L'œuvre de Maria Valtorta
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Dictée sur la tentation sensuelle de Jésus et sévère rappel à l’ordre pour ceux qui ont demandé des explications sur ce point.

Commentaires des épisodes suivants : Tentation au désert (
2.5) et instructions données à Judas (2.32)

Accueil >> Plan du site >> Index des "Cahiers" >> Sommaire de février 1947

 

Catéchèse du 18 février 1947

 Jésus est contraint de commenter sa tentation - Savoir lire avec exactitude  Qu’est-ce que la tentation ? - Vous êtes le meilleur soutien de Satan  Ce n’est pas d’être tenté qui doit faire peur  La tentation n’est pas péché, bien qu’il s’agisse d’un élément du mal  Qui peut subir la tentation ?  Je n’ai jamais consenti au péché  Je suis le Verbe éternel qui accomplit une nouvelle œuvre d’amour  Qui étais-je ? Le Verbe incarné  Je suis véritablement homme  Je suis comme vous, inférieur aux anges  Le Père ne m’a pas accordé une nature différente de celle de l’homme  Tu n’avais pas le péché originel. Mais nous...  La faute est d’adhérer à la tentation : Adam et Ève  La rencontre de Lucifer au désert  Lucifer reconnaît le Sauveur à sa résistance à la tentation  Pouvez-vous encore soutenir que cet épisode est inconvenant ? Qu’il est hérétique ?  Les martyrs ne sont pas seulement ceux qui sont tombés dans les arènes

RETOURS AUX FICHES

 Désir/concupiscence

 Les fausses "erreurs théologiques"

 Héroïsme, héroïcité

 Liberté, libre-arbitre

 Mal

 Maria Valtorta

 œil

 Œuvres de Maria Valtorta

 Péché

 Souffrance

 Tentation

 Troubler, perturber

 

341> Au sujet des visions des 24 et 25 février 1944, du 3 janvier 1945 et du 17 janvier 1945, Jésus dit :    

 "En vérité, ces visions et les paroles qui commentent ma tentation, y compris dans sa partie ignorée, sont si claires qu’elles servent déjà de réponse à toutes les objections des personnes qui m’interrogent à ce sujet. Il ne serait pas nécessaire d’en apporter de plus amples, d’autant que — puisse celui qui pose ces questions s’en souvenir! — j’ai clairement fait comprendre depuis le 25 février 1944 que je n’aimais pas m’arrêter ni revenir sur cet épisode, et que je n’appréciais pas davantage que d’autres le fassent. Ils attirent sur eux l’attention particulière de l’instrument [Maria Valtorta] et agissent donc de manière diamétralement opposée à l’attitude que j'ai toujours eue à l’égard de l’instrument lui-même lorsqu’il me soumettait les mêmes objections qu’aujourd’hui — toujours à l’instigation de la même personne [1] -, je lui répondais ceci : "Je n’ai pas voulu que tu parles de la tentation sensuelle de ton Jésus. Même si ta voix intérieure t’avait fait comprendre le mobile de Satan pour m’attirer à la sensualité, j’ai préféré en parler moi-même. Ne pense plus à cela." 

J’aurais désiré que vous suiviez mon exemple de prudence à l’égard du petit enfant que j'ai placé au milieu de vous: il se doit de vous rapporter tout ce qu’il voit, autrement dit tout ce qui est utilisé pour et contre le Christ, mais son inexpérience et la bonté paternelle de Dieu lui servent de protection providentielle contre les plus cruelles misères et actions des hommes et de Satan. 

Je l’aurais désiré par respect pour le petit enfant dont les yeux contemplent Dieu, et je l’aurais voulu parce que cela m’aurait montré votre état d’âme, que je souhaiterais être juste jusque dans ses moindres nuances. Rien, dans la justice, n’est insignifiant, inutile ou négligeable. La grande action visible de savoir mourir pour elle a de la valeur, tout comme l’imitation silencieuse et cachée de moi par la manière de se conduire envers ses frères, ses enfants spirituels ou vos disciples. Car vous qui êtes pères et maîtres spirituels, bergers auxquels j’ai confié mes agneaux, vous vous êtes volontairement consacrés à cette paternité spirituelle et à cet enseignement des petits, et vous devez être mes imitateurs.         

Enfin, je l’aurais désiré parce que vous m’auriez montré l’état de votre intelligence, libre de tout ce qui suscite confusion et brume dans la vérité si clairement compréhensible qui ressort de mes pages; vous auriez aussi fait la preuve de la constante perfection de Jésus Christ Dieu et Homme en toute circonstance de sa vie mortelle, dans tous ses actes, paroles, et même silences. Il y a en effet des silences plus parlants que toute parole, et plus instructifs que toute doctrine.   

D’ailleurs, cet épisode, dans le passage que vous refusez d’accepter en le prétendant "inconvenant", vous parle précisément par la magnifique leçon de mon silence opposé à la partie impure de la tentation satanique. Dans mon silence, ma totale indifférence aux sollicitations de Satan, vous auriez dû reconnaître la glorification du Christ. Au contraire, vous lui avez trouvé un autre sens, celui d’un avilissement pour le Christ. Le fait que le Christ soit tenté par l’impureté vous donne l’impression qu’il est porté atteinte à sa dignité. Vous confondez la tentative et le résultat. L’atteinte à la dignité, c’est le résultat. L’échec de la tentative, c’est la glorification. Ne savez-vous pas faire cette distinction ? Dans ce cas, vous n’avez pas su lire la vérité passée sous silence quoique manifestement visible qui se trouve dans la vision et dans les dictées.    

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Savoir lire ! Tout le monde n’en est pas capable, encore moins avec exactitude. Pour savoir lire avec exactitude, il importe d’avoir un regard pur de tout désir intérieur et de tout obscurcissement extérieur. Si votre œil spirituel — c’est-à-dire votre pensée — est limpide et pur, vous voyez les choses telles qu’elles sont. Dans ce cas, vous reconnaissez la glorification du Christ. Mais si votre pensée est obscurcie ou enveloppée des fumées des connaissances humaines et de l’orgueil de vous croire les seuls à sa voir, ou — pire — par quelque feu impur, alors c’est votre propre reflet qui teint ce que vous contemplez de couleurs opposées à la réalité, et vous transformez un épisode chaste, innocent, en quelque chose de sensuel et de peccamineux. Mais éloignez cet épisode de vos propres lumières, remettez-le dans sa véritable lumière, et il redeviendra ce qu’il est : le témoignage d’un héroïsme de chasteté et d’innocence face à un vain piège.    

Maintenant, si vous projetez sur cet épisode le reflet de votre propre humanité parce que vous ne pouvez admettre qu’on puisse ne pas se sentir troublé intérieurement par une tentation extérieure, parce que vous ne pouvez admettre que le Christ lui-même, le Saint de Dieu, puisse avoir été tenté de l’extérieur sans en éprouver de
trouble intérieur, alors c’est vous qui donnez cette coloration à l’épisode. Mais vous ne pouvez pas dire qu’il révèle un trouble inconvenant du Christ : en vérité, ce trouble ne peut être admis par respect pour la dignité du Seigneur Jésus puisqu’il a toujours existé dans le Christ ordre et harmonie entre chair et esprit, tous deux toujours respectueux et parfaits pour rendre gloire à leur Créateur. Si donc votre avis diffère de ce qui ressort sans l’ombre d’un doute de l’épisode en question, reconnaissez que c’est vous qui projetez sur ce passage de l’épisode ce qui s’agite en vous lorsque vous faites des "suppositions" — comme vous dites à propos d’autres choses — qui sont vôtres, des suppositions que rien, dans l’épisode, ne justifie ni ne permet de croire. C’est grave.           

Pourquoi m’obligez-vous à vous dicter ces mots ? Ne voyez-vous pas la peine que vous me causez en me contraignant à faire cette dictée uniquement pour certains parmi vous ? Ne comprenez-vous pas qu’il n’est guère louable d’étaler au grand jour un scandale — que vous ne sentez pas réellement — dans le seul but de troubler le
porte-parole, de l’inciter à douter de la Voix qui lui parle, à perdre confiance, ou encore pour la tenter de modifier certains passages de l’ouvrage ? Ce que, d’ailleurs, vous lui reprocheriez ensuite, et vous le lui opposeriez comme preuve essentielle que l’Œuvre est le fruit de son imagination. Modifier certaines parties de l’ouvrage comme si une créature pouvait se permettre de le faire sur des pages que, moi, j’ai dictées ! Et pourquoi creuser encore et toujours un point sur lequel je ne me suis pas arrêté, pas même lorsque je l’ai subi, ni en pensée ni en parole en m’abaissant à en discuter avec Satan, et sur lequel j'avais conseillé de ne pas s’arrêter et de ne pas revenir; car il me dégoûte, maintenant comme autrefois ? Il me dégoûte, vous dis-je. Voilà la seule et unique réaction que la laide insinuation de Satan a provoquée en moi.          

