"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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Mardi 8 mai 29
(8 Lyar ou ziv 3789)
Béthanie.


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 Il faut s'habituer même aux séparations, elles sont utiles pour éprouver la force des affections.


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- Vers Béthanie le lieu d'amour........................................ 177

- Accueil compatissant de Marthe et de Marie ..... 178

- Jésus s'informe de Lazare ........................................ 179


- Lazare sait pourquoi il souffre ........................................ 179

- Jésus doit s'éloigner pour un temps ............................ 180

- Mais il ne quittera pas la Palestine ...................... 181

- Le soir s'avance. Il n'y a plus de soleil ........................ 182

 

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 6


Tome 6, chapitre 104.

415.
À Béthanie


Vision du jeudi 11 avril 1946

177> Le crépuscule rougit le ciel quand Jésus arrive à Béthanie. En nage, couverts de poussière, les siens le suivent. Et Jésus et les apôtres sont les seuls qui bravent la fournaise de la route à laquelle donnent peu d'ombre les arbres qui continuent du mont des Oliviers jusqu'aux pentes de Béthanie. L'été fait rage, mais plus encore fait rage la haine. Les champs sont dépouillés et brûlés, fournaises qui exhalent des souffles de feu. Mais les âmes des ennemis de Jésus sont encore plus dépouillées, je ne dis pas d'amour, mais d'honnêteté, de sens moral même humain, brûlées par la haine... Et il n'y a pour Jésus qu'une maison, qu'un refuge : Béthanie. Là, c'est l'amour, le soulagement, la protection, la fidélité... Le Pèlerin persécuté s'y dirige avec son habit blanc, son visage affligé, le pas fatigué de quelqu'un qui ne peut s'arrêter, parce que ses ennemis l'aiguillonnent par derrière, le regard résigné de quelqu’un qui déjà contemple la mort que chaque heure, chaque pas rapproche et que déjà il accepte pour obéir à Dieu...      

178>
La maison, au milieu de son vaste jardin, est toute fermée et muette, dans l'attente des heures plus fraîches. Le jardin est vide et muet, et le soleil y règne seul en maître.

Thomas fait un appel de sa voix de baryton.

Un rideau se déplace, un visage risque un regard... Puis un cri : "Le Maître !" et les serviteurs accourent dehors, suivis des maîtresses étonnées, qui n'attendaient certainement pas Jésus à cette heure de feu.            

"Rabbouni !" "Mon Seigneur !" Marthe et Marie saluent de loin, déjà courbées, prêtes à se prosterner, ce qu'elles font dès l'ouverture du portail. Jésus n'est plus séparé d'elles.

"Marthe, Marie, la paix à vous et à votre maison."     

"La paix à Toi, Maître et Seigneur... Mais comment donc à cette heure ?" demandent les sœurs en congédiant, les serviteurs pour que Jésus puisse parler librement.

"Pour me reposer le corps et l'esprit là où il n'y a pas de haine..." dit tristement Jésus en tendant les mains comme pour dire : "Me voulez-vous" et il s'efforce de sourire, mais c'est un bien triste sourire que dément le regard des yeux douloureux.      

"Ils t'ont fait du mal ?" demande Marie en s'enflammant.       

"Que t'est-il arrivé ?" demande Marthe et, maternelle, elle ajoute : "Viens, je te donnerai de quoi te restaurer. Depuis quand marches-tu, pour être si fatigué ?"    

"Depuis l'aube... et je peux dire continuellement, car le court arrêt dans la maison d'Elchias le synhédriste a été pire qu'un long chemin..."           

"Ils t'ont tourmenté ?..."        

"Oui... et d'abord au Temple..."         

"Mais pourquoi es-tu allé chez ce serpent ?" demande Marie.            

"Parce que le fait de ne pas y aller aurait servi à justifier sa haine qui m'aurait accusé de mépriser les membres du Sanhédrin. Mais désormais... que j'y aille ou n'y aille pas, la mesure de la haine pharisaïque est comble... et il n'y aura plus de trêve..."    

"Nous en sommes là ? Reste avec nous, Maître. Ici, ils ne te feront pas de mal..."     

"Je manquerais à ma mission... Beaucoup d'âmes attendent leur Sauveur. Je dois aller..."

"Mais ils t'empêcheront d'aller !"       

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179> "Non. Ils me persécuteront en me faisant marcher pour étudier chacun de mes pas, en me faisant parler pour scruter chaque parole, en me surveillant comme les limiers suivent leur proie pour avoir... quelque chose, qui puisse paraître une faute... et tout servira..."     

