"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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mercredi 21 juin 28
9 Tammouz

Sicaminon


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Place de la guérison et de l’enseignement

Parabole de la vigne et de l’orme tuteur qui finit par l’étouffer


- Les femmes ramassent les vêtements mis à sécher 173

- Les gens veulent des guérisons 174

- Arrivée des cinq barques 174

- Hermastée est confié à Jean d'Endor 175

- De la pourpre pour Marie et pour Jésus 176

- Diverses guérisons 177

- Guérison de la femme à la poitrine stérile 177

- Discours (La vigne, l'orme et la barre de fer 178

- Israël, les parasites de la Loi et la foi) 180

 

4.115.
Aux disciples de Sicaminon : la Foi


173> Les gens de Sicaminon, attirés par la curiosité ont, pendant toute la journée, assiégé l'endroit où se trouvent les disciples qui attendent le retour du Maître. Mais les femmes disciples, en attendant n'ont pas perdu leur temps, elles ont lavé les vêtements couverts de poussière et imprégnés de sueur, et sur la petite plage il y a une joyeuse exposition de vêtements qui sèchent au vent et au soleil. Maintenant que le soir va descendre et qu'avec le soir va se faire sentir l'humidité saline, elles se hâtent de ramasser les vêtements encore un peu humides, de les battre et de les tirer en tous sens avant de les plier, pour qu'ils se présentent bien rangés à leurs propriétaires respectifs.

"Apportons tout de suite les vêtements à Marie" dit Marie d'Alphée. Et elle ajoute : "Cela a été pour elle un gros sacrifice, hier et aujourd'hui dans cette cabane sans air !..."

Je comprends ainsi que l'absence de Jésus a duré plus d'une journée et que pendant ce temps Marie de Magdala, qui ne possède qu'un seul vêtement, a dû rester cachée jusqu'à ce que son vêtement d'emprunt soit sec.

Suzanne répond : "Heureusement elle ne se plaint jamais! Je ne pensais pas qu'elle fût aussi bonne."

"Et aussi humble, dois-tu dire, et réservée. Pauvre fille ! C'était vraiment le diable qui la tourmentait ! Délivrée par mon Jésus elle est redevenue elle-même, telle sûrement qu'elle était toute petite."

Et, parlant entre elles deux, elles reviennent à la maison apporter les vêtements lavés.

Dans la cuisine, pendant ce temps, Marthe est occupée à préparer, la nourriture pendant que la Vierge lave les légumes dans une bassine de cuivre et les met ensuite à cuire pour le souper.

"Voilà. Tout est sec, tout est propre et plié. Il y en avait besoin. Va trouver Marie et donne-lui ses vêtements" dit Suzanne, en donnant les vêtements à Marthe.

Les sœurs reviennent ensemble peu après. "Merci à toutes les deux. Le sacrifice du vêtement que je n'avais pas changé depuis des jours m'était le plus pénible" dit Marie de Magdala en souriant. "Maintenant il me semble être toute fraîche."

174> "Va t'asseoir dehors. Il y a un bonne brise. Tu dois en avoir besoin après avoir été si longtemps renfermée" observe Marthe qui, étant moins grande et moins forte que sa sœur, a pu mettre un vêtement de Suzanne ou de Marie d'Alphée pendant que les siens étaient à la lessive.

"Pour cette fois on s'est débrouillé ainsi. Mais à l'avenir, nous ferons notre petit sac comme les autres et nous n'aurons pas cet ennui" dit Marie-Magdeleine.

"Comment ? Tu as l'intention de le suivre comme nous ?"

"Certainement. A moins qu'il ne me commande le contraire. Je vais maintenant sur la rive voir s'ils reviennent. Reviendront-ils ce soir ?"

"Je l'espère" répond Marie très Sainte. "Je suis inquiète parce qu'il est allé en Phénicie. Mais je pense qu'il est avec les apôtres, et je pense aussi que les phéniciens sont peut-être meilleurs que tant d'autres. Mais je voudrais qu'il revienne à cause des gens qui l'attendent. Quand je suis allée à la fontaine, une mère m'a arrêtée en me disant : "Tu es avec le Maître galiléen, celui qu'on appelle Messie ? Viens alors et regarde mon enfant. Voilà un an que la fièvre le tourmente". Je suis entrée dans une petite maison. Pauvre enfant ! On dirait une fleurette en train de mourir ! Je le dirai à Jésus."

