"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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 8.544 – Delirio e morte di Lazzaro.

 5.542 - Lazarus' Death.

 5.544 -  La muerte de Lázaro.


 10.598 - Der Tod des Lazarus.


Dans la nuit du jeudi 24 au vendredi 25 janvier 30
(5 Shebat 3790)
Béthanie.


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 Une rémission dans la maladie est prise pour une guérison miraculeuse.

 Bonheurs et souffrances causés par Marie de Magdala à sa famille.

 Marie, c'est pour toi que Jésus est venu ici.

 Marthe et Marie doutent du pouvoir de Jésus.


- Les derniers soins ...... 20

- L'espoir secret de Marthe .......................................... 21

- Le médecin constate une rémission ....................... 23

- Lazare, délirant, croit être guéri .......................................... 24


- Marthe avoue à Marie sa désobéissance.............. 24

- Suite du délire (Marie, consolation et honte - Ruine de la famille)....................... 26

- Un moment de lucidité 28

- C'est la fin .................... 29

- Réactions des personnes présentes ....................... 30


- Lazare est exposé dans sa chambre ......................... 30

- Retour du serviteur envoyé auprès de Jésus........... 31

- Marie ne dit pas un mot contre Jésus ............................... 31


Les références de l'Ancien Testament sont issues des travaux de David Amos.



Lazare


Marthe


Marie Madeleine

 

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8


Tome 8, chapitre 4

544.
La mort de Lazare


Vision du samedi 21 décembre 1946

20> 1On a ouvert toutes les portes et toutes les fenêtres de la pièce de Lazare pour lui rendre moins difficile la respiration. Autour de lui, absent, dans le coma — un lourd coma qui ressemble à la mort dont il ne diffère que par le mouvement de la respiration — sont les deux sœurs, Maximin, Marcelle et Noémi, attentifs au plus léger mouvement du mourant.

Chaque fois qu'une contraction de douleur déforme la bouche, et qu'il semble qu'elle s'apprête à parler, ou que les yeux se découvrent par un mouvement des paupières, les deux sœurs se penchent pour saisir une parole, un regard...

21> Mais c'est inutile. Ce ne sont que des actes incoordonnés, indépendants de la volonté et de l'intelligence, qui toutes les deux sont désormais inertes, perdues. Des actes qui viennent de la souffrance de la chair, comme vient d'elle la sueur qui rend brillant le visage du mourant et le tremblement qui par intervalles secoue les doigts squelettiques et en contracte les articulations. Les deux sœurs l'appellent aussi, avec dans leurs voix tout leur amour. Mais le nom et l'amour se heurtent aux barrières de l'insensibilité de l'intelligence et, comme réponse à leur appel, le silence de la tombe.            

Noémi, toute en pleurs, continue de mettre contre les pieds, certainement gelés, des briques enveloppées dans des bandes de laine. Marcelle tient dans ses mains une coupe dans laquelle trempe un linge fin dont Marthe se sert pour humecter les lèvres desséchées de son frère. Marie, avec un autre linge, essuie la sueur abondante qui ruisselle du visage squelettique et baigne les mains du mourant. Maximin, appuyé à un chiffonnier élevé et sombre, près du lit du mourant, observe debout, par derrière Marie penchée sur son frère.

Rien d'autre. Un silence absolu, comme s'ils étaient dans une maison vide, dans un lieu désert. Les servantes qui apportent les briques chaudes ont les pieds nus et marchent sans faire de bruit sur le dallage. Elles semblent des apparitions.  

2Marie dit à un moment donné : "Il me semble que la chaleur revient dans les mains. Regarde, Marthe, ses lèvres sont moins pâles."        

"Oui. Même la respiration est plus libre. Je le regarde depuis un moment" observe Maximin.

Marthe se penche et l'appelle doucement mais intensément : "Lazare ! Lazare ! Oh ! Regarde, Marie ! Il a eu comme un sourire et un battement des paupières. Il va mieux, Marie ! Il va mieux ! Quelle heure avons-nous ?"     

"Nous avons dépassé d'un moment le crépuscule."  

"Ah !" et Marthe se redresse en serrant ses mains sur sa poitrine, en levant les yeux dans un geste visible de muette mais confiante prière. Un sourire éclaire son visage.

