Tullius Cornelius ! Salut, ô Marcus Heracleus Flavius !"         

"Quand es-tu revenu ?"         

"Fatigué, à l'aube d'avant-hier."         

"Toi, fatigué ? Quand donc es-tu en sueur ?" plaisante le jeune, dénommé Florus.     

"Ne te moque pas, Florus Tullius Cornelius. Maintenant justement je suis en train de suer pour les amis !"        

Haut de page           

245> "Pour les amis ? Nous ne t'avons pas demandé de te fatiguer" objecte l'autre plus âgé, appelé Marcus Heracleus Flavius.         

"Mais mon amour pense à vous. O cruels qui me méprisez, voyez-vous cette file d'esclaves chargés de paquets ? D'autres les ont précédés avec d'autres paquets. Et tout cela pour vous, pour vous faire honneur."     

"Alors, c'est ton travail ? Un banquet ?"        

"Et pourquoi ?" crient bruyamment les deux amis. "Chut ! Un pareil vacarme entre nobles patriciens ! Vous ressemblez à la plèbe de ce pays où nous nous usons en..."         

"Orgies et oisiveté. Nous ne faisons rien d'autre. Je me demande encore pourquoi nous sommes ici. Quels devoirs avons-nous ?"     

"Mourir d'ennui en est un."    

"Enseigner à vivre à ces lamentables pleureuses, en est un autre."    

"Et... semer Rome dans les bassins sacrés des femmes hébraïques, en est un autre encore."       

"Et jouir, ici comme ailleurs, de nos ressources et de notre puissance à laquelle tout est permis, en est encore un autre."        

Les trois alternent comme pour une litanie et ils rient. Cependant le jeune Florus s'arrête et devient sombre en disant : "Mais depuis quelque temps une brume tombe sur la joyeuse Cour de Pilate. Les plus belles femmes semblent de chastes vestales et les maris favorisent leur caprice. Cela fait grand tort aux fêtes habituelles..."   

"Oui! Le caprice à cause de ce grossier Galiléen... Mais cela passera vite..." 

"Tu te trompes, ô Ennius. Je sais que
Claudia elle-même est une de ses conquêtes et à cause de cela, une... étrange réserve dans les mœurs s'est installée dans son palais. Il semble que là revive l'austère Rome républicaine..."  

"Hou ! cela sent le moisi ! Mais depuis quand ?"       

"Depuis le doux avril favorable aux amours. Tu ne sais pas.., tu étais absent. Mais nos dames sont devenues funèbres comme les pleureuses des urnes funéraires, et nous autres pauvres hommes nous devons chercher ailleurs beaucoup de consolations. Elles ne nous sont même pas permises en présence des pudiques!"          

"C'est une raison de plus pour que je vous secoure. Ce soir grand souper.., et, en plus, grande orgie dans ma maison. À Cintium, où j'ai été, j'ai trouvé des délices que ces dégoûtants regardent comme immondes : des paons, des perdrix, des râles de toutes espèces, et
des marcassins enlevés vivants à leur mère qu'on avait tuée et élevés pour nos repas.    

Haut de page           


246> Et les vins... Ah ! les doux et précieux vins des collines romaines, de mes chaudes côtes de Liternum[1] et de tes plages ensoleillées près de l'Aciri[2] !... Et les vins parfumés de Chio[3] et de l'île dont Cintium est la perle[4]. Et les vins enivrants de l'Ibérie[5], propres à enflammer les sens pour la jouissance finale. Oh ! ce doit être une grande fête ! Pourchasser l'ennui de cet exil. Pour nous persuader que nous sommes encore virils..."

"Des femmes aussi ?"          

"Aussi... Et plus belles que des roses. De toutes couleurs et... de toutes saveurs. C'est un trésor que m'a coûté l'acquisition de toutes les marchandises, parmi lesquelles les femmes... Mais je suis généreux pour les amis !... Je terminais ici les derniers achats, ce qui pouvait se gâter pendant le voyage. Après le banquet, à nous l'amour"   

"Tu as fait un bon voyage ?"