Marthe dit : "Il y en a d'autres qui demandent la guérison. Plus la guérison que l'enseignement."

"L'homme difficilement est un être tout spirituel. Il entend davantage les appels de la chair et ses besoins" répond la Vierge.

"Cependant, beaucoup après le miracle naissent à la vie de l'esprit."

"Oui, Marthe. Et c'est pour cela que mon Fils fait tant de miracles. Par bonté envers l'homme, mais aussi pour l'attirer, par ce moyen, à son chemin qu'autrement un trop grand nombre ne suivraient pas."

A la maison revient, Jean d'Endor qui n'était pas allé avec Jésus, et avec lui un grand nombre de disciples qui étaient allés vers les maisonnettes qu'ils habitaient. Presque en même temps Marie-Magdeleine revient en disant : "Ils arrivent. Ce sont les cinq barques parties à l'aube hier. Je les ai très bien reconnues."

"Ils seront fatigués et assoiffés. Je vais prendre encore de l'eau. La fontaine est très fraîche" dit Marie d'Alphée et elle sort avec les brocs.

"Allons à la rencontre de Jésus. Venez" dit la Vierge. Et elle sort avec Marie-Magdeleine et Jean d'Endor parce que Marthe et Suzanne restent aux fourneaux, toutes rouges et fort occupées à finir la préparation du repas.

175> En côtoyant la rive, elles arrivent à un petit môle où d'autres barques de pêche sont rentrées et sont au repos. De l'extrémité on découvre bien tout le golfe et la ville qui lui donne son nom, et on voit, aussi les cinq barques qui filent rapidement un peu penchées dans leur course. Leurs voiles sont bien gonflées par un vent du nord qui leur est favorable et soulage les hommes accablés par la chaleur.

"Regarde comme Simon et les autres se débrouillent bien. Ils suivent à merveille la barque du pilote. Voilà qu'ils ont dépassé l'écueil; maintenant ils prennent le large pour contourner le courant qui est fort à cet endroit. Voilà... maintenant tout va bien. Bientôt ils seront ici" dit Jean d'Endor. En effet les barques s'approchent de plus en plus et l'on distingue ceux qui s'y trouvent.

Jésus est dans la première, avec Isaac. Il, s'est levé et sa grande taille apparaît dans toute sa majesté jusqu'à ce que les voiles qu'on amène le cachent pour quelques minutes. En effet la barque vire et se retourne pour se mettre à l'abri du petit môle en passant devant les femmes qui sont juste en haut du môle. Jésus sourit pour les saluer alors qu'elles se mettent à marcher rapidement pour arriver en même temps que la barque au point de débarquement.

"Dieu te bénisse, mon Fils !" dit Marie en saluant Jésus qui descend sur le quai.

"Dieu te bénisse, Maman, Tu as été inquiète ! A Sidon, il n'y avait pas celui que nous cherchions. Nous sommes allés jusqu'à Tyr, et là nous avons trouvé. Viens, Hermastée... Voilà, Jean. Ce jeune homme veut qu'on l'instruise, je te le confie."

"Je ne te décevrai pas en l'instruisant sur ta parole, Merci, Maître ! Il y en a beaucoup qui t'attendent" dit Jean d'Endor.

"Il y a aussi un pauvre petit malade, mon Fils, et sa mère te désire"

"J'y vais tout de suite."

"Je sais qui c'est, Maître. Je t'y accompagne. Viens, toi aussi, Hermastée, Commence à connaître la bonté infinie de notre Seigneur" dit l'homme d'Endor.

Descendent de la deuxième barque Pierre, de la troisième Jacques, de la quatrième André, de la cinquième Jean, les quatre pilotes suivis des autres apôtres ou disciples qui étaient avec eux et qui se groupent autour de Jésus et de Marie.