Les autres la regardent étonnés et Marie lui dit : "Je ne vois pas pourquoi doit te rendre heureuse le fait d'avoir dépassé le crépuscule..." et elle la scrute, soupçonneuse, anxieuse.

Marthe ne répond pas, mais reprend la pose qu'elle avait avant.       

Une servante entre avec des briques qu'elle passe à Noémi.

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22> Marie lui commande : "Apporte deux lampes. La lumière baisse et je veux le voir." La servante sort sans bruit et revient de suite avec deux lampes allumées. Elle en met une sur le chiffonnier, sur lequel s'appuie Maximin, et l'autre sur une table encombrée de bandes et de petites amphores, placée de l'autre côté du lit.     

"Oh ! Marie ! Marie ! Regarde ! Il est vraiment moins pâle."    

"Et il paraît moins épuisé. Il se ranime !" dit Marcelle.            

"Donnez-lui encore une goutte de ce vin aromatisé qu'a préparé
Sara. Il lui a fait du bien" suggère Maximin.     

Marie prend sur le dessus du chiffonnier une petite amphore au col très fin en forme de bec d'oiseau, et avec précaution elle fait descendre une goutte de vin dans les lèvres entrouvertes.

"Va doucement, Marie. Qu'il n'étouffe pas !" conseille Noémi.           

"Oh ! il avale ! Il le cherche ! Regarde, Marthe ! Regarde ! Il tire la langue pour chercher..."

Tous se penchent pour regarder et Noémi l'appelle : "Trésor ! Regarde ta nourrice, âme sainte !" et elle s'avance pour le baiser.        

"Regarde ! Regarde, Noémi, il boit ta larme ! Elle est tombée près des lèvres et il l'a sentie, il l'a cherchée et avalée."      

"Oh ! ma joie ! Si j'avais mon lait d'autrefois, je te le ferais passer goutte à goutte dans la bouche, mon agnelet, même si je devais m'épuiser le cœur et mourir ensuite !" Je comprends que Noémi, nourrice de Marie, a été aussi la nourrice de Lazare.  

3"Maîtresses, Nicomède est revenu" dit un serviteur en apparaissant sur le seuil.       

"Qu'il vienne ! Qu'il vienne ! Il nous aidera à le ranimer."         

"Observez ! Observez ! Il ouvre les yeux, il remue les lèvres" dit Maximin.     

"Il me serre les doigts avec ses doigts !" crie Marie et elle se penche pour dire : "Lazare, m'entends-tu ? Qui suis-je ?"

Lazare ouvre réellement les yeux et il regarde : un regard vague, voilé, mais c'est toujours un regard. Il remue les lèvres non sans peine et il dit : "Maman !"      

"Je suis Marie. Marie ! Ta sœur !".     

"Maman !".   

"Il ne te reconnaît pas et il appelle sa mère. Les mourants, c'est toujours ainsi" dit Noémi, le visage baigné de larmes.      

"Mais il parle, après si longtemps, il parle. Et c'est déjà beaucoup... Ensuite, il ira mieux. Oh ! mon Seigneur, récompense ta servante !" dit Marthe avec encore ce geste de fervente et confiante prière.       

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23> "Mais que t'est-il arrivé ? Peut-être as-tu vu le Maître ? T'est-il apparu ? Dis-le-moi, Marthe ! Tire-moi d'angoisse !" dit Marie.      

4L'entrée de Nicomède empêche la réponse. Tous s'adressent à lui pour lui raconter comment, après son départ, l'état de Lazare s'était aggravé au point d'être mourant, et qu'on l'avait cru déjà mort, et puis comment, avec des soins, on l'avait fait revenir mais pour la respiration seulement. Et comment depuis peu, après qu'une de leurs femmes avait préparé du vin aromatisé, la chaleur lui était revenue et il avait avalé et cherché à boire et avait aussi ouvert les yeux et parlé...            

Ils parlent tous ensemble avec leurs espoirs rallumés qui se heurte à la tranquillité quelque peu sceptique du médecin qui les laisse parler sans dire un mot.      