Une fois pour toutes, je vais maintenant vous apporter les réponses que vous désirez, afin que vous ayez "cette pleine clarté sur ce passage" qui, aux dires de l’un d’entre vous, "serait souhaitable". Je vais vous les apporter. Ni le porte-parole ni lui (encore moins !) ne se permettra ensuite de retoucher le texte pour le rendre cristallin", comme le voudrait toujours l’un d’entre vous. Chacun à sa place !           

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Qu’est-ce que la tentation ? Le Catéchisme [2] répond : "C’est une incitation au péché qui nous vient du démon, ou des personnes mauvaises, ou de nos passions.″ C’est une incitation. Si donc cela incite au péché, c’est le signe que ce n’est pas un péché en tant que tel. Non, ce n’est pas un péché. C’est au contraire un moyen de croître en justice et d’augmenter nos mérites en restant fidèles à la Loi du Seigneur. Cela commence à devenir péché quand l’homme se met volontairement en condition de pécher, en s’approchant de choses ou de personnes qui peuvent l’y induire.         

De qui vient la tentation ? Du démon, des personnes mauvaises, des passions. Elle est donc causée par des facteurs externes ou internes. Mais je vous assure, en vérité, que les plus dangereux sont les facteurs internes, autrement dit les inclinations désordonnées et les instincts ou incitations demeurés en l’homme avec les autres misères qui sont la conséquence du péché d’Adam. Ces facteurs internes, Satan les excite — ou tente de les exciter — par tous les moyens, et pour ce faire il est très bien servi par les hommes qui vous entourent et par votre moi humain: ce dernier est en effet un domaine de tentations toujours ravivées, car il possède de fortes tendances à l’égoïsme de la matière et à la sensualité de l’esprit, le premier poussant la chair à se rebeller contre Dieu et contre l’âme, la seconde portant l’esprit à cet orgueil stupide qui se croit tout permis, jusqu’à critiquer les œuvres de Dieu et ses justices.

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 En vérité je vous dis que vous êtes vous-mêmes le meilleur soutien de Satan quand vous accueillez et cultivez en vous "la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, l’orgueil de la vie", [3] toutes choses qui ne proviennent pas du Père mais du monde. Car si vous ne consentiez pas à préparer un terrain propice à l’invasion des facteurs internes, ils ne pourraient pas pénétrer en vous, troubler votre être profond et exaspérer les facteurs internes. Les seules incitations du péché seraient incapables de mener l’homme à la damnation s’il ne les entretenait, comme cela se produit chez la plupart des gens. Il les cultive comme des fleurs du mal, qui satisfont le sentiment désordonné de l’homme pour leur aspect voyant et engageant, et ne tardent pas à se changer en fruits de péché.       

Si votre bonne volonté, saintement impitoyable, terrassait ces incitations, elles demeureraient stériles, comme des plantes nuisibles desséchées, ou du moins étiolées au point de ne plus pouvoir pousser; mais au contraire sujettes à s’affaiblir peu à peu, jusqu’à leur destruction totale. L’homme, au contraire, les laisse exister en lui, et elles poussent, toutes ragaillardies par les bouchées appétissantes que l’homme imprudent lui accorde, sans réaliser que chaque compromis avec ce qui est illicite — même s’il est petit et apparemment insignifiant, sans conséquence — prépare des compromis plus graves. Car l’appétit pour les concupiscences se renforce au fur et à mesure que leur saveur perd de son piquant. Une fois satisfaite la violence toujours renaissante et croissante des appétits, la force des instincts désordonnés s’accroît ; ces derniers grandissent alors jusqu’à envahir l’homme tout entier et finissent par faire tomber les barrières de la conscience.       

Ah ! Il en est comme d’un arbre placé dans un endroit exigu. Tant qu’il n’a pas atteint son plein développement, il est contenu dans l’enceinte où l’homme l’a placé, mais lorsqu’il a poussé et que ses racines sont aussi grandes que ses frondaisons, alors elles ne peuvent plus rester confinées dans cet endroit étriqué et s’insinuent sous la base des murs d’enceinte à la recherche d’espace, comme les branches l’ont fait en hauteur; ce faisant, leur poussée soulève les murs, les désagrège, les font s’écrouler en ouvrant des brèches par lesquels peuvent entrer voleurs ou enfants pour dépouiller frauduleusement l’arbre de ses fruits et de ses branches, en le malmenant parfois jusqu’à provoquer sa mort. Dans le cas de l’âme, l’arbre de l’inclination désordonnée aux concupiscences, s’opposant à l’inclination de l’esprit vers sa fin — Dieu —, ouvre une brèche pour Satan et pour le monde, qui s’allient pour séduire le moi imprudent, lui apportant la mort ou la violation, la mutilation, de la belle intégrité de l’esprit.   

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 En vérité, je vous le dis: ce n’est pas d’être tenté qui doit faire peur. Et la force de la tentation, la répétition de ses violentes attaques ne doivent pas induire l’âme à s’avilir à penser que, si cela se produit, c’est qu’elle n’est plus dans la grâce du Seigneur et qu’elle est destinée à la mort éternelle. Réjouissez-vous au contraire, vous qui êtes si fortement tourmentés par Satan : c’est signe que vous êtes ses ennemis et qu’il pressent que vous êtes des proies qui lui ont échappé pour toujours. La colère satanique se déchaîne toujours contre les proies qui échappent à sa faim et contre les conquêtes de Dieu.          

Il est logique qu’il en soit ainsi. Dans les batailles que se livrent deux armées ennemies, où l’adversaire portera-t-il ses assauts les plus violents ? Sur les positions les plus faibles ou les moins importantes ? Non, sur les points essentiels, les mieux fortifiés. Les autres ne sont que conquêtes faciles qu’on laisse pour la fin, quand les troupes sont déjà fatiguées, juste pour les encourager à la victoire, afin que cela les stimule pour mener les combats plus durs. Il serait bien sot, le chef d’armée qui épuiserait les hommes et gâcherait des moyens pour faire d’imposants déploiements de forces et qui gaspillerait des munitions contre une ville aux remparts déjà écroulés à cause de l’incurie de ses défenseurs, ou bien prête à se rendre sans combattre.       

Satan n’est jamais un conquérant stupide. Il sait très bien organiser ses assauts. Et s’il voit de la faiblesse spirituelle et morale, s’il se rend compte que les remparts de la conscience sont grandement fragilisés — les mauvaises inclinations de l’homme ont servi de bélier contre eux —, et, pire, là où il discerne un plein consentement à l’accueillir en ami, il ne se lance pas dans de violents assauts mais se contente d’user de séduction. Mais pour peu qu’il sente de la résistance et prévoie une défaite, il s’avance avec force en mettant en œuvre tous ses moyens, de la flatterie à la terreur, et il ne se lasse pas de s’y reprendre des centaines, des milliers de fois, directement ou en ayant recours au monde et aux circonstances, autrement dit à tous les moyens externes pour conquérir sa proie ou tourmenter les enfants de Dieu — ce que recherche au moins cet éternel ennemi des bons.   

En vérité, je vous dis que lorsqu’une créature est parvenue à
l’héroïcité de la vertu, ou que, comme le dit Paul, lorsque la créature "s’est armée de force dans le Seigneur, de sa force toute puissante", [4] c’est alors qu’il convient de se revêtir "de l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable″, car c’est alors que, toujours selon l’Apôtre, la personne "ne combat plus par la chair et le sang, mais contre les autorités et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes", en d’autres termes contre la force de l’enfer, lequel déchaîne directement les grandes rafales des fortes tentations en un ultime effort pour essayer d’abattre l’âme de géant qui lui résiste.

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 La tentation est-elle, dans ce cas, un péché ou une gloire ? Un bien ou un mal ? Elle n’est pas péché. Et bien qu’il s’agisse d’un élément du mal, elle peut se changer en moyen de bien et de gloire grâce à la libre volonté avec laquelle l’homme lui résiste. Le libre arbitre de personne, pas même du Christ, n’a été contraint à céder ou non aux tentations. Tentation repoussée, mérite acquis. C’est pour cette raison que Dieu a laissé à l’homme sa splendide liberté de volonté, pour qu’il parvienne, grâce à elle et par son mérite personnel, à une gloire méritée.        

