"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta
© Centro Editoriale Valtortiano

Se repérer

Consulter la Bible en ligne

Aller sur le forum

Qui sommes-nous

        I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\IntroAccueil.gif        I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\IntroOeuvre.gif        I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\IntroValtorta.gif        I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\IntroThemes.gif        I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\IntroBoutique.gif

 5.329 - Al mercato di Alessandroscene. La parabola degli operai della vigna.

 3.328 - The Day after at Alexandroscene. Parable of the Vineyard Labourers.

 4.329 - En el mercado de Alejandrocena. La parábola de los obreros de la viña.

 6.374 - Am Tag danach in Alexandroscenae.

 Évangile :
Matthieu 20,1-16

Mardi 16 janvier 29
(15 Scébat 3789)
Alexandroscène


    Vers l'index des thématiques

 Guérison du vieux Marc mal voyant.

 Guérison de Jonas le bancal.

 I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\BaliseBleue.gif La guérison des corps et celle des âmes.

 Dimension universelle du Salut.

 La réconciliation.

 Jésus rappelle le Décalogue.

 Parabole des ouvriers de la onzième heure.

 L’attrait du monde.


         I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Resume.gif

- Jésus se mêle à la foule ........................................ 103

- Ce que la foule pense de Jésus ............................ 103

- Deux soldats discutent de sa présence ...................... 104


- Guérison de Marc, l'aveugle hébreu .......................... 105

- Guérison de Jonas, le bancal non-juif......................... 106

- L'agitation de la foule attire le porte-drapeau ............. 107


- Restons pour le protéger ........................................ 107

- Arrivée du triaire Aquila 107

- Qui ne croit pas aux accusations du Sanhédrin ........................................ 108

- Discours - (Je ne suis pas un usurpateur ................... 108

- Le but de la vie......... 109

- La Sagesse) .............. 110


- Discours 2 (L'amour du prochain ....................... 110

- Les dix commandements) ........................................ 111

- Discours 3 (Les ouvriers de la onzième heure) .......... 111

- La foule en vient aux mains....................................... 114


- Les soldats interviennent ........................................ 114

- Aquila défend Jésus devant le centurion ...................... 115

- Jésus rassure les trois frères....................................... 115

- Les soldats commentent ........................................ 115

- Aquila exprime sa sympathie à Jésus ............................ 115

- Départ forcé du groupe apostolique .................. 116


Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 5


Tome 5, chapitre 17.

329.
Le lendemain à Alexandroscène.
Les ouvriers de la onzième heure.


Vision du mardi 13 novembre 1945

103> 1La cour des trois frères[1] est moitié à l'ombre, moitié au soleil. Elle est pleine de gens qui vont et viennent pour leurs achats alors qu'en dehors du portail, sur la petite place, on entend la rumeur du marché d'Alexandroscène avec le va-et-vient confus des acheteurs et des vendeurs. avec le bruit des ânes, des brebis, des agneaux, des poules. On comprend qu'ici, il y a moins de complications et on apporte même les poulets au marché sans craindre de contaminations d'aucune sorte. Braiments, bêlements, gloussement des poules et cocorico triomphant des coqs se mêlent aux voix des hommes en un chœur joyeux qui parfois monte à des notes aiguës et dramatiques à la suite de quelque altercation.   

Même dans la cour des frères il règne un bruit confus et il se produit quelque altercation ou pour le prix ou parce qu'un acheteur a pris une chose qu'un autre voulait acquérir. Elle n'est pas absente non plus la plainte lamentable des mendiants qui de la place, près du portail, défilent la litanie de leurs misères sur un air triste comme la plainte d'un mourant.      

Des soldats romains vont et viennent en maîtres dans l'entrepôt et sur la place. Je suppose que c'est un service d'ordre, car je les vois armés, et jamais seuls, parmi les phéniciens tous armés.  

Jésus aussi va et vient dans la cour, se promenant avec les six apôtres, attendant le moment favorable pour parler. Et puis. Il sort un moment sur la place en passant près des mendiants auxquels il donne une obole. Les gens se distraient pendant quelques minutes pour regarder le groupe des galiléens et se demandent qui sont ces étrangers. Et il en est qui informent, parce qu'ils ont demandé aux trois frères, qui sont leurs hôtes.           

Un murmure suit les pas de Jésus qui s'en va tranquillement caressant les enfants qu'il trouve sur son chemin. Il y a aussi, au milieu du murmure, les ricanements et les épithètes peu flatteuses pour les hébreux, et aussi le désir honnête d'entendre ce "Prophète", ce "Rabbi", ce "Saint", ce "Messie" d'Israël, auquel ils donnent ces noms lorsqu'ils en parlent, selon leur degré de foi et de rectitude de leurs âmes.           

2J'entends deux mères : "Mais est-ce vrai ?"

"C'est
Daniel qui me l'a dit, justement à moi. Il a parlé à Jérusalem avec des gens qui ont vu les miracles du Saint."          

"Oui, d'accord ! Mais est-ce bien cet homme ?"        