Finalement ils ont terminé et le médecin dit : "C'est bien. Laissez-moi voir." Il les écarte pour s'approcher du lit et en ordonnant d'apporter les lampes et de fermer la fenêtre, parce qu'il veut découvrir le malade. Il se penche sur lui, l'appelle, l'interroge, fait passer la lampe devant le visage de Lazare qui maintenant a les yeux ouverts et semble comme étonné de tout. Ensuite il le découvre, étudie sa respiration, les battements du cœur, la température et la rigidité des membres... Tous sont anxieux dans l'attente de ce qu'il va dire. Nicomède recouvre le malade, le regarde encore, réfléchit, puis il se retourne pour regarder ceux qui sont là et il dit : "Il est indéniable qu'il a repris de la vigueur. Actuellement il va mieux que quand je l'ai vu, mais ne vous faites pas d'illusion. Ce n'est qu'une rémission. J'en suis tellement certain, comme je l'étais qu'il approche de sa fin que, comme vous le voyez, je suis revenu, après m'être dégagé de toute occupation, pour lui rendre la mort moins pénible pour autant qu'il m'est permis de le faire... ou pour voir le miracle si...          

5"Avez-vous pourvu ?".         

"Oui, oui, Nicomède" interrompt Marthe, et pour empêcher toute autre parole, elle dit : "Mais n'avais-tu pas dit que... d'ici trois jours... Moi..." Elle pleure.

"Je l'ai dit. Je suis un médecin. Je vis au milieu des agonies et des pleurs. Mais l'habitude de voir des douleurs ne m'a pas encore donné un cœur de pierre. Et aujourd'hui... je vous ai préparées... par un terme suffisamment long... et vague... Mais ma science me disait que la solution était plus rapide et mon cœur mentait pour vous tromper par pitié... Allons ! Soyez courageuses... Sortez... On ne sait jamais jusqu'à quel point les mourants entendent..." Il les pousse dehors, toutes en pleurs, en répétant : "Soyez courageuses ! Soyez courageuses !".

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24> Près du mourant il reste Maximin... Le médecin aussi s'est éloigné pour préparer des médicaments, susceptibles de rendre moins angoissée l'agonie, que dit-il : "Je prévois très douloureuse."           

"Fais-le vivre jusqu'à demain. Il va faire nuit. Tu vois, ô Nicomède. Qu'est-ce pour ta science de tenir une vie éveillée pour moins d'un jour ? Fais-le vivre !".          

"Domina, je fais ce que je puis. Mais quand la mèche est à bout, il n'y a plus rien pour maintenir la flamme !" répond le médecin et il s'en va.           

Les deux sœurs s'embrassent et elles pleurent désolées, et celle qui pleure le plus, maintenant, c'est Marie. L'autre a son espérance au cœur...   

6La voix de Lazare arrive de la pièce. Forte, impérieuse. Elle les fait tressaillir, inattendue qu'elle est dans tant de langueur. Il les appelle : "Marthe ! Marie ! Où êtes-vous ? Je veux me lever, m'habiller ! Dire au Maître que je suis guéri ! Je dois aller trouver le Maître. Un char ! Tout de suite. Et un cheval rapide. Certainement c'est Lui qui m'a guéri..." Il parle rapidement, en marquant les mots, assis sur son lit, brûlé par la fièvre, cherchant à sauter du lit, empêché de le faire par Maximin qui dit aux femmes qui entrent en courant : "Il délire !"     

 "Non ! Laissez-le. Le miracle ! Le miracle ! Oh ! Je suis heureuse de l'avoir suscité ! Dès que Jésus a su. Dieu des pères, sois béni et loué pour ta puissance et ton Messie..." Marthe, tombée à genoux, est ivre de joie.    

Pendant ce temps Lazare continue, toujours plus pris par la fièvre.   

Marthe ne comprend pas que c'est la cause de tout : "Il est venu tant de fois me voir malade, il est juste que j'aille le trouver pour Lui dire : "Je suis guéri". Je suis guéri ! Je n'ai plus de douleurs ! Je suis fort. Je veux me lever. Aller. Dieu a voulu éprouver ma résignation, on m'appellera le nouveau Job..." Il prend un ton hiératique en faisant de grands gestes : "Le Seigneur s'émut de la pénitence de Job
[1]... et Il lui rendit le double de ce qu'il avait eu[2]. Et le Seigneur bénit les dernières années de Job, plus encore que les premières[3]... et il vécut jusqu'à... [4] ' Mais non, je ne suis pas Job ! J'étais dans les flammes et il m'en a retiré[5], j'étais dans le ventre du monstre et je suis revenu à la lumière[6]. Je suis donc Jonas, et les trois enfants de Daniel..."            