Gardez-le toujours en mémoire. Rappelez-vous également que la vie de l’homme lui sert à expier le mal qu’il commet. Dans le meilleur des cas — c’est-à-dire quand on ne commet pas la moindre faute consciemment —, elle sert toujours d’expiation ou si vous préférez, de souffrance consécutive au péché originel, bien que mon Sacrifice et la réintégration dans la grâce que je vous ai ainsi obtenue l’ait réduite avec surabondance; dès lors, chacun est tenu de
souffrir pour retrouver ce degré de justice, donné gratuitement, que possédèrent vos premiers parents avec la vie. Oh, la sainte et immaculée innocence des premières créatures, que les actuelles doivent rétablir par leur souffrance, en plus des dons gratuits que je vous ai obtenus par mon Sacrifice ! [5]           

Par conséquent, quand vous voyez le Saint des saints, ou quelque autre saint, fortement tenté, ne dites pas: "Cela est inconvenant." Observez plutôt sa réaction. Voyez s’il reste indifférent à la tentation, ce qui prouve qu’il est parvenu à la perfection que je vous ai conseillée : "comme mon Père est parfait", perfection qu’aucun agent ne saurait troubler; si vous voyez qu’il reste indifférent à la tentation et qu’il a gagné le combat contre toutes les réactions de la chair et du sang, ou si vous voyez un juste capable de lutter en même temps contre le désordre provoqué par l’extérieur qui voudrait se redresser, et contre la Bête qui le provoque et l’incite au désordre, ne dites pas que c’est inconvenant. Reconnaissez au contraire que cela sert à faire briller le degré de perfection atteint par la personne tentée, ou à l’illuminer.     

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 Qui peut subir la tentation ? Dieu ? Les anges ? Les hommes ? Dieu, en tant que Dieu, ne peut en subir. Les anges restés fidèles même lors de la rébellion de Lucifer et de ses suppôts, ne peuvent pas non plus en subir car, après leur épreuve, ils furent élevés à l’ordre surnaturel, à la contemplation de Dieu et à sa louange.         

Seul l’homme peut donc être
tenté, lui qui se compose de substance matérielle et de substance spirituelle, et dont la raison, l’intelligence et la conscience sont libres, pour pouvoir discerner le bien et le mal et vouloir l’un ou l’autre. Seul l’homme, qui mène encore son combat, peut être sujet à la tentation, en raison de sa triste hérédité due au péché des premiers ancêtres de l’humanité.       

Depuis le jour de la chute d’Adam de son état d’innocence à celui de pécheur, depuis le jour où la femme voulut connaître de près l’arbre interdit et où le Serpent put parler à Ève, qui l’a écouté attentivement au lieu de le fuir et a accueilli ses paroles mensongères et ses désastreuses suggestions, l’homme se trouve perpétuellement près de l’arbre du bien et du mal autour duquel Lucifer s’enroule, et il subit la tentation.    

Mais c’est par sa victoire sur les incitations au péché qu’il acquiert la justice et conquiert sa couronne immortelle; sinon, s’il réitère le geste d’Ève et cueille le fruit interdit en obéissant au Tentateur; il s’empoisonne jusqu’à parfois en mourir. C’est précisément grâce à vos victoires sur les tentations extérieures et grâce à votre maîtrise sur vos sens et sur l’orgueil — par conséquent sur les excitations intérieures — que vous, les hommes, devenez "des dieux et des fils du Très-Haut",
[6] semblables à votre Frère très saint Jésus, qui a subi des tentations mais sans jamais y céder; parce qu’il a refusé de pécher. On peut être tenté sans notre assentiment. Mais on ne devient pécheur qu’avec son consentement.

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 Moi, Jésus, je n’ai jamais consenti au péché. J’ai au contraire combattu toute réaction humaine que Dieu n’aurait pu accepter, par esprit de justice volontaire et aimante, et cela dès mes plus tendres années en étant soumis à mon père (putatif) et à ma mère, deux justes qui m’enseignèrent la justice, ainsi qu’en croissant en sagesse, âge et grâce [7]; c’est ainsi que j’ai éliminé pour toujours en moi toute possibilité de désordre imprévu ou de trouble intérieur sous l’effet de pressions ou de circonstances qui se manifestèrent autour de moi à l’âge adulte et s’intensifièrent jusqu’à ma mort.      

Ne me comprenez pas mal ! Je parle de pressions et de circonstances, pas de luxures. Ces pressions et ces circonstances étaient le fait de parents incompréhensifs, de citadins encore plus obtus que ma parenté, de compatriotes hargneux, d’ennemis fourbes, d’amis traîtres. Il n’y a pas que la sensualité qui pousse au péché. Il y a bien d’autres causes. Et vous, que dites-vous ? Prétendez-vous, par exemple, que la conduite de Judas n’aurait pas été cause de péché contre l’amour chez quelqu’un d’autre ? Soutiendriez-vous encore que l’animosité des scribes, des pharisiens et de tous mes adversaires n’était pas une tentation continuelle à réagir humainement, alors qu’ils étaient si subtils pour s’opposer à moi et que leurs moyens et leurs accusations étaient si bas ?  

Je n’ai pas péché. J’ai déclaré : "Lequel d’entre vous peut me convaincre de péché ?" Je l’ai dit à mes ennemis d’alors
[8]. Je peux le répéter à mes ennemis d’aujourd’hui, et même aux incrédules et à ceux qui doutent de ma sainteté. Mais même si je ne le vous dis pas à vous, que je veux considérer comme des amis malgré la peine que vous me causez en faisant souffrir mon petit Jean [surnom donné à Maria Valtorta], mes œuvres sont parlantes.

Se trouverait-il la moindre parole, le moindre acte rapporté dans
l’ouvrage que j'ai dicté et expliqué qui puisse vous convaincre de péché, d’un seul péché, de votre Maître ? Cet ouvrage, c’est moi. Non seulement c’est moi qui l’ai dicté et expliqué, mais c’est moi qui le vis, qui me présente à vous tel que j’étais quand j'étais un mortel, dans l’environnement qui m’entourait, dans le petit monde saint de ma famille, dans celui — plus large et plus divers, en fonction des individus qui le composaient — de mes disciples, ou encore dans celui, plus vaste, de toute la Palestine, qui était aussi plus changeant, agité et parcouru de courants divers, semblable à une mer en mouvement autour de moi, sous un ciel changeant de mars, parfois paisible et serein, juste après couvert de nuages et parcouru par des vents tempétueux soulevant la mer en lames qui grondaient leur rancœur contre moi et se faisaient menaçantes jusqu’à m’assaillir; jusqu’à la violence finale du vendredi-saint.   

Pourquoi refusez-vous de me reconnaître ? Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Pourquoi voulez-vous ressembler à ceux qui
s’opposaient à moi dans le temple en disant : "Nous ne savons pas qui tu es" ? [9] Êtes-vous, vous aussi, comme les apôtres qui montrèrent à la dernière Cène qu’ils ne me connaissaient toujours pas pour ce que j’étais : le Verbe Fils du Père, qui retourne au Père après être longtemps resté parmi les hommes pour leur transmettre les paroles que le Père leur donnait ? [10] Mais eux, mes pauvres apôtres, n’avaient pas encore reçu l’Esprit Saint, celui qui éclaire toute vérité. Vous, en revanche, vous l’avez reçu. Sa lumière ne suffit-elle pas à vous éclairer le Christ qui se trouve dans ces pages ?       

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Je suis le Verbe éternel, le Verbe plein de sagesse qui accomplit une nouvelle œuvre d’amour et de salut par pitié pour tous ceux, trop nombreux, qui meurent d’inanition spirituelle, qui se perdent parce qu’ils ne me connaissent pas, qui gèlent parce qu’ils n’ont pas le secours des feux de l’amour apostolique, qui sortent du chemin parce qu’ils sont aveugles et que nul ne leur tend la main pour les conduire à moi; ils me recherchent pourtant, mais en s’égarant sur d’autres voies que vous condamnez mais sans les en tirer, pauvres enfants que vous condamnez parce qu’ils parcourent en aveugles ces routes, à la recherche de la Lumière ; néanmoins, moi, je ne les condamnerai pas puisque je suis le Sauveur des juifs et des païens, de tous ceux qui recherchent la Vérité.    

Je vous le redemande : pourquoi m’obliger à vous dicter ces mots ? Est-ce que ce sont ceux que je voudrais vous dire ? Ne me faites pas souffrir. La douleur que me causent ceux que je veux considérer comme mes amis est la douleur qui me fait le plus mal...     

Moi, Jésus, je n’ai jamais consenti au péché, je n’ai jamais ressenti le moindre trouble pour le péché. Souvenez-vous-en, le seul trouble que la puanteur du mal ait pu me causer en s’agitant autour de moi était l’horreur; le dégoût de la faute. Je préférais approcher un lépreux mourant de sa maladie plutôt qu’un homme en bonne santé mais couvert des croûtes du vice et puant de luxure, surtout s’il était impénitent. Mon amour infini pour les pécheurs, qu’il me fallait sauver; m’a toujours aidé à surmonter ma nausée devant leur puanteur spirituelle. Mon Père, mon Père seul sait quelle longue passion ce fut pour moi de devoir vivre entouré des déchaînements des tentations et de la vague boueuse des péchés qui parcourent la terre et font plier les hommes, les emportent. Devoir vivre et voir le naufrage de tant d’hommes sans pouvoir emprisonner la Bête, puisque le moment n’en était pas encore venu... Ce ne l’est toujours pas. Elle continue donc son chemin, exhalant son haleine infernale, semant son venin, suivie de la vague colossale et toujours plus haute de péchés de plus en plus nombreux. Maintenant encore, j’en éprouve nausée et douleur.          

