"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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  4.250 - Ai discepoli venuti con Isacco, la parabola del fango che diviene fiamma. Giovanni di Endor è anima vittima

  2.249 - Jesus Meets the Disciples at Sicaminon.

Contient des passages qui font référence à : Matthieu 9,1210,24 - 18,11 Marc 2,17 - Luc 5,31 6,40


lundi 19 juin 28
7 Tammouz

Sicaminon


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La résurrection en la chair et en l’esprit

le pécheur repenti

"sachons bénir le Seigneur qui toujours, d'un bien particulier, tire un bien collectif." 

Il ne suffit pas de l'héroïsme de celui qui doit être converti, il faut aussi celui de celui qui convertit.


- Isaac avec ses disciples 157

- Jésus ira à Sidon par la mer 158

- Le campement d'Isaac 159

- Jean d'Endor se remet de ses blessures 159

- Le repas dehors face à la mer 160

- Discours (Le vieil homme en vous 160

- Ne pas juger la grande pécheresse 161

- La fange changée en feu : 162

- Le repentir et la grâce 163

- Je suis venu sauver les pécheurs 164

- L'Église, un organisme) 164

- Jean d'Endor est un disciple victime 165

- Il a écrit pour Margziam des paroles de Jésus  166

 

4.113.
Aux disciples de Sicaminon : 
"Se brûler soi-même"


157> C’est justement sur les rives du torrent profond que Jésus trouve Isaac avec de nombreux disciples, connus et inconnus.

Parmi ceux qui sont connus, il y a le chef de la synagogue de "La Belle Eau" : Timon; Joseph d'Emmaüs qu'on avait accusé d'inceste; le jeune homme qui abandonna l'ensevelissement de son père pour suivre Jésus;[1] Etienne; le lépreux Abel purifié l'année précédente près de Corozaïn avec son ami Samuel; il y a le passeur de Jéricho : Salomon, et d'autres, d'autres, d'autres que je reconnais mais dont je ne me rappelle absolument pas l'endroit où je les ai vus ni leurs noms. Visages connus, et désormais il y en a tant, tous connus comme visages de disciples. Et puis d'autres, conquis par Isaac ou par les disciples eux-mêmes que je viens de nommer, qui suivent le groupe principal en espérant trouver Jésus.

La rencontre est affectueuse, joyeuse et respectueuse. Isaac rayonne de joie de voir le Maître et de Lui montrer son nouveau troupeau et, comme récompense, il demande une parole de Jésus pour la foule qu'il a avec lui.

158> "Connais-tu un endroit tranquille où l'on peut se réunir ?"

"A l'extrémité du golfe, il y a une plage déserte où se trouvent des cabanes de pêcheurs, vides en cette saison parce que malsaines, et parce que la saison de la pêche des poissons pour la salaison est terminée, et ils vont en Syro-Phénicie pour pêcher la pourpre. Beaucoup d'entre eux croient déjà en Toi pour t'avoir entendu parler dans les villes maritimes ou pour avoir trouvé les disciples, et ils m'ont cédé leurs cabanes pour nous y reposer. Nous y revenons après une mission. Car il y a beaucoup à faire sur cette côte. Elle est totalement corrompue par tant de choses. Je voudrais arriver jusqu'à la Syro-Phénicie et ce serait possible par la mer car la côte est trop brûlée par le soleil pour la faire à pied[2]. Mais je suis berger pas marin, et parmi ceux-ci il n'y en a pas un qui sache diriger un bateau à voile."

Jésus écoute attentivement avec un léger sourire. Il est un peu penché, Lui si grand, devant le petit berger qui, comme un soldat, rapporte tout à son général. Jésus répond : "Dieu t'aide à cause de ton humilité. Si je suis connu ici, mon disciple, c'est par toi, pas par les autres. Maintenant nous allons demander à ceux du lac s'ils se sentent capables d'aller à la voile sur la mer, et nous irons, si nous pouvons, en Syro-Phénicie." Et il se retourne pour chercher Pierre, André, Jacques et Jean qui ont une conversation animée avec quelques disciples, pendant que Judas Iscariote est en arrière, occupé à faire des compliments à Etienne, et le Zélote, Barthélemy et Philippe sont à côté des femmes. Les quatre autres sont près de Jésus.