"Excellent. Vénus marine m'a favorisé. Du reste, c'est à elle que je dédie le rite de cette nuit..."          

Les trois rient grassement, goûtant d'avance leurs prochaines et indignes joies.        

Mais Florus demande : "Pourquoi cette fête extraordinaire ? Quel motif ?.."  

"Trois motifs : mon cher neveu revêt ces jours-ci la toge virile. Je dois célébrer l'événement. Une obéissance au présage qui me disait que Césarée devenait un séjour affligeant et il fallait aller à l'encontre du sort par un rite à Vénus. Le troisième... je vous le dis tout doucement : je suis de noces..."      

"Toi ? Farceur !"       

"Je suis de noces. C'est "noces" chaque fois que l'on goûte la première gorgée d'une amphore fermée. C'est ce que je ferai ce soir. C'est vingt mille sesterces
[6], ou si vous préférez, deux cents pièces d'or - qu'en réalité j'ai fini par débourser entre courtiers et... autres du même genre - que je l'ai payée. Mais même si Vénus l'avait enfantée dans une aurore d'avril, et faite d'écume et de rayons d'or, je ne l'aurais pas trouvée plus belle et plus pure ! Un bouton, un bouton clos… Ah ! et moi, j'en suis le maître !"      

"Profanateur !" dit en plaisantant Marcus Heracleus.  

"Ne fais pas le censeur, toi qui ne vaux pas mieux !... Après le départ de Valérien,
ici on mourait d'ennui. Mais je le remplace... Il faut profiter de l'expérience de ceux qui sont venus avant nous. Je ne serai pas comme lui assez sot pour attendre que celle qui est plus blonde que le miel que j'ai nommée Galla Ciprina[7], soit corrompue par les tristesses et les philosophies des émasculés qui ne savent pas jouir de la vie..."       

Haut de page           

247> "Bravo !!! Mais pourtant... l'esclave de Valérien[8] était instruite et…"      

"...et folle avec ses lectures philosophiques... Mais quelle âme ! Mais quelle autre vie ! Mais quelle vertu !... Vivre, c'est jouir ! Et ici on vit. Hier j'ai jeté au feu tous les rouleaux funestes et j'ai commandé aux esclaves, sous peine de mort, de ne pas rappeler les misères des philosophes et des galiléens. Et la fillette ne connaîtra que moi..."         

"Mais où l'as-tu trouvée ?"    

"Hé ! C'est quelqu'un qui fut avisé et acquit des esclaves après la guerre de Gaule et il ne s'en servit que comme reproducteurs, en les traitant bien, ne leur demandant que de procréer pour donner des fleurs nouvelles de beauté... Et Galla est une d'elles. Maintenant elle est pubère et son maître l'a vendue... et moi je l'ai achetée… ah ! ah ! ah !"         

"Libidineux !"            

"Si ce n'était pas moi, c'était un autre... Donc... Elle ne devait pas naître femme..."   

"S'il t'entendait... Oh ! le voilà !"        

"Qui ?"         

"Le Nazaréen qui a ensorcelé nos dames. Il est derrière toi..." Ennius se retourne comme s'il avait un aspic derrière lui. Il regarde Jésus qui avance lentement au milieu des gens qui se pressent autour de Lui, pauvres gens du peuple et même esclaves des romains, et il raille : "Ce gueux ?! Les femmes sont dépravées. Mais fuyons, qu'il ne nous ensorcelle pas nous aussi ! Vous" dit-il finalement à ses pauvres esclaves, qui sont restés tout le temps avec leurs fardeaux comme des cariatides et pour lesquels il n'y a pas de pitié "vous, allez à la maison, et vite puisque vous avez perdu du temps jusqu'à présent et que ceux qui préparent attendent les épices et les parfums. En vitesse ! Et rappelez-vous qu'il y a le fouet si tout n'est pas prêt au crépuscule."      