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Qui étais-je ? Le Verbe incarné. J’étais donc Dieu. Et j’étais donc homme. J’étais vraiment Dieu et vraiment homme. J’étais le Rédempteur, le nouvel Adam, "le premier-né d’entre les morts", comme dit mon Jean qui écrit encore dans son Apocalypse : "Celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang″, [11] et dans son épître : "C’est qu’ils sont trois à rendre témoignage" au ciel : le Père, le Fils, et l’Esprit Saint, et ces trois ne font qu’un; et ils sont trois à rendre témoignage sur la terre: l’esprit, l’eau et le sang, et ces trois ne font qu’un. [12]      

Ils sont trois dans le ciel à témoigner de la nature divine de Jésus, qui est le Christ de sa naissance à sa mort, puis au-delà de la mort et de la résurrection pour les siècles des siècles, sans nulle interruption, comme certains hérétiques ont voulu le soutenir.       

Le Père : durant ma vie publique, il me désigne à trois reprises comme son Enfant bien-aimé, celui en qui il met sa complaisance, et sa gloire. Sur le Mont Thabor, la voix du Père éternel fut entendue par trois personnes seulement que, à cause de leur condition de disciples, les négateurs peuvent taxer d’exaltation ou de mensonge ; puis au Jourdain et tout particulièrement à Jérusalem, bondée en raison de l’imminence de la Pâque des pains azymes, où beaucoup de monde — on pouvait même parler de foule, où se mêlaient Israélites et païens, juifs et prosélytes, disciples et ennemis du Christ — entendirent le témoignage de mon Père.    

Par trois fois, à trois moments et en trois lieux et circonstances, le Père m’a donc rendu témoignage sans jamais se démentir. Or seules les vraies versions restent immuables, alors que les fausses subissent avec le temps des altérations qui en dévoilent l’origine mensongère. Si donc, par trois fois, à trois moments et en trois lieux et circonstances, une Voix, d’une puissance toujours égale et bien différente de la mienne comme de celle de tout autre homme, tonna du haut des cieux pour rendre le même témoignage sur moi, c’est bien le signe que j’étais réellement Dieu, semblable au Père; ce n’est en effet que d’un Enfant qui soit Dieu comme lui que le Père peut dire se glorifier — puisqu’il l’a engendré — et se complaire en lui, en le voyant aussi parfait que lui de par sa nature divine, et parfait par volonté et grâce dans la nature humaine qu’il a assumée.      

Le Verbe témoigne de la nature divine du Christ par son enseignement plein de sagesse et par ses actes, dont la nature et la puissance témoignent par eux-mêmes de celui qui prêche le premier et accomplit les secondes: un Dieu.         

L’Esprit Saint, quant à lui, en témoigne en se manifestant sous la forme d’une colombe au Jourdain et de feu au Cénacle, à la Pentecôte, pour parachever l’œuvre du Christ, ce qu’il fait en purifiant et en perfectionnant les apôtres en vue de leur ministère, selon ma promesse, et en étant, pour ceux qui savent voir, présent et transparent dans toute parole de sagesse infinie et charitable qui sortait des lèvres du Maître, Jésus Christ. L’Esprit Saint ne vient jamais en aide aux menteurs. Il les abandonne au Père du Mensonge et fuit loin d’eux. En revanche, il est toujours resté à mes côtés, car je suis Jésus Christ Dieu et Homme, comme je l’affirmais.            

Et trois choses rendent témoignage sur la terre à ma véritable humanité : l’esprit que j'ai rendu comme tout un chacun après une pénible agonie, mon sang versé lors de la Passion, et l’eau qui jaillit de mon côté inanimé en même temps que les dernières gouttes de sang de mon cadavre recueilli dans la cavité de mon cœur mort. Vous savez aujourd’hui que seul un vrai corps laisse couler du sang en cas de blessure, et que seul un vrai cadavre montre la séparation de la partie aqueuse du sang — ce que vous appelez le sérum — du reste, qui se coagule en caillots ou, du moins, devient plus épais et plus sombre que le sang vivant, si le temps écoulé de la mort à l’écoulement du sang est encore trop court. Mais en ce qui me concerne — et mon saint suaire est là pour en témoigner —, j’ai répandu des caillots de sang parce que j’étais déjà mort depuis un certain temps quand je fus blessé au côté, j'étais déjà devenu froid et raide, rapidement, à cause des conditions particulières qui m’avaient conduit à une mort rapide.    

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Il s’ensuit que je suis véritablement homme, comme en témoigne l’apôtre Jean, qui a assisté ma mort.      

Paul de Tarse écrit à ceux qui auraient pu le démentir si sa description avait été exagérée ou mensongère : "Celui qui a été abaissé de peu au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur, parce qu’il a souffert la mort : (He 7, 26) il fallait que, par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort. Il convenait en effet que, voulant conduire à la gloire un grand nombre de fils, celui pour qui et par qui sont toutes choses rendît parfait par des souffrances le chef qui devait les guider vers leur salut... Puisque donc les enfants avaient en commun le sang et la chair; lui aussi y participa pareillement afin de réduire à l’impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort... Car ce n’est certes pas des anges qu’il se charge, mais c’est de la descendance d’Abraham qu’il se charge. En conséquence, il a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple. Car du fait qu’il a lui-même souffert par l’épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés...
[13] Nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché... [14] Tout grand prêtre... est établi... afin d’offrir dons et sacrifices pour les péchés. Il peut ressentir de la commisération pour les ignorants et les égarés, puisqu’il est lui-même également enveloppé de faiblesse... [15] Oui, tel est précisément le grand prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, immaculé, séparé désormais des pécheurs, élevé plus haut que les cieux." [16]     

Par conséquent Saul, qui était cultivé et contemporain des juifs de mon temps, devenu Paul, rempli de sagesse de vérité, connaissant la réalité de mon personnage historique et avec l’aide des lumières de l’Esprit Saint, témoigne lui aussi que je suis vrai Dieu et vrai Homme, égal au Père de par ma nature divine et incréée, égal à ma Mère de par ma nature humaine et créée, Christ sans interruption et Réparateur, Sauveur, parfait Rédempteur pour l’éternité.      

Si donc j’étais Homme, pourquoi n’aurais-je pas dû subir les tentations comme tout un chacun ? Si le Père a voulu me rendre "en tout semblable" à vous, pourquoi aurait-il dû m’accorder l’injuste privilège de ne pas connaître la souffrance et l’effort des tentations — et pourquoi aurais-je dû y prétendre —, alors que tous les hommes les subissent et qu’ils y réagissent différemment en fonction de la prépondérance ou de l’absence en eux de la bonne volonté de se sanctifier, autrement dit en fonction de leur spiritualité ou de leur instinct charnel ? Mais c’est justement parce que je me suis perfectionné par le moyen de la souffrance continuelle que j'ai été l’Hostie parfaite ! Si le Père avait voulu que le démon n’approche pas cet homme qu’était son Verbe incarné, n’aurait-il pas pu l’en empêcher ? Ne l’a-t-il pas fait en me dissimulant pendant trente ans aux recherches de Satan, par tout un ensemble de circonstances providentielles ? S’il l’avait voulu, lui était-il impossible de poser des limites aux tentations qui m’assaillaient, s’il avait voulu en permettre certaines mais pas toutes, pas celle-ci précisément, car inconvenante pour le Christ ? N’aurait-il pas pu me rendre supérieur aux hommes et aux anges ? Pourquoi donc m’avoir rendu de peu inférieur aux anges et semblable aux hommes ? Est-ce que ces mots de l’Apôtre qui affirme que je suis un homme en tout semblable aux autres ne contredisent pas le passage où il dit que je suis de peu inférieur aux anges ? Ne vous serais-je donc pas semblable ? Ne serais-je donc pas semblable à Dieu, puisque Dieu est plus grand que les anges ? L’Apôtre aurait-il proféré des blasphèmes, des sottises ou des mensonges ? Et s’il ne l’a pas fait, en quoi consiste cette différence, cette égalité et cette infériorité dans le fait d’être différent des anges, inférieur à eux, égal aux hommes et en même temps inégal puisque je suis de peu inférieur aux anges ? Mais n’est-ce pas blasphématoire de prétendre que le Verbe incarné est inférieur aux anges ? En quoi consiste cette différence qui est en moi, par rapport aux anges et aux hommes ?    