Les quatre pêcheurs viennent tout de suite : "Est-ce que vous vous sentez à même d'aller en barque sur la mer ?" demande Jésus.

Les quatre se regardent, perplexes. Pierre, tout en réfléchissant, se passe la main dans les cheveux, puis il demande : "Mais où ? Au grand large ? Nous, nous sommes des poissons d'eau douce..."

"Non, le long de la côte jusqu'à Sidon."

"Hum! Je crois que c'est possible. Qu'en dites-vous?"

"Moi aussi, je le crois. Mer ou lac, ce sera toujours la même chose : de l'eau" dit Jacques.

"Et même ce sera plus beau et plus facile" dit Jean.

"Mais cela je ne sais pas d'après quoi tu le juges" lui répond son frère.

"C'est à cause de son amour pour la mer. Celui qui aime quelque chose y voit toutes les perfections. Si tu aimais ainsi une femme, tu serais un parfait époux" plaisante Pierre en secouant Jean amicalement.

159> "Non. Je le dis parce qu'à Ascalon j'ai vu que les manœuvres sont les mêmes et la navigation est tellement agréable" répond Jean.

"Alors, allons-y !" s'exclame Pierre. "Il vaudrait pourtant toujours mieux avoir quelqu'un du pays. Nous ne connaissons pas cette mer, ni ses hauts fonds" observe Jacques.

"Oh ! Je n'y pense même pas ! Nous avons Jésus avec nous ! Autrefois je n'étais pas tranquille, mais depuis qu'il a apaisé le lac ! Allons, allons avec le Maître à Sidon. Peut-être il y a du bien à faire" dit André.

"Alors nous irons. Tu te procureras les barques pour demain. Fais-toi donner la bourse par Judas de Simon."

Les apôtres et les disciples sont mêlés ensemble. Il n'est pas nécessaire de dire quelle fête c'est pour un grand nombre et ce sont ceux qui sont bien connus de Jésus. Ils reviennent sur leurs pas, se dirigeant vers la ville et se promènent dans la banlieue jusqu'à rejoindre la pointe extrême de la baie qui s'allonge dans la mer comme un bras recourbé. Les cabanes, disséminées en petit nombre sur la petite côte couverte de graviers, représentent l'endroit le plus misérable de la ville, le plus dépeuplé et qui n'est habité qu'occasionnellement. Les maisonnettes sont des cubes aux murs effrités par l'air salin et par leur vétusté. Elles sont toutes fermées et, quand les disciples les ouvrent, elles font voir leur misère enfumée, leur mobilier vraiment réduit au strict minimum.

"Voilà, elles sont très commodes et propres à défaut de beauté" dit Isaac qui en fait les honneurs.

"Belles non, les pauvres. "La Belle Eau" était un palais en comparaison. Et il y en avait qui se plaignaient..." bougonne Pierre.

"Mais, pour nous, c'est une fortune."

"Bien sûr, bien sûr ! L'important c'est d'avoir un toit et de s'aimer. Oh ! mais regarde où est notre Jean ! Comment vas-tu ? Où étais-tu ?"

Mais Jean d'Endor, tout en souriant à Pierre, court vénérer Jésus qui le salue avec de très bonnes paroles.

"Je ne l'ai pas fait venir parce qu'il n'était pas très bien... Je préfère qu'il reste ici. Il sait si bien y faire avec les gens de la ville et avec ceux qui demandent des renseignement sur le Messie..." dit Isaac.

En fait l'homme d'Endor est beaucoup plus maigre qu'auparavant, mais son visage est serein. La maigreur ennoblit ses traits et 160> fait penser à quelqu'un qui est déjà touché par le double martyre de la chair et de l'esprit.

Jésus l'observe et lui demande : "Es-tu malade, Jean ?"

"Pas plus qu'avant de te voir. Et cela pour la chair. Mais pour l'âme, si je me juge bien, je suis en train de me guérir de mes blessures personnelles."

Jésus regarde encore son œil apaisé et son front creusé aux tempes et n'ajoute rien. Mais il lui met une main sur l'épaule pendant qu'il entre avec lui dans une maisonnette où l'on a apporté des bassines d'eau de mer pour rafraîchir les pieds fatigués et des brocs d'eau fraîche pour la soif, pendant que dehors, sur une table rustique ombragée par un semblant de tonnelle de plantes grimpantes, on prépare les tables.