Haut de page           

104> "Oh ! Daniel m'a dit que ce ne peut être que Lui à cause de ce qu'il dit."           

"Alors... que dis-tu ? Il me fera grâce même si je ne suis que prosélyte ?"     

"Je dirais que oui... Essaie. Peut-être il ne reviendra plus ici chez nous. Essaie, essaie ! Il ne te fera sûrement pas de mal !"     

"J'y vais" dit la petite femme en laissant en plan le vendeur de vaisselle avec lequel elle marchandait des assiettes. Le vendeur qui a entendu la conversation des deux femmes, déçu, irrité à cause de la bonne affaire qui s'en va en fumée, s'en prend à la femme qui est restée, la couvrant d'injures telles que : "Prosélyte maudite. Sang d'hébreux. Femme vendue" et cætera.   

J'entends deux hommes graves et barbus : "J'aimerais l'entendre. On dit que c'est un grand Rabbi."        

"Un Prophète, dois-tu dire. Plus grand que le Baptiste. Élie m'a dit certaines choses ! Certaines choses ! Il est au courant, car il a une sœur mariée à un serviteur d'un grand riche d'Israël, et pour avoir de ses nouvelles s'informe auprès des serviteurs. Ce riche est très ami du Rabbi..."       

Un troisième, un phénicien peut-être, qui a entendu parce qu'il était tout près, amène sa figure sournoise, moqueuse entre les deux, et raille : "Belle sainteté ! Confite dans la richesse ! À mon avis, un saint devrait vivre pauvrement !"    

"Tais-toi, Doro, langue maudite. Tu n'es pas digne, toi païen, de juger ces choses."  

"Ah ! vous en êtes dignes vous, toi spécialement, Samuel ! Tu ferais mieux de me payer ce que tu me dois."       

"Tiens ! et ne me tourne plus autour, vampire à la face de faune !"...

J'entends un vieillard à moitié aveugle, accompagné d'une fillette, qui demande : "Où est ? Où est le Messie ?" et la petite crie : "Laissez passer le vieux Marc ! Veuillez dire au vieux Marc où se trouve le Messie !"          

Les deux voix, celle du vieillard, faible et tremblante, celle de la fillette, argentine et assurée, se répandent sur la place, inutile- ment, jusqu'à ce qu'un autre homme dise : "Vous voulez trouver le Rabbi ? Il est revenu vers la maison de Daniel. Le voilà arrêté qui parle avec des mendiants."           

3J'entends deux soldats romains : "Ce doit être celui que persécutent les juifs, les bonnes peaux ! On voit, rien qu'à le regarder, qu'il vaut mieux qu'eux."          

Haut de page           

105>
"C'est pour cela qu'il leur cause des ennuis !"   

"Allons le dire au porte-drapeau. C'est l'ordre."         

"Un ordre stupide, Caïus ! Rome a peur des agneaux et elle supporte, il faudrait dire, caresse les tigres." (Scipion).           

"Il ne me semble pas, Scipion ! Ponce massacre facilement !" (Caïus).          

"Oui, mais il ne ferme pas sa maison aux hyènes qui le flattent." (Scipion).   

"Politique, Scipion ! Politique !" (Caïus).       

"Lâcheté, Caïus, et sottise. C'est de celui-ci qu'il devrait être l'ami, pour avoir de l'aide pour garder dans l'obéissance cette racaille asiatique. Il ne sert pas bien Rome, Ponce, en négligeant cet homme qui est bon, et en flattant les mauvais." (Scipion).      

"Ne critique pas le Proconsul. Nous sommes des soldats, et le supérieur est sacré comme un dieu. Nous avons juré obéissance au divin César et le Proconsul est son représentant." (Caïus).        

"Cela va bien pour ce qui concerne le devoir envers la Patrie, sacrée et immortelle. Mais cela ne vaut pas pour le jugement intérieur." (Scipion).          

"Mais l'obéissance vient du jugement. Si ton jugement se révolte contre un ordre et le critique, tu n'obéiras plus totalement. Rome s'appuie sur notre obéissance aveugle pour protéger ses conquêtes." (Caïus).     

"Tu sembles un tribun et tu parles bien. Mais je te fais remarquer que si Rome est reine, nous ne sommes pas des esclaves, mais des sujets. Rome n'a pas, ne doit pas avoir, de citoyens esclaves. C'est l'esclavage qui impose le silence à la raison des citoyens. Moi, je dis que ma raison juge que Ponce agit mal en négligeant cet israélite appelle-le Messie, Saint, Prophète, Rabbi, à ton goût. Et j'ai le sentiment que je puis le dire car ma fidélité à Rome n'en est pas amoindrie, ni mon amour. Mais, au contraire, je le voudrais parce que Lui, en enseignant le respect envers les lois et les Consuls, comme il le fait, coopère à la prospérité de Rome." (Scipion).        

"Tu es cultivé, Scipion... Tu feras ton chemin. Tu es déjà avancé ! Moi, je suis un pauvre soldat. Mais, en attendant, tu vois là ? Il y a un rassemblement autour de cet Homme. Allons le dire aux chefs." - (Caïus)...