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Ne vous êtes-vous jamais posé ces questions, avec une sincère volonté d’y répondre et en y réfléchissant sous la lumière de Dieu ? Tous, mes enfants, tous, vous, avez le devoir de vous placer sous la lumière divine et de vous efforcer de comprendre, de comprendre par vous-mêmes ; ne vous contentez pas paresseusement des explications proposées par d’autres, sans vous efforcer de comprendre personnellement. Liriez-vous tous les livres qui parlent de moi et du Très-haut que cela vous serait moins utile, si vous le lisez machinalement, qu’une seule connaissance apprise par un effort personnel de comprendre, en faisant preuve d’une humilité pleine d’amour qui recourt à l’Esprit Saint pour pouvoir comprendre, et d’une justice héroïque pour le prendre comme ami et se laisser mener par lui à la compréhension du langage divin. Car seuls "ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu." [17] C’est encore Paul qui l’affirme. Et il est naturel que les enfants comprennent le langage de leur père.           

Je vais cependant vous montrer cette différence, et vous dire comment il est possible que je sois semblable à vous et en même temps de peu inférieur aux anges.          

Je suis comme vous, je suis l’Homme, par conséquent je suis indéniablement inférieur aux anges, car l’homme n’est pas cette créature spirituelle qu’est l’ange, la plus noble de la création : ceux-ci sont purement spirituels, ils possèdent une grande intelligence, et une intelligence rapide puisqu’ils ne sont pas appesantis par la chair et les sens ; ils sont confirmés en grâce et adorent sans relâche le Seigneur dont ils comprennent la pensée et l’accomplissent sans nul obstacle. Mais l’homme peut-il s’élever lui-même à un niveau surnaturel ? Il le peut s’il vit volontairement dans la pureté, l’obéissance, l’humilité, avec charité, à l’instar des anges. Or tout cela, je l’ai fait. Ce Jésus, créé de peu inférieur aux anges, devint Homme par le divin désir de son Père, afin d’être le Rédempteur. Par la suite, il devint de peu inférieur aux anges par sa volonté personnelle et pour vous donner l’exemple qu’un homme peut, s’il le veut, s’élever lui-même à la perfection angélique, en menant une vie angélique.    

Oh ! Vie humaine tellement unie au surnaturel qu’elle réduisait à néant les voix et les faiblesses de la matière pour endosser les voix et les perfections angéliques ! Vie qui oublie la concupiscence, mais vivante d’amour, dans l’amour ! L’homme qui devient ange, c’est la créature composée de deux substances qui en purifient la partie la plus basse par les feux de la charité; or c’est dans la charité que se trouvent toutes les vertus comme autant de graines à l’intérieur d’un unique fruit, à tel point qu’on peut dire qu’elle s’en dépouille, mieux, qu’elle la dépouille de tout ce qui est matérialité jusqu’à rendre la matière digne d’entrer un jour dans le Royaume de l’Esprit. Elle dépose dans le sépulcre son vêtement purifié dans l’attente de l’ordre final. Mais elle en jaillira dans une telle gloire qu’elle fera l’admiration des anges eux-mêmes, car la beauté des corps ressuscités et glorifiés causera l’étonnement respectueux des anges, qui admireront leurs frères de création en disant : "Nous avons su rester en état de grâce avec une seule substance ; les hommes, eux, ont remporté l’épreuve par leur esprit et leur chair. Gloire à Dieu pour la double victoire des élus".    

Semblable en tout aux hommes, le Christ a voulu atteindre la beauté de la perfection angélique par une vie sans ombre, sans péché ni même d’attirance pour le péché ; tout en restant homme pour subir la mort avec sa chair et son sang pour expier les fautes de la chair, du sang, de l’esprit et de l’orgueil de la vie, avec toute, toute, toute la souffrance pour réparer toute, toute, toute la Faute, il devint de peu inférieur aux anges et éleva la nature humaine à la perfection des anges.   

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Donc, je suis Dieu. Et je suis homme. Tout comme l’ange est l’anneau intermédiaire entre l’homme et Dieu, moi, qui devais ressouder la chaîne interrompue entre Dieu et vous, vous réunir à Dieu, j’ai servi de lien, grâce à ma parfaite humanité, entre la terre — c’est-à-dire les hommes — et le ciel — les anges — ramenant ainsi l’humanité à une perfection égale, et même plus élevée, que celle que possédaient Adam et Ève au commencement des temps, lorsque l’homme était innocent et heureux grâce au don gratuit de Dieu, sans connaître ni subir le dur combat contre le mal et les incitations du péché. Par conséquent, ma divinité ne s’est pas avilie en assumant la descendance d’Adam, mais l’humanité s’est divinisée et, par la libre volonté de l’Homme, elle a été portée à la perfection qui rend semblable à mon Père, lequel ne connaît pas l’injustice.        

L’Apôtre ne ment donc pas, ne blasphème pas et ne se contredit pas quand il affirme, en des mots inspirés, que Jésus, l’Homme, s’est fait de peu inférieur aux anges grâce à une spiritualité héroïque. Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit Saint n’ont pas manqué de fournir au Rédempteur le seul vêtement qui lui convenait pour qu’il soit ce qu’il devait être et puisse vous racheter — ainsi que par ce grand acte qu’est son Sacrifice — par cette continuelle leçon qu’est sa croissance en grâce jusqu’à parvenir à la perfection spirituelle, ceci pour vous sauver de votre ignorance, de cette ignorance consécutive au péché qui amoindrit les forces de l’homme et l’influence en lui insinuant que, puisqu’il est davantage formé de matière que d’esprit, il ne peut tenter d’évoluer spirituellement.          

Non. Si la matière vous semble occuper une telle place en vous et être toute-puissante, c’est que vous la voyez et que vous entendez hurler ses voix bestiales. Elle vous paraît tellement importante parce que vous la redoutez et que vous ne voulez pas la faire souffrir par peur de souffrir. Elle vous le paraît parce que Satan vous en altère les contours, et aussi parce que vous ne savez pas. Vous êtes encore ignorants de ce qu’est réellement cette chose magnifique qu’est l’âme, de ce qu’est cette chose toute-puissante qu’est l’âme unie à Dieu.

Laissez vos peurs de côté. Abandonnez vos ignorances. Regardez-moi. Moi, qui suis l’homme, j'ai atteint la perfection de la justice en étant un homme tout comme vous, parce que je l’ai voulu. Imitez-moi. Ne craignez rien. Gardez votre âme unie à Dieu et avancez. Montez. Montez dans les régions lumineuses du surnaturel. Qu’une volonté ardente entraîne votre chair là où votre âme s’élève. Devenez des anges. Devenez des séraphins. Le démon ne pourra plus vous blesser profondément. Ses flèches tomberont à vos pieds après avoir frappé votre cuirasse, et vous ne serez pas troublés, comme je ne l’ai pas été.         

Il était donc juste que le Père ne m’accorde pas une nature différente de celle de l’homme, bien que cela lui ait été possible. C’était juste. Nul ne pourra me dire, lorsque je vous propose ma loi et que je vous dis :"Suivez-la si vous voulez être là où je suis": "Toi, tu peux y être parce que tu es différent de moi, que la chair attaque férocement. Tu as vaincu Satan parce que, en toi, la chair n’est pas l’alliée de Satan.″ Personne ne peut me reprocher une victoire facile ni se décourager sous prétexte d’une différence de création. Nous avons, vous comme moi, les mêmes éléments — la chair, l’intelligence et l’âme — qui nous permettent de vivre, de comprendre et de vaincre. J’appartiens à la descendance d’Adam autant que vous.

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Je vous entends murmurer: "Toi, tu n’avais pas le péché originel. Mais nous...″ Adam aussi était sans péché originel, et il a néanmoins péché parce qu’il l’a voulu. Moi, j'ai refusé de pécher.    

Et je ne l’ai pas fait. Moi, l’Homme, je n’ai pas péché. Mon Père m’a fait de la même race que vous pour bien vous montrer qu’être homme ne signifie pas être pécheur. Tout comme vous, j’appartenais à la nature humaine. Sachez être victorieux, comme je le suis. Le Père a fait de moi un homme qui puisse partager avec vous la chair et le sang par lesquels vaincre Satan, en mourant, et il a exigé que l’auteur de votre salut devienne parfait en tant qu’homme, par sa volonté propre et au moyen de la souffrance, et qu’il obtienne la gloire en raison de la mort qu’il aura subie.        

N’est-ce donc pas une mort que de savoir mourir à tout ce qui est séduction ? N’est-ce pas une mort permanente à tout ce qui est concupiscence pour vivre éternellement au ciel ? J’ai commencé à consommer mon Sacrifice pour vaincre Satan, le monde, la chair — qui triomphent depuis trop de temps — dès mon premier acte de volonté contre les voix de la chair, du monde et de son roi des ténèbres. Je suis mort à moi-même afin de vivre. Je suis mort à moi-même pour vous permettre de vivre par mon exemple. Je suis mort sur la croix pour vous donner la Vie.      