Et c'est un beau spectacle, pendant que descend la nuit et que la mer murmure les prières du soir par le bruit léger du ressac sur la petite plage caillouteuse, de voir le souper de Jésus avec les femmes et les apôtres assis à une table grossière alors que les autres, ou bien assis par terre, ou sur des sièges, ou sur des paniers renversés, font cercle autour de la table principale. Le repas est vite terminé et encore plus vite est desservie la table; car il y avait peu de vaisselle et pour les hôtes les plus importants. La mer a pris une couleur indigo dans la nuit encore sans lune, et toute sa majesté se dévoile à cette heure pleine d'une tristesse solennelle particulière aux rivages marins.

Jésus, grandeur blanche parmi des ombres de plus en plus obscures, se lève de table et vient au milieu de la petite foule des disciples, pendant que les femmes se retirent. Isaac et un autre allument de petits jeux sur la grève pour éclairer et pour éloigner les nuées de moustiques qui viennent sans doute de marécages tout proches.

"La paix à vous tous. La miséricorde de Dieu nous réunit en avance sur le temps fixé en donnant à nos cœurs une joie réciproque. Je les ai tous scrutés, ces cœurs, vos cœurs moralement bons, comme le montre votre présence ici, en m'attendant, en vous formant en Moi, encore imparfaits spirituellement comme le montrent certaines de vos réactions. Elles manifestent comment persiste encore en vous le vieil homme d'Israël avec ses idées et ses préjugés, et il n'est pas encore sorti de lui, comme le papillon de la chrysalide, 1'homme nouveau, 1'homme du Christ qui du Christ possède la large, la lumineuse, miséricordieuse mentalité et la charité encore plus 161> large. Mais n'en soyez pas mortifiés si je vous ai scrutés et lus en tous vos secrets. Un Maître doit connaître ses élèves pour pouvoir corriger leurs défauts et, croyez-moi, s'il est un bon maître, il n'est pas dégoûté par ceux qui ont le plus de défauts, mais au contraire il se penche sur eux pour les rendre meilleurs. Vous, vous savez que je suis un bon Maître.

Et maintenant voyons ensemble ces réactions et ces préjugés, envisageons de considérer ensemble le motif pour lequel nous sommes ici et, à cause de la joie que cette réunion nous donne, sachons bénir le Seigneur qui toujours, d'un bien particulier, tire un bien collectif.

J'ai entendu de vos lèvres votre admiration pour Jean d'Endor, d'autant plus grande qu'il se reconnaît pécheur converti, et c'est son ancienne manière d'être et la nouvelle qu'il prend comme base de prédication pour ceux qu'il veut amener à Moi. C'est vrai. C'était un pécheur. Maintenant c'est un disciple. Beaucoup de vous sont désormais venus au Messie grâce à lui. Vous voyez donc que c'est précisément par ces moyens que le vieil homme d'Israël mépriserait, que Dieu crée le nouveau peuple de Dieu.

Maintenant je vous prie de vous abstenir de porter un jugement qui ne serait pas sain sur une sœur que le vieil Israël ne comprend pas qu'elle soit une disciple. J'ai ordonné aux femmes d'aller se reposer, mais ce n'était pas tant par désir de leur donner du repos que pour avoir la possibilité de vous donner à vous une sainte appréciation d'une conversion et pour vous empêcher de commettre un péché contre l'amour et la justice. C'est la raison pour laquelle je leur ai donné cet ordre qui n'a pas manqué d'attrister les femmes disciples.

Marie de Magdala, la grande pécheresse d'Israël, celle qui n'avait pas d'excuse pour son péché, est revenue au Seigneur. Et de qui attendra-t-elle la fidélité et la miséricorde sinon de Dieu et des serviteurs de Dieu ? Israël tout entier, et avec Israël les étrangers qui sont parmi nous, ceux qui la connaissent bien et qui la jugent sévèrement maintenant qu'elle n'est plus leur complice dans leurs débauches, critiquent et tournent en ridicule cette résurrection.