4En effet près du portail des trois frères, il y a un tas de gens autour de Jésus qui, par sa grande taille, est bien en vue. Puis tout à coup un cri s'élève, et les gens s'agitent. Certains accourent du marché alors que d'autres s'éloignent vers la place et au-delà.  

Haut de page           

106>
Questions... réponses...           

"Qu'est-il arrivé ?"     

"Qu'y a-t-il ?"            

 "L'Homme d'Israël a guéri le vieux Marc !"

"Le voile de ses yeux a disparu."      

Jésus, entre temps, est entré dans la cour avec une suite de gens. En arrière, se traînant péniblement, il y a un des mendiants, un bancal qui se traîne avec les mains plutôt qu'avec les jambes. Mais si les jambes sont tordues et sans force, et sans l'aide de béquilles il ne saurait avancer, la voix est très robuste ! On dirait une sirène qui déchire l'atmosphère ensoleillée du matin : "Saint ! Saint ! Messie ! Rabbi ! Pitié !" Il ne cesse de crier à perdre haleine.        

Deux ou trois personnes se retournent : "Garde ton souffle ! Marc est hébreu, toi, pas."

"Il accorde des grâces aux vrais israélites, pas aux fils de chiens !"  

"Ma mère était juive..."          

"Et Dieu l'a frappée en te donnant à elle, toi monstre, à cause de son péché. Va-t'en, fils de louve ! Retourne à ta place, être pétri de boue..."      

 L'homme s'adosse au mur, humilié, effrayé par la menace des poings tendus...    

Jésus s'arrête, se retourne, regarde. Il commande : "Homme, viens ici !"       

L'homme le regarde, regarde ceux qui le menacent... et il n'ose pas avancer.            

Jésus fend la petite foule et il va à lui. Il le prend par la main, c'est-à-dire lui met la main sur l'épaule, et dit : "N'aie pas peur. Viens avec Moi" et regardant les gens cruels, il dit, l'air sévère : "Dieu appartient à tous les hommes qui le cherchent et sont miséricordieux."

Les gens comprennent l'allusion, et maintenant ce sont eux qui restent en arrière, ou plutôt qui s'arrêtent où ils sont.      

Jésus se retourne. Il les voit là, confus, prêts à s'en aller, et il leur dit : "Non, venez vous-aussi. Cela vous fera du bien à vous aussi, cela redressera et fortifiera votre âme comme je redresse et fortifie cet homme parce qu'il a su avoir foi. Homme, je te le dis, sois guéri de ton infirmité." Et il retire la main de l'épaule du bancal après que celui-ci ait éprouvé une sorte de secousse.   

Haut de page           

107> L'homme se redresse avec assurance sur ses jambes, jette ses vieilles béquilles et il crie : "Il m'a guéri ! Louange au Dieu de ma mère !" et puis il s'agenouille pour baiser le bord du vêtement de Jésus.

5L'agitation des gens qui veulent voir, ou qui, ayant vu, font des commentaires, est à son comble. Dans le fond de l'entrée qui mène de la place à la cour, les cris qui viennent de la foule résonnent bruyamment et se répercutent contre les murs du Camp.      

Les troupes doivent craindre qu'il se soit produit une rixe - cela doit se produire facilement dans ces endroits où il y a tant d'oppositions de races et de religions - et le porte-drapeau accourt en se frayant brutalement un chemin et en demandant ce qui arrive.  

"Un miracle, un miracle ! Jonas, le bancal, a été guéri, Le voilà, près de l'Homme de Galilée."       

Les soldats se regardent entre eux. Ils ne parlent pas jusqu'à ce que toute la foule se soit écoulée, mais en arrière, il s'en est rassemblé une autre des gens qui étaient dans les magasins ou sur la place, où ne sont restés que les vendeurs pleins de dépit à cause de la diversion imprévue qui réduit à rien le marché de ce jour. Puis, voyant passer un des trois frères, ils demandent : "Philippe, sais-tu ce que va faire maintenant le Rabbi ?"         

"Il parle, il enseigne, et dans ma cour !" dit Philippe tout joyeux. Les soldats s'interrogent : Rester ? S'en aller ?  

"Le chef nous a dit de surveiller..."    

"Qui ? L'Homme ? Mais pour Lui, nous pourrions jouer aux dés une amphore de vin de Chypre" dit Scipion, le soldat qui auparavant défendait Jésus auprès de son compagnon.

"Moi, je dirais que c'est Lui qui a besoin qu'on le protège, pas le droit de Rome ! Vous le voyez là-bas ? Parmi nos dieux, il n'y en a aucun de si doux et pourtant d'aspect si viril. Cette racaille n'est pas digne de le posséder, et les indignes sont toujours mauvais. Restons pour le protéger. À l'occasion, nous le tirerons d’affaire et nous caresserons les épaules de ces galériens" dit un autre. Son intervention est un mélange de moquerie et d'admiration.            