Les esclaves s'en vont en courant, suivis plus lentement par le romain et ses deux amis...

Jésus s'avance. Attristé parce qu'il a entendu la fin de la conversation d'Ennius et, du haut de sa grande taille, il regarde avec une infinie compassion les esclaves qui courent sous leurs fardeaux. Il regarde tout autour de Lui cherchant d'autres visages d'esclaves romains... Il en voit quelques-uns, tremblants de peur d'être surpris par les intendants ou chassés par les hébreux, mêlés à la foule qui l'enserre, et il dit en s'arrêtant : "N'y a-t-il personne de cette maison parmi vous ?"      

Haut de page           

248> "Non, Seigneur, mais nous les connaissons" répondent les esclaves présents.

"Mathieu, donne-leur une obole abondante
[9] : Ils la partageront avec leurs compagnons, pour qu'ils sachent qu'il y a quelqu'un qui les aime. Et vous sachez-le, et dites-le aux autres, qu'avec la vie ne cesse que la douleur pour ceux qui auront été bons et honnêtes dans leurs chaînes, et avec la douleur la différence entre riches et pauvres, entre hommes libres et esclaves. Après il y a un Dieu unique et juste pour tous. Lui, sans tenir compte de la richesse ou des chaînes, récompensera les bons et châtiera ceux qui ne le sont pas. Souvenez-vous-en."  

"Oui, Seigneur, Mais nous qui sommes de la maison de Claudia et de Plautina, nous sommes assez heureux, comme ceux de Livia et de Valeria, et nous te bénissons car tu as amélioré notre sort" dit un vieil esclave que tous écoutent comme un chef.   

"Pour me montrer que vous m'êtes reconnaissants, soyez toujours meilleurs, et vous aurez le vrai Dieu pour éternel Ami." Et Jésus lève la main comme pour les congédier et les bénir, et puis il s’adosse à une colonne et il commence à parler au milieu du silence attentif de la foule. Les esclaves ne s'éloignent pas, mais ils restent pour entendre les paroles qui sortent de la bouche divine.  

 "Écoutez. Un père qui avait beaucoup d'enfants donna à chacun d'eux, devenus adultes, deux pièces de monnaie de grande valeur et il leur dit : "Je n'ai plus l'intention de travailler pour chacun de vous. Vous êtes maintenant en âge de gagner votre vie. Je donne donc à chacun la même quantité d'argent pour l'employer comme il vous plaît davantage et dans votre intérêt. Je resterai ici à attendre, disposé à vous conseiller, prêt aussi à vous aider si par suite d'un malheur involontaire vous perdez en tout ou en partie l'argent que je vous donne maintenant. Cependant rappelez-vous bien que je serai inexorable pour celui qui l'aura perdu par malice volontaire, et pour les paresseux qui le dépensent ou le laissent improductif par oisiveté ou par vice. À tous j'ai enseigné le Bien et le Mal. Vous ne pouvez donc pas dire que vous allez ignorants au-devant de la vie. J'ai donné à tous l'exemple d'une activité sage et juste et d'une vie honnête. Vous ne pouvez pas dire, par conséquent, que je vous ai corrompu l'esprit par mes mauvais exemples. J'ai fait mon devoir. Maintenant faites le vôtre, car vous n'êtes pas sots, ni non préparés, ni analphabètes. Allez" et il les congédia, restant seul, à attendre, dans sa maison.     

Haut de page           

249> Ses enfants se répandirent dans le monde. Ils avaient tous les mêmes choses : deux pièces de monnaie de grande valeur dont ils pouvaient librement disposer, et un plus grand trésor de santé, d'énergies, de connaissances et d'exemples paternels. Ils auraient donc dû réussir tous de la même façon. Mais qu'advint-il ? Parmi les enfants, certains usèrent bien de leurs ressources et se firent vite un grand et honnête trésor grâce à un travail infatigable et honnête et à une bonne conduite réglée sur les enseignements paternels ; d'autres firent d'abord honnêtement fortune, mais ensuite ils la dispersèrent dans l'oisiveté et la bonne chère ; d'autres firent fortune par l'usure et des commerces indignes ; d'autres ne firent rien à cause de leur inertie, de leur paresse, de leur indécision et ils arrivèrent à la fin de leurs monnaies de grande valeur sans avoir pu encore trouver une occupation quelconque.