7Le médecin survient, appelé par quelqu'un. Il l'observe : "C'est le délire. Je m'y attendais. La corruption du sang brûle le cerveau." Il s'efforce de le recoucher et recommande de le tenir, puis il retourne dehors, à ses décoctions.        

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25> Lazare se fâche un peu qu'on le tienne et entre-temps se met à pleurer comme un enfant.

"Il délire vraiment" dit Marie en gémissant.    

"Non. Personne ne comprend rien. Vous ne savez pas croire. Mais oui ! Vous ne savez pas... À cette heure, le Maître sait que Lazare est mourant. Oui, je l'ai fait, Marie ! Je l'ai fait sans rien te dire..."   

"Ah ! malheureuse ! Tu as détruit le miracle !" crie Marie.       

"Mais non ! Tu le vois, il a commencé à aller mieux à l'heure où
Jonas a rejoint le Maître. Il délire... Certainement... Il est faible, et il a encore le cerveau obnubilé par la mort qui déjà le tenait. Mais ce n'est pas le délire que le médecin croit. Écoute-le ! Est-ce que ce sont des paroles de délire ?"  

 En effet Lazare dit : "J'ai incliné ma tête au décret de mort et j'ai goûté combien il est amer de mourir. Et voilà que Dieu s'est dit satisfait de ma résignation et me rend à la vie et à mes sœurs. Je pourrai encore servir le Seigneur et me sanctifier avec Marthe et Marie... Avec Marie!  

8Qu'est-ce Marie ? Marie c'est le don de Jésus au pauvre Lazare. Il me l'avait dit... Combien de temps depuis lors ! "Votre pardon fera plus que tout. Il m'aidera". Il me l'avait promis : "Elle sera ta joie". Et ce jour que j'étais fâché parce qu'elle avait amené sa honte ici, près du Saint, quelles paroles pour l'inviter au retour ! La Sagesse et la Charité s'étaient unies pour toucher son cœur... Et l'autre jour, qu'il me trouva à m'offrir pour elle, pour sa rédemption ?... Je veux vivre, pour jouir d'elle qui est rachetée ! Je veux louer avec elle le Seigneur ! Fleuves de larmes, affronts, honte, amertume... tout m'a pénétré et a tué ma vie par sa faute... Voici le feu, le feu de la fournaise ! Il revient, avec le souvenir... Marie de Théophile et d'Euchérie, ma sœur : la prostituée. Elle pouvait être reine et elle s'est rendue fange, une fange que même le porc piétine. Et ma mère qui meurt. Et ne plus pouvoir aller parmi les gens sans devoir supporter leurs mépris. À cause d'elle ! Où es-tu, malheureuse ? Le pain te manquait, peut-être, pour que tu te vendes comme tu t'es vendue ? Qu'as-tu sucé au sein de ta nourrice ? Ta mère, que t'a-t-elle enseigné ? L'une la luxure ? L'autre le péché ? Va-t'en ! Déshonneur de notre maison!".       

Sa voix est un cri. Il semble fou. Marcelle et Noémi se hâtent de fermer hermétiquement les portes et de descendre les lourds rideaux pour atténuer la résonance, alors que le médecin, revenu dans la pièce, s'efforce inutilement de calmer le délire qui devient de plus en plus furieux.        