"Tu parles bien, Pudens. D'ailleurs Azio, va appeler Procore le chef. Il rêve toujours de complots contre Rome et... d'avancement pour lui, pour récompenser son activité toujours en éveil pour le salut du divin César et de la déesse Rome, mère et maîtresse du monde. Il se persuadera qu'ici il n'acquerra pas de brassard ni de couronne."   

6Un jeune soldat part en courant - et revient de même en disant : "Procore ne vient pas. Il envoie le triaire Aquila…"      

Haut de page           

108>
"Bien ! Bien ! Mieux vaut lui que Cecilius Maximus lui-même, Aquila a servi en Afrique, en Gaule, et il a été dans les forêts cruelles qui nous ont enlevé Varus et ses légions. Il connaît les grecs et les bretons et il a un bon flair pour s'y reconnaître... Oh ! Salut ! Voilà le glorieux Aquila ! Viens, apprends-nous, à nous misérables, à connaître la valeur des êtres !"         

"Vive Aquila, chef des troupes !" crient tous les soldats en donnant des tapes affectueuses au vieux soldat, dont on ne compte plus les cicatrices sur le visage, les bras et les mollets nus.

Lui sourit d'un air débonnaire et il s'écrie : "Vive Rome, maîtresse du monde ! Pas moi, pauvre soldat. Qu'y a-t-il donc ?"      

"Il faut surveiller cet homme grand et qui est blond comme le cuivre le plus clair."     

"Bien ! Mais qui est-ce ?"      

"Ils l'appellent le Messie. Il s'appelle Jésus et il est de Nazareth. C'est celui, sais-tu, pour qui on a transmis l'ordre..."   

"Hum ! Peut-être... Mais il me semble que nous courons après les nuages."  

"Ils disent qu'il veut se faire roi et supplanter Rome. Il a été dénoncé par le Sanhédrin, et les pharisiens, les sadducéens, les hérodiens, à Ponce, Tu sais que les hébreux ont ce ver dans le crâne et, de temps à autre, il en sort un roi..."           

"Oui, qui... Mais si c'est pour cela !... De toute façon écoutons ce qu'il dit. Il me semble qu'il se dispose à parler."     

"J'ai su par un soldat qui est avec le centurion que Publius Quintilianus lui en a parlé comme d'un philosophe divin... Les femmes impériales en sont enthousiastes..." dit un autre soldat, qui est jeune.    

"Je le crois ! J'en serais enthousiaste moi aussi si j'étais une femme et je le voudrais dans mon lit..." dit en riant franchement un autre jeune soldat.       

"Tais-toi, impudique ! La luxure te dévore !" plaisante un autre.          

"Et toi pas, Fabius ! Anne,
Sira, Alba, Marie..."         

"Tais-toi, Sabin. Il parle et je veux écouter" commande le triaire, et tous se taisent.    

7Jésus est monté sur une caisse installée contre un mur, il est donc bien visible pour tout le monde. Son doux salut s'est déjà répandu dans l'air et il a été suivi par les paroles : "Enfants d'un unique Créateur, écoutez" puis, dans le silence attentif des gens, il continue.

"Le Temps de la Grâce est venu pour tous, non seulement pour Israël, mais pour le monde entier.          

Haut de page           

109> Hébreux, qui vous trouvez ici pour diverses raisons, prosélytes, phéniciens, gentils, écoutez tous la Parole de Dieu, comprenez la Justice, connaissez la Charité. Possédant la Sagesse, la Justice et la Charité, vous aurez le moyen d'arriver au Royaume de Dieu, à ce Royaume qui n'est pas réservé aux seuls fils d'Israël, mais à tous ceux qui désormais aimeront le Vrai, l'Unique Dieu et croiront à la parole de son Verbe.   

8Écoutez. Je suis venu de si loin non pas avec des visées d'usurpateur, ni avec la violence de conquérant. Je suis venu seulement pour être le Sauveur de vos âmes. La puissance, la richesse, les charges ne me séduisent pas, Elles ne sont rien pour Moi, et je ne les regarde même pas, Ou plutôt, je les regarde pour en avoir pitié parce qu'elles me font pitié, car ce sont autant de chaînes pour retenir prisonnier votre esprit, en l'empêchant de venir au Seigneur Eternel, Unique, Universel, Saint et Béni. Je les regarde et les approche comme les plus grandes misères. Et je cherche à guérir les hommes de leurs fascinantes et cruelles tromperies qui séduisent les fils de l'homme, pour qu'ils puissent en user avec justice et sainteté, non comme des armes cruelles qui blessent et tuent l'homme, et toujours pour commencer l'esprit de ceux qui ne savent pas en user saintement.    