Après quelque temps, le père de famille envoya des serviteurs, partout où il savait que se trouvaient ses enfants, et il dit aux serviteurs : "Vous direz à mes enfants de se réunir dans ma maison. Je veux qu'ils me rendent compte de ce qu'ils ont fait pendant ce temps et je veux me rendre compte par moi-même de leur situation". Et les serviteurs allèrent rejoindre les enfants de leur maître. Ils portèrent le message et chacun d'eux revint avec l'enfant du maître qu'il avait rejoint.        

Le père de famille les accueillit très solennellement, en père, mais aussi en juge, et tous les parents de la famille étaient présents, et avec les parents, les amis, les connaissances, les serviteurs, les compatriotes et les gens des alentours. Une grande assemblée. Le père était sur son siège de chef de famille et autour, en demi-cercle, tous les parents, amis, connaissances, serviteurs, gens du village ou des alentours. En face, alignés, les enfants.

Même sans qu'ils fussent interrogés, leur aspect différent manifestait la vérité. Ceux qui avaient été travailleurs, honnêtes, d'une conduite correcte et qui avaient fait saintement fortune, avaient l'air florissant, tranquille et à l'aise de ceux qui ont de larges moyens, une bonne santé et la conscience tranquille. Ils regardaient le père avec un sourire bon, reconnaissant, humble, mais en même, temps triomphant, éclairé par la joie d'avoir honoré le père et la famille, et d'avoir été de bons fils, de bons citoyens et de bons fidèles.

Haut de page           


250> Ceux qui avaient dissipé leurs ressources dans la paresse ou le vice étaient mortifiés, penauds, d'aspect minable et de tenue négligée, marqués par la bombance ou par la faim dont ils portaient l'empreinte sur toute leur personne. Ceux qui avaient fait fortune par des manœuvres délictueuses, avaient le visage dur, agressif, le regard cruel et troublé des fauves qui craignent le dompteur et s'apprêtent à réagir...     

Le père commença l'interrogatoire par ces derniers : "Comment donc, vous qui aviez l'air si tranquille quand vous êtes partis, paraissez-vous être maintenant des fauves prêts à déchirer ? D'où vous vient cet aspect ?"       

"C'est la vie qui nous l'a donné, et ta dureté de nous envoyer hors de la maison. C'est toi qui nous as mis au contact du monde".        

"C'est bien. Et qu'avez-vous fait dans Je monde ?"   

"Ce que nous pouvions pour obéir à ton ordre de gagner notre vie avec le rien que tu nous as donné".   

"C'est bien. Mettez-vous dans ce coin... Et maintenant à vous, maigres, malades et mal vêtus. Qu'avez-vous fait pour vous réduire ainsi ? Vous étiez pourtant sains et bien vêtus quand vous êtes partis ?"     

"En dix ans les habits s'usent..." objectèrent les paresseux.  

"Il n'y a donc plus de toile dans le monde qui serve pour les vêtements d'hommes ?"

"Oui... Mais il faut de l'argent pour en acheter..."       

"Vous en aviez".       

"En dix ans... il était plus que fini. Tout ce qui commence a une fin". 

"Oui, si vous en prenez sans en mettre. Mais pourquoi en avez-vous seulement pris ? Si vous aviez travaillé, vous auriez pu en mettre et en enlever sans fin et même augmenter vos réserves. Vous avez peut-être été malades ?"     

"Non, père."

"Et alors ?"   