Destiné à devenir votre grand prêtre miséricordieux, il me fallait bien connaître les combats de l’homme par une connaissance d’homme, tout en restant fidèle devant Dieu pour vous apprendre à le rester vous aussi. Je suis votre grand prêtre miséricordieux car, ayant souffert et ayant été mis à l’épreuve, je n’avais pas ce dégoût hautain et cet isolement glacial de ceux qui prétendent, à la vue de leurs frères faibles ou pécheurs: "Je leur suis supérieur et je garde mes distances pour ne pas risquer de contaminer ma perfection", sans savoir qu’ils appartiennent à la race éternelle des pharisiens. Je suis votre grand prêtre expert et miséricordieux car j'étais compatissant et prêt à tendre la main, moi, le Vainqueur du mal, aux faibles qui ne savent pas toujours le fouler aux pieds comme je l’ai fait.       

Dites-moi, vous qui vous scandalisez de lire que j’ai subi cette tentation-là, ai-je donc porté atteinte à ma Perfection divine et humaine parce que le Tentateur s’est approché de trop près de moi ? Qu’est-ce qui s’est altéré en moi ? Qu’est-ce qui a été corrompu ? Rien, pas la plus fugitive des pensées.           

Cette tentation n’est-elle pas la plus commune et celle à laquelle les hommes cèdent le plus volontiers ? Conscient qu’elle est celle qui obtient le plus facilement le consentement des hommes, n’est-elle pas aussi la plus fréquemment utilisée par Satan ? N’est-ce pas la porte — celle de l’impureté, de la luxure — qui permet bien souvent à Satan d’entrer dans les cœurs ? N’est-ce pas son moyen préféré et son arme favorite pour obtenir d’y entrer et de le corrompre ?

Quel autre moyen a-t-il pris au commencement des jours de l’homme pour défigurer la plante sans tare de l’humanité ? Comme a-t-il réussi à corrompre l’innocence de vos deux premiers ancêtres ? Si l’acte d’Ève s’était limité à l’imprudence de s’approcher de l’arbre interdit et même d’écouter le Serpent, mais sans lui obéir ni céder à ses insinuations, le péché serait-il apparu ? La condamnation serait-elle tombée ? Non. Au contraire, en repoussant les séductions de Satan, vos premiers ancêtres auraient imité les bons anges vainement tentés par Lucifer lors de sa rébellion, et ils auraient obtenu un accroissement de grâce.     

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Je le répète : tentation n’est point faute. La faute est d’adhérer à la tentation. Ève et Adam n’auraient pas été punis pour leur imprudence, s’il elle avait été déjà expiée par leur résistance à la tentation. Dieu est un Père aimant et patient. Mais Ève et Adam n’ont pas repoussé la tentation. La luxure de l’esprit — autrement dit l’orgueil —, du cœur — autrement dit la désobéissance —, accueillies dans leur âme jusqu’alors intacte la corrompirent en éveillant en eux des fièvres impures que Satan aiguisa jusqu’au délire et au délit. Je n’emploie pas de termes erronés. Je parle de "délit" à juste titre. Par leur péché, n’ont-ils donc pas fait violence à leur âme en la blessant, en la meurtrissant durement ? N’est-ce pas un délit contre l’âme celui que fait le pécheur qui tue sa propre âme par un péché mortel, ou qui l’affaiblit continuellement par des fautes vénielles ?    

Observons ensemble le paroxysme croissant de la faute et les degrés de la chute, puis comparons-le à l’épisode de ma tentation. Si l’on y porte un regard limpide avec un cœur honnête, on ne pourra éviter de conclure que la tentation, cet élément incontestable du mal, ne devient pas péché mais mérite pour ceux qui savent la subir sans y céder. Souffrir ne signifie pas jouir. On souffre un martyre, on ne souffre pas une jouissance. La tentation est une souffrance pour les saints, mais une jouissance pervertie pour ceux qui ne sont pas saints mais l’accueillent et lui obéissent.       

Donc Ève, douée d’une science proportionnelle à son état — notez bien ceci, car c’est une circonstance aggravante de sa faute — et par conséquent consciente de la valeur de la prudence, s’approche de l’arbre interdit. Première erreur, bien que légère. Elle y va avec légèreté, non pas dans la bonne intention de se recueillir au centre du jardin d’Eden pour s’isoler et prier. Arrivée là, elle entre en conversation avec l’Inconnu. Le phénomène d’un animal parlant ne lui met pas la puce à l’oreille, alors que les autres avaient beau avoir une voix, ils ne s’exprimaient pas de façon compréhensible pour l’homme. Deuxième erreur. Voici la troisième: malgré sa surprise, elle ne prie pas Dieu de lui expliquer ce mystère, elle ne se rappelle pas et ne réfléchit pas même que Dieu a averti ses enfants que cet arbre était celui du bien et du mal, et qu’il fallait donc considérer comme imprudent d’accueillir tout ce qu’il en venait sans en avoir d’abord demandé à Dieu la véritable nature. Quatrième erreur : elle a cru avec une foi plus forte à l’affirmation d’un inconnu qu’aux conseils de son Créateur. Cinquième erreur : le désir de connaître ce que Dieu seul connaissait et de lui devenir semblable. La sixième consiste en l’appétit des sens qui veulent goûter, voir, palper, sentir, et enfin manger ce que l’inconnu lui avait suggéré de cueillir et de goûter. Septième erreur : une fois tentée, devenir tentatrice. Passer du service de Dieu à celui de Satan, en oubliant les paroles de Dieu pour répéter celles de Satan à son compagnon, et l’entraîner à voler le droit de Dieu.       

L’ardeur du désir avait atteint son paroxysme. La montée de cette courbe fatale avait atteint son plus haut point. C’est alors que le péché fut consommé complètement par l’adhésion d’Adam aux flatteries de sa compagne, et ce fut la chute des deux de l’autre côté de la courbe. Chute rapide, beaucoup plus rapide que la montée car appesantie par la faute accomplie, sans compter que le poids de celle-ci s’aggravait en raison de ses conséquences : fuite loin de Dieu, excuses insuffisantes et exemptes de charité et de justice, et même de sincérité lors de l’aveu de l’erreur, esprit de rébellion latente qui empêche de demander pardon.        

S’ils se cachent, ce n’est pas dû à la souffrance d’être entachés par la faute ou d’apparaître tels aux yeux de Dieu, mais parce qu’ils sont nus, autrement dit en raison du mal qui est désormais entré en eux, fait tout considérer sous un jour nouveau, et les rend ignorants au point de ne plus savoir considérer que Dieu, qui les avait créés et leur avait fait don de toute la création, savait parfaitement qu’ils étaient nus; il n’avait pas non plus pris soin de les habiller et ne s’était pas indigné de les voir nus, parce qu’il n’y avait pas lieu de recouvrir l’innocence ni de s’indigner à la vue d’un corps innocent.      

Écoutez les réponses des deux fautifs, c’est exactement le signe d’une tentation non repoussée et de ses coupables conséquences : "J’ai entendu ton pas dans le jardin... j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché"; "C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé"; "C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé".
[18]   

Il manque au nombre de toutes ces paroles la seule qui devait s’y trouver : "Pardon, parce que j’ai péché !″ Il y manque donc l’amour pour Dieu, et la charité à l’égard du prochain. Adam accuse Ève, Ève accuse le serpent. Il y manque enfin la sincérité de la confession. Ève confesse ce qui est indéniable. Mais elle croit pouvoir cacher à Dieu les préliminaires du péché, c’est-à-dire sa légèreté, son imprudence, sa faible volonté, contaminée aussitôt après qu’elle eut fait le premier pas vers la désobéissance au saint commandement de ne pas s’exposer à la tentation de cueillir le fruit interdit. Ce commandement devait lui servir de mise en garde — or elle était très intelligente — pour lui faire comprendre qu’ils n’étaient pas forts au point de se mettre impunément dans les conditions de pécher sans en venir à pécher. Ils y seraient parvenus s’ils avaient perfectionné par leur propre volonté la liberté que Dieu leur avait accordée, en s’en servant uniquement pour le bien. Ève ment donc à Dieu lorsqu’elle passe sous silence la raison pour laquelle elle a mangé du fruit: pour devenir comme Dieu. La triple concupiscence est donc en l’homme. Tous les signes de l’amitié avec le serpent sont évidents dans l’orgueil, la rébellion, le mensonge, la luxure, l’égoïsme qui se substituent aux vertus qui existaient précédemment.       