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26> Marie, jetée à terre comme une loque, sanglote sous l'inexorable accusation du mourant qui continue : "Un, deux, dix amants. L'opprobre d'Israël passait de bras en bras... Sa mère mourait. Elle frémissait dans ses amours obscènes. Bête fauve ! Vampire ! Tu as sucé la vie de ta mère. Tu as détruit notre joie. Marthe sacrifiée à cause de toi. On n'épouse pas la sœur d'une courtisane. Moi... Ah ! moi ! Lazare, cavalier, fils de Théophile... Sur moi crachaient les gamins d'Ophel !! "Voilà le complice d'une adultère et d'une immonde" disaient scribes et pharisiens et ils secouaient leurs vêtements pour marquer qu'ils repoussaient le péché dont j'étais souillé à son contact ! "Voici le pécheur ! Celui qui ne sait pas frapper le coupable est coupable lui aussi" criaient les rabbis quand je montais au Temple, et moi je suais sous le feu des pupilles des prêtres... Le feu. Toi ! Tu vomissais le feu que tu avais en toi car tu es un démon, Marie. Tu es dégoûtante. Tu es l'anathème. Ton feu prenait tous, car il était fait de nombreux feux et il y en avait pour les luxurieux qui paraissaient des poissons pris au tramail, quand tu passais... Pourquoi ne t'ai-je pas tuée ? Je brûlerai dans la Géhenne pour t'avoir laissée vivre en ruinant tant de familles, en donnant du scandale à mille... Qui dit : "Malheur à celui par qui vient le scandale" ? Qui le dit ? Ah ! le Maître ! Je veux le Maître ! Je le veux ! Pour qu'il me pardonne. Je veux Lui dire que je ne pouvais pas la tuer parce je l'aimais... Marie était le soleil de notre maison... Je veux le Maître ! Pourquoi n'est-il pas ici ? Je ne veux pas vivre ! Mais avoir le pardon du scandale que j'ai donné en laissant vivre le scandale. Je suis déjà dans les flammes. C'est le feu de Marie. Il m'a pris. Il prenait tout le monde. Afin de donner de la luxure pour elle, de la haine pour nous, et brûler ma chair. Au loin ces couvertures, au loin tout ! Je suis dans le feu. Il m'a pris chair et esprit. Je suis perdu à cause d'elle. Maître ! Maître ! Ton pardon ! Il ne vient pas. Il ne peut venir dans la maison de Lazare. C'est une fosse à fumier à cause d'elle. Alors... je veux oublier. Tout. Je ne suis plus Lazare. Donnez-moi du vin. Salomon le dit : "Donnez du vin à ceux qui ont le cœur déchiré[7], qu'ils boivent et oublient leur misère et qu'ils ne se rappellent plus leur douleur[8]". Je ne veux plus me rappeler. Ils disent tous : "Lazare est riche, c'est l'homme le plus riche de la Judée". Ce n'est pas vrai. Tout n'est que paille. Ce n'est pas or. Et les maisons ? Des nuages. Les vignes, les oasis, les jardins, les oliveraies ? Rien. Tromperie. Je suis Job. Je n'ai plus rien[9]. J'avais une perle. Belle ! De valeur infinie. C'était mon orgueil.     

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27>
Elle s'appelait Marie. Je ne l'ai plus. Je suis pauvre. Le plus pauvre de tous. De tous le plus trompé... Même Jésus m'a trompé. Car il m'avait dit qu'il me l'aurait rendue, et au contraire elle... Où est-elle ? La voilà. On dirait une courtisane païenne, la femme d'Israël, fille d'une sainte ! À demi-nue, ivre, folle... Et autour... les yeux fixés sur le corps nu de ma sœur, la meute de ses amants... Et elle rit d'être admirée et convoitée ainsi. Je veux réparer mon crime. Je veux aller à travers Israël pour dire : "N'allez pas chez ma sœur. Sa maison, c'est le chemin de l'enfer, et il descend dans les abîmes de la mort". Et puis je veux aller la trouver et la piétiner, car il est dit : "Toute femme impudique sera piétinée comme une ordure sur le chemin[10]". Oh ! Tu as le courage de te montrer à moi qui meurs déshonoré, détruit par toi ? À moi qui ai offert ma vie pour le rachat de ton âme, et sans résultat ? Comment je te voulais, dis-tu ? Comment je te voulais pour ne pas mourir ainsi ? Voici comment je te voulais : comme Suzanne, la chaste[11]. Tu dis qu'ils t'ont tentée[12]. ? Et n'avais-tu pas un frère pour te défendre ? Suzanne, d'elle-même, a répondu : "Il vaut mieux pour moi tomber entre vos mains que de pécher en présence du Seigneur[13]", et Dieu fit briller sa candeur[14]. Moi, je les aurais dites les paroles contre ceux qui te tentaient et je t'aurais défendue[15]. Mais Toi ! Tu t'en es allée. Judith était veuve[16], et elle vivait seule dans sa pièce écartée, portant le cilice sur ses côtés[17] et jeûnant[18], et elle était en grande estime auprès de tous parce qu'elle craignait le Seigneur[19], et d'elle on chante : "Tu es la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l'honneur de notre peuple[20] parce que tu as agi virilement et que ton cœur a été fort, parce que tu as aimé la chasteté et qu'après ton mariage tu n'as pas connu d'autre homme. À cause de cela, le Seigneur t'a rendue forte et tu seras bénie éternellement[21]". Si Marie avait été comme Judith, le Seigneur m'aurait guéri. Mais il ne l'a pas pu à cause d'elle. C'est pour cela que je n'ai pas demandé de guérir. Il ne peut y avoir de miracle là où elle est. Mais mourir, souffrir, ce n'est rien. Dix et dix fois plus, une mort et une mort pour qu'elle se sauve. Oh ! Seigneur Très-Haut ! Toutes les morts ! Toute la douleur ! Mais Marie sauvée ! Jouir d'elle une heure, une seule heure ! D'elle redevenue sainte, pure comme dans son enfance ! Une heure de cette joie ! Me glorifier d'elle, la fleur d'or de ma maison, la gentille gazelle aux doux yeux, le rossignol du soir, l'amoureuse colombe... Je veux le Maître pour Lui dire que je veux cela : Marie ! Marie ! Viens ! Marie ! Quelle douleur a ton frère, Marie ! Mais si tu viens, si tu te rachètes, ma douleur devient douce. Cherchez Marie !       