 Mais, en vérité, je vous dis que pour Moi il est plus facile de guérir un corps difforme qu'une âme difforme. Il est plus facile de donner la lumière à des pupilles éteintes, la santé à un corps qui meurt, que de donner la lumière aux esprits et la santé aux âmes malades. Pourquoi cela ? Parce que l'homme a perdu de vue la fin véritable de sa vie et se laisse absorber par ce qui est transitoire.  L'homme ne sait pas ou ne se souvient pas, ou s'il se souvient, il ne veut pas obéir à cette sainte injonction du Seigneur et, je parle aussi pour les gentils qui m'écoutent, de faire le Bien, car le Bien existe à Rome comme à Athènes, en Gaule comme en Afrique, car la loi morale existe sous tous les cieux, dans toute religion, dans tout cœur droit. Et les religions, depuis celle de Dieu jusqu'à celle de la morale isolée, disent que ce qu'il y a de meilleur en nous survit et que c'est selon comme il se sera comporté que son sort sera fixé de l'autre côté.       

La fin de l'homme est donc la conquête de la paix dans l'autre vie, non pas la bombance, l'usure, la domination, le plaisir, ici-bas, pour un temps limité, qu'il faut payer pendant l'éternité, par des tourments très durs. Eh bien, l'homme ne sait pas, ou ne se rappelle pas, ou ne veut pas se rappeler, cette vérité. S'il ne la connaît pas, il est moins coupable. S'il ne s'en souvient pas, il a une certaine culpabilité, car il faut garder la vérité allumée comme un saint flambeau dans les esprits et dans les cœurs. Mais, s'il ne veut pas s'en souvenir et si, quand elle flambe, il ferme les yeux pour ne pas la voir, en la haïssant comme la voix d'un rhéteur pédant, alors sa faute est grave, très grave.  

Haut de page           


110>  9Et pourtant Dieu lui pardonne, si l'âme répudie sa mauvaise façon d'agir et se propose de poursuivre, pour le reste de sa vie, la vraie fin de l'homme qui est de conquérir la paix éternelle dans le Royaume du vrai Dieu. Avez-vous jusqu'à maintenant suivi une mauvaise route ? Avilis, pensez-vous qu'il soit trop tard pour prendre le bon chemin ? Est-ce que, désolés, vous dites : "Je ne savais rien de tout cela ! Et maintenant je suis ignorant et je ne sais pas m'y prendre" ? Non, ne pensez pas qu'il en soit comme des choses matérielles et qu'il faut beaucoup de temps et de peine pour refaire ce qui a déjà été fait, mais avec sainteté. La bonté de l'Éternel, le Véritable Seigneur Dieu, est telle qu'il ne vous fait certainement pas parcourir de nouveau à rebours le chemin déjà fait, pour vous ramener au carrefour où vous, en errant, avez quitté le bon sentier pour le mauvais. Elle est si grande que du moment où vous dites : " Je veux appartenir à la Vérité", c'est-à-dire à Dieu parce que Dieu est Vérité, Dieu, par un miracle tout spirituel, verse en vous la Sagesse par laquelle d'ignorants vous devenez possesseurs de la Science surnaturelle, comme ceux qui depuis des années la possèdent.     

La Sagesse c'est vouloir Dieu, aimer Dieu, cultiver l'esprit, tendre au Royaume de Dieu en répudiant tout ce qui est chair, monde et Satan. La Sagesse c'est obéir à la Loi de Dieu qui est loi de Charité, d'Obéissance, de Continence, d'Honnêteté. La Sagesse c'est aimer Dieu avec tout soi-même, aimer le prochain comme nous-mêmes. Ce sont les deux éléments indispensables pour être sages de la Sagesse de Dieu. Et dans notre prochain, il n’y a pas seulement ceux de notre sang ou de notre race et de notre religion, mais tous les hommes riches ou pauvres, sages ou ignorants, hébreux, prosélytes, phéniciens, grecs, romains..."

10Jésus est interrompu par des cris menaçants de certains forcenés. il les regarde et il dit : "Oui, cela c'est l'amour. Je ne suis pas un maître servile. Je dis la vérité, car c'est ainsi que je dois faire pour semer en vous ce qui est nécessaire pour la Vie éternelle. Que cela vous plaise ou non, je dois vous le dire pour faire mon devoir de Rédempteur. À vous de faire le vôtre de besogneux de la Rédemption. Aimez donc le prochain, tout le prochain, d'un amour saint. Non pas d'un louche concubinage d'intérêts pour lequel est "anathème" le romain, le phénicien ou le prosélyte ou vice versa, tant que ne se mêlent pas la sensualité ou l'argent, alors que s'il y a soif de sensualité ou intérêt d'argent les "anathèmes" disparaissent..."       

Haut de page           


111> Une autre rumeur de la foule alors que les romains, de leur place dans l'atrium, s'écrient : "Par Jupiter ! Il parle bien celui-ci !"           

Jésus laisse la rumeur se calmer et reprend : "Aimer le prochain comme nous voudrions être aimés. Car cela ne nous fait pas plaisir d'être maltraités, vexés, volés, opprimés, calomniés, insultés. Les autres ont la même susceptibilité nationale ou personnelle. Ne faisons donc pas le mal que nous ne voudrions pas réciproquement qu'il nous fût fait.

 La Sagesse c'est d'obéir aux dix Commandements de Dieu : "Je suis le Seigneur ton Dieu. N'en aie pas d'autre en dehors de Moi. N'aie pas d'idoles, ne leur rends pas un culte.