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Maintenant, comparons cette rencontre de Lucifer avec vos premiers ancêtres à la rencontre de Lucifer avec moi, le nouvel Adam venu restaurer l’ordre violé par le premier homme.       

Je me rends moi aussi à un endroit solitaire. Mais pourquoi ? Quand ? Pour quoi faire ? Pour me préparer par la pénitence — cette préparation indispensable aux œuvres de Dieu — à ma mission sur le point de commencer. La paix qui me protégeait avait pris fin, celle de la maison, de ma famille, de ma ville, cette paix qu’effleuraient à peine les inévitables oppositions de pensée entre ma parenté et moi, entre eux qui étaient tout humanité et rêvaient pour moi à des joies humaines, et moi qui étais tout esprit. Le temps de l’évangélisation allait commencer, accompagné des dangers de l’exaltation et de la haine, des contacts avec les pécheurs et de tout ce qui forme ce qu’on appelle communément le monde.        

Je me prépare par la pénitence et l’oraison. Je parachève ma préparation par la victoire sur Satan. Ah, il a bien senti que le Vainqueur était apparu lorsqu’il m’a vu être inébranlable devant la séduction impure et forte contre la faim, l’orgueil et la cupidité. Mais je veux que vous me contempliez à ce moment que vous jugez inconvenant, et que vous compariez le pur Jésus et le couple pur de vos premiers ancêtres, en qui le venin du Serpent put agir parce qu’ils ont voulu l’accueillir, sans vouloir faire l’effort de le repousser, étant donné qu’ils s’en étaient imprudemment approchés. Je n’ai pas cherché Satan. C’est lui qui m’a cherché. Une fois qu’il m’eut trouvé, j'ai souffert de sa proximité. C’était une expérience nécessaire pour pouvoir être votre grand prêtre miséricordieux, éprouvé tout comme vous, non pas dédaigneux envers vous, mais exemple pour vous.  

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Me voici, ô hommes, voici que le Christ est tenté puisqu’il est homme, mais invaincu parce qu’il avait volontairement mené son humanité à une perfection "de peu inférieure à celle des anges". Comme les anges n’ont pas de corps, ils n’ont pas de sensualité, de sorte que l’impureté ne peut s’en prendre à eux, ni les troubler davantage ou autrement que je ne l’ai été : par l’horreur de ce péché bestial.    

Le Christ ne fuit pas lâchement parce qu’il est poursuivi, pas plus qu’il ne marchande, troque ou discute avec le Tentateur sur des choses si basses qu’elles ne méritent aucune discussion.  

L’homme, la plus noble créature de la terre, douée de raison, d’esprit et consciente de sa fin, ne doit pas se corrompre par quelque contact réel ou métaphorique avec la luxure. Qu’il ne la regarde pas, ne discute pas, mais lève les yeux et contemple Dieu. Il lui faut aimer Dieu et son prochain, en enfant de Dieu, et l’invoquer. Qu’il garde le silence envers Satan et envers lui-même, envers la partie de son être qui voudrait discuter de choses charnelles. Silence des lèvres et silence de la pensée sur des sujets qui exhalent des fumées homicides. Il n’y a pas toujours de silence là où les lèvres sont closes. Il arrive que le cœur, les pensées ou la volonté parlent et délirent avec impureté même si les lèvres savent se taire et les yeux rester baissés, sinon même prendre des poses inspirées pour tromper les hommes : car les hommes voient l’extérieur de l’homme, mais non pas Dieu qui voit à l’intérieur et a en horreur toute forme de mensonge mental pour faire croire à une sainteté apparente, comme toute espèce de luxure mentale et de mensonge calculé et calculateur.      

Pourquoi Satan a-t-il commencé sa tentation par l’impureté ? Parce que c’est le péché le plus répandu. On le retrouve partout dans le monde, dans tous les milieux et malheureusement dans toutes les conditions. Elle prend différents noms. Parfois, elle se revêt même de légitimité, mais souille les chambres nuptiales légitimes comme le lit des prostituées, et je passe sur d’autres considérations. Ensuite, parce que cela lui a si bien servi, la première fois, à faire entrer le mal dans le cœur de l’homme. Parce qu’il pensait pouvoir par ce seul moyen écraser pour toujours toute idée de rédemption en corrompant l’irremplaçable Rédempteur. Enfin parce qu’il avait besoin de s’assurer que j'étais bien le Rédempteur.     

Il avait deviné que j'étais désormais dans le monde. Il me recherchait. Il était partout où il trouvait quelque forme de sainteté. Mais il voyait qu’elles étaient toutes relatives, ce qui le rendait incertain. Des années durant, il n’avait pas réussi à déchirer le voile qui entourait le mystère de ma Mère et le mien. La manifestation du Jourdain l’avait ébranlé. Mais sa terreur devant moi le faisait hésiter encore pour rester en paix. Il voulait et ne voulait pas savoir qui j’étais. Savoir pour avoir l’illusion de me vaincre. Ne pas savoir pour ne pas avoir l’illusion d’être vaincu par l’Homme.   

Il m’a tenté de cette manière. La fermeté de mon attitude, si différente de celle de tout un chacun — qui fuit, s’épouvante, cède ou se moque en se prétendant fort pour tomber ensuite plus bas que celui qui fuit — lui apprit qui j’étais. Convaincu de cela, il insiste. Sa première tentation dissimule déjà les trois autres, et en particulier la dernière. Mes yeux le glacent. Mon silence l’exaspère. Ma tranquillité l’effraie. Il sent qu’une force s’oppose à lui qu’il est vain d’espérer faire plier. Il sent que le Pur ne peut que ressentir du dégoût devant le fruit malhonnête qu’il lui tend.      

Il tente alors une séduction apparemment licite : "Ordonne à ces pierres de devenir du pain."  Avoir faim de pain est humain, ce n’est plus bestial comme l’est la luxure, cette faim de chair. C’est alors que je réponds, en homme, en enfant de Dieu, non parce que je suis le Verbe mais parce que je suis de la descendance d’Adam tout comme vous. Je réponds pour honorer le Seigneur à trois reprises. Et Satan, convaincu qu’il était inutile de me tenter encore, ne m’a plus présenté la luxure. Ce n’est pas le cas des hommes. Eux, ils sont plus sots que Satan et m’ont tenté pour pouvoir dire aux foules : "C’est un pécheur." Les pages de l’Œuvre vous montrent comment les hommes n’eurent jamais plus de chance que Satan, dans aucun domaine.      

Tenté dans tous les domaines et par tous, je suis resté sans péché. Grand prêtre éternel, je suis resté par ma propre volonté innocent, immaculé, séparé des pécheurs, devenu ange en ayant aboli ma sensualité pour servir uniquement l’esprit.      

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Pouvez-vous encore soutenir que cet épisode est inconvenant ? Qu’il est hérétique ? Paul est-il donc hérétique quand, dans son épître, il me dit tenté en tout, "éprouvé en tout", "devenu semblable aux hommes" en tous points — chair, sang, intelligence, volonté —, comme vous ? [19] Est-il hérétique quand il écrit aux Philippiens : (Ph 2, 5-8) "Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus: lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui même, prenant la condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes" ? [20] Ne pensez-vous pas que cet "anéantissement" du Fils de Dieu est non seulement sa mort honteuse sur la croix, mais aussi la misère d’être traité comme un homme par Satan et par le monde, qui n’ont cessé de m’assaillir et m’entourèrent de tentations qui me faisaient souffrir ? Je n’ai pas considéré comme un butin mon égalité avec Dieu, mais j’ai voulu être l’Homme, l’Homme, qui répare, expie et rachète, considéré comme un homme mais se montrant Dieu par son héroïcité quotidienne: n’en voyez-vous pas toute la beauté, toute la justice ? Qu’y a-t-il en moi que vous n’ayez pas ? Qu’ai-je fait que vous ne puissiez faire ? Je parle de la sanctification qui permet de devenir parfait comme notre Père des cieux est parfait.    

Après cette leçon, relisez d’un cœur pur et sans préjugé les épisodes que vous attaquez comme inconvenants, et dites-moi si vous pouvez encore les considérer comme tels.          

Espèces d’obstinés, pour ne pas prononcer le mot "pardonne moi", — le second en beauté après "je t’aime" — vous objectez : “
Mais tu as dit à Judas que le bien et le mal étaient en toi". C’est inconvenant ! Et plus loin tu dis : "La tentation est mordante. L’acte satisfait ou parfois dégoûte, alors que la tentation ne s’éloigne pas mais, comme un arbre élagué, elle produit une frondaison plus robuste." Cela nous permet de supposer que tu as été troublé, et toujours plus fortement, pour n’avoir pas satisfait la tentation impure."          