Marthe, toujours si réservée, éprouve tant de pitié qu'elle lève la main comme pour une caresse sur la joue amaigrie, mais elle s'arrête en rougissant, et elle dit : "Pardon ! Tu m'as fait la même peine que me fait notre Lazare ! Pardonne-moi, Seigneur, de t'avoir aimé comme un frère souffrant !"  

"Je suis le frère souffrant... Aimez-moi d'un pur amour de sœurs... Mais Lazare que fait-il ?"      

"Il languit, Seigneur..." répond Marie et elle donne libre cours aux larmes qui déjà lui piquent les yeux avec cet aveu qui se joint à la peine de voir son Maître ainsi affligé.

"Ne pleure pas, Marie, ni pour lui ni pour Moi. Nous faisons la divine volonté. On doit pleurer sur ceux qui ne savent pas faire cette volonté..."       

Marie se penche pour prendre la main de Jésus et elle baise l'extrémité des doigts.  

Pendant ce temps, ils sont arrivés à la maison et ils entrent en allant tout de suite trouver Lazare, pendant que les apôtres se reposent en se rafraîchissant avec ce que leur apportent les serviteurs.       

Jésus se penche sur Lazare qui est émacié, de plus en plus émacié, et il l'embrasse en souriant pour soulager la tristesse de son ami.         

"Maître, comme tu m'aimes ! Tu n'as même pas attendu le soir pour venir à moi, par cette chaleur..."     

"Mon ami, Moi je jouis de toi, et toi de Moi. Le reste n'est rien."        

"C'est vrai, ce n'est rien. Même ma souffrance n'est rien pour moi... Maintenant je sais pourquoi je souffre, et ce que je puis avec ma souffrance" et Lazare sourit d'un sourire intime, spirituel.        

"C'est ainsi, Maître. On dirait presque que notre Lazare voit avec plaisir la maladie et..." et un sanglot brise la voix de Marthe qui se tait.           

"Mais oui, dis-le simplement: et la mort. Maître, dis-leur qu'elles doivent m'aider comme font les lévites auprès des prêtres."  

"À quoi, mon ami ?"

"À consommer le sacrifice..."           

"Et pourtant la mort te faisait trembler, il y a peu de temps ! Tu ne nous aimes donc plus ? Tu n'aimes plus le Maître ? Tu ne veux pas le servir ?..." lui demande Marie avec plus de force, mais toute pâle de chagrin, et elle caresse la main jaunâtre de son frère.         

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180> "Et c'est toi qui le demandes, justement toi, âme ardente et généreuse ? Ne suis-je pas ton frère ? N'ai-je pas le même sang que toi et les mêmes amours que tu as : Jésus, les âmes, et vous. sœurs aimées ?... Mais depuis Pâque, mon âme a accueilli une grande parole. Et j'aime la mort. Seigneur, je te l'offre pour tes intentions mêmes[1]."

"Tu ne me demandes donc plus la guérison ?"          

"Non, Rabbouni. Je te demande ta bénédiction pour savoir souffrir et... mourir... et, si ce n'est pas trop demander, et racheter... C'est Toi qui l'as dit..."          

"Je l'ai dit et je te bénis pour te donner toute force" et il lui impose les mains et puis l'embrasse.  

"Nous resterons ensemble et tu m'instruiras..."          

"Pas maintenant, Lazare. Je ne reste pas. Je suis venu pour quelques heures. Je partirai à la nuit."        

"Mais, pourquoi ?" demandent les trois, déçus.        

"Parce que je ne puis rester... Je reviendrai en automne. Et alors... Je resterai longtemps et j'agirai beaucoup ici... et dans les alentours..."          

Un silence triste. Puis Marthe le prie : "Alors, au moins, repose-toi, prends des forces..."

"Rien ne me réconforte plus que votre amour. Faites reposer mes apôtres et laissez-moi rester ici avec vous, ainsi, en paix..."            

Marthe sort en pleurant pour revenir avec des tasses de lait froid et des fruits nouveaux...

"Les apôtres ont déjà mangé et, fatigués, ils dorment. Mon Maître, ne veux-tu vraiment pas te reposer ?"            

"N'insiste pas, Marthe. L'aube ne sera pas encore arrivée qu'ils me chercheront ici, au Gethsémani, chez Jeanne, dans toute maison hospitalière. Mais. à l'aube, je serai déjà loin."            

"Où vas-tu, Maître ?" demande Lazare.          