N'emploie pas le Nom de Dieu en vain. C'est le Nom du Seigneur, ton Dieu, et Dieu punira celui qui s'en sert sans raison, ou pour des imprécations, ou pour valider un péché.  

Souviens-toi de sanctifier les fêtes. Le sabbat est sacré pour le Seigneur qui s'y reposa de la Création, et l'a béni et sanctifié.    

Honore ton père et ta mère afin de vivre en paix longuement sur la terre et éternellement dans le Ciel.

Ne tue pas.  

Ne commets pas l'adultère.  

Ne vole pas.

Ne parle pas faussement contre ton prochain.          

Ne désire pas la maison, la femme, le serviteur, la servante, le bœuf, l'âne de ton prochain, ni autre chose qui lui appartienne"
[2]  

Cela, c'est la Sagesse. Celui qui fait cela est sage et il conquiert la Vie et le Royaume sans fin. Donc à partir d'aujourd'hui, proposez-vous de vivre selon la Sagesse en la faisant passer avant les pauvres choses de la terre.

11Que dites-vous ? Parlez. Vous dites qu'il est tard ? Non. Écoutez une parabole.      

 Un maître sortit au point du jour pour engager des travailleurs pour sa vigne et il convint avec eux d'un denier pour la journée.            

Il sortit de nouveau à l'heure de tierce et, réfléchissant que les travailleurs engagés étaient peu nombreux, voyant d'autre part sur la place des travailleurs désœuvrés qui attendaient qu'on les embauche, il les prit et il leur dit : " Allez à ma vigne, et je vous donnerai ce que j'ai promis aux autres". Et ils y allèrent.         

Haut de page           

112> Il sortit à sexte et à none et il en vit d'autres encore et il leur dit : "Voulez-vous travailler dans mon domaine? Je donne un denier par jour à mes travailleurs". Ces derniers acceptèrent et ils y allèrent.  

Il sortit enfin vers la onzième heure et il en vit d'autres qui paressaient au coucher du soleil. "Que faites-vous, ainsi oisifs ? N'avez-vous pas honte de rester à rien faire pendant tout le jour ?" leur demanda-t-il. "Personne ne nous a embauchés pour la journée. Nous aurions voulu travailler et gagner notre nourriture, mais personne ne nous a appelés à sa vigne".

"Eh bien, je vous embauche pour ma vigne. Allez et vous aurez le salaire des autres". Il parla ainsi, car c'était un bon maître et il avait pitié de l'avilissement de son prochain.

Le soir venu et les travaux terminés, l'homme appela son intendant et lui dit : "Appelle les travailleurs, et paie-leur leur salaire selon ce que j'ai fixé, en commençant par les derniers qui sont les plus besogneux, n'ayant pas eu pendant la journée la nourriture que les autres ont eue une ou plusieurs fois et qui, même par reconnaissance pour ma pitié, ont travaillé plus que tous. Je les ai observés : renvoie-les, pour qu'ils aillent au repos qu'ils ont bien mérité et pour jouir avec les leurs du fruit de leur travail". Et l'intendant fit ce que le maître ordonnait en donnant à chacun un denier.     

Vinrent en dernier ceux qui travaillaient depuis la première heure du jour. Ils furent étonnés de ne recevoir, eux aussi, qu'un seul denier, et ils se plaignirent entre eux et à l'intendant qui leur dit : "J'ai reçu cet ordre. Allez vous plaindre au maître et pas à moi". Ils s'y rendirent et ils dirent : "Voilà, tu n'es pas juste ! Nous avons travaillé douze heures, d'abord à la rosée et puis au soleil ardent et puis de nouveau dans l'humidité du soir, et tu nous as donné le même salaire qu'à ces paresseux qui n'ont travaillé qu'une heure !... Pourquoi cela ?" Et l'un d'eux, surtout, élevait la voix en se déclarant trahi et indignement exploité.

"Ami, en quoi t'ai-je fait tort ? De quoi ai-je convenu avec toi à l'aube ? Une journée de travail continu pour un denier de salaire. N'est-ce pas ?"       

"C'est vrai. Mais tu as donné la même chose à ceux qui ont si peu travaillé…"          

"N'as-tu pas accepté ce salaire qui te paraissait convenable ?"         

"Oui, j'ai accepté, parce que les autres donnaient encore moins".      

Haut de page           

113> "As-tu été maltraité ici par moi ?"          

"Non, en conscience, non".   

"Je t'ai accordé un long repos pendant le jour et la nourriture, n'est-ce pas ? Je t'ai donné trois repas. Et on n'était pas convenu de la nourriture et du repos. N'est-ce pas ?"    

"Oui, ils n'étaient pas convenus."      

"Pourquoi alors les as-tu acceptés ?"           

"Mais... Tu as dit : 'Je préfère agir ainsi pour que vous ne soyez pas trop lassés en revenant chez vous'. Et cela nous semblait trop beau... Ta nourriture était bonne, c'était une économie, c'était..."  