9C'est la fin ! Je meurs ! Marie ! Faites de la lumière ! De l'air... Je... J'étouffe... Oh ! quelle chose je ressens !...".           

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28> Le médecin fait un geste et dit : "C'est la fin. Après le délire, la torpeur et puis la mort. Mais il peut avoir un réveil de l'intelligence. Approchez-vous, toi surtout. Il en aura de la joie" et, après avoir recouché Lazare, épuisé après tant d'agitation, il va trouver Marie qui n'a pas cessé de pleurer par terre en gémissant : "Faites-le taire !" Il la relève et l'amène au lit.

Lazare a fermé les yeux, mais il doit souffrir atrocement. Ce n'est que frémissement et contraction. Le médecin essaie de le secourir avec des potions... Il se passe ainsi un certain temps.         

Lazare ouvre les yeux. Il paraît avoir oublié ce qu'il était auparavant, mais il est conscient. Il sourit à ses sœurs et cherche à prendre leurs mains, à répondre à leurs baisers. Il pâlit mortellement. Il gémit : "J'ai froid..." et il claque des dents en cherchant à se couvrir jusqu'à la bouche. Il gémit : "Nicomède, je ne résiste plus à la souffrance. Les loups m'écharnent les jambes et me dévorent le cœur. Quelle douleur ! Et si l'agonie est ainsi, que sera la mort ? Comment faire ? Oh ! si j'avais le Maître ici ! Pourquoi ne me l'a-t-on pas amené ? Je serais mort heureux sur son sein..." il pleure.

Marthe regarde Marie sévèrement. Marie comprend son coup d'œil et, encore accablée par le délire de son frère, elle se trouve prise de remords. Elle se penche, agenouillée comme elle l'est contre le lit, pour baiser la main de son frère et elle gémit : "C'est moi la coupable. Marthe voulait le faire depuis deux jours déjà. Mais je n'ai pas voulu, car Lui nous avait dit de ne le prévenir qu'après ta mort. Pardonne-moi ! Toute la douleur de la vie, je te l'ai donnée... Et pourtant je t'ai aimé et je t'aime, frère. Après le Maître, c'est toi que j'aime plus que tous, et Dieu voit que je ne mens pas. Dis-moi que tu m'absous du passé, donne-moi la paix...".    

"Domina ! rappelle le médecin. Le malade n'a pas besoin d'émotions."         

"C'est vrai... Dis-moi que tu me pardonnes de t'avoir refusé Jésus..."           

 "Marie ! C'est pour toi que Jésus est venu ici... et c'est pour toi qu'il y vient... car tu as su aimer plus que tous... Tu m'as aimé plus que tous... Une vie... de délices ne m'aurait pas... ne m'aurait pas donné la... joie dont tu m'as fait jouir... Je te bénis... Je te dis... que tu as bien fait... d'obéir à Jésus... Je ne savais pas... Je sais... Je dis... c'est bien...         

10Aidez-moi à mourir !... Noémi... tu étais capable de... me faire dormir... autrefois... Marthe... bénie... ma paix...  