Résurrection. C'est le mot le plus exact. Ce n'est pas le plus grand miracle que de ressusciter une chair, c'est un miracle toujours relatif parce qu'il est destiné à être un jour annulé par la mort. Je ne donne pas l'immortalité à celui que je ressuscite dans sa chair, mais je donne l'immortalité à celui qui est ressuscité dans son esprit. Et alors que celui qui est mort dans sa chair n'unit pas 162> sa volonté de ressusciter à la mienne, et par conséquent n'a en cela aucun mérite, en celui qui ressuscite en son esprit se trouve présente sa volonté et même elle est la première à être présente. Il n'est donc pas inexistant son mérite pour sa résurrection.

Je ne vous dis pas cela pour me justifier : C’est à Dieu seul que je dois rendre compte de mes actions. Mais vous êtes mes disciples. Mes disciples doivent être d'autres Jésus. Il ne doit y avoir en eux aucune ignorance et aucune de ces fautes invétérées à cause desquelles beaucoup de gens ne sont unis à Dieu que de nom.

Tout peut produire de bonnes actions. Même ce qui paraît en être le moins capable. Quand une matière se présente à la volonté de Dieu, fût-elle la plus inerte, la plus froide, la plus dégoûtante, elle peut devenir mouvement, flamme, beauté pure. Je vous présente une comparaison tirée du libre des Macchabées.[3]

Quand Néhémie fut renvoyé par le roi de Perse à Jérusalem, dans le Temple reconstruit on voulut offrir des sacrifices sur l'autel purifié. Néhémie se rappela comment au moment où ils allaient être faits prisonniers par les Perses, les prêtres préposés au culte de Dieu prirent le feu de l'autel et le cachèrent dans un endroit secret, au fond d'une vallée, dans un puits profond et sec, et le firent si bien et si secrètement qu'eux seuls savaient où était le feu sacré. Néhémie se rappelait cela et se le rappelant, il envoya les descendants de ces prêtres au lieu où l'on avait porté le feu - en effet les prêtres l'avaient dit à leurs fils et ceux-ci à leurs fils et le secret s'était ainsi transmis de père en fils - y prendre le feu sacré pour allumer le feu du sacrifice.

Mais descendus dans le puits secret, les petits-fils n'y trouvèrent pas de feu mais une eau épaisse, une vase putride, fétide, pesante, le résidu de tous les égouts encombrés de Jérusalem en ruines. Ils le dirent à Néhémie, mais il leur dit de prendre de cette eau et de la lui apporter. Il fit placer le bois sur l'autel, et sur le bois les sacrifices, il aspergea le tout abondamment de façon que tout fût mouillé par l'eau vaseuse. Le peuple étonné et les prêtres scandalisés regardaient et firent cela avec respect uniquement parce que c'était Néhémie qui l'ordonnait. Mais quelle tristesse dans les cœurs ! Quelle méfiance ! Comme dans le ciel il y avait des nuages pour rendre le jour maussade, ainsi dans les cœurs il y avait le doute pour rendre les hommes mélancoliques.

Mais le soleil dispersa les nuages et ses rayons descendirent sur l'autel et le bois arrosé avec l'eau fangeuse s'alluma en produisant un grand feu qui consuma tout d'un coup le sacrifice pendant que 163> les prêtres récitaient les prières composées par Néhémie et les plus belles hymnes d'Israël jusqu'à ce que tout le sacrifice fut brûlé. Et, pour persuader les foules que Dieu peut aussi avec les matériaux les moins convenables, mais employés avec une intention droite, produire des prodiges, Néhémie fit répandre le reste de l'eau sur de grandes pierres. Les pierres arrosées s'enflammèrent et se consumèrent dans la grande lumière qui venait de l'autel.

Toute âme est un feu sacré placé par Dieu sur l'autel du cœur pour servir â consumer le sacrifice de la vie par amour pour son Créateur. Toute vie est un holocauste, si on la dépense bien, toute journée est un sacrifice qu'il faut consumer par la sainteté.