"C'était une faveur que je vous faisais gratuitement et personne ne pouvait y prétendre. N'est-ce pas ?"         

"C'est vrai".  

"Je vous ai donc favorisés. Pourquoi vous lamentez-vous ? C'est moi qui devrais me plaindre de vous qui, comprenant que vous aviez affaire à un bon maître, vous travailliez nonchalamment alors que ceux qui étaient venus après vous, avec le bénéfice d'un seul repas, et les derniers sans repas, travaillaient avec plus d'entrain faisant en moins de temps le même travail que vous avez fait en douze heures. Je vous aurais trahis si, pour payer ceux-ci, je vous avais enlevé la moitié de votre salaire. Pas ainsi. Prends donc ce qui te revient et va-t-en. Voudrais-tu venir chez moi pour m'imposer tes volontés ? Moi, je fais ce que je veux et ce qui est juste. Ne sois pas méchant et ne me porte pas à l'injustice. Je suis bon".

12O vous tous qui m'écoutez, je vous dis en vérité que Dieu le Père propose à tous les hommes les mêmes conditions et promet un même salaire. Celui qui avec zèle se met au service du Seigneur sera traité par Lui avec justice, même s'il n'a pas beaucoup travaillé à cause de l'imminence de sa mort. En vérité je vous dis que ce ne sont pas toujours les premiers qui seront les premiers dans le Royaume des Cieux, et que là-haut on verra de ceux qui étaient les derniers, devenir les premiers et d'autres qui étaient les premiers être les derniers. Là on verra beaucoup d'hommes, qui n'appartiennent pas à Israël, plus saints que beaucoup d'Israël. Je suis venu appeler tout le monde, au nom de Dieu. Mais si les appelés sont nombreux, peu nombreux sont les choisis, car peu nombreux sont ceux qui veulent la Sagesse.  

Haut de page           

114>  N'est pas sage celui qui vit du monde et de la chair, et non pas de Dieu. Il n'est pas sage, ni pour la terre, ni pour le Ciel. Car sur la terre il s'attire des ennemis, des punitions, des remords. Et pour le Ciel, il perd tout pour l'éternité. Je répète : soyez bons avec le prochain quel qu'il soit. Soyez obéissants, en laissant à Dieu le soin de punir celui qui donne des ordres injustes. Soyez continents en sachant résister aux sens, honnêtes en résistant à l'or. Soyez cohérents pour dire anathème à ce qui le mérite et à le refuser quand la chose vous semble juste, quitte ensuite à établir des relations avec ceux dont vous aviez d'abord maudit l'idée. Ne faites pas aux autres ce que vous ne vous ne voudriez pas qu'il vous soit fait, et alors..."      

13"Mais va-t-en, ennuyeux prophète ! Tu nous as gâté le marché !... Tu nous as enlevé les clients !..." crient les marchands en faisant irruption dans la cour... Et ceux qui avaient murmuré dans la cour aux premiers enseignements de Jésus - ce n'était pas seulement des phéniciens mais aussi des hébreux qui se trouvent dans la ville, pour je ne sais quel motif - s'unissent aux marchands pour insulter et menacer et surtout pour le chasser... Jésus ne plaît pas parce qu'il ne pousse pas au mal... Il croise les bras et regarde, attristé, solennel.

Les gens, divisés en deux partis, en viennent aux mains pour défendre ou attaquer le Nazaréen. Insultes, louanges, malédictions, bénédictions, des apostrophes : "Ils ont raison les pharisiens. Tu es vendu à Rome, l'ami des publicains et des courtisanes", ou par contre : "Taisez-vous, blasphémateurs ! C'est vous qui êtes vendus à Rome, phéniciens d'enfer !"      

"Vous êtes des Satans !"      

"Que l'Enfer vous engloutisse !"       

"Hors d'ici ! Hors d'ici !"       

"Hors d'ici, voleurs qui venez faire le marché ici, usuriers" et cætera.

Les soldats interviennent en disant : "Ce n'est pas Lui qui met le trouble ! Il le subit !" Et avec leurs lances ils font évacuer la cour et ferment le portail.           

Il reste avec Jésus les trois frères prosélytes et les six disciples. "Mais comment vous est-il venu à l'idée de le faire parler ?" demande le triaire aux trois frères.   

"Il y en a tant qui parlent !" répond Élie.        

"Oui. Et il n'arrive rien car ils enseignent ce qui plaît à l'homme. Mais ce n'est pas cela que Lui enseigne, et ils ne le digèrent pas..." Le vieux soldat regarde avec attention Jésus qui est descendu de sa place et qui est debout, comme abstrait.           

Au dehors la foule est toujours en effervescence. Aussi on fait sortir d'autres troupes de la caserne et avec elles le centurion en personne, Ils frappent et se font ouvrir, alors que d'autres restent pour repousser aussi bien ceux qui crient : "Vive le Roi d'Israël!", que ceux qui le maudissent.    

Haut de page           

115>
Le centurion s'amène inquiet et, en colère, s'en prend au vieil Aquila : "C'est ainsi que tu fais respecter Rome, toi ? En laissant acclamer un roi étranger sur une terre soumise ?"