176> "Allez à la maison. J'arrive tout de suite Moi aussi. Préparez pendant ce temps ce qu'il faut pour le repas et dites à ceux qui attendent que je parlerai vers la fin de la soirée."

"Et s'il y a des malades ?"

"Je commencerai par les guérir, même avant le repas pour qu'ils puissent rentrer heureux à la maison."

Ils se séparent. Jésus s'en va avec l'homme d'Endor et Hermastée vers la ville. Les autres refont le chemin sur la plage caillouteuse, racontent tout ce qu'ils ont vu et entendu, contents comme des enfants qui reviennent chez la mère. Judas de Kériot aussi est content. Il montre toutes les oboles que les pêcheurs de pourpre ont voulu lui donner et surtout un beau paquet de la précieuse matière.

"Ceci est pour le Maître. Si Lui ne la porte pas, qui peut la porter ? Ils m'ont appelé à part en disant : "Nous avons des coraux précieux dans la barque, et nous avons même une perle. Pense ! Un trésor. Je ne sais pas comment nous est arrivée pareille fortune, mais nous te les donnons volontiers pour le Maître. Viens les voir". J’y suis allé pour leur faire plaisir pendant que le Maître s'était retiré dans une grotte pour prier. Il y avait de très beaux coraux et une perle, pas grosse, mais belle. Je leur ai dit : "Ne vous privez pas de ces choses, Le Maître ne porte pas de bijoux. Donnez-moi plutôt un peu de cette pourpre, on en fera un ornement pour son vêtement. Ils n'avaient que ce paquet. A tout prix ils ont voulu me le donner tout entier. Tiens, Mère, fais-en un beau travail, comme tu le sais pour notre Seigneur. Mais fais-le, tu sais ? Si Lui s'en aperçoit, il voudra qu'on le vende pour les pauvres. Et à nous, il nous plaît de le voir vêtu comme il le mérite, n'est-ce pas ?"

"Oh ! oui, c'est vrai ! Moi je souffre quand je le vois si simple au milieu des autres, Lui qui est Roi, eux, pires que des esclaves et tout enrubannés et brillants. Et ils le regardent comme un pauvre indigne d'eux !" dit Pierre.

"Tu as vu, hein ? les rires des seigneurs de Tyr, pendant que nous prenions congé des pêcheurs ?!" lui répond son frère.

Jacques de Zébédée déclare : "Je leur ai dit : "Soyez honteux, chiens que vous êtes ! Un fil de son vêtement blanc a plus de prix que toutes vos fanfreluches."

"Je voudrais, puisque Judas a pu avoir cette chose, que tu la prépares pour les Tabernacles" dit l'autre Judas, le Thaddée.

"Je n'ai jamais filé avec de la pourpre, mais j'essaierai..." dit Marie très Sainte en touchant le soyeux étaim, léger, moelleux, de couleur magnifique.

177> "Ma nourrice connaît bien cela" dit Marie-Magdeleine experte en fait de beauté. "Nous la trouverons à Césarée. Elle te fera voir. Tu apprendras vite, car tu sais tout bien faire. Moi, je mettrais un galon au cou, aux manches et au bas du vêtement : pourpre sur du lin très blanc ou de la laine très blanche, avec des palmes et des rosaces, comme il y en a sur les marbres du Saint, et avec le nœud de David au milieu. Cela irait très bien."

Marthe dit : "Notre mère fit ce dessin, à cause de sa beauté, sur le vêtement que Lazare prit pour son voyage dans les terres de Syrie quand il en prit possession. Je l'ai conservé parce que c'était le dernier travail de notre mère. Je te l'enverrai."

"Je le ferai en priant pour votre mère."

On a rejoint les maisons. Les apôtres se dispersent pour rassembler ceux qui veulent le Maître, spécialement les malades...

Jésus revient avec Jean d'Endor et Hermastée, et il passe en saluant au milieu de ceux qui se pressent devant les maisonnettes. Son sourire est une bénédiction.