Mais viennent les pillards, ceux qui accablent l'homme et l'âme de l'homme. Le feu s'enfonce dans le puits profond. Ce n'est pas par une nécessité sainte, mais par une sottise néfaste. Et là, submergé par les égouts de toutes les sentines des vices, il devient une boue putride et lourde jusqu’à ce que dans ces profondeurs descende un prêtre et qu'il ramène cette boue à la lumière du soleil en la plaçant sur l'holocauste de son propre sacrifice. Car, sachez-le, il ne suffit pas de l'héroïsme de celui qui doit être converti, il faut aussi celui de celui qui convertit. Et même c'est ce dernier qui doit précéder l'autre car les âmes ne se sauvent que par notre sacrifice. Car c'est ainsi qu'on arrive à obtenir que la boue se change en flamme et que Dieu juge parfait et agréable à sa sainteté le sacrifice qui se consume.

Alors qu'il ne suffit pas pour persuader le monde qu'une fange qui s'est repentie soit encore plus ardente qu'un feu ordinaire, même si c'est un feu consacré, ce feu ordinaire ne servant qu'à brûler le bois et les victimes, matières qui conviennent à la combustion, voilà que cette fange repentie devient puissante au point d'allumer et de brûler les pierres mêmes qui sont incombustibles.

Et vous ne demandez pas de qui vient à cette fange cette propriété ? Vous ne le savez pas ?

Moi, je vous le dis : c'est que dans l'ardeur du repentir, elle se fond avec Dieu, flamme avec flamme; flamme qui monte, flamme qui descend; flamme qui s'offre par amour, flamme qui se donne par amour; embrassement de deux êtres qui s'aiment, qui se retrouvent, qui s'unissent en faisant une seule chose. Et comme la flamme la plus grande est celle de Dieu, voilà qu'elle déborde, surabonde, pénètre, absorbe, et la flamme de la fange repentie n'est plus une flamme relative d'une chose créée, mais la flamme infinie de la Chose Incréée : du Très-Haut, du Très Puissant, de 164> l'Infini, de Dieu. Tels sont les grands pécheurs convertis vraiment, totalement convertis, qui se sont généreusement donnés à la conversion sans rien retenir du passé, se brûlant d'abord eux-mêmes dans la partie la plus pesante, par la flamme qui s'élève de leur fange, qui sont allés à la rencontre de la Grâce et ont été touchés par Elle.

En vérité, en vérité je vous dis qu'en Israël beaucoup de pierres seront pénétrées par le feu de Dieu pour ces fournaises ardentes qui brûleront toujours plus, jusqu'à consumer la nature humaine et qui continueront de brûler les pierres, les tiédeurs, les incertitudes, les timidités de la Terre, de leurs trônes au Ciel, vrais miroirs ardents surnaturels qui rassemblent les Lumières Unes et Trines pour les faire converger sur 1'humanité et l'enflammer de Dieu.

Je vous répète que je n'avais pas besoin de justifier mes actions, mais j'ai voulu vous faire entrer dans ma pensée et la faire vôtre, pour l'instant, pour d'autres cas semblables dans l'avenir quand je ne serai pas avec vous.

Qu'une pensée dévoyée, une suspicion pharisaïque de contaminer Dieu en Lui adressant un pécheur repenti ne vous retienne jamais de faire cette oeuvre qui est le parfait couronnement de la mission à laquelle je vous destine. Ayez toujours présent à l'esprit que je ne suis pas venu sauver les saints mais les pécheurs[4]. Et vous faites la même chose car le disciple n'est pas au-dessus du Maître[5] et si Moi je ne répugne pas à prendre par la main les rebuts de la Terre qui éprouvent le besoin du Ciel, qui finalement l'éprouvent, c'est avec grande joie que je les amène à Dieu, car c'est là ma mission, et toute conquête est une justification de mon Incarnation qui mortifie l'Infini. N'ayez pas de répugnance à le faire vous non plus, hommes bornés qui avez tous, plus ou moins, connu l'imperfection, étant faits de la même nature que vos frères pécheurs, hommes que je choisis comme sauveurs pour que soit continuée mon oeuvre dans les siècles des siècles de la Terre, comme si je continuais à y vivre, dans une existence séculaire. Et il en sera ainsi, car l'union de mes prêtres sera comme la partie vitale du grand corps de mon Eglise, dont je serai l'Esprit animateur, et autour de cette partie vitale se grouperont toutes les infinies parcelles des croyants pour faire un corps unique qui tirera son nom de mon Nom[6]. Mais si la vitalité manquait dans le groupe sacerdotal, est-ce que ces parcelles en nombre infini pourraient avoir la vie ?