Le vieux soldat salue avec froideur et répond : "Il enseignait le respect et l'obéissance et il parlait d'un royaume qui n'est pas de cette terre. C'est pour cela qu’ils le haïssent. Car il est bon et respectueux. Je n'ai pas trouvé motif d'imposer le silence à quelqu'un qui n'attaquait pas notre loi."          

Le centurion se calme et bougonne : "Alors c'est une nouvelle sédition de cette infecte racaille... C'est bien. Donnez l'ordre à l'homme de s'en aller immédiatement. Je ne veux pas d'histoires, ici, Obéissez et escortez-le hors de la ville dès que le chemin sera libre. Qu'il aille où il Lui plaira, aux enfers s'il le veut, mais qu'il sorte de ma juridiction. Compris ?"

"Oui. Nous le ferons."           

Le centurion tourne le dos en faisant briller sa cuirasse et ondoyer son manteau pourpre, et il s'en va sans même regarder Jésus.           

14Les trois frères disent au Maître : "Nous sommes désolés..."          

"Ce n'est pas votre faute. Et ne craignez pas, vous n'en éprouverez pas de mal. C'est Moi qui vous le dis..."     

Les trois changent de couleur... Philippe dit : "Comment connais- tu notre peur ?"     

Jésus sourit doucement, un rayon de soleil sur son visage attristé : "Je sais ce qu'il y a dans les cœurs et je connais l'avenir."          

Les soldats, en attendant, se sont mis au soleil. Ils lorgnent, commentent...  

"Comment donc pourraient-ils nous aimer, s'ils le détestent Lui qui ne les opprime pas ?"

"Et qui fait des miracles, devrais-tu dire..."    

"Par Hercule ! Quel est celui de nous qui est allé prévenir qu'il y avait un suspect ?"  

"C'est Caïus !"          

"Celui qui fait du zèle ! En attendant, nous avons manqué la soupe et je prévois que je vais perdre le baiser d'une fillette !… Ah !"           

"Épicurien ! Où est ta belle ?"           

"Je ne te le dirai sûrement pas à toi, ami !"    

"Elle est derrière le potier, du côté des Fondations. Je le sais. Je t'ai vu, il y a quelques soirs..." dit un autre.

Haut de page           

116>
15Le triaire, comme s'il passait, va vers Jésus et Lui tourne autour, il le regarde, le regarde. Il ne sait que dire... Jésus lui sourit pour l'encourager. L'homme ne sait que faire... Mais il s'approche davantage. Jésus montre les cicatrices : "Toutes des blessures ? Tu es un preux et un fidèle, alors..."           

Le vieux soldat rougit à ce compliment. "Tu as beaucoup souffert pour l'amour de ta Patrie et de ton empereur... Ne voudrais-tu pas souffrir un peu pour une plus grande Patrie : le Ciel ? Pour un Empereur éternel : Dieu !"       

Le soldat secoue la tête et il dit : "Je suis un pauvre païen, mais il n'est pas dit que je n'arrive pas moi aussi à la onzième heure. Mais qui va m'instruire ? Tu vois !... Ils te chassent. Et ce sont des blessures qui font mal, pas les miennes ! Moi, au moins, je les ai rendues aux ennemis. Mais Toi, que donnes-tu à ceux qui te blessent ?"       

"Le pardon, soldat. Le pardon et l'amour."    

"Moi, j'ai raison. Le soupçon qu'ils font peser sur Toi est stupide. Adieu, galiléen."   

"Adieu, romain." Jésus reste seul jusqu'à ce que les frères et les disciples reviennent avec des vivres. Les frères en offrent aux soldats pendant que les disciples en offrent à Jésus. Ils mangent sans appétit, au soleil, pendant que les soldats mangent et boivent joyeusement.           

Puis un soldat sort pour regarder sur la place silencieuse. "Nous pouvons aller" crie-t-il. "Ils sont tous partis. Il n'y a plus que les patrouilles."      

Jésus se lève docilement, il bénit et réconforte les trois frères auxquels il donne un rendez-vous pour la Pâque au Gethsémani, et il sort, encadré par les soldats avec ses disciples humiliés qui viennent par derrière et ils suivent la route vide jusqu'à la campagne.     

"Salut, galiléen" dit le triaire.

"Adieu, Aquila. Je t'en prie : ne faites pas de mal à Daniel, Élie et Philippe. C'est Moi, seul le coupable. Dis-le au centurion."      

"Je ne vais rien dire. À cette heure, il ne s’en souvient même plus, et les trois frères nous fournissent un bon ravitaillement, spécialement de ce vin de Chypre que le centurion aime plus que la vie. Sois tranquille. Adieu."

Ils se séparent. Les soldats repassent les portes. Jésus et les siens se dirigent vers l'est, à travers la campagne silencieuse.      

Haut de page           

 



[1] Philippe, Élie et Daniel, les trois frères d’Hermione d'Antioche de Syrie.

[2] Exode 20,3-17Deutéronome 5,7-21