"Vers Jéricho, mais pas par le chemin ordinaire... Je fais un détour vers Tecua et puis je reviens vers Jéricho."           

"Route pénible en cette saison !..." murmure Marthe.

"C'est justement pour cela qu'elle est solitaire. Nous voyagerons de nuit. Les nuits sont claires même avant le lever de la lune... et l'aube vient si tôt..."         

"Et ensuite ?" demande Marie.          

"Et puis au-delà du Jourdain, et à la hauteur de la Samarie du nord, je passerai le fleuve pour venir de ce côté."         

"Va à Nazareth, vite. Tu es fatigué..." dit Lazare.       

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181> "Auparavant je dois aller aux rivages de la mer... Puis... j'irai en Galilée mais ils me persécuteront même là..."     

"Tu auras toujours ta Mère pour te réconforter..." dit Marthe.

"Oui, pauvre Maman !"          

"Maître, Magdala est à Toi. Tu le sais" Lui rappelle Marie.      

"Je le sais, Marie... Je connais tout le bien et tout le mal..."   

"Ainsi séparés !... pour si longtemps ! Me retrouveras-tu vivant, Maître ?"      

 "N'en doute pas. Ne pleurez pas... Il faut s'habituer même aux séparations. Elles sont utiles pour éprouver la force des affections. On comprend mieux les cœurs, en les regardant d'un regard spirituel, de loin. Quand, n'étant plus séduit par le plaisir humain de la présence de l'aimé, on peut méditer sur son esprit et sur son amour... on comprend davantage le moi de celui qui est loin... Moi, je suis certain qu'en pensant à votre Maître vous le comprendrez mieux quand vous verrez et contemplerez en paix mes actions et mes affections."  

"Oh ! Maître ! Mais nous, nous n'avons pas de doutes sur Toi !"       

"Ni Moi sur vous. Je le sais, mais vous me connaîtrez davantage. Et je ne vous dis pas de m'aimer car je connais votre cœur. Je dis seulement : priez pour Moi."          

Les trois pleurent... Jésus est si triste !... Comment ne pas pleurer ?

"Que voulez-vous ? Dieu avait envoyé l'amour parmi les hommes. Mais les hommes y ont substitué la haine... Et la haine divise non seulement les ennemis entre eux, mais elle s'insinue pour séparer les amis."       

Un long silence.       

Puis Lazare dit : "Maître, quitte la Palestine pour quelque temps..."   

"Non. Ma place est ici pour vivre, évangéliser, mourir."         

"Mais pourtant tu as pourvu à la sécurité de Jean et de la grecque. Va avec eux."     

"Non. Eux, il fallait les sauver. Moi, je dois sauver. Et c'est la différence qui explique tout. L'autel est ici, et c'est ici qu'est la chaire. Je ne puis aller ailleurs. Et du reste !... Croyez-vous que cela changerait ce qui est décidé ? Non. Ni sur Terre ni au Ciel. Cela obscurcirait seulement la pureté spirituelle de la figure messianique. Je serais le "lâche" qui se sauve en fuyant. Je dois donner l'exemple à ceux de maintenant et à ceux qui viendront que, dans les choses de Dieu, dans les choses saintes, il ne faut pas être lâche..."      

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182> "Tu as raison, Maître" soupire Lazare...

Et Marthe, écartant le rideau, dit : "Tu as raison... Le soir s'avance. Il n'y a plus de soleil..."

Marie se met à pleurer avec angoisse, comme si cette parole avait eu le pouvoir de dissoudre sa force morale qui réduisait ses pleurs à des larmes silencieuses. Ce sont des pleurs plus déchirés que ceux dans la maison du Pharisien, quand elle implorait par ses larmes le pardon du Sauveur...         

"Pourquoi pleures-tu ainsi ?" demande Marthe.         

"Parce que tu as dit la vérité, ma sœur ! Il n'y a plus de soleil... Le Maître s'en va... Il n'y a plus de soleil pour moi... pour nous..."



"Soyez bons. Je vous bénis et que ma bénédiction reste sur vous. Et maintenant laissez-moi avec Lazare qui est fatigué et a besoin de silence. Je me reposerai en veillant mon ami. Occupez-vous des apôtres et veillez à ce qu'ils soient prêts pour l'heure des ombres..."    

Les deux sœurs se retirent, et Jésus reste silencieux, recueilli en Lui-même, assis près de l'ami languissant qui, satisfait de cette présence, s'endort avec un léger sourire sur le visage.         

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[1]  Se sauver soi-même ? C'est peu. (Tome 5, chapitre 66).