"Nous nous sentions perdus... Nous ne savions que faire, ce qui convenait,.. Nous craignions de mal faire et pour ne pas mal faire, nous ne faisions rien"         

"Et n'aviez-vous pas votre père, à qui vous pouviez vous adresser pour demander conseil ? Ai-je jamais été peut-être un père exigeant, inabordable ?"  

Haut de page           

251> ''Oh ! non ! Mais nous rougissions de te dire : 'Nous ne sommes pas capables de prendre des initiatives'. Tu as été toujours si actif... Nous nous sommes cachés par honte".

"C'est bien. Allez au milieu de la pièce. À vous ! Et vous que me dites-vous ? Vous qui semblez avoir souffert de la faim et de la maladie ? Peut-être l'excès de travail vous a rendus malades ? Soyez sincères et je ne vous gronderai pas".        

Certains de ceux qui étaient interpellés se jetèrent à genoux en se battant la poitrine et en disant : "Pardonne-nous, ô père ! Déjà Dieu nous a châtiés et nous le méritons. Mais toi, qui es notre père, pardonne-nous!... Nous avons bien commencé, mais nous n'avons pas persévéré. Nous étant enrichis facilement, nous disions : 'Bon ! Jouissons un peu comme le suggèrent les amis et puis nous retournerons au travail et nous fermerons les brèches'. Et, en vérité, nous voulions faire ainsi : revenir aux deux pièces et puis les faire fructifier de nouveau comme par jeu. Et par deux fois (disent deux d'entre eux), par trois fois (dit un autre) nous avons réussi. Mais ensuite la chance nous a abandonnés et nous avons perdu tout notre argent".    

"Mais pourquoi ne vous êtes-vous pas repris après la première fois ?".         

"Parce que le pain épicé par le vice corrompt le palais, et on ne peut plus s'en passer..."

"Il y avait votre père..."         

"C'est vrai. Et nous soupirions vers toi avec regret et nostalgie. Mais nous t'avions offensé... Nous suppliions le Ciel de t'inspirer de nous appeler pour recevoir tes reproches et ton pardon; nous le demandions et nous le demandons plutôt que les richesses dont nous ne voulons plus parce qu'elles nous ont dévoyés".       

"C'est bien. Mettez-vous aussi près de ceux d'auparavant, au milieu de la pièce. Et vous, malades et pauvres comme eux, mais qui vous taisez et ne montrez pas de douleur, que dites-vous ?"            

"Ce qu'ont dit les premiers. Que nous te haïssons parce que tu nous as ruinés par ton imprudente façon d'agir. Toi qui nous con- naissais, tu ne devais pas nous lancer dans les tentations. Tu nous as haïs et nous te haïssons. Tu nous as tendu ce piège pour te débarrasser de nous. Sois maudit".  

"C'est bien. Allez avec les premiers dans ce coin. Et maintenant à vous, mes fils, florissants, sereins, riches. Dites. Comment êtes- vous arrivés à cela ?"        

"En mettant en pratique tes enseignements, tes exemples, tes conseils, tes ordres, tout. En résistant aux tentations par amour pour toi, père béni qui nous as donné la vie et la sagesse".     

Haut de page           


252> "C'est bien. Mettez-vous à ma droite et écoutez tous mon jugement et ma défense. J'ai donné à tous autant d'argent, de bons exemples et de sagesse. Mes enfants ont répondu de manières différentes. D'un père travailleur, honnête, de bonne conduite, sont sortis des fils qui lui ressemblent, puis des paresseux, des faibles succombant facilement à la tentation, et des cruels qui haïssent le père, les frères et le prochain sur lequel, je le sais même s'ils ne le disent pas, ils ont exercé l'usure et le crime. Et parmi les faibles et les paresseux, il y a ceux qui se sont repentis et les impénitents. Maintenant je juge. Les parfaits, déjà sont à ma droite, égaux à moi dans la gloire, comme dans les œuvres ; ceux qui se sont repentis seront de nouveau, comme des enfants qu'il faut encore instruire, soumis à l'épreuve jusqu'à ce qu'ils aient atteint le degré de capacité qui les rende de nouveau adultes ; les impénitents et les coupables qu'ils soient jetés hors de chez moi et poursuivis par la malédiction de celui qui n'est plus leur père, puisque leur haine pour moi anéantit entre nous les rapports de paternité et de filiation. Pourtant je rappelle à tous que chacun s'est fait son destin, car j'ai donné à tous les mêmes choses qui, en ceux qui les ont reçues ; ont produit quatre destins différents, et je ne puis être accusé d'avoir voulu leur mal".      