En vérité Moi, résidant dans ce corps, je pourrais envoyer ma vie jusque dans les parcelles les plus lointaines, en laissant de côté les 165> citernes et les canalisations, obstruées et inutiles, se refusant à leur service. En effet la pluie descend où elle veut et les parcelles bonnes, capables par elles-mêmes de vouloir la vie, vivraient également ma Vie. Mais que serait alors le Christianisme ? Un voisinage entre âmes et âmes. Voisines et pourtant séparées par des canalisations et des citernes qui ne seraient plus un lien qui unit en distribuant à chaque parcelle le sang vital venu d'un centre unique. Mais ils seraient des murs et des précipices de séparation à travers lesquels les parcelles se regarderaient, humainement hostiles, dans une surnaturelle affliction, en se disant dans leurs esprits : "Et pourtant nous étions frères et nous nous sentons encore tels bien que nous nous trouvions divisés !". Un voisinage, non pas une fusion, pas un organisme. Et sur cette ruine resplendirait avec douleur mon amour...

Et de plus. Ne pensez pas que cela s'applique seulement aux schismes religieux. Non, cela s'applique aussi à toutes les âmes qui restent seules parce que les prêtres refusent de les soutenir, de s'en occuper, de les aimer, en contredisant leur mission qui est de dire et de faire ce que je dis et ce que je fais, à savoir : "Venez à Moi, tous, et Moi je vous conduirai à Dieu".

Allez en paix maintenant, et que Dieu soit avec vous."

Les gens se séparent lentement, chacun gagnant la cabane qui doit l'abriter. Jean d'Endor se lève aussi. Il n'a pas cessé de prendre des notes pendant que Jésus parlait, se faisant rôtir par le feu pour avoir la possibilité de voir ce qu'il écrivait. Mais Jésus l'arrête en lui disant : "Reste un peu avec ton Maître." Et il le garde près de Lui jusqu'à ce que tous les gens soient partis.

"Allons jusqu'à ce rocher qui se trouve au bord de l'eau. La lune est de plus en plus haute et l'on voit le chemin."[7]

Jean acquiesce sans rien dire. Ils s'éloignent des habitations à environ deux cents mètres, et ils s'assoient sur un gros rocher. Je ne sais pas si c'est les restes d'un môle, ou te prolongement d'un écueil qui plonge dans la mer, ou les ruines d'une cabane à demi engloutie par les eaux, peut-être une avancée de la côte qui s'est produite au cours des siècles. Je sais qu'alors que de la petite plage on peut y monter en posant le pied sur des creux et des saillies qui forment des marches, du côté de la mer la paroi descend pour ainsi dire à pic et plonge dans l'eau glauque. Maintenant la marée l'entoure d'un flot qui mouille et frappe légèrement cet obstacle, se retire en faisant le bruit d'une énorme aspiration et puis se tait un moment pour revenir encore avec un mouvement et un bruit régulier 166> fait de gifles et d'aspirations et de silences, comme une musique syncopée.

Ils s'assoient précisément en haut de ce bloc frappé par la mer. La lune produit un chemin argenté sur les eaux et rend d'un bleu très foncé la mer qui, avant son lever, n'était qu'une vague étendue noirâtre dans le noir de la nuit.

"Jean, tu ne dis pas à ton Maître la raison pour laquelle souffre ton corps ?"

"Tu le sais, Seigneur. Mais ne dis pas : "souffre". Dis : "se consume". C'est plus exact, et tu le sais, et tu sais qu'il se consume avec joie. Merci, Seigneur. Je me suis reconnu, moi aussi, dans la fange qui devient flamme, mais moi, je n'aurai pas le temps d'allumer les pierres. Mon Seigneur, je vais bientôt mourir. J'ai trop souffert de la haine du monde, et je jubile de l'amour de Dieu. Mais je ne regrette pas la vie. Ici je pourrais encore pécher, manquer à la mission à laquelle tu nous destines. Déjà par deux fois j'ai manqué dans ma vie : à ma mission de maître, car je devais savoir y trouver de quoi me former moi-même et je ne me suis pas formé; à ma mission de mari, car je n'ai pas su former ma femme. C'était logique. Je n'avais pas su me former et je n'ai pu savoir la former. Je pourrais manquer aussi à la mission de disciple. Et manquer à Toi, je ne le veux pas. Que soit donc bénie la mort si elle me conduit là où l'on ne peut plus pécher ! Mais si je n'ai pas le sort de disciple enseignant, j'aurai celui de disciple victime, et ce sera celui qui ressemble le plus à ton sort. Tu l'as dit ce soir : "En se brûlant, pour commencer, soi-même"

"Jean, est-ce un sort que tu subis ou une offrande que tu fais ?"