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29>
Maximin... avec Jésus. Aussi... pour moi... Ma part... aux pauvres... à Jésus... pour les pauvres... Et pardonnez... à tous... Ah ! quels spasmes !... De l'air !... De la lumière !... Tout tremble... Vous avez comme une lumière autour de vous et elle m'éblouit quand... je vous regarde... Parlez... fort..." Il a mis sa main gauche sur la tête de Marie, et il a abandonné la droite dans les mains de Marthe. Il halète...   

On le soulève avec précaution pour ajouter des oreillers, et Nicomède lui fait prendre encore des gouttes de potion. Sa pauvre tête s'enfonce et retombe dans un abandon mortel. Toute sa vie est dans la respiration. Pourtant il ouvre les yeux et regarde Marie qui soutient sa tête, et il lui sourit en disant : "Maman ! Elle est revenue... Maman ! Parle ! Ta voix.. Tu sais... le secret... de Dieu... Ai-je servi... le Seigneur ?..."      

Marie, d'une voix rendue blanche par la peine, murmure : "Le Seigneur te dit : Viens avec Moi, serviteur bon et fidèle, car tu as écouté toutes mes paroles et aimé le Verbe que j'ai envoyé
[22]".   

"Je n'entends pas ! Plus fort !"         

Marie répète plus fort...        

"C'est vraiment maman !..." dit Lazare satisfait et il abandonne sa tête sur l'épaule de sa sœur...         

Il ne parle plus. Seulement des gémissements et des tremblements spasmodiques, seulement la sueur et le râle. Insensible désormais à la Terre, aux affections, il sombre dans le noir toujours plus absolu de la mort. Les paupières descendent sur les yeux devenus vitreux où brille une dernière larme.   

"Nicomède ! Il se laisse aller ! Il se refroidit !..." dit Marie.      

"Domina, la mort est un soulagement pour lui."         

"Garde-le en vie ! Demain Jésus est certainement ici. Il sera parti tout de suite. Peut-être il a pris le cheval du serviteur ou une autre monture" dit Marthe. Et s'adressant à sa sœur : "Oh ! si tu m'avais laissée l'appeler plus tôt !" Puis au médecin : "Fais-le vivre !" lui impose-t-elle convulsée.   

Le médecin ouvre les bras. Il essaie des cordiaux, mais Lazare n'avale plus.

Le râle augmente... augmente... Il est déchirant...      

"Oh ! on ne peut plus l'entendre !" gémit Noémi.       

"Oui. Il a une longue agonie..." dit le médecin. Mais il n'a pas encore fini de le dire que, avec une convulsion de toute sa personne qui se cambre et puis s'abandonne, Lazare exhale le dernier soupir.          

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30> 11Les sœurs crient... en voyant ce spasme, en voyant cet abandon. Marie appelle son frère, en le baisant. Marthe s'accroche au médecin qui se penche sur le mort et dit : "Il a expiré. Désormais il est trop tard pour attendre le miracle. Il n'y a plus à attendre. Trop tard !... Je me retire, Dominae. Je n'ai plus de raison de rester. Ne tardez pas pour les funérailles car il est déjà décomposé." Il abaisse les paupières sur les yeux du mort et dit encore en le regardant : "Malheur ! C'était un homme vertueux et intelligent. Il ne devait pas mourir !" Il s'incline vers les deux sœurs, qu'il salue. "Dominae ! Salve !" et il s'en va.    

Les pleurs emplissent la pièce. Marie désormais n'a plus de force et elle se renverse sur le corps de son frère en criant ses remords, en demandant son pardon. Marthe pleure dans les bras de Noémi.   

Puis Marie s'écrie : "Tu n'as pas eu foi, ni obéissance. Je l'ai tué une première fois; toi, tu le tues maintenant; moi, par mon péché, toi, par ta désobéissance." Elle est comme folle. Marthe la soulève, l'embrasse, s'excuse. Maximin, Noémi, Marcelle essaient de les ramener toutes les deux à la raison et à la résignation. Ils y parviennent en rappelant Jésus... La douleur devient plus ordonnée et, pendant que la pièce se remplit de serviteurs en larmes et que pénètrent ceux qui sont chargés de l'ensevelissement, on conduit les deux sœurs autre part pour qu'elles pleurent leur douleur.         

Maximin qui les conduit dit : "Il a expiré à la fin du second temps de la nuit."            

Et Noémi : "Il faudra l'ensevelir dans la journée de demain, avant le coucher du soleil, car le sabbat arrive. Vous avez dit que le Maître veut de grands honneurs..."          