La parabole est finie, ô vous qui l'avez entendue. Et maintenant je vous dis ce qu'elle représente.   

 Le Père des Cieux est représenté par le père d'une nombreuse famille. Les deux pièces de monnaie données à tous les fils avant leur envoi dans le monde, ce sont le temps et la libre volonté que Dieu donne à tout homme pour qu'il en use comme il croit bon après avoir été instruit et formé par la Loi et les exemples des justes.        

Pour tous des dons égaux. Mais chaque homme en use comme il le veut. Il y en a qui thésaurisent le temps, leurs moyens, l'éducation, la richesse, les biens, tout, pour le bien et qui se gardent sains et saints, riches d'une richesse qu'ils ont multipliée. Il en est d'autres qui commencent bien et puis se lassent et perdent tout. Il en est qui ne font rien et prétendent que c'est aux autres d'agir. Il en est qui accusent le Père de leurs erreurs; qui se repentent, disposés à réparer, qui ne se repentent pas et qui accusent et maudissent comme si leur ruine avait été imposée par d'autres.   

Haut de page           

253>  Dieu donne aux justes une récompense immédiate, à ceux qui se sont repentis la miséricorde et le temps d'expier pour arriver à la récompense par leur repentir et leur expiation, et Il donne malédiction et châtiment à celui qui piétine l'amour avec l'impénitence qui suit le péché. À chacun Il donne ce qui lui appartient.      

Ne dissipez donc pas les deux pièces de monnaie : le temps et le libre arbitre, mais usez-en avec justice pour être à la droite du Père, et si vous avez manqué, repentez-vous et ayez foi dans le Miséricordieux Amour.         

Allez. La paix soit avec vous !"         

Il les bénit et les regarde s'éloigner sous le soleil qui inonde la place et les rues. Mais les esclaves sont encore là...     

"Encore ici, pauvres amis ? Mais n'allez-vous pas être punis ?"         

"Non, Seigneur, si nous disons que nous t'avons écouté, Nos maîtresses te vénèrent. Où vas-tu aller maintenant, Seigneur ? Elles te désirent depuis si longtemps..."  

"Chez le cordier du port. Mais je pars ce soir, et vos maîtresses seront à la fête..."   

"Nous le dirons quand même. Elles nous ont ordonné depuis des mois et des mois de signaler tous tes passages."



"C'est bien. Allez. Et vous aussi faites bon usage du temps et de la pensée qui est toujours libre, même si l'homme est enchaîné."         

Les esclaves s'inclinent jusqu'à terre et s'en vont vers les quartiers romains. Jésus et les siens, par une ruelle modeste, se dirigent vers le port.          

Haut de page           

 



[1] Près de Naples, en Campanie, au bord de la mer Tyrrhénienne. C'est la patrie de Scipion l'Africain qui y mourût. Aujourd'hui Licola.

[2] Rivière proche d'Héraclée de Lucanie dans le golfe de Tarente au sud de l'Italie, aujourd'hui Policoro.

[3] Île de la mer Égée, au large de la Turquie.

[4] Chypre.

[5] Espagne.

[6] Soit l’équivalent de 14 ans d’un salaire de journalier de Palestine.

[7] Aurea Galla. Elle est gauloise, d'où son surnom de Galla, mais nous n'avons pas encore trouvé l'origine latine de Ciprina.

[8] Sintica.

[9] Matthieu tient exceptionnellement la bourse commune, en l'absence de Judas, parti pour éviter la rencontre avec les romaines.