On Lui présente l'inévitable malade des yeux, à peu près aveugle par suite d'ophtalmies ulcéreuses, et il le guérit. C'est ensuite le tour de quelqu'un qui a sûrement la malaria, amaigri et jaune comme un chinois, et il le guérit. Puis c'est une femme qui Lui demande un miracle singulier : le Lait pour son sein qui en manque, et elle montre un enfant de quelques jours, sous-alimenté et tout rouge comme par échauffement. Elle pleure : "Tu vois. Nous avons le commandement d'obéir à l'homme et de procréer, mais à quoi cela sert-il si ensuite nous voyons languir nos enfants ? C'est le troisième que j'engendre et j'en ai déjà conduit deux au tombeau, à cause de cette poitrine stérile. Celui-ci déjà meurt parce qu'il est né au moment des chaleurs, Les autres ont vécu l'un dix lunes, l'autre six, pour me faire pleurer encore davantage quand ils moururent de maladies intestinales. Si j'avais eu du lait, cela ne serait pas arrivé..."

Jésus la regarde et dit : "Ton enfant vivra. Aie foi. Va à ta maison, et quand tu seras arrivée donne le sein au petit. Aie foi."

La femme s'en va obéissante avec le pauvre petit qui se plaint comme un petit chat et qu'elle serre sur son cœur.

"Mais est-ce que le lait lui viendra ?"

"Bien sûr qu'il viendra."

"Moi, je dis que l'enfant vivra mais que le lait ne viendra pas et ce sera déjà un miracle s'il vit. Il est pour ainsi dire mort de privations."

178> "Pas du tout. Je dis que le lait va lui venir."

"Oui."

"Non."

Les avis varient avec les personnes. Entre-temps, Jésus se retire pour manger. Quand il sort pour prêcher de nouveau, les gens sont encore plus nombreux. En effet le miracle de l'enfant fiévreux accompli par Jésus dès son débarquement s'est répandu, dans la ville.

"Je vous donne ma paix pour préparer votre esprit à m'entendre. Dans la tempête, la voix du Seigneur ne peut arriver. Tout trouble nuit à la Sagesse car elle est pacifique, puisqu'elle vient de Dieu. Le trouble, au contraire, ne vient pas de Dieu, car les inquiétudes, les angoisses, les doutes, sont des œuvres du Malin pour troubler les fils des hommes et les séparer de Dieu.

Je vous propose cette parabole pour que vous compreniez mieux l'enseignement.

Un agriculteur avait dans ses champs un grand nombre d'arbres et de vignes qui donnaient beaucoup de fruit et, parmi ces dernières, une de grande valeur dont il était très fier.

Une année cette vigne produisit une abondante frondaison mais peu de raisin. Un ami dit à l'agriculteur : "C'est parce que tu l'as trop peu taillée". L'année suivante, l'homme la tailla abondamment. La vigne fit peu de sarments, encore moins de raisin. Un autre ami dit : "C'est parce que tu l'as trop taillée". La troisième année, 1'homme la laissa à elle-même. La vigne ne produisit même pas une grappe de raisin et eut des feuilles peu nombreuses, maigres, recroquevillées et couvertes de taches de rouille. Un troisième ami décréta : "La vigne meurt parce que le terrain n'est pas bon. Tu n'as qu'à la brûler". "Mais pourquoi si c'est le même terrain que pour les autres et je lui donne les mêmes soins ? Au début elle donnait une bonne récolter" L'ami haussa les épaules et s'en alla.

Un voyageur inconnu passa et s'arrêta pour observer l'agriculteur tristement appuyé contre le tronc de la pauvre vigne.

"Qu'as-tu ?" lui demanda-t-il. "Un mort à la maison ?".

"Non, mais elle est en train de mourir cette vigne que j'aimais tant. Elle n'a plus de sève pour produire le fruit. Une année peu, la suivante moins, celle-ci rien. J'ai fait ce qu'on ma dit, mais cela n'a servi à rien".

179> Le voyageur inconnu entra dans le champ et s'approcha de la vigne. Il toucha les feuilles, prit dans sa main une motte de terre, la sentit, la brisa entre ses doigts, leva son regard vers le tronc d'un arbre qui soutenait la vigne.