"Oui. Maximin, à toi de t'en occuper. Moi je suis sotte" dit Marthe.    

"Je vais envoyer les serviteurs à ceux qui sont loin et à ceux qui sont proches, et donner des ordres" dit Maximin qui se retire.            

Les deux sœurs pleurent embrassées. Elles ne se font plus de reproches mutuels. Elles pleurent. Elles essaient de se réconforter...   

Les heures passent. Le mort est préparé dans sa pièce. Une longue forme enveloppée dans des bandes sous le suaire.   

"Pourquoi déjà recouvert ainsi ?" s'écrie Marthe, qui en fait des reproches.   

"Maîtresse... Son nez était une puanteur et quand on l'a remué, il a rejeté du sang corrompu" dit en s'excusant un vieux serviteur.  

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31> Les sœurs pleurent plus fort. Lazare est déjà plus loin sous ces bandes... Un autre pas dans l'éloignement de la mort. Elles le veillent en pleurant jusqu'à l'aube, jusqu'au retour du serviteur d'au-delà du Jourdain. Du serviteur qui reste abasourdi mais qui rapporte de la course qu'il a faite pour apporter la réponse que Jésus vient.           

"Il a dit qu'il vient ? Il n'a pas fait de reproches ?" demande Marthe.  

 "Non, maîtresse. Il a dit : "Je viendrai. Dis-leur que je viendrai, et qu'elles aient foi". Et auparavant il avait dit : "Dis-leur de rester tranquilles. Ce n'est pas une maladie mortelle, mais c'est la gloire de Dieu, pour que sa puissance soit glorifiée en son Fils"           

"C'est vraiment ce qu'il a dit ? En es-tu sûr ?" demande Marie.          

"Maîtresse, tout le long de la route, j'ai répété les paroles !"  

"Va, va. Tu es fatigué. Tu as tout bien fait. Mais il est trop tard, désormais !..." soupire Marthe. Et dès qu'elle reste avec sa sœur, elle éclate bruyamment en sanglots.        

"Marthe, pourquoi ?..."         

"Oh ! en plus de la mort,
c'est la désillusion ! Marie ! Marie ! Tu ne réfléchis pas que cette fois le Maître s'est trompé ? Regarde Lazare. Il est bien mort ! Nous avons espéré au-delà de ce qui est croyable, et cela n'a pas servi. Quand je l'ai fait appeler, j'ai certainement mal fait, Lazare était déjà plus mort que vif. Et notre foi n'a pas eu de résultat et de récompense. Et le Maître nous fait dire que ce n'est pas une maladie mortelle ! Le Maître, alors, n'est plus la Vérité ? Il ne l'est plus... Oh ! Tout ! Tout ! Tout est fini !"  

Marie se tord les mains. Elle ne sait que dire. La réalité est la réalité... Mais elle ne parle pas. Elle ne dit pas un mot contre son Jésus. Elle pleure. Elle est vraiment à bout.

Marthe a une idée fixe dans le cœur : celui d'avoir trop tardé : "C'est ta faute, reproche-t-elle. Il voulait éprouver ainsi notre foi. Obéir, oui. Mais désobéir aussi à cause de notre foi, et Lui montrer que nous croyons que Lui seul pouvait et devait faire le miracle. Mon pauvre frère ! Et il l'a tant désiré ! Au moins cela : le voir ! Notre pauvre Lazare ! Pauvre ! Pauvre !" Et les pleurs se changent en un cri lugubre auquel font écho de l'autre côté de la porte les cris des servantes et des serviteurs, selon les coutumes de l'orient...            

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[1] Job 42, 9.

[2] Job 42,10.

[3] Job 42,12.

[4] Job 42,16.

[5] Daniel 3,21.

[6] Jonas 2,1.

[7] Proverbes 31, 6.

[8] Proverbes 31, 7.

[9] Job 1, 20-21.

[10] Michée 7, 10.

[11] Daniel 13, 1-3.

[12] Daniel 13, 19-22.

[13] Daniel 13, 23.

[14] Daniel 13, 60.

[15] Daniel 13, 55 et 59.

[16] Judith 8, 4.

[17] Judith 8, 5.

[18] Judith 8, 6.

[19] Judith 8, 7-8.

[20] Judith 15, 9.

[21] Judith 15, 10.

[22] À rapprocher de Matthieu 25, 21 : Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”