"  Une offrande que je fais, si Dieu ne dédaigne pas la fange qui est devenue feu."

"Jean, tu fais beaucoup de pénitences."

"Les saints aussi. Toi le premier. Il est juste que les fasse celui qui a tant à payer. Mais Toi peut-être tu trouves que les miennes ne sont pas agréables à Dieu ? Tu me les défends ?"

"Moi, je n'apporte jamais d'obstacles aux bonnes aspirations de l'âme énamourée. Je suis venu prêcher par les faits que dans la souffrance se trouve l'expiation, et dans la douleur la rédemption. Je ne puis me contredire."

"Merci, Seigneur. Ce sera ma mission."

"Qu'écrivais-tu, Jean ?"

"Oh ! Maître ! Parfois le vieux Félix réapparaît encore avec ses habitudes de maître. Je pense à Margziam. Lui a toute une vie pour 167> te prêcher et, à cause de son âge, il n'est pas présent à tes prédications. J'ai pensé à noter certains enseignements que tu nous a donnés et que l'enfant n'a pas entendus parce qu'il était occupé à ses jeux, ou au loin avec un de nous. Dans tes paroles, même les plus petites, il y a tant de sagesse ! Tes conversations familières sont déjà un enseignement, et justement sur les choses de chaque jour, de chaque homme, sur ces petits détails qui, au fond, sont les grandes choses de la vie car leur ensemble forme un total important qui exige patience, constance, résignation pour être accomplies avec sainteté. Il est plus facile d'accomplir un grand et unique acte d'héroïsme que mille et dix mille petites choses qui exigent une constante application de la vertu. Et pourtant on n'arrive à l'acte important, soit dans le mal soit dans le bien, je le sais pour le mal, si l'on n'accumule pas longuement de petits actes, en apparence insignifiants. J'ai commencé de tuer lorsque, fatigué par les frivolités de ma femme, je lui ai donné le premier regard de mépris. C'est pour Margziam que j'ai noté tes petites explications.

Et ce soir, j'ai désiré noter ton grand enseignement. Je laisserai mon travail à l'enfant pour qu'il se souvienne de moi, le vieux maître, et pour qu'il ait aussi ces enseignements qu'autrement il n'aurait pas. Son splendide trésor. Tes paroles. Me le permets-tu ?"

"Oui, Jean. Mais sois en paix surtout, comme cette mer. Vois-tu ? Pour toi ce serait trop accablant de subir l'ardeur du soleil, et la vie apostolique est vraiment une ardeur. Tu as tant lutté pendant ta vie. Maintenant Dieu t'appelle à Lui sous ce tranquille clair de lune qui apaise et purifie toutes choses. Marche dans la douceur de Dieu. Je te le dis : Dieu est content de toi."

Jean d'Endor prend la main de Jésus, la baise et murmure : "Et Pourtant il aurait été beau aussi de dire au monde : "Viens à Jésus !"

"Tu le diras du Paradis. Toi aussi tu seras un miroir ardent. Allons, Jean, Je voudrais lire ce que tu as écrit."

"Voici le rouleau, Seigneur. Et demain je te donnerai l'autre sur lequel j'ai noté les autres paroles."

Ils descendent de leur écueil et, dans sa blancheur resplendissante du clair de lune qui a changé en argent les cailloux de la rive, ils reviennent aux habitations. Ils se saluent, Jean en s'agenouillant, Jésus en le bénissant de la main qu'il lui pose sur la tête en lui donnant sa paix.


[1] Cf. 3.38

[2] C’est la fin-juin (lune de Tammouz)

[3] 2 Maccabées (deutérocanonique) 1,18-32

[5] Matthieu 10,24 - Luc 6,40

[7] La lune de Tammouz