"Il faut enlever ce tronc. C'est lui qui stérilise la vigne".

"Mais elle s'y appuie depuis des années ?!".

"Réponds-moi, homme : quand tu as mis cette vigne en place comment était-elle et comment était-il, lui ?".

"Oh ! c'était un beau plant de vigne de trois ans. Je l'avais pris sur une autre de mes vignes et pour le mettre ici, j'avais fait un trou profond pour ne pas blesser les racines en l'enlevant de la terre où' il avait poussé, Ici aussi, j'avais fait un trou pareil et même encore plus grand pour qu'il fût tout de suite à l'aise. Et, auparavant, j'avais biné toute la terre autour pour la rendre plus moelleuse pour les racines afin qu'elles puissent se répandre rapidement, sans difficulté. Je l'ai soigneusement arrangée, en mettant au fond du fumier consommé. Les racines, tu le sais, se fortifient quand elles trouvent tout de suite de la nourriture. Je me suis moins occupé de l'orme. C'était un arbuste destiné seulement à soutenir le plant de vigne. Aussi, je l'ai mis presque en surface près du plant. Je l'ai butté et je suis parti. Tous les deux ont pris racine, parce que la terre est bonne. Mais la vigne croissait d'une année à l'autre, aimée, taillée, sarclée. L'orme, au contraire, végétait. Mais pour ce qu'il valait!... Puis il est devenu robuste. Tu vois maintenant comme il est beau ? Quand je reviens de loin, je vois sa cime qui s’élève, haute comme une tour, et on dirait l'enseigne de mon petit royaume. Avant la vigne le recouvrait et l'on ne voyait pas sa belle frondaison, Mais maintenant regarde comme elle est belle là en haut, dans le soleil ! Et quel tronc ! Élancé, puissant. Il pouvait soutenir la vigne des années et des années, même si elle était devenue aussi puissante que celles prises sur le Torrent de la Grappe par les explorateurs d'Israël. Au contraire..."[1]

"Au contraire il l'a tuée. Il l'a étouffée. Tout favorisait sa vie : le terrain, la situation, la lumière, le soleil, les soins que tu lui as donnés. Mais celui-la l'a tuée. Il est devenu trop fort. Il a lié les racines jusqu'à les étouffer, il a pris toute la sève du sol, il lui a mis un bâillon pour l'empêcher de respirer, de profiter de la lumière. Coupe tout de suite cet arbre inutile et puissant, et ta vigne ressuscitera. Et mieux encore, elle ressuscitera si, avec patience, tu creuseras le sol pour mettre à nu les racines de l'orme et les couper pour être sûr qu'elles ne donnent pas de rejetons. 180> Leurs dernières ramifications pourriront dans le sol et au lieu de donner la mort, elles donneront la vie parce qu'elles deviendront du fumier, digne châtiment de leur égoïsme. Le tronc, tu le brûleras et ainsi il te fera du profit. Il ne sert qu'au feu un arbre inutile et nuisible, et il faut l'enlever pour que tout ce qui est bon aille à l'arbre bon et utile. Aie foi en ce que je dis et tu seras content".

"Mais toi, qui es-tu ? Dis-le-moi pour que je puisse avoir foi".

"Je suis le Sage. Celui qui croit en Moi sera en sécurité" et il s'en alla.

L'homme resta un peu hésitant. Puis il se décida et mit la main à la scie. Il appela aussi ses amis pour qu'ils l'aident.

"Mais tu es sot ?" "Tu vas perdre l'orme en plus de la vigne". "Moi, je me contenterais de couper la cime pour donner de l'air à la vigne. Rien de plus". "Il lui faudra pourtant un tuteur. Tu fais un travail inutile". "Qui sait qui était ton conseiller ! Peut-être, à ton insu, quelqu'un qui te hait". "Ou bien un fou" et ainsi de suite.