Ressemblez-vous donc à Judas, qui ne comprenait jamais, n’arrivait pas à comprendre, ne pouvait comprendre parce qu’il était trop envahi par son humanité malade, qui projetait son reflet sur toute chose ? Si vous êtes comme lui, je vous exhorte à changer votre manière de penser. Et je vous dis de vous rappeler à qui je parlais : à un homme qui, en tant que pécheur — en particulier dans le domaine de la luxure — avec préméditation et ténacité, ne pouvait accepter les confidences de Jésus avec le respect qui leur était dû, et croire en leur vérité.     

À Jean, je pouvais ouvrir mon cœur. Le plus pur des disciples du Christ savait croire et comprendre les secrets du Christ pur. L’autre... était un incorrigible impur; c’était un démon. Je me suis tu avec lui comme avec Satan, avec le père comme avec le fils puisque, en vérité, Judas avait voulu prendre pour père Satan au lieu de Dieu. Puis j'ai parlé à ce disciple, malade de sensualité, comme je pouvais parler pour être encore écouté, en terminant par cette affirmation : "Je n’ai jamais cédé", avec l’intention de lui montrer que, pour vivre en ange, il faut le vouloir. Si cette affirmation ne pouvait certes pas rendre bons les satans, elle était l’unique chose capable de les réduire au silence, de les empêcher de se moquer.          

Je n’ai pas cédé. Je vous le dis comme je l’ai dit à Judas. Personne ne m’empêchait de le faire. Le Père m’avait donné le libre arbitre comme à tout être né d’une femme. J’aurais donc pu accueillir le mal comme le bien et suivre ce que je voulais. Mais non. Le Fils de l’Homme a refusé de pécher. Satan soufflait pour maintenir ses feux allumés autour de moi, dans le cœur de ceux qui m’entouraient avec haine ou avec un amour malsain, pour susciter en moi des réactions humaines. J’ai subi toutes sortes de tentations. Ma volonté les a toujours dominées, ma pureté a éteint les feux de la luxure allumés pour me tenter.    

La pureté — mais pas la mienne seulement — accomplit cela autour d’elle et voile même ces détails qui sont crus et excitants uniquement pour ceux qui se repaissent mentalement ou matériellement de choses impures. Pas pour les autres. J’ai dit : "Tout est pur pour les purs."
[21] C’est une parole de sagesse divine. Les pensées, le cœur, l’œil, la chair sont purs chez les gens purs, car ils ont les yeux fixés sur la vision de Dieu.     

Plus l’homme croît en perfection, plus il est assailli par ces forces extérieures du mal que sont Satan, le monde et les hommes. En revanche ces assauts, loin d’être mort, sont vie pour l’homme rempli de Dieu, tout de pureté, devenu de peu inférieur aux anges grâce à sa volonté de perfection, et ils ne sont pas mort mais vie, pas avilissement mais gloire. Il n’y a pas un saint qui n’ait subi des tentations, pas une personne couronnée au ciel dont la couronne ne soit formée des perles et des rubis de ses larmes et de sa souffrance, dont le martyre va parfois jusqu’au sang, à cause des tortures de Satan et de ses alliés.      

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Les martyrs ne sont pas seulement ceux qui sont tombés dans les arènes ou devant les tribunaux de leurs persécuteurs. "La grande tribulation" dont parle Jean est aussi celle-ci, et l’étole des bienheureux a été purifiée par le sang de l’Agneau, mais aussi par le bûcher et par la torture de la volonté aimante et de la tentation haineuse. [22]           

Je n’ai pas voulu être différent de vous, ni que vous puissiez venir là où je suis. Moi comme vous, vous avec moi. Tentés et vainqueurs pour être des "dieux" dans le Royaume de Dieu. Vrai Dieu et vrai homme, j’ai manifesté la puissance de Dieu et la capacité de l’homme à devenir "dieu" selon la parole du psaume
[23] et de Paul. [24]   

Je vous ai répondu par les mots de mes apôtres unis aux miens. Il vous est en effet difficile d’accepter comme étant saintes les paroles que le petit Jean [surnom affectueux de Maria Valtorta] vous transmet. Celles de mes apôtres, vous ne pouvez avoir de difficulté à les accepter, vous ne pouvez mettre en doute leur autorité surnaturelle. Vous les lisez à l’autel, vous les commentez dans vos homélies, vous les enseignez en chaire. Vous les tenez donc pour des paroles de vérité.   

Or ces paroles soutiennent ma thèse, pas la vôtre : en tant qu’homme, il était naturel que je sois tenté ; la tentation du Christ n’est pas inconvenante ; le Christ n’en ressort pas avili mais encore plus glorifié, car le grand prêtre, qui devait éprouver de la compassion pour les faibles et les dévoyés, ayant, comme eux, été éprouvé et entouré de faiblesses, a su rester saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs pour ce qui est de les imiter dans le mal, mais frère miséricordieux à leur égard pour dire à tous : "Venez à moi, vous qui souffrez et êtes fatigués, et je vous consolerai."
[25]

Je termine par ces mots dits au petit Jean voici trois ans : “Ne pensez plus à la plus basse des actions de Satan envers le Christ, quand vous avez mille actes élevés du Christ à méditer et à imiter dans l’Œuvre." [26] 

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[1] Peut-être son confesseur, le Père Migliorini. À cette époque, il a été muté à Rome, commençant à diffuser l'œuvre de Maria Valtorta contre les instructions reçues de Jésus.

[2] Le Catéchisme de Saint Pie X, l'un des seuls livres qu'avait Maria Valtorta à sa disposition

[3] Les trois concupiscences ou convoitises mentionnées par 1Jean 2,16 et reprises par le CEC § 2514 : "Tout ce qui est dans le monde - la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et la confiance orgueilleuse dans les biens - ne provient pas du Père, mais provient du monde".

[4] Éphésiens 6,10-12 : "Pour finir, armez-vous de force dans le Seigneur, de sa force toute-puissante. Revêtez l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable. Ce n’est pas à l’homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux".

[5] Cf. CEC § 978 : "Au moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier (...). Mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre personne de toutes les infirmités de la nature. Au contraire nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au mal"

[6] Psaume 82(81),6 : "Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut", repris en Jean 10,34 : "Jésus leur répondit: "N’a-t-il pas été écrit dans votre Loi : J’ai dit: vous êtes des dieux?"

[7] Luc 2,51-52 : " Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth; il leur était soumis; et sa mère retenait tous ces événements dans son cœur. Jésus progressait en sagesse et en taille, et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes".

[8] Jean 8,46 : " Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas?"

[9] Jean 7,27 : "Celui-ci, nous savons d’où il est, tandis que, lorsque viendra le Christ, nul ne saura d’où il est.

[10] Jean 8,19 : " Ils lui dirent alors: "Ton Père, où est-il ?" Jésus répondit : "Vous ne me connaissez pas et vous ne connaissez pas mon Père; si vous m’aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père."

[11] Apocalypse 1,5 : "Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né d’entre les morts et le prince des rois de la terre. À celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang".

[12] 1Jean 5,6-8 : "C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus Christ, non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et le sang; et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité. C’est qu’ils sont trois à rendre témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et ces trois convergent dans l’unique témoignage"

[13] Hébreux 2,9-18 :"Celui qui a été abaissé quelque peu par rapport aux anges, Jésus, se trouve, à cause de la mort qu’il a soufferte, couronné de gloire et d’honneur…"

[14] Hébreux 4,14-15 : "Ayant donc un grand prêtre éminent, qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la confession de foi. Nous n’avons pas, en effet, un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses; il a été éprouvé en tous points à notre ressemblance, mais sans pécher". Repris notamment dans le CEC § 540.

[15] Hébreux 5,1-3 : "Tout grand prêtre, en effet, pris d’entre les hommes est établi en faveur des hommes pour leurs rapports avec Dieu. Son rôle est d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés. Il est capable d’avoir de la compréhension pour ceux qui ne savent pas et s’égarent, car il est, lui aussi, atteint de tous côtés par la faiblesse et, à cause d’elle, il doit offrir, pour lui-même aussi bien que pour le peuple, des sacrifices pour les péchés".

[16] Hébreux 7,26 : "Tel est bien le grand prêtre qui nous convenait, saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs, élevé au-dessus des cieux."

[17] Romains 8,14 :"Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont enfants de Dieu"

[18] Genèse 3,9-13

[19] Hébreux 4,15 (voir plus haut)

[20] Philippiens 2,5-8

[21] Tite 1,15 : "Tout est pur pour ceux qui sont purs. Mais pour ceux qui sont souillés et qui refusent de croire, rien n’est pur; au contraire, leur intelligence et leur conscience sont souillées"

[22] Apocalypse 7,14 :"Ce sont ceux qui ont passé par la grande persécution. Ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau".

[23] Psaume 82(81),6. Voir plus haut.

[24] Paul pourrait avoir été écrit par erreur à la place de Jean : Jean 10,34, déjà cité.

[25] Matthieu 11,28

[26] Référence non trouvée