"Je fais ce qu'il m'a dit. J'ai foi en cet homme" et il scia l'orme au ras du sol, et non content de cela, dans un large rayon il mit à nu les racines des deux arbres. Patiemment il coupa celles de l'orme en prenant soin de ne pas abîmer celles de la vigne. Il reboucha le grand trou et il mit à la vigne, restée sans tuteur, un solide pieu de fer portant le mot "Foi" écrit sur une tablette attachée en haut du pieu.

Les autres s'en allèrent en secouant la tête. L'automne passa, et l'hiver. Le printemps arriva. Les sarments enroulés autour du tuteur se garnirent de nombreux bourgeons d'abord fermés comme dans un étui de velours argenté, et puis entrouverts sur l'émeraude des petites feuilles naissantes, et puis ouvertes, et puis poussant à partir du tronc de nouveaux sarments robustes, tout un épanouissement de fleurettes, et puis une profusion de grains de raisin. Plus de grappes que de feuilles, et celles-ci larges, vertes, robustes avec des groupes de deux, trois grappes et plus encore et chaque grappe portait, serrés les uns contre les autres, des grains charnus, succulents, splendides.

"Et maintenant, que dites-vous ? Oui ou non, était-ce l'arbre qui faisait mourir ma vigne ? Oui ou non, le Sage avait-il bien parlé ? Oui ou non, ai-je eu raison d'écrire sur cette tablette le mot 'Foi' ?" dit l'homme à ses amis incrédules.

"Tu as eu raison, et heureux es-tu d'avoir su avoir foi et d'être capable de détruire le passé et les choses nuisibles qui te furent dites".

Voilà pour la parabole. Pour le fait de la femme aux seins desséchés, voici la réponse. Regardez vers la ville."

181> Tout le monde se tourne du côté de la ville et voit la femme de tout à l'heure qui court et qui tout en courant ne détache pas son bébé de la mamelle gonflée, bien gonflée de lait que le petit affamé suce avec une voracité telle qu'il semble s'y noyer. Et la femme ne s'arrête qu'aux pieds de Jésus devant qui elle détache un moment le bébé de son sein en criant : "Bénis, bénis, pour qu'il vive pour Toi !"

Après cet intermède, Jésus reprend : "Et pour vos suppositions sur le miracle, vous avez eu une réponse. Mais la parabole a un sens plus large que ce petit épisode d'une foi récompensée, et le voici.

Dieu avait placé sa vigne, son peuple, dans un endroit favorable, en lui procurant tout ce qu'il lui fallait pour croître et donner des fruits toujours plus grands, en l'appuyant sur des maîtres pour qu'il pût plus facilement comprendre la Loi et s'en faire une force. Mais les maîtres voulurent se mettre au-dessus du Législateur et ils crûrent, crûrent, crûrent, jusqu'à s'imposer plus que l'éternelle parole. Et Israël est devenu stérile. Le Seigneur a alors envoyé le Sage pour que ceux qui, en Israël, avec une âme droite souffrent de cette stérilité et essaient tel ou tel remède selon les paroles ou les conseils des maîtres pourvus de science humaine mais non de science surnaturelle et par conséquent éloignés de la connaissance de ce qu'il faut faire pour rendre la vie à l'esprit d'Israël, puissent avoir un conseil vraiment salutaire.

Or qu'arrive-t-il ? Pourquoi Israël ne reprend-il pas de forces et ne redevient-il, pas vigoureux comme aux beaux temps de sa fidélité au Seigneur ? Parce qu'il faudrait conseiller d'enlever, tous les parasites qui se sont développés au détriment de la Chose sainte : la Loi du Décalogue, telle qu'elle a été donnée, sans compromissions, sans tergiversations, sans hypocrisies, de les enlever pour laisser de l'air, de l'espace, de la nourriture à la Vigne, au Peuple de Dieu, en lui donnant un tuteur puissant, droit, qui ne plie pas, unique, au nom solaire : la Foi. Et ce conseil, on ne l'accepte pas.

Aussi je vous dis qu'Israël périra, alors qu'il pourrait ressusciter et posséder le Royaume de Dieu, s'il savait croire et se repentir avec générosité et changer foncièrement.

Allez en paix et que le Seigneur soit avec vous."


[1] cf. Nombres